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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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La
Trahison est le 8e film de Philippe Faucon (on lui doit notamment
Muriel fait le désespoir de ses parents en 1995 et Samia
en 2000). Il s'attaque ici à un sujet sensible, la guerre d'Algérie.
La représentation de ce conflit dans le cinéma français
a toujours été soumise à la censure, la France
refusant de regarder en face cette part d'ombre de son histoire. Le
Petit soldat de Jean-Luc Godard (1960) est interdit par le pouvoir
gaulliste à sa sortie et invisible pendant 3 ans, La Bataille
d'Alger de Gillo Pontecorvo (1966) est interdit à sa sortie
et censuré en 1971, Avoir 20 ans dans les Aurès
de René Vautier (1972) est censuré à sa sortie
et Vautier se met en grève de la faim pour lever l'interdiction
de la projection du film en salle (Vautier affirmait en 2001 dans L'Humanité
: "Voiler ce qui s'est fait pendant la guerre d'Algérie,
c'était porter sur l'ensemble des gens qui ont participé
à cette guerre le soupçon d'avoir été tortionnaires.
Ce qui m'a toujours attristé, c'est de voir à quel point
les gens d'image acceptaient le silence"), La Question
(adaptation de l'ouvrage de Henri Alleg) de Laurent Heynemann (également
réalisateur de l'adaptation du roman de Didier Daeninckx Meurtre
pour mémoire, sur la manifestation algérienne du
17 octobre 1961 à Paris) provoque un tel tumulte à sa
sortie, en 1977, que le film est rapidement retiré des salles.
Ces dernières années la vision du conflit évolue
et les langues se délient, notamment grâces au travail
de jeunes historiens (Raphaëlle Branche et Sylvie Thenault par
exemple). La France a reconnu cette guerre en 1999. Au cinéma,
certains films sont redécouverts et restaurés (Avoir
20 ans..., La Bataille d'Alger au Festival de Cannes en
2004) et le jeune cinéma français s'empare du sujet (Mon
colonel de Laurent Herbiet en 2006, en attendant L'Ennemi intime
de Florent Emilio Siri en septembre 2007). Philippe Faucon, né en 1958 au Maroc, à Oujda, est interpellé par le récit éponyme de Claude Sales qui le renvoie immédiatement à son histoire familiale. Claude Sales raconte, dans cet ouvrage, son expérience d'aspirant puis de sous-lieutenant dans les hauts plateaux algériens en 1958-59. Il a mis 40 ans pour coucher ce vécu sur papier (son livre sort en 1999). Il explique ainsi cette longue période de gestation : "Quand on revenait après 28 ou 30 mois de service militaire, on voulait tout oublier ou tenter d'oublier. On voulait reprendre une vie normale. Il y a eu une sorte d'autocensure". C'est la "2e guerre d'Algérie" à la fin des années 80 et au début des années 90 qui a constitué un déclic pour l'écriture de ce livre. Faucon décide donc de l'adapter. Une transmission du souvenir s'effectue et le témoignage de Claude Sales devient objet cinématographique. Pour cela, il est nécessaire de faire évoluer la narration et Faucon, en plus de la vision de Roque, élargit le point de vue aux quatre appelés musulmans. Nous sommes alors témoins de leur dilemne et de leur déchirement intérieur. Le film s'inscrit immédiatement dans la quotidienneté et dans une temporalité claire. Les événements se déroulent en 14 jours (entre le 5 et le 18 mars 1960) et le film se divise en autant de "chapitres". Le contexte est également bien établi dès les premières images du film lorsque Vergnat (Cyril Troley) signale à Roque les difficiles tentatives de négociations avec le FLN. On sent une lassitude des deux côtés et une fin possible du conflit (De Gaulle a prononcé son discours sur l'autodétermination). Mais la tension est aussi palpable... On devine un espace cloisonné (le paysage aride et poussiéreux ne laisse que bien peu d'échappatoire) et protégé autour du poste (présence des barbelés et des sacs de sable) mais les "frontières" ne sont pas clairement définies. On a du mal à reconstituer la topographie du lieu du fait des nombreux plans serrés. Mais ce n'est pas forcément la barrière matérielle qui intéresse Faucon mais plutôt la barrière mentale et linguistique qui passe par les regards et les comportements de chacun ainsi que par les échanges en arabe entre les quatre appelés. Au-delà d'un certain aspect "pédagogique", La Trahison est avant tout une oeuvre éminemment "cinématographique". Faucon filme au plus près la beauté des visages (mention spéciale à Vincent Martinez, pasolinien) et souligne ainsi la multiplicité des expressions et des sentiments grâce à la belle photographie de Laurent Fenart en clair-obscur ("On sait bien, depuis Bresson, combien la caméra peut révéler ce qui advient sur les visages, à l'insu de tous, acteurs comme réalisateurs. Je guette cela. Ensuite, au montage, je peux souvent supprimer les phrases de dialogue : les yeux, la peau ont dit ce qu'il y avait à dire" - Philippe Faucon pour Les Cahiers du cinéma, janvier 2006). Les regards sont secs et souvent durs. Chacun essaie de contenir son émotion, mais les yeux ont leur propre langage et les visages trahissent souvent la haine, la détermination, la méfiance, le défi... Faucon prend donc le parti pris d'une réalisation sans fioriture (absence de musique, assez peu d'action pure, de coups de feu) tenant à renforcer ce que pouvait aussi être la guerre : l'attente, l'angoisse, la suspiscion. La mort (qui peut surgir à tout moment) n'est filmée qu'à travers les corps sans vie à l'issue des combats (corps alignés pour les fellaghas, belle évocation du Dormeur du val pour le sodat français). Aux yeux des soldats du poste, les morts n'ont pas tous droit au même traitement... La torture est évoquée lors d'une séquence, elle aussi toute en retenue. Nous ne voyons pas l'acte en lui-même mais le montage de l'engin de torture. Ensuite un soldat allume son tourne-disque afin de masquer les cris. Nous percevons déjà ici la volonté d'effacer cet épisode de la mémoire collective. Si, au final, le complot est déjoué (mais qui fait véritablement acte de trahison ? Roque a-t-il sa conscience pour lui ?), l'issue de cette guerre paraît déjà inéluctable et les dernières paroles de Taieb pour Roque, tombant comme un couperet et tranchant avec la réserve jusque-là de mise, peuvent en témoigner : "Vive l'indépendance mon lieutenant, Vive l'Algérie !" Ces derniers mots traduisent toute l'ambiguïté du personnage ; il crie son désir d'indépendance, mais dans le même temps, il continue d'appeler Roque "mon Lieutenant". La Trahison nous offre donc une véritable page d'histoire, par l'intermédiaire d'un traitement sobre et efficace. Philippe Faucon a su traduire les écrits de Claude Sales dans son propre langage cinématographique et, pour reprendre Paul Ricoeur, "raconter autrement et être raconté par les autres, c'est déjà se mettre sur le chemin de la réconciliation avec les objets perdus d'amour et de haine". Stéphane Bedin |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| INTERVIEW DE PHILIPPE FAUCON | ||||
| Comment est né ce film ?
Avec la lecture du récit de Claude Sales, quelques semaines après sa parution en 1999. J’ai lu un petit compte-rendu du livre dans " Le Monde ", et je me le suis procuré tout de suite. J’étais sans doute dans un désir d’aborder la période de la guerre d’Algérie dans un film, même si j’en avais mal conscience, et alors qu’il s’agissait d’un conflit que je connaissais en fait encore assez mal à ce moment-là. Justement, pourquoi cette attirance pour une guerre déjà lointaine ? Parce que je suis né dedans, en 1958, à Oujda, au Maroc, tout prés de la frontière algérienne. Ma mère est née à Maghnia, de l’autre côté de la frontière, en Algérie donc. Entre les deux villes, il doit y avoir 35 km. Et des deux côtés de la frontière, c’est une région minière. Mon grand-père maternel se déplaçait avec sa nombreuse famille, d’un côté ou de l’autre de la frontière, suivant les offres d’embauche. En Algérie, il y avait la guerre, et ma mère m’a raconté que je suis né au 2e étage d’un hôpital ; tandis qu’au 1er étaient soignés des combattants indépendantistes algériens, qui avaient été blessés dans des accrochages en Algérie, et ramenés au Maroc pour être soignés à Oujda. L’entrée de l’hôpital était gardée par des soldats de l’A. L. N. (Armée de Libération Nationale) en armes, que mon père croisait lorsqu’il venait, en uniforme de l’armée française, rendre visite à ma mère. Le Maroc était indépendant depuis deux ans, il y restait quelques personnels administratifs et militaires français, dont mon père ; et sur place, dans cet hôpital, il y avait ainsi une sorte de statu quo établi par les autorités marocaines. Ensuite, mon père a été envoyé à Alger ; où mes parents ont vécu les six derniers mois de la guerre. Bien que très petit, j’ai l’impression d’avoir le souvenir de la tension, de la peur qui régnaient. J’ai même le sentiment d’avoir gardé l’image imprécise de mes parents s’enfermant chez eux, et barricadant les fenêtres. Souvenir réel ou recréé, est-ce que j’ai vu cette scène dans un film, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que, lorsque j’ai un peu grandi, on sentait toujours le silence, les douleurs, liés à cette époque. Donc, lorsque j’ai lu le récit de Claude Sales, quelque chose m’a rattrapé. Le livre est un récit personnel, et vous avez construit votre scénario différemment. Oui. C’est le récit, dans une situation de guerre, d’une histoire vécue, qui a concerné plusieurs hommes qui ne se sont plus revus. Dans le livre, elle est racontée par l’un d’eux, qui ne peut donc la dire que de son seul point de vue. Il peut dire ce qu’il a vécu, ce qui lui a été dit par les autres, ce qu’il a lui-même ressenti, pensé ; et la façon dont il analyse les évènements et les comportements. Mais toute une partie de cette histoire lui échappe, inévitablement. Pour écrire le film (qui devenait une fiction), nous avons voulu sortir de ce point de vue unique, et nous nous sommes efforcés de reconstituer les parts manquantes, telles que nous les interprétions, du moins. Il me semblait que le dilemme vécu par les quatre jeunes algériens (que Claude Sales pouvait deviner, mais qu'il ne pouvait guère rapporter de façon très précise) était au moins aussi important, que celui du jeune lieutenant confronté à l'éventuelle " trahison " des quatre jeunes gens. Eux-mêmes sont déjà en situation d'être désignés comme des traîtres vis-à-vis des populations civiles, des autres algériens. Comment
avez-vous choisi les acteurs ? |
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| BIO-FILMO DE PHILIPPE FAUCON | ||||
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