Biographie
du Comte de Rochester, libertin sulfureux de l’Angleterre du
17 ème siècle, ce film marque par une certaine maîtrise
technique. Qu’il s’agisse d’un éclairage
à la bougie sensible aux contrastes ou à la représentation
quasi palpable d’une Angleterre sur le déclin, perdue
dans la brume et la déchéance de ses terres souillées
par la boue (reconstitution touchante et réalise), le réalisateur
Laurence Dunmore, novice au cinéma, montre toute l’étendue
d’un savoir-faire acquis par la mise en scène de clips
vidéos et de célèbres spots publicitaires (Johnny
Walker, Peugoet, Adidas, BMW) aux Etats-Unis. Graphiste de formation,
il s’attache à la qualité des détails et
au rendu de couleurs, qui restent l’une des principales attractions
de ce film.
Malgré les efforts d’un Johnny Depp transfiguré
au diapason d’un de ces personnages torturés dont il
admire le génie (notamment le défunt Hunter S.thompson,
pape du journalisme Gonzo), Rochester ne se laisse pourtant pas pénétrer.
Le film ne prend pas le temps d’embarquer le spectateur. On
soupçonne alors l’auteur d’avoir vu dans la seule
sémantique de la fornication, omniprésente durant 90
minutes, sujet apte à éveiller les papilles subversives
du spectateur.
Un rappel : pas de biographie sans vice ni provocation, c’est
le leitmotiv de l’exercice cinématographique dans un
genre où la transcription fidèle de la réalité
doit se faire dans un soucis de perspective.... avec soi-même
lorsque le biographe se reconnaît dans son sujet. Avec son époque,
lorsque le sujet fait écho au présent d’une période
tourmentée. Volontairement orientée, souvent politique,
la biographie au cinéma cherche à créer le débat.
La plus récente d’entre elle qui n’a pas échappée
à la règle, le vivement critiqué Marie Antoinette
de Sofia Coppola, a eu le mérite d’être le film
de son auteur.
De ce point de vue, Rochester est paradoxal. Portant sur
un personnage subversif à son époque, le film n’en
reste pas moins convenu. On convient de dialogues particulièrement
crûs, où l’obsession sexuelle s’habille de
la parure théâtralisée de tirades bien écrites.
On convient également que Rochester s’alcoolise notoirement
et qu’il se passionne pour la cause théâtrale...
que son serviteur s’appelle « la verge » et que
la luxure est un plaisir... tous les éléments d’une
définition classique de l’épicurien, figure très
présente au cinéma et de ce fait, figure particulièrement
convenue. Quel est l’intérêt alors de cette énième
proposition impersonnelle ? A quoi bon se contenter d’une telle
apologie du libertinage dans une société où loin
d’être une étude de moeurs, il tend à devenir
une mode. S’il s’agit là d’un point de vue
et qu’il se discute, encore aurait-il fallu que l’auteur
s’emploie à traduire par sa mise en scène un engagement
susceptible de créer une discussion. Rien de tout cela dans
un film où l’appareil génital de l’homme
est sans raisons constamment sous entendu. Quel soulagement alors
que celui de voir le dernier des Libertins agoniser sur son lit de
mort... il n’y a plus de doutes alors, le film approche de la
fin.
