)))  I DRINK YOUR BLOOD
        
    de David E. DURSTON             
 

  • Série B Grindhouse - 1970 - Etats-Unis - durée: 1h23
  • Sortie à la Vente en DVD le 07 Janvier 2009
  • Interdit aux Moins de 16 Ans
  • Éditions Néo Publishing

SYNOPSIS

Une bande de Hippies satanistes brutalise plusieurs habitants d'une paisible bourgade. Par vengeance, le frère d'une jeune femme violée les empoisonne avec le sang d'un chien enragé. Ils se transforment alors en sauvages sanguinaires. Une folie meurtrière s'étend par contagion à toute la ville.

POINT DE VUE
L'observateur attentif et opiniâtre des moeurs cinéphiles de ces quarante dernières années a souvent pu constater - avec amertume - que les rares films à principalement communiquer sur leurs déboires « censuriels », s'ils parvenaient à créer, les week-ends de championnat chiche en hat tricks, quelques remugles sociétaux pouvant les porter jusque dans les brèves anémiques des JT familiaux, leurs qualités intrinsèquement cinématographiques en revanche n'étaient rarement à la hauteur du débat initié, nous faisant par là même vérifier s'il était besoin l'adage shakespearien: beaucoup de bruit pour rien.

On aura en mémoire*, illustrant par trop bien ce triste paradoxe, le récent (et faible donc) Saw 3 du fort ad hoc Bousman et, un peu plus loin, le terriblement décevant Baise Moi des misses Trinh Ti et Despentes.
Or, si peu de monde jusqu'à cette bienheureuse parution dévédesque du film de David Dunston avait à ce jour pu voir I Drink Your Blood (malgré sa croquignolette réédition VHS chez Delta Video, sous le titre Buveurs de Sang), plus nombreux étaient toutefois ceux à savoir que l'objet avait un temps été celui de toutes les effarouchées attentions de l'américaine MPAA puisque la fameuse production fut la première ixée pour violence.

Nous ne creuserons pas davantage le sillon rétrospectif de la légitimité ou non à voir cette oeuvre ainsi ostracisée puisque, somme toute, l'argument commercial offert sur plateau d'argent au producteur Jerry Gross appuya plus qu'il n'était espéré les méthodes propres à la complaisante communication des oeuvres d'exploitation propres au genre « Grindhouse ».

Si aujourd'hui le concept et l'esthétique du Grindhouse apparaissent relativement familiers (même pour les non-habitués des doubles séances du Colorado, du Strasbourg, de l'Eldorado et du Brady (ou de la 42ème rue !)), c'est bien sûr grâce au projet de 2006 de la paire Tarantino/Rodriguez (Grindhouse: Death Proof/Planet Terror), et on sait désormais donc tout le sel de l'achoppement (parfois artificiel) de deux films en un double programme volontiers dégénéré. Il en allait donc de même, en 1970, avec le film de Dunston, tourné sous le titre de State Farm et que Gross rebaptiserait I Drink your Blood pour le présenter avec une bande de 1964 de Del Tenney, (Zombie Bloodbath) lui même renommé I Eat Your Skin pour offrir un diptyque aussi péremptoirement thématique que mollement mensonger (le producteur, décidément quasi père spirituel de Tarantino ce faisant, s'en irait ensuite amorcer le courant de la blaxploitation en finançant le Sweet Sweetback's Baadasssss Song de Melvin Van Peebles).

Ecrit sous l'influence évidente (même si certaines sont orgueilleusement niées !) d'un faisceau de motivations à la fois concentré (exploitation du filon de La Nuit des Morts-Vivants et de celui des modus et effets de la rage (le réalisateur ayant eu le loisir de visionner des bandes cliniques de patients atteints), curiosité pour le satanisme et opportunisme pour les contemporains agissements acides et meurtriers de la « Famille » de Charles Manson) et disparate quant à leur bien fondé et leur bon goût, il est notable pour le spectateur, débarrassé de ses préjugés moqueurs mais aussi de ses velléités à l'encensement cultiste par trop prompt, de vite constater que la chose, bien que bis et outrée, relève plutôt du cinéma – enfin d'une amorce de cinéma, d'une sincère intention. L'attention portée au cadre, le jeu de quelques focales, certains mouvements immersifs ou encore la BO loin d'être toc (malgré quelques envolées batmaniennes parfois peu appropriées) de Clay Pitts, laissent à croire que les limites de l'entreprise seraient principalement budgétaires (cet espoir s'étiolera cependant, soyons froidement honnêtes, allez !).

