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Edité
par mk2 dans la très intéressante collection «Cinéma
Découverte», avec entre autres Be with me d’Eric
Khoo (2005), le film mexicain Sangre, premier long-métrage
d’Amat Escalante, a remporté le prix de la critique internationale
à Cannes en 2005, et a introduit, surtout, un nouvel auteur prometteur.
L’assistant réalisateur de Batalla en el cielo
(Carlos Reygadas, 2005) a fait remarquablement ses preuves avec cette
œuvre à la souffrance palpable. Après un générique très sobre, en caractères noirs sur fond blanc et complètement silencieux, qui annonce déjà une mise en scène sans fioritures, le film s’ouvre sur un plan de Diego (Cirilo Recio), étendu à même le sol, vraisemblablement assommé. Lorsqu’il reprend connaissance et se redresse un peu, il tâte de la main son front, marqué d’une entaille sanglante. Blanca (Laura Saldaña), sa femme, traverse la pièce sans lui prêter la moindre attention, et sort. Alors, les lettres épaisses du titre Sangre, c’est-à-dire « sang », viennent recouvrir Diego, comme un drap d’hôpital ou un linceul pâle. Cette séquence de mauvais augure, hantée comme le reste du film par le désespoir sans fond du Seul contre tous de Gaspar Noé (1998), contient déjà en elle le germe de la misère. Le corps de Diego, d’abord, résume à lui seul sa pitoyable existence. La journée, ses bras maigres et courts, comme des membres atrophiés, pressent un minuscule compteur à l’entrée d’un bâtiment gouvernemental, tandis que ses jambes, toutes aussi décharnées, restent immobiles. Au déjeuner et au dîner, la nourriture grasse et bon marché des fast food vient gonfler encore son ventre difforme. Le soir, ses yeux atteints de strabisme suivent avec intérêt les telenovelas, d’insipides feuilletons télévisés, ou les images violentes des actualités, qui font dire à Blanca une terrible réplique, «Quelle horreur ! Les pauvres.», phrases que l’on appliquera au couple lui-même. Mais, alors que le boucher de Seul contre tous (Philippe Nahon) avait choisi de se débattre pour sortir du marasme ambiant, Diego a quant à lui décidé de tout subir. Aussi, la position couchée dans laquelle on le trouve dès le début du film, et qu’il adopte ensuite fréquemment (dans le lit, sur le canapé), révèle bien son impuissance, son incapacité à opposer le moindre refus à sa femme et, au-delà, à imposer le moindre changement à sa vie. Les événements glissent ainsi sur lui et l’on désespère, pendant plus d’une heure, de le voir se relever et tenter de reprendre les rennes. Tout lui échappe : Blanca le masturbe négligemment devant la télévision ou lui ordonne de la prendre «bien fort» sur la table de la cuisine ; sa propre fille, Karina (Claudia Orozco), qui se drogue à la cocaïne et n’a nulle part où aller, ne provoque même pas chez lui le déclic tant attendu, du moins pas encore. Car pour sortir Diego des profondeurs de sa léthargie, seul un événement extrêmement tragique peut faire office de déclencheur. Et cet événement arrive tardivement avec l’overdose de Karina. Alors qu’il a emballé et jeté son jeune corps dans une benne à ordures, Diego se réveille peu à peu et, au lieu d’enfouir ce drame dans les abysses de sa mémoire, part à la recherche de la dépouille abandonnée (on remarque, avant son réveil, un fondu au noir bien plus long que les précédents). Il s’habille et ignore pour la première fois les questions autoritaires de sa femme. Après avoir erré dans une décharge, il gravit les monticules d’ordures et accède, en haut, à «l’arbre de la vie et de la mort» (un supplément, Chronique du tournage, revient par ailleurs sur l’élaboration de cette très belle séquence). C’est peu de dire que le film marque durablement les esprits, tant le trio d’acteurs et la mise en scène, concise et savante, en font, au lieu d’un premier essai, un coup de maître. Il faut dire que l’on était pas non plus sorti indemne de Seul contre tous. Aussi faut-il se laisser gagner par le sommeil terrifiant de Sangre, pour ensuite en ressortir brutalement, certes, mais avec le sentiment d’être bien vivant. Stéphane Tralongo |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| INTERVIEW AVEC AMAT ESCALANTE (éléments de presse) | ||||
| Comment
est née l'idée du film ? Ce projet est né en marchant dans les rues de Mexico, en écoutant les gens parler dans les bus et en observant ce qu'ils mangent, ce qu'ils jettent. Les différences sociales et économiques évidentes dans mon pays ont créé un déséquilibre culturel, économique et humain flagrant. Cela engendre un désenchantement et une frustration sur une population désormais incapable de prendre en charge son propre avenir. Ces gens ont perdu toute capacité et tout désir de communiquer rationnellement avec les autres et particulièrement avec leurs proches. Qu'elle est, selon vous, l'influence des feuilletons télévisés sur les gens les plus simples ? Les gens, tout au moins à Mexico, regardent les feuilletons télévisés tous les soirs et ils se mettent même à parler et à se comporter comme les personnages de ces séries. Cela explique pourquoi la plupart des dialogues de mon film pourraient être extraits directement de l'un de ces feuilletons, ce qui est à la fois absurde et ridicule. Je suis convaincu que cela envahit les gens à un degré qui échappe à tout contrôle car ces feuilletons sont généralement porteurs d'un message fort sur le plan moral. Votre personnage principal, Diego, a toujours l'air sur le point d'exploser, mais il semble aussi se retenir en permanence. Pourquoi cette attitude ? C'est de cette façon que je vois le monde d'aujourd'hui, toujours sur le point d'exploser, alors qu'en fait rien ne semble se passer. Il se contente d'absorber tous les problèmes auxquels il se trouve confronté et, une fois qu'il ne peut plus supporter cette situation, il se comporte avec une grande stupidité sous le coup de la peur. C'est très frustrant. Il n'explose pas, parce qu'il a trop peur de ce que pourrait engendrer une telle réaction. Pourquoi avez-vous utilisé le Cinémascope pour filmer une histoire aussi intime ? J'apprécie ce format pour sa façon de remplir l'espace d'un écran de cinéma. J'ai découvert qu'en utilisant de longues focales en intérieur, ce format me donnait une forte sensation de claustrophobie et en même temps, il m'offrait la possibilité de donner une grande impression de liberté et une vision panoramique dans les extérieurs de la fin du film, au moment où le monde semble s'ouvrir. J'aime la façon dont ce format coupe la tête et le corps et je l'ai utilisé dans cet esprit. Par ailleurs, il correspond parfaitement aux plans du long divan sur lequel sont vautrés en permanence les deux personnages. |
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| BIO - FILMOGRAPHIE DE AMAT ESCALANTE | ||||
| Né
à Barcelone en février 1979, Amat Escalante vit au Mexique
depuis son plus jeune age. |
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