Julien Hoarau
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La légende du véritable comte de Rochester
Àsa manière, le comte de Rochester fut une des premières
rock stars de l'Histoire. Alors que l'Europe sortait à peine
du Moyen-Age, découvrant les sciences, la philosophie et les
principes de civilisation, cet homme exista sans aucune limite, sans
compromission, inspirant, séduisant, et vivant comme personne
avant lui. A travers une existence aussi brève qu'intense, John
Wilmot, plus connu comme le comte de Rochester, deuxième du nom,
traversa le XVIIe siècle comme une comète, semant sur
son passage autant de feu que de lumière. Né en 1647,
fils du comte de Rochester, John fait preuve dès son plus jeune
âge d'une intelligence hors norme. Sa forte personnalité
est connue dans toutes les cours d'Europe. Il est alors considéré
comme intelligent, incontrôlable, capable de dire tout ce qu'il
pense au mépris des conventions, sans parler de son charme ravageur
et de ses moeurs…
Alors qu'il a juste vingt ans, Rochester écrit déjà
des poèmes et des textes satiriques qui, par leur façon
explicite d'aborder la sexualité et ses plaisirs, choquent la
bonne société. Ces textes lui vaudront des condamnations,
mais aussi l'admiration de gens comme Defoe, Tennyson et Voltaire. Avec
sa fulgurante ascension au sein de la cour du roi Charles II, sa notoriété
augmente encore. Le monarque, réputé pour sa vision humaniste
et progressiste, apprécie Rochester et en fait son confident.
Il sera souvent difficile pour le roi de couvrir les incartades et les
multiples scandales provoqués par Rochester. L'un des plus grands
reste le kidnapping d'une jeune femme, Elizabeth Malet, parce qu'il
en était fou amoureux. Pour cela, le jeune comte sera emprisonné
à la tour de Londres.
A peine gracié par le roi, il demande sa victime en mariage,
et elle accepte. Bien que proche du souverain, Rochester n'est pas intégré
à sa cour. Ses frasques, notamment son amour pour une jeune comédienne,
Elizabeth Barry, le conduiront à sa perte. Mais si sa fortune
s'effondre, sa verve et son humanité bouillonnante ne faibliront
jamais. Le comte de Rochester s'éteint à 33 ans, et sa
légende est en marche.
La naissance du projet
Quelques siècles plus tard, c'est à travers une pièce
de Stephen Jeffreys que le comte revit au théâtre. Stephen
Jeffreys se souvient : «Tout a commencé chez mon dentiste
! Sa fille venait d'avoir treize ans et il voulait éviter que
certains de ses livres ne tombent entre ses mains, alors il avait entrepris
d'offrir ses bouquins les plus sulfureux à ses patients ! A moi,
il a offert un petit livre du comte de Rochester. L'ouvrage était
intitulé “Quintessence et Délice de la débauche”…
J'ai vite compris pourquoi mon dentiste ne voulait en aucun cas que
ce livre tombe entre les mains de sa fille ! L'ouvrage était
à faire rougir le plus averti des hommes, mais au-delà
de cela, il témoignait de l'esprit remarquable de son auteur.
J'ai eu envie de me documenter sur ce personnage, et ce que j'ai découvert
m'a fasciné. Chacune de mes recherches, chaque découverte
attisait un peu plus mon envie de connaître cet individu. Il possédait
la dimension d'un romantique, la puissance d'un révolté,
en ayant eu visiblement une fascinante aptitude à brûler
sa vie et tout ce qu'il considérait comme sacré avec.
Cet homme avait connu la gloire et la fortune, la solitude et les bas-fonds,
il avait aimé, déchaîné les passions et vécu
en 33 ans plus que n'importe qui en plusieurs vies !» Stephen
Jeffreys écrivit une pièce, «The Libertine»,
qui remporta un succès immédiat, aussi bien en Angleterre
qu'aux Etats-Unis. John Malkovich endossa le rôle du sulfureux
comte. Le comédien confie : «J'ai découvert un personnage
exceptionnel, fidèle à ses principes, provocateur, doué
et très en avance sur son temps.» C'est l'acteur lui-même
qui a initié le projet d'adaptation au cinéma, avec tellement
d'enthousiasme qu'il en est aussi devenu le producteur.
