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NOTRE RENCONTRE AVEC
BRUNO DUMONT

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)))  FLANDRES
        
de Bruno DUMONT                   

 

  • Guerre - 2006 - France - durée: 1h31 (+75' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 10 mai 2007
    Éditions Aventi
  • Prix de vente indicatif : 27€
  • ÉDITION DOUBLE DVD

SYNOPSIS

Les Flandres. Demester partage sa vie entre sa ferme et les balades avec Barbe, son amie d’enfance. Il l’aime secrètement et douloureusement, acceptant d’elle le peu qu’elle lui donne. Avec d’autres jeunes, Demester part comme soldat à la guerre dans un pays lointain. La barbarie, la camaraderie et la peur, transforment Demester en guerrier. Au fil des saisons, seule, Barbe attend le retour des soldats et dépérit. L’amour immense qu’éprouve Demester pour Barbe le sauvera-t-il ?…

 
POINT DE VUE

C'est peut-être parce qu'elle ne lui a pas dit qu'elle l'aimait qu'il est parti à la guerre ? Flandres est-il une histoire de guerre ou finalement une histoire d'amour ? Le professeur de philosophie, Bruno Dumont nous fait le coup d'Eros et Tanathos, ces deux pulsions de Vie et de Mort qui selon le Docteur Freud nous gouvernent irrésistiblement. Demester est du côté de la vie, fermier, semeur, homme de la terre tel que Dumont les aime: physiquement forts mais profondément introvertis, à la lisière de l'autisme. Demester aime Barbe mais n'arrive pas à le lui dire. Il part du côté de la mort, faire une guerre sans nom... en Irak ? en Afghanistan ? en Algérie ? Barbe quant à elle, mi-putain, mi-madone, se donne de temps en temps à Demester mais aussi à d'autres; alors que ses hommes sont mobilisés pour partir au Moyen-Orient, elle se retrouve enceinte et mène en silence sa petite guerre intime, avec son corps et cet enfant qu'elle rejette. Barbe choisit l'avortement, la mort plutôt que la vie. Tiraillés par leurs désirs contradictoires, les personnages de Dumont nous apparaissent mi-hommes, mi-animaux, à la lisière de la nature et de la civilisation, mais Dumont ne les juge pas pour autant, il évince toute posture moraliste et se contente d'ausculter leur détresse et leur profonde solitude.


Par son incroyable travail d'épure, Dumont hisse la réalité naturaliste des paysages du Nord de la France vers des contrées poétiques et spirituelles. Et par leur mutisme, les personnages gagnent en épaisseur. Le cinéaste ne fait pas un casting de "gueules cassées" mais de "coeurs blessés" pourrait-on dire. Samuel Boidin et Adélaïde Leroux portent sur leur visage des brisures, des fragilités qui sont mille expressions pour un cinéaste. En un film, un peu comme Kubrick l'avait fait avec Full Metal Jacket, Dumont efface les milliers de films sur la guerre et nous donne à voir avec un regard accru, quasi-neuf sur la brutalité et la banalité de la violence en temps de guerre. Ses images déploient une telle force visuelle qu'elles en redéfinissent le genre.


Dans une première écriture de scénario, Dumont avait prévu une autre fin: à son retour Demester massacrait tous ses proches. En choisissant finalement cette déclaration d'amour, cette immense compassion des femmes seules capable de soulager les souffrances des hommes, Dumont fait de Flandres l'envers de 29 Palms, son précédent film. On se souvient de la barbarie finale au cours de laquelle David assassine à coups de couteau celle qu'il aime parce qu'elle a assisté à son humiliant viol. La loi du talion qui sous-tend les rapports entre les personnages de Flandres (les soldats arabes se vengent du paysan tué, la milicienne se venge du viol subit) laissait présager une vindicte de Demester à l'égard de Barbe qui lui refuse son amour, mais finalement en choisissant de lui dire enfin qu'il l'aime, il sort de l'engrenage de la violence et délivre une belle leçon d'amour.


