)))  DUTY FREE
        
20 courts métrages, séries courtes, grattages, rayures,          poils et poussières de CLAUDE DUTY
                       

   

  • 1978 à 2000 - France - durée: 185'
  • Sortie à la Vente en DVD le 15 mars 2006
  • Editions Cinémalta
  • Prix de vente conseillé : 19,95 €
   
 
POINT DE VUE
 

  Au premier abord de cet assemblage hétéroclite de courts-métrages, où se confrontent genres, supports et durées, on serait tenté de croire que les œuvres disparates et brillantes d’une vingtaine de cinéastes viennent d’être regroupées. Ce serait faire affront au talent de Claude Duty, car il s’agit bien du recueil quasiment intégral de ses films courts et étonnants (seuls Le Courant d’air, Les Contes du noyé bagué et Popée manquent à l’appel).

Habitués des festivals, de Clermont-Ferrand à Brest, en passant par Avoriaz, les essais de Duty ne suivent aucune ligne directrice, sinon celle d’offrir au spectateur «un nouveau regard» sur le quotidien, ainsi que le souligne le synopsis de La Religieuse de Diderot. Loin d’être anodine, l’expression fait presque office de clé pour aborder la rétrospective : il faut voir les choses autrement. Quand on s’approche des ruminantes paisibles de Rêves de vaches et que l’on investit leurs pensées, on se rend compte qu’elles imaginent dans le ciel de bien curieux objets volants non identifiés. Puis, quand on surprend dans le réfrigérateur les aliments de Dialogues givrés, ou sur la banque de la cuisine les légumes de Mourir en Macédoine, on découvre qu’ils sont doués d’une vie propre, qui peut les conduire tant à séduire un yoghourt qu’à se suicider par désespoir. Encore, quand on s’interroge longtemps sur la signification du tableau des Enervés de Jumièges, on s’invente la lente dérive de princes mérovingiens déchus, au fil de la Seine.

L’observation appuyée permet donc d’accéder à une seconde réalité, et Duty joue habilement avec ce schéma. Tantôt la contemplation de l’objet le plus banal mène aux élucubrations les plus folles, comme ce paquet de cigarettes qui révèlerait l’emplacement de la chambre d’Horus (En plein dans la cuisse) ; tantôt d’un monde pour le moins insolite, on revient finalement à une explication rationnelle, comme ces formes qui s’agitent sur fond sonore de savane africaine, et dont on comprend qu’elles représentent les parasites du paludisme, examinés au microscope par le docteur Schweitzer (Observation de l’hématozoaire de Laveran).

Duty éprouve le regard du spectateur, l’amène à réagir, à participer même. Dans la série courte Catch-watch, produite à l’origine pour la télévision, il propose ainsi de retrouver, à l’intérieur d’un plan fixe et dans la limite de quinze secondes, un personnage ou un objet. Surtout, dans Mode d’emploi, il appose à des images de pellicules grattées et clignotantes, un discours inquiétant sur les pathologies de la vue au cinéma : sur un ton clinique, on s’entend mettre en garde contre une infection ophtalmique, qui « peut avoir comme conséquences des tumeurs cérébrales ». Le regard, toujours le regard.

Mais, comme le prouve le travail de Duty en général, et plus particulièrement le très beau Intra-muros, il ne faut pas exclure, de cet examen visuel attentif, une scrutation sonore, celle du grésillement de la pellicule comme celle des objets et des bâtiments bavards. Observer, c’est également être à l’écoute. L’unique film caché de cette rétrospective, Pierres et Claude, qui a provoqué quelque clameur lors de sa projection à Clermont-Ferrand, ne s’articule qu’autour de cette double scrutation : d’un côté, un plan fixe voit défiler les jours sur la cathédrale de Rouen, avec des nuances très subtiles de couleurs et de vitesses ; de l’autre, une bande sonore oscille entre bruitages réalistes et musique de fosse. Une petite merveille pour conclure ce recueil.


Stéphane Tralongo

     
FICHE TECHNIQUE
   

 
      LES FILMS
      (notes de Claude Duty)

  • La religieuse de Diderot (1978 - 1' - 16mm)
    Le premier film que j’ai osé envoyer dans de grands festivals. À mon grand étonnement, il reçoit des prix ! C’est le déclic.

  • Passera-t-il ? (1991 - 10'- 35mm)
    Mon premier film avec dialogues et acteurs connus (Marie Bunel et Maxime Leroux). Un concept entre Duras et Tex Avery !

  • Rêves de vaches (1978 - 2' - 16mm)
    Mon premier contact avec Canal + ; ce sont les seuls qui se sont intéressés à ce film OVNI.

  • Retour de bâton (1992 - 7' -35mm)
    Avec ce film j’aurais aimé aller plus loin dans la pixillation mais hélas cela n’a pas été possible. Il a toutefois très bien marché.

  • Mode d'emploi (1979 - 3' -16mm)
    Réalisé sur une bande Super 8, gonflée en 16 mm puis en 35 mm en raison de son succès dans les festivals. Première sélection cannoise.

  • La Pucelle des zincs (co-réalisé avec Alain Ade)
    (1995 - 20' -35mm)
    Tentative de comédie musicale réalisée avec Alain Ade qui a écrit toutes les paroles des chansons. Mon court métrage le plus cher. Beau succès.

  • J'en bave (1979 - 3' -16mm)
    Un film très simple fait uniquement de champs / contrechamps. On y voit tous mes fidèles complices qui m’ont toujours soutenu.