Certes les comédiens proposent des compositions pour le moins inégale (si le black George Patterson ou Richard Bowler s'en sortent avec les maigres honneurs permis par ce type d'entreprise et que l'étrange charisme de la cultissime Lynn Lowry (vue ensuite chez Cronenberg (le remarquable Frissons), Schrader et Romero) fait relativement l'affaire, celui du danseur de Madras Bhaskar Roy Chowdhury ne saurait suffire toujours (surtout lors des affligeantes envolées de rire sardonique du gourou) pour ne pas désamorcer certaines séquences possiblement dérangeantes) et la rigueur n'est pas le maître-mot de nombre de compartiments de la production (continuité dramatique hasardeuse, gestion des espaces et des ressources en personnages discutable, arythmie patente (certaines actions sont dilatées exagérément par un montage parallèle plus ambitieux que visiblement maîtrisé), facilité poussive de certains tricks (l'hydrophobie des sujets, véridique mais maladroitement appuyée) et libertés discutables autant que contradictoires prises avec le rigoureux argument pathologique initial), mais pourtant l'esprit régissant la chose (parfois pas si éloigné d'un Russ Meyer) et quelques motifs (la fusillade finale, implacable jusqu'au dérangeant, romeresque presque), gratuits ou politiquement pas (les suicides de la jeune femme enceinte s'auto-empalant et de la geisha psychotroniquement sadique s'immolant sans préambule, mais aussi quelques punchlines goguenardement blackpowerisantes) laissent à croire que l'oeuvre en aurait sous la pédale si elle n'était pas tant enfermée dans son carcan reducteur et fauché de genre grand-guignolesque. L'humour transpirant du métrage serait d'ailleurs à interroger s'il nous restait un peu de courage: fait volontaire ? désamorçage moral ? potacherie contrainte ? second degré induit par une vision post-moderne (façon troma-geek) ? A vous de voir.

Sorte de parent gore des Quelques Messieurs Trop Tranquilles que tournera Georges Lautner deux ans plus tard dans le Lot avec Charles Southwood en gourou charismatique et Henri Guybet en adjoint au maire pas, on regrettera qu'en l'état le film ne semble pas chercher à dire grand chose ni ne tente d'ausculter un tant soit peu le choc des « cultures » qu'il installe hâtivement (comme ce sera le cas chez Craven (Last House on the Left) ou Hooper (Texas Chainsaw Massacre) !) autrement que par le biais d'une opposition à la gratuité paresseusement snuffeuse (petits massacres d'animaux exacerbant le malsain de l'ambiance) et à la cruauté inconséquente réciproques. C'est bien beau le Grindhouse... mais c'est jamais que du Grindhouse.


/ Jocelyn Manchec

* Ken Park de Larry Clark et Nine Songs de Michael Winterbottom sont tombés aussi sous l'infamante limite.


 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation & Scénario
    : David E. Durston
    Casting: Bhaskar Roy Chowdhury (Horace Bones), Jadine Wong (Su-Lin), George Patterson (Rollo), Lynn Lowry (Carrie), Riley Mills (Pete), John Damon (Roger Davis), Elizabeth Marner-Brooks (Mildred Nash), Richard Bowler (Doc Banner)
    Producteurs: Jerry Gross, Henry Kaplan
    Musique Originale: Clay Pitts
    Photographie: Jacques Demarcecaux, Joseph Mangine (non crédité)
    Montage: Lyman Hallowell
    Direction Artistique: Charles Baxter


  •  LE DVD

    PAL – Zone 2 – Couleurs
    Image & Son:
    Langues: Anglais & Français Mono Dolby Digital
    Sous-Titres: Français
    Image: 4/3
    Format : 1:33



  •  BONUS

    * Commentaire Audio (par David E. Durston et Bhaksar Roy Chowdhury)
    Notre avis: C'est toujours un peu la même chose avec les commentaires de films tournés des décennies auparavant: entre infos déformées (auxquelles il faudra pourtant porter foi, faute de mieux), vaines anecdotes, remplissages polis et véritable analyse, il y a toujours plus à boire qu'à manger. JM

    * 4 Scènes Coupées Commentées (id.): 6'
    Notre avis: L'occasion de juger de la pertinence du montage officiel proposé, ici partiellement désavoué puisque la moitié au moins des séquences écartées méritaient leur place, à commencer par une fin alternative, pessimistement épilogueuse, bien supérieure (même si discutablement rythmée) à celle, banale et stupidement précipitée, retenue in fine. JM


    * Publicité Radiophonique Originale et Bande-Annonce: 2'47''
    Notre avis: documents « délicieux » pour savourer l'interminable surenchère, l'esthétique jubilatoirement obscène et salingue, le sensationnalisme disproportionné enfin, des harangues publicitaires Grindhouse. Occasion de constater chaleureusement que l'idée, la fragrance, l'esprit du genre est toujours diablement supérieur à sa modeste mais « cordiale » réalité. JM

    * Chutes de Montage: 3'18''
    * Galerie Photo
 
 
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