Le casting
Laurence Dunmore explique : «L'histoire est un premier atout du
film, mais son casting en est un autre. Lorsque Johnny Depp a accepté
le rôle du comte, nous avons compris que le projet prenait une
autre envergure. John Malkovich avait souhaité incarner le roi
Charles II, et c'était une autre bonne nouvelle.» John
Malkovich confie : «Rochester partageait sa vie entre sa femme
et sa maîtresse, entre le plus excellent des goûts et les
plus doux des vices. C'était un homme entier, fidèle à
lui-même et à ses passions. Johnny Depp s'est imposé
à nous sans l'ombre d'une hésitation.
Le personnage, rebelle et séduisant, assumant ses contradictions
et donnant tellement aux autres, lui va parfaitement.» Johnny
Depp commente : «J'ai toujours aimé les personnages qui
échappent aux conventions. Rochester n'était ni un héros,
ni quelqu'un de forcément très recommandable et pourtant,
il avait pour lui ce que peu avaient en son temps : l'honnêteté
d'assumer ce qu'il était et le courage de dire ce qu'il pensait.
C'est cette intégrité qui lui a valu ses admirateurs aussi
bien que ses ennemis. Je n'ai pas voulu l'aborder comme un idéal
romantique, mais comme un homme uniquement motivé par ses élans
passionnels et son intelligence.» C'est Samantha Morton qui a
été choisie pour interpréter la protégée
du comte, Elizabeth Barry. L'actrice raconte : «C'est une histoire
incroyable, émouvante. J'ai été captivée
par le scénario. Je ne connaissais pas le personnage de Rochester
et c'est une découverte.
Avec Elizabeth, mon personnage, il va vivre une passion absolue, contre
les principes, contre la bienséance mais jusqu'au bout d'eux-mêmes.
J'ai aimé leurs rapports, cette énergie, ce risque, cette
sensation constante de courir au bord du gouffre. Grâce à
lui, Elizabeth va devenir l'une des plus grandes comédiennes
de son époque. C'est une passion féconde, rien n'y est
tiède.» L'actrice poursuit : «En préparant
le film, j'ai eu accès à de nombreux documents sur Elizabeth
Barry. Elle vivait dans une époque incroyablement riche. Beaucoup
de détails matériels, les décors, les costumes
m'ont inspirée pour la jouer mais au-delà de cela, j'ai
d'abord souhaité la faire revivre à travers ses sentiments,
ses émotions parce que de ce point de vue-là, elle est
totalement intemporelle.» Rosamund Pike incarne Elizabeth Malet,
l'épouse du comte de Rochester. L'actrice explique : «C'est
l'autre Elizabeth dans la vie de Rochester. Il l'a enlevée, il
l'a séquestrée et elle a accepté de l'épouser
! Entre eux, il y avait quelque chose de très fort.
Elle est probablement celle qui l'a le mieux compris. Elle savait qu'il
l'aimait mais elle avait aussi saisi qu'elle ne lui suffirait pas. Cela
ne devait pas être facile à vivre, et c'est une des clefs
du personnage.» Autre femme qui compta énormément
pour Rochester, son amie, Jane, une prostituée jouée dans
le film par Kelly Reilly. L'actrice raconte : «Cet homme avait
des aspects aussi lumineux que sombres. Il incarnait la vie dans tous
ses paradoxes. Rochester se partageait entre deux mondes, celui du luxe
et de la cour et celui de la misère et des basfonds. Le film
n'idéalise aucun des deux univers, il les présente sobrement,
en restant centré sur les personnages. Jane avait de nombreux
points communs avec Rochester ; comme lui, elle avait accepté
de se perdre pour mieux se trouver…» Laurence Dunmore commente
: «A mon sens, « Rochester le dernier des libertins »
n'est pas un film d'époque historique.
Il nous plonge au coeur du destin et des sentiments d'un homme qui a
tout vécu sans concession. Son attitude échappe aux contextes,
aux époques et aux modes. Chaque jour, j'ai été
stupéfait de voir quelle force Johnny, John, Samantha, Rosamund
et tous les autres donnaient à leurs personnages. De cette histoire
incroyable, ils ont fait une rencontre poignante.».
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