  • Stigmates (co-réalisé avec Jean-Louis Gonnet)
    (1996 - 28' -35mm)
    Mon film le plus “sérieux”, co-réalisé avec Jean-Louis Gonnet. Au départ nous voulions faire un documentaire sur les stigmatisés, c’est devenu, après mûres réflexions, un film de fiction. Le documentaire reste à faire.

  • Observation de l'hématozoaire de Laveran (1980 - 6' -16mm)
    Mon deuxième grattage sur pellicule. Il a voyagé dans plusieurs pays grâce à Dominique Noguez qui l’a beaucoup défendu. Plus tard sa réputation m’a permis de faire la séquence finale d’Irma Vep d’Olivier Assayas.

  • Irma Vep d'Olivier Assayas (grattage sur rushes muets)
    (1996 - 8' - 35mm)
    Grâce aux longues heures de grattage sur pellicule effectuées sur ce film j’obtiens le statut d’intermittent du spectacle et deviens réalisateur à plein temps!

  • Intra-muros (1984 - 10' -16mm)
    Le film a fait très peu de festivals, bien sûr c’est un peu mon chouchou. L’idée reste toujours selon moi à développer dans un film plus long.

  • Poids et moi (1997 - 6' -35mm)
    Mon film le plus radical et conceptuel : 2 valeurs de plans, un seul axe et des acteurs tronqués. C’est ce que j’aime.

  • Cache-Watch (1985 - 6 x 0'30)
    Mon tout premier essai de série que j’espérais vendre à Canal... Canal n’en voulut pas et ces 6 pilotes sont restés inédits.

  • Rupture imposée (1997 - 4'- vidéo)
    Film destiné uniquement à la télé. Il n’a pratiquement pas été montré car des deux “ruptures” c’est celle de fin d’été qui a le mieux marché.

  • Les Énervés de jumièges (1986 - 20' -35mm)
    Ma rencontre avec Jacques Rouxelle et Marcelle Ponti mes premiers “vrais” producteurs. C’est mon premier film en 35 mm avec ma première aide du CNC. Tournage épique et très aquatique. Devenu film culte, Il reste mon film préféré.

  • Rupture de fin d'été (1997 - 4' - vidéo)
    Fait le pendant à “Rupture imposée”. C’est un de mes courts métrages préféré, surtout grâce au truquage final... un vieux fantasme.

  • Mourir en Macédoine (1988 - 4' - 35mm)
    Mon court métrage le plus connu. Tourné dans ma cuisine sous l’œil vigilant de Guy Jacques qui a guidé mes premiers pas d’animateur.

  • En plein dans la cuisse ! (1999 - 16'- vidéo)
    Tourné volontairement en caméra DV. Un faux documentaire comme je les adore entre BD et canular. Le film n’a hélas pas trop circulé pourtant c’est tout à fait mon humour !!!!

  • Dialogues givrés (1990 - 13 x 0'35 - vidéo)
    Série réalisée à Bobigny dans le studio de Guy Jacques.

  • Le Goût du couscous (2000 - 11'- vidéo)
    Fait à partir des très nombreux “bloc-notes” que je tourne quotidiennement avec ma petite caméra vidéo. C’est une totale fiction pourtant beaucoup de personnes veulent y voir des références à la réalité, sans doute parce que si l’on est observateur on y reconnaît beaucoup de visages connus.



  •  LE DVD

    DVD 9 - Zone 2 - PAL - noir & blanc/couleurs

    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Son: Mono

    Langue: français

    BONUS  
    * Livret
    Un fascicule instructif, qui comporte, entre autres indications, le synopsis de chaque film ainsi que des commentaires de Claude Duty. Il avoue ainsi avoir un faible pour Intra-muros et Les Enervés de Jumièges. ST

    * Bonus caché
    Pierres & Claude (35 mm, 12 min)
    Filmé sur 7 mois. Le type de “travail” que j’adore entre expérimental et animation. Il a provoqué un petit chahut à Clermont mais y a aussi trouvé de fervents défenseurs. C’est d’ailleurs mon film qui a le plus d’admirateurs passionnés.
   
   
QUI EST CLAUDE DUTY ?
   

Né à Tunis en 1946, Claude Duty s’installe en France à la fin des années 50. Il s’intéresse très tôt au cinéma, tourne des films de famille en super 8 puis en 16 mm au sein du ciné-club de son lycée. Après une formation en arts plastiques, il travaille comme graphiste dans la publicité et consacre tout son temps libre et ses économies à la réalisation de courts métrages. Duty fait des films en « amateur éclairé » s’entourant de professionnels, pour la plupart des amis qui embarquent volontiers sur son navire au hasard des voyages et des opportunités. En 1978, La religieuse de Diderot est proposé à quelques festivals ; il est largement sélectionné et plusieurs fois primé.
Pour Claude Duty, c’est le début de la reconnaissance publique et festivalière qui ne cessera depuis, l’imposant désormais comme une figure incontournable du court métrage français. En 1996, Olivier Asayas lui propose de réaliser la séquence finale d’Irma Vep. Les nombreuses heures passées à gratter la pellicule lui ouvrent ses droits à l’intermittence. Claude Duty devient réalisateur à plein temps, continuant d’explorer différentes techniques cinématographiques (fiction, animation, expérimental...).
En 2002, il réalise son premier long métrage Filles perdues, cheveux gras, suivi, un an plus tard, de Bienvenue au gîte.
Claude Duty travaille actuellement sur deux longs métrages, un documentaire et un court métrage expérimental.

(sources: Arte TV)
                                  
                                           
 


Site officiel de Claude Duty
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