)))  LES ENFANTS D'HITLER
        
de Edward DMYTRYK    / COLLECTION RKO                         

 

  • Guerre - 1943 - USA - durée: 1h22 - Inédit en DVD
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 septembre 2005
  • Editions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 15 €


SYNOPSIS

Berlin 1933. L'école américaine du professeur Nichols (Kent Smith) est voisine de celle de la jeunesse hitlérienne. Karl (Tim Holt), un élève américain, tombe sous le charme de Ana (Bonita Granville), une jeune allemande d'origine américaine. Lorsque la guerre éclate, Ana, du fait de ses origines, est enrôlée de force dans le système nazi : face à sa résistance, Karl est partagé entre sa passion pour elle et son engagement.

POINT DE VUE
DU MÊME AUTEUR


 

Il n’est pas facile de regarder ce film pour lui-même, c’est-à-dire comme autre chose qu’une curiosité historique, l’un de ces nombreux films américains de propagande anti-nazi , comme le rappelle Marc Ferro dans Cinéma et Histoire, à l’inverse des films produits en Europe. Nombreux mais oubliés pour la plupart, à l’exception du Dictateur de Chaplin, voire The Mortal Storm de Borzage : pour les autres, il semblerait que leur existence soit circonscrite à une fonction idéologique et que leur valeur cinématographique y soit soumise : cette portée réduite à un moment historique justifierait leur absence de renommée (ont-ils un intérêt après la guerre ?).
Les Enfants d’Hitler ne se démarque pas de ce paradoxe : dégagé de son contenu idéologique, que lui reste-t-il de cinématographique ? Un regard, un témoignage indirect sur la perception contemporaine du régime nazi ? Ou bien, un positionnement réducteur, un simple dialogue destiné à adresser un message ponctuel et factuel à la jeunesse, donc anachronique. Dans le contexte de la guerre, la priorité n’est pas à la réflexion sur l’essence de ce régime, mais à la protection, voire à la propagande de son propre système. En 1942, date du film, Roosevelt a comme le rappelle Marc Ferro, « donné des instruction précises afin de développer un cinéma qui glorifierait et le juste droit et les valeurs américaines » : la bataille est celle des images et de la rhétorique. Ainsi, le film s’adresse autant à la population américaine, pour la rassurer sur la possibilité de réaction du peuple allemand, qu’à la jeunesse allemande même en tant qu’individus prêts à se dissocier du régime, pour les enjoindre à lutter. Pour construire une résistance de la conscience.
Alors ce film, malgré un titre équivoque (les enfants sont ceux que les allemandes sont prêtes à enfanter pour le régime, métaphore ultime de la soumission, aussi bien que la jeunesse du pays), n’est qu’un support simpliste de cette problématique. Il se résume à une figuration symbolique de l’opposition entre ces deux modèles de société : Karl, représentant d’une société de renoncement et d’embrigadement à ce qui n’est présenté encore que comme un régime totalitaire et oublieuse des valeurs religieuses (l’Eglise est illustrée comme un refuge), face à une société de liberté et de démocratie représentée par cette hypothétique école américaine et son professeur. Entre les deux, Ana, métissée allemande / américaine, figure de transition et objet de convoitise (convoitise du corps, convoite de l’esprit moderne et libéral) : une personnification idéologique, sans chair, de l’individu en mutation, moderne, nourri par les valeurs et l’éthique américaines, capable d’inciter à la révolte, voire au sacrifice.
Et paradoxalement, l’Amérique s’en remet à cette alternative, au bon droit (divin ?) de ses fondements, pour inciter au changement ; car elle-même, sous les traits de ce professeur, est présentée comme impuissante à agir significativement ; en 1942, doute-t-elle encore de ses capacités à influencer sur ce conflit ?
Amoncelant les discours sur la richesse de la culture allemande (une relecture pacifiste de Goethe), sur l’Amérique innocente et croyante (où l’on vénère le baseball et la liberté d’être que Dieu offre à chacun), ce film se résume à un défilé d’images convenus et froidement, voire scolairement mis en scène, à l’instar de ces images d’actualités qui introduisent le film.
Un didactisme qui néglige le cinéma pour n’être qu’un hypothétique appel à l’insoumission des Enfants d’Hitler contre leur père : une curiosité historique je disais…

Et comme l’histoire laisse aveugle, ce film n’épargnera pas à son réalisateur Edward Dmytryk d’être chassé comme un rouge durant le maccarthysme. À d’autres temps d’autres convictions…

Raki Gnaba












FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Titre original: Hitler's children
    Réalisation: Edward Dmytryk
    Avec: Kent Smith, Tim Holt, Bonita Granville, Otto Kruger
    Scénario: Emmet Lavory
    Production:
    Edouard A. Golden – RKO
    INÉDIT EN DVD
  •  LE DVD
    DVD 5 - Zone 2- PAL Tous publics - noir & blanc
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1/33
    Son: Mono Dolby Digital

    Langue:
    Anglais, Français
    Sous-titres:
    Français
    Durée du film:
    1h22

  • BONUS  
    * Présentation de Serge Bromberg

NOTES

Un an avant de réaliser le très célèbre Adieu ma jolie, en 1944, aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs film noir de cette époque, Edward Dmytryk tourna Hitler's Children. Il avait fait ses premières armes dans la série B, et comme bon nombre de réalisateurs à cette époque, on lui commande quelques films de propagande. Ces films un peu particuliers n'étaient pas inintéressants, et lorsqu'on revoit aujourd'hui certains films de Capra ou de Ford tournés à cette période, on est étonné par le soin qu'ils apportèrent à leur mise en scène dans un cadre très restreint. Hitler's children, réalisé en 1943, fait partie de ces films de propagande.
C'est un film assez rare et méconnu de Dmytryk, techniquement irréprochable. Tiré d'un livre de Gregor Ziemer intitulé « Education for death », c'est Emmet Lavery qui en écrivit le scénario. Produit avec un budget très modeste, il rencontra malgré tout un certain succès.
On y retrouve en tête d'affiche un acteur talentueux bien qu'aujourd'hui méconnu, Tim Holt (on se souvient de sa participation dans La Splendeur des Amberson d'Orson Welles, en héritier gâté, ou encore dans la peau d'un des aventuriers dans le très célèbre Trésor de la Sierra Madre de John Huston).