| )))
LA VOCE DELLA LUNA
de Federico FELLINI + FELLINI, JE SUIS UN GRAND MENTEUR de Damien Pettigrew (en bonus) |
||||
|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
La
dernière œuvre de Fellini essaie de recueillir le silence.
Une paix méritée pour le cinéaste italien connu
pour ses films effervescents et baroques tournés dans les studios
romains de la Cinecittà. La voce della luna écoute
la prose d’un fou, joué par Roberto Benigni, qui entend
du fond du puits la voix de la lune. Cette petite voix intérieure,
paradoxalement stellaire, lui prend la main et l’aide à
traverser le capharnaüm des années 90. À première vue, le film semble empreint d’une nostalgie péremptoire. Fellini confronte le poète, le créateur qui joue de son art harmonieux dans un monde qui n’y prête plus attention, étouffé par le grotesque débordant. Par exemple, lors de la scène de rave-party où un vieil homme vitupère contre les disc jockey et le vacarme de la fête pour retrouver la douceur d’une valse au son du Beau Danube bleu de Johan Strauss. Le vieillard avait déclaré, plus tôt dans le film, qu’il préférait vivre ses souvenirs plutôt que la réalité. Or, adresser à Fellini un tel procès de sénilité serait exagéré. Rappelons nous comment Federico Fellini a élaboré ses films jusqu’alors, où toute réalité nous échappe puisque il entremêle à l’excès passé et présent (Roma), réalité et fiction (Huit et demi) dans une mise en scène baroque qui n’a jamais été défini d’ailleurs par l’harmonie. « Nous ne voyons jamais les choses la première fois, mais toujours la seconde. Alors nous les découvrons en même temps que nous nous les rappelons » disait Cesare Pavese . Cette définition de la mémoire semble s’ajuster au regard de Fellini qui a toujours clamé le versant imaginaire de sa réalité : lorsqu’il raconte le Rimini de son enfance (Amarcord), Fellini avoue qu’il est sûrement éloigné de la réalité « topographique » de cette ville. Mais, cela semble-t-il pour lui une vision au plus proche du réel. Le réel est spectacle dans la vision fellinienne du monde. Ainsi, toute tentative de représentation réaliste est vaine selon lui. Fellini revendique une dernière fois l’acceptation de l’imaginaire et du spectacle, car pour lui, ces représentations sont bien plus fidèle qu’une expérience déceptive d’un simulacre du réel : selon lui, « plus on s’approche mimétiquement de la réalité plus on déçoit dans l’imitation » Cette conception baroque du monde laisse entrevoir la fragilité de l’artiste, ici Ivo Salvini, mais également Fellini. Le réel n’a rien à cacher, dirait le philosophe Clément Rosset. La peur du néant impute justement de se laisser chavirer par les mouvements balancés d’une narration au fil de la création. En atteste une présence moins directrice que spectatrice au creux des films, où Fellini se laisse happé par la performance in vivo de sa mise en scène. Salvini, dans ce film, peut être comparé à Fellini lui-même : il traverse, regarde, un monde qu’il a mis en place. La succession de scène, sans réel liant narratif, qui a fait la puissance de film comme Roma est ici reprise. Seul le poète défie cette instabilité du réel : peut être est il l’instigateur d’une réalité plus « juste », comme ces voix qui viennent du plus profond de ces puits intimes, où se cache l’imaginaire comme source de jouvence. Cette jeunesse inépuisable du conteur se marie à la volonté sarcastique du critique. En effet, La voce della luna s’attaque avec férocité à la télévision. L’empire de Berlusconi a petit à petit rongé les studios de Cinecittà pour les asservir au monde publicitaire et aux shows télévisuels. Or, ce lieu mythique a longtemps été la grande salle de jeu de Fellini, associé jusque dans la mort au studio 5 (Une chapelle ardente y fut élevée à sa mort en 1993). Le cinéaste se méfie de la télévision comme une représentation qui se prend trop au sérieux : la « vérité » sur petit écran. Chez Fellini, la confusion entre le réel et la représentation est revendiquée. Elle est ici effacée par la télévision dans un bruit blanc et recouverte d’une neige hertzienne. La multiplication des antennes bouche l’horizon, bientôt la lune sera égratignée par les griffes de ces branches métalliques. Décrocher la lune, seuls les innocents, les fous, les créateurs peuvent y arriver par leur délire imaginaire. La télévision, elle, n’en fait que le simulacre tristement mécanique. Point trop nostalgique, le cinéaste n’acquiesce pourtant pas à la vulgarité d’une époque là où le grotesque fellinien servait de catharsis sublime à la vanité du monde. Or, s’il a bien connu une filmographie dite « nostalgique » ou « intime » à la fin de sa carrière (Amarcord, Ginger et Fred, etc., ainsi que la La voce della luna) ses films, tels des réminiscences, évoquent avant tout le présent, et nous donne à voir une époque qui a brisé le jeu des miroirs. 7 ans de malheur ? Le sort nous hante toujours… Maxime Cazin |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
°°°°° |
||||