| )))
I DRINK YOUR BLOOD de David E. DURSTON |
||||
|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
L'observateur
attentif et opiniâtre des moeurs cinéphiles de ces quarante
dernières années a souvent pu constater - avec amertume
- que les rares films à principalement communiquer sur leurs
déboires « censuriels », s'ils parvenaient à
créer, les week-ends de championnat chiche en hat tricks, quelques
remugles sociétaux pouvant les porter jusque dans les brèves
anémiques des JT familiaux, leurs qualités intrinsèquement
cinématographiques en revanche n'étaient rarement à
la hauteur du débat initié, nous faisant par là
même vérifier s'il était besoin l'adage shakespearien:
beaucoup de bruit pour rien.
On aura en mémoire*, illustrant par trop bien ce triste paradoxe, le récent (et faible donc) Saw 3 du fort ad hoc Bousman et, un peu plus loin, le terriblement décevant Baise Moi des misses Trinh Ti et Despentes. Or, si peu de monde jusqu'à cette bienheureuse parution dévédesque du film de David Dunston avait à ce jour pu voir I Drink Your Blood (malgré sa croquignolette réédition VHS chez Delta Video, sous le titre Buveurs de Sang), plus nombreux étaient toutefois ceux à savoir que l'objet avait un temps été celui de toutes les effarouchées attentions de l'américaine MPAA puisque la fameuse production fut la première ixée pour violence. Nous ne creuserons pas davantage le sillon rétrospectif de la légitimité ou non à voir cette oeuvre ainsi ostracisée puisque, somme toute, l'argument commercial offert sur plateau d'argent au producteur Jerry Gross appuya plus qu'il n'était espéré les méthodes propres à la complaisante communication des oeuvres d'exploitation propres au genre « Grindhouse ». Si aujourd'hui le concept et l'esthétique du Grindhouse apparaissent relativement familiers (même pour les non-habitués des doubles séances du Colorado, du Strasbourg, de l'Eldorado et du Brady (ou de la 42ème rue !)), c'est bien sûr grâce au projet de 2006 de la paire Tarantino/Rodriguez (Grindhouse: Death Proof/Planet Terror), et on sait désormais donc tout le sel de l'achoppement (parfois artificiel) de deux films en un double programme volontiers dégénéré. Il en allait donc de même, en 1970, avec le film de Dunston, tourné sous le titre de State Farm et que Gross rebaptiserait I Drink your Blood pour le présenter avec une bande de 1964 de Del Tenney, (Zombie Bloodbath) lui même renommé I Eat Your Skin pour offrir un diptyque aussi péremptoirement thématique que mollement mensonger (le producteur, décidément quasi père spirituel de Tarantino ce faisant, s'en irait ensuite amorcer le courant de la blaxploitation en finançant le Sweet Sweetback's Baadasssss Song de Melvin Van Peebles). Ecrit sous l'influence évidente (même si certaines sont orgueilleusement niées !) d'un faisceau de motivations à la fois concentré (exploitation du filon de La Nuit des Morts-Vivants et de celui des modus et effets de la rage (le réalisateur ayant eu le loisir de visionner des bandes cliniques de patients atteints), curiosité pour le satanisme et opportunisme pour les contemporains agissements acides et meurtriers de la « Famille » de Charles Manson) et disparate quant à leur bien fondé et leur bon goût, il est notable pour le spectateur, débarrassé de ses préjugés moqueurs mais aussi de ses velléités à l'encensement cultiste par trop prompt, de vite constater que la chose, bien que bis et outrée, relève plutôt du cinéma – enfin d'une amorce de cinéma, d'une sincère intention. L'attention portée au cadre, le jeu de quelques focales, certains mouvements immersifs ou encore la BO loin d'être toc (malgré quelques envolées batmaniennes parfois peu appropriées) de Clay Pitts, laissent à croire que les limites de l'entreprise seraient principalement budgétaires (cet espoir s'étiolera cependant, soyons froidement honnêtes, allez !). Certes les comédiens proposent des compositions pour le moins inégale (si le black George Patterson ou Richard Bowler s'en sortent avec les maigres honneurs permis par ce type d'entreprise et que l'étrange charisme de la cultissime Lynn Lowry (vue ensuite chez Cronenberg (le remarquable Frissons), Schrader et Romero) fait relativement l'affaire, celui du danseur de Madras Bhaskar Roy Chowdhury ne saurait suffire toujours (surtout lors des affligeantes envolées de rire sardonique du gourou) pour ne pas désamorcer certaines séquences possiblement dérangeantes) et la rigueur n'est pas le maître-mot de nombre de compartiments de la production (continuité dramatique hasardeuse, gestion des espaces et des ressources en personnages discutable, arythmie patente (certaines actions sont dilatées exagérément par un montage parallèle plus ambitieux que visiblement maîtrisé), facilité poussive de certains tricks (l'hydrophobie des sujets, véridique mais maladroitement appuyée) et libertés discutables autant que contradictoires prises avec le rigoureux argument pathologique initial), mais pourtant l'esprit régissant la chose (parfois pas si éloigné d'un Russ Meyer) et quelques motifs (la fusillade finale, implacable jusqu'au dérangeant, romeresque presque), gratuits ou politiquement pas (les suicides de la jeune femme enceinte s'auto-empalant et de la geisha psychotroniquement sadique s'immolant sans préambule, mais aussi quelques punchlines goguenardement blackpowerisantes) laissent à croire que l'oeuvre en aurait sous la pédale si elle n'était pas tant enfermée dans son carcan reducteur et fauché de genre grand-guignolesque. L'humour transpirant du métrage serait d'ailleurs à interroger s'il nous restait un peu de courage: fait volontaire ? désamorçage moral ? potacherie contrainte ? second degré induit par une vision post-moderne (façon troma-geek) ? A vous de voir. Sorte de parent gore des Quelques Messieurs Trop Tranquilles que tournera Georges Lautner deux ans plus tard dans le Lot avec Charles Southwood en gourou charismatique et Henri Guybet en adjoint au maire pas, on regrettera qu'en l'état le film ne semble pas chercher à dire grand chose ni ne tente d'ausculter un tant soit peu le choc des « cultures » qu'il installe hâtivement (comme ce sera le cas chez Craven (Last House on the Left) ou Hooper (Texas Chainsaw Massacre) !) autrement que par le biais d'une opposition à la gratuité paresseusement snuffeuse (petits massacres d'animaux exacerbant le malsain de l'ambiance) et à la cruauté inconséquente réciproques. C'est bien beau le Grindhouse... mais c'est jamais que du Grindhouse. / Jocelyn Manchec *
Ken Park de Larry Clark et Nine Songs de Michael Winterbottom
sont tombés aussi sous l'infamante limite. |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
°°°°° |
||||