Laurent Devanne

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2006
    Grand Prix - Cannes 2006

    Sortie en salles le 30 Août 2006
    Réalisation & Scénario
    : Bruno Dumont
    Avec:
    Samuel Boidin : Demester
    Adélaïde Leroux : Barbe
    Inge Decaesteker : France
    Patrice Venant : Mordac
    Henri Cretel : Blondel
    David Dewaele
    Jean-marie Bruveart : Briche
    David Poulain : Leclercq
    David Legay : Lieutenant

    Directeur de la photographie : Yves Cape
    Son : Philippe Lecœur
    Montage : Guy Lecorne
    Producteurs délégués : Jean Brehat & Rachid Bouchareb
    Producteur exécutif : Muriel Merlin
    Directeur de production : Michèle Grimaud
    Ingénieur du son : Philippe Lecoeur
    Montage : Guy Lecorne
    Mixeur : Emmanuel Crozet
    Montage son : Pierre Choukroun
    Casting : Claude Debonnet
    Maquillage : Nathalie Rigaut
    Costumes : Cédric Grenapin et Alexandra Charles
    Production : 3B Productions - Jean Bréhat et Rachid Bouchareb
    Distributeur : Tadrart Films
    Editeur DVD : Aventi

    Site officiel du film

  •  LE DVD

    Image : DVD 9 - 16/9 compatible 4/3 – Format: Scope
    Son : Dolby Digital 5.1 et 2.0 Français


  •  BONUS

    DVD1
    :
    * Le commentaire audio du réalisateur

    DVD2 :
    Notre avis: De Bailleul à la Tunisie, nous assistons à quelques intéressantes répétitions de séquences. L'occasion de voir Dumont sur un plateau, dirigeant ses comédiens non-professionnels et éliminant les mots qui "encombrent". Dans une longue interview, il revient d'ailleurs sur ce choix de ne tourner qu'avec des non-professionels et de ne pas leur donner de scénario (à la façon d'un Ken Loach). Egalement une instructive analyse de l'univers Dumont revenant sur l'influence des peintres, l'importance du découpage, et la caméra utilisée comme une sonde, qu'elle filme un visage ou un paysage, tout est mental. LD

    * Le making of : « L’homme de flandres » de Sébastien Ors (45 mn)


    * L’univers de Bruno Dumont (30 mn) de Geremia Carrara et Gisella Gaspari
    Portrait du cinéaste en 3 mouvements.


    * Le film annonce
INTERVIEW DE BRUNO DUMONT (extrait du dossier de presse)

LE SUJET
Expliquer le processus qui fait qu’un film va se mettre en route reste un mystère. Pour «Twentynine Palms», c’était une sensation. C’est le personnage - très furtif - de l’inspecteur de police de « La vie de Jésus » qui m’a donné l’envie de faire « L’humanité ».
Si on me demande : pourquoi ? Comment ? Je ne peux pas répondre. Ce qui m’importe, c’est le fait de décrire une histoire avec des images et des sons. Le travail du réalisateur est proche de celui du peintre. Matisse écrivait que ce qui est important dans une toile ce n’est pas le sujet c’est la disposition des choses autour du sujet, c’est la proportion des choses.
Les Flandres, par exemple, sont un mystère pour moi. C’est ma terre natale : viscérale, sensible, autrement dit sans raison. La caméra devient un microscope, un appareil qui se penche sur le sujet?J’ai besoin de la terre pour filmer les êtres humains. En les filmant, les Flandres rendent une part de l’existence humaine.
Il faut une histoire parce que l’histoire est le mouvement naturel de nos vies où se tissent nos liens. La mise en scène est un tissage, la guerre de « Flandres » est l’expression de la lutte de nos désirs.

LES PAYSAGES
Quand on filme un paysage, il représente le climat intérieur du personnage. Je ne filme pas les Flandres, je filme l'intériorité du personnage. Quand vous avez un plan subjectif de Demester qui regarde le paysage devant sa ferme, on est à l'intérieur de Demester.
Je ne filme pas les paysages comme un documentaire, je ne suis pas un cinéaste social, tout est mental et intérieur.
Quand j'ai tourné « La vie de Jésus », j'ai vidé la ville et les rues de Bailleul : j'ai enlevé les gens, j'ai enlevé les voitures, pour arriver à une sorte d'abstraction, j'ai besoin d'éliminer. Je passe mon temps à retirer mais je n'ajoute rien.

