| Il
n’est pas facile de regarder ce film pour lui-même, c’est-à-dire
comme autre chose qu’une curiosité historique, l’un
de ces nombreux films américains de propagande anti-nazi , comme
le rappelle Marc Ferro dans Cinéma et Histoire, à
l’inverse des films produits en Europe. Nombreux mais oubliés
pour la plupart, à l’exception du Dictateur de
Chaplin, voire The Mortal Storm de Borzage : pour les autres,
il semblerait que leur existence soit circonscrite à une fonction
idéologique et que leur valeur cinématographique y soit
soumise : cette portée réduite à un moment historique
justifierait leur absence de renommée (ont-ils un intérêt
après la guerre ?).
Les Enfants d’Hitler ne se démarque pas de ce
paradoxe : dégagé de son contenu idéologique, que
lui reste-t-il de cinématographique ? Un regard, un témoignage
indirect sur la perception contemporaine du régime nazi ? Ou
bien, un positionnement réducteur, un simple dialogue destiné
à adresser un message ponctuel et factuel à la jeunesse,
donc anachronique. Dans le contexte de la guerre, la priorité
n’est pas à la réflexion sur l’essence de
ce régime, mais à la protection, voire à la propagande
de son propre système. En 1942, date du film, Roosevelt a comme
le rappelle Marc Ferro, « donné des instruction précises
afin de développer un cinéma qui glorifierait et le juste
droit et les valeurs américaines » : la bataille est celle
des images et de la rhétorique. Ainsi, le film s’adresse
autant à la population américaine, pour la rassurer sur
la possibilité de réaction du peuple allemand, qu’à
la jeunesse allemande même en tant qu’individus prêts
à se dissocier du régime, pour les enjoindre à
lutter. Pour construire une résistance de la conscience.
Alors ce film, malgré un titre équivoque (les enfants
sont ceux que les allemandes sont prêtes à enfanter pour
le régime, métaphore ultime de la soumission, aussi bien
que la jeunesse du pays), n’est qu’un support simpliste
de cette problématique. Il se résume à une figuration
symbolique de l’opposition entre ces deux modèles de société
: Karl, représentant d’une société de renoncement
et d’embrigadement à ce qui n’est présenté
encore que comme un régime totalitaire et oublieuse des valeurs
religieuses (l’Eglise est illustrée comme un refuge), face
à une société de liberté et de démocratie
représentée par cette hypothétique école
américaine et son professeur. Entre les deux, Ana, métissée
allemande / américaine, figure de transition et objet de convoitise
(convoitise du corps, convoite de l’esprit moderne et libéral)
: une personnification idéologique, sans chair, de l’individu
en mutation, moderne, nourri par les valeurs et l’éthique
américaines, capable d’inciter à la révolte,
voire au sacrifice.
Et paradoxalement, l’Amérique s’en remet à
cette alternative, au bon droit (divin ?) de ses fondements, pour inciter
au changement ; car elle-même, sous les traits de ce professeur,
est présentée comme impuissante à agir significativement
; en 1942, doute-t-elle encore de ses capacités à influencer
sur ce conflit ?
Amoncelant les discours sur la richesse de la culture allemande (une
relecture pacifiste de Goethe), sur l’Amérique innocente
et croyante (où l’on vénère le baseball et
la liberté d’être que Dieu offre à chacun),
ce film se résume à un défilé d’images
convenus et froidement, voire scolairement mis en scène, à
l’instar de ces images d’actualités qui introduisent
le film.
Un didactisme qui néglige le cinéma pour n’être
qu’un hypothétique appel à l’insoumission
des Enfants d’Hitler contre leur père : une curiosité
historique je disais…
Et comme l’histoire laisse aveugle, ce film n’épargnera
pas à son réalisateur Edward Dmytryk d’être
chassé comme un rouge durant le maccarthysme. À d’autres
temps d’autres convictions…
Raki
Gnaba |





|
|
Un an
avant de réaliser le très célèbre Adieu
ma jolie, en 1944, aujourd'hui considéré comme
l'un des meilleurs film noir de cette époque, Edward Dmytryk
tourna Hitler's Children. Il avait fait ses premières
armes dans la série B, et comme bon nombre de réalisateurs
à cette époque, on lui commande quelques films de propagande.
Ces films un peu particuliers n'étaient pas inintéressants,
et lorsqu'on revoit aujourd'hui certains films de Capra ou de Ford
tournés à cette période, on est étonné
par le soin qu'ils apportèrent à leur mise en scène
dans un cadre très restreint. Hitler's children, réalisé
en 1943, fait partie de ces films de propagande.
C'est un film assez rare et méconnu de Dmytryk, techniquement
irréprochable. Tiré d'un livre de Gregor Ziemer intitulé
« Education for death », c'est Emmet Lavery qui
en écrivit le scénario. Produit avec un budget très
modeste, il rencontra malgré tout un certain succès.
On y retrouve en tête d'affiche un acteur talentueux bien qu'aujourd'hui
méconnu, Tim Holt (on se souvient de sa participation dans
La Splendeur des Amberson d'Orson Welles, en héritier
gâté, ou encore dans la peau d'un des aventuriers dans
le très célèbre Trésor de la Sierra
Madre de John Huston).
|
|