LES PERSONNAGES
Mes personnages ne méditent jamais sur ce qu'ils font. Ils font, ils agissent, ils ne sont jamais en train de réfléchir à ce qu'ils sont.
Quand je filme un visage, je veux que le spectateur ressente ce que le personnage sent. Rien ne passe par la parole. Le visage est l'expression, la caméra devient une sonde. A l'écran, cela devient une sorte d'alchimie entre le spectateur et le héros. Le spectateur est directement connecté à son cerveau et à ses émotions brutes.
Quand mes personnages parlent, ils ne disent que le nécessaire. Au risque d'être caricatural, quand un acteur dit « Ben au revoir, je m'en vais », c'est utile : s'il partait en ne disant rien, il ne serait pas poli.

LES COMÉDIENS NON PROFESSIONNELS

Les comédiens non professionnels sont acteurs et non interprètes : c'est dans l'action qu'ils donnent ce qu'ils sont. Dans un premier temps, je les choisis pour leur correspondance avec les personnages écrits. Ensuite, mon travail est d'atteindre la justesse d'être qui est propre à chacun. Ils ne lisent pas le scénario, ils jouent en gardant cette part d'eux-mêmes et de vérité qui leur appartient et que je désire. Ils sont imprévisibles. Je me règle sur eux, ils se règlent sur moi. Ensemble nous renonçons ou persévérons.
Pour le rôle de Barbe, la cinégénie d'Adélaïde s'impose de suite. J'ai fait disparaître la Barbe du scénario, et me suis « initié » à la sensibilité d'Adélaïde pour l'accorder à l'action. Mais Adélaïde n'est pas Barbe.
Les acteurs sont ainsi au c?ur de l'ouvrage, je les porte et achève le récit en fonction de ce qu'ils donnent.

LE SEXE
On me reproche la crudité des scènes de sexe. Mais le sexe, ça ne m'intéresse pas en soi. Je suis quelqu'un de très pudique, absolument pas pervers : si je filme la sexualité, c'est que j'ai l'impression que la sexualité est une expression. Quand je vois des corps comme ça, exposés, je trouve ça tragique : le mélange entre cet espèce d'amour infini et cette impossibilité de fusionner. Il y a une impuissance à pénétrer l'autre. L'amour c'est la fusion, mais on ne peut pas fusionner. Il y a quelque chose de tragique dans le sexe qui révèle l'immense solitude dans laquelle nous nous trouvons.

LA TECHNIQUE
Je suis plus intéressé par les rapports de valeur de plans que par le fait de savoir si la caméra je la mets là ou là. Ce qui est important c'est le découpage, parce que le découpage c'est le rythme ; avec des images on arrive à faire du rythme. Et la position de la caméra elle est assez secondaire par rapport au rythme. C'est souvent au montage que je découvre des possibilités : quand je prépare mon film, je n'ai pas une conscience claire des différentes étapes ; c'est au montage que tout s'écrit. Durant le tournage et le montage, je travaille à retrouver le sensible, à dissoudre le scénario qui demeure une vue de l'esprit.

LA RÉALITÉ ET LE SPECTATEUR

Je ne veux pas construire, je détruis et je déforme. Dans cette déformation arrive l'expression. Si je ne déformais pas, le spectateur verrait la réalité telle qu'elle est mais cette réalité ne lui apprendrait rien. Le cinéaste doit tordre le réel pour le déformer ; quand on le tord c'est le spectateur qui est compressé, remis en question. J'essaye de garder ce qu'on pourrait appeler un semblant de vérité, une apparence : le naturalisme des décors, des sons et des acteurs, mais tout le reste est faux, d'où cette impression d'incongru.

LES DOUTES
Lorsque je tourne un film, il y a quelque chose qui se passe et qui me dépasse complètement. Je fabrique et puis c'est tout. Et c'est pour ça que je suis curieux des réactions des spectateurs ; certains me donnent une clé et viennent me voir en me disant des choses qu'ils ont vues mais que moi je n'avais pas vu. Ca, c'est le plus formidable. On me dit : vous filmez les gens de haut. Filmer de haut, c'est donner des leçons, imposer au spectateur sa vision, son histoire, sa fin, lui donner des archétypes. Je fais mon travail de cinéaste, le spectateur fait son travail de spectateur, c'est un équilibre, une égalité.



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