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NOTRE RENCONTRE AVEC
RENÉ FÉRET

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)))  L'ENFANT DU PAYS
        
de René FÉRET                      

 

  • Comédie dramatique - 2003 - France- durée: 1h48 (+ Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 20 septembre 2004
  • Editions One Plus One
  • Prix de vente conseillé : 14,90 €

SYNOPSIS

C´est l´histoire d´une enfance et d´une adolescence qui s´expriment à travers une centaine de petites séquences se passant dans les années 40, 50 et 60, dans une modeste famille du Pas-de-Calais. Les rencontres, les joies, les appréhensions, les premières amours, les amitiés...tout se mélange pour former le tissu irremplaçable d´un destin ordinaire dont les particularités renvoient le spectateur à sa propre histoire.

POINT DE VUE

  Après avoir rendu hommage à ses ancêtres et à sa région natale (le Nord) dans La communion solennelle, après avoir rendu hommage à ses parents et à sa région natale (le Nord) dans Baptême, René Féret ferme sa triptyque toujours en rendant hommage à sa région (le Nord on vous a dit !), mais aussi en se rendant hommage à lui-même. Démarrant à la fin du XIXè siècle, cette « série » se clôt donc plus près de nous, dans les années 60, précisément.
René Féret fait parti de ces cinéastes, assez nombreux dans le cinéma français, qui puisent leur inspiration dans leur passé, leur jeunesse, avec la nostalgie, voire même la mélancolie pour pinceau. En vrac, cela donne des petits films (Diane Kurys), ou des chefs d’œuvre (?).

Pour revenir aux premières lignes de cet article, il n’est pas tout à fait vrai de dire qu’il s’agit là d’un hommage. Raconter une histoire, régler ses comptes avec le passé, cela ne l’anime pas en premier chef. René Féret fait du cinéma. Parfois, son film ressemblerait presque à du Garrel. Dans les séquences en noir et blanc, le minimalisme et la préciosité avec lesquels ces jeunes gens sont parfois filmés, dans des chambres, dans des lits, en train de s’étreindre ou de parler de la vie, on aurait presque envie d’évoquer la patte Philippe Garrel (je dis presque pour ne pas effrayer les plus puristes des garreliens). Oui, L ’enfant du pays de René Féret est un beau film avant d’être l’histoire du début d’une vie… Un repas, une séance de drague, un dépucelage, un vol de voiture, un grand père excentrique… on pourrait détailler ce que l’on voit mais l’intérêt n’est pas là.

Ce qui est intéressant dans ce film, c’est le rapport qu’a Féret avec la reconstitution et le temps. Si cela se fait parfois aux dépens de la dramaturgie (aucune dramatisation ici puisque le récit est totalement a-chronologique), et de l’émotion, le film gagne en originalité, et c’est peut-être ça l’essentiel.
Il y a 3 époques. Les années 40, celles de la prime jeunesse, les années 50, celles la pré-adolescence, et les années 60, celles de l’entrée dans l’âge adulte. Chacune des périodes a un mode de filmage propre, et la grande idée de Féret est d’avoir inversé la chronologie de son film et celle de ces modes de filmages. C'est-à-dire que les années 40 sont filmées avec une caméra DV, les années 50 en couleurs et pellicule, et les années 60 en noir et blanc. Ces 3 périodes alternent tout le long du film sans logique précise, mais sans gêner le spectateur puisque la période évoquée est reconnaissable au premier coup d’œil.
Si ce n’est qu’une idée, il n’est pas exagéré de dire qu’elle est formidable. Outre le fait qu’elle soit à contresens des idées reçues (plus c’est vieux, plus on retourne aux sources du cinéma). Elle donne en effet l’impression au spectateur que quelque chose s’érode avec le temps, que quelque chose vieillit, que la gravité prend le pas. Après avoir vu cela, on se demande vraiment pourquoi certains flash-back montrant les protagonistes durant sont en noir et blanc et non en technicolor.
L’enfant du pays se démarque également par la qualité de la reconstitution des années 50 et 60. Féret utilise ici, comme bien souvent, en majorité des comédiens non professionnels. Seuls traînent Philippe Nahon, le boucher énervé de Gaspar Noé, et Antoine Chappey. Les autres ? Des autochtones. Des novices, comme chez Bresson. Choix extrêmement judicieux (mais peut-être aussi est-ce la seule solution pour lui, à n’en point douter, les acteurs les plus côtés du moment ne rêvent pas de jouer chez Féret, et c’est tant mieux !). On sent chez certains acteurs, notamment chez celui qui joue René Féret adolescent, une sorte d’innocence, de virginité, dans le jeu, qui contribue à la qualité du film. Les acteurs ne « jouent » pas aux années 50 et 60, comme c’est le cas dans tant et tant de films qui puent le toc, mais ils « sont » dans les années 50 et 60. En plus d’être précis et pointilleux (cadrage, lumière, toujours impeccable, peut-être un peu trop parfois même), René Féret est aussi un très bon directeur d’acteurs.
Les acteurs sont à l’aise pour se mouvoir dans une époque qu’ils n’ont pas ou peu connu sans doute aussi parce que Féret ne sevre pas son film de choses sensées « faire » années 50 et 60. Le passé n’est pas quelque chose de décoratif pour lui, et la relative absence de gimmicks de l’époque (aucun cliché dans les fringues des personnages, aucune chanson sensée rappeler une époque précise, contexte politique assez flou – on ne sait pas toujours très bien en quelle année on est précisément) est peut-être le signe que son passé continue de l’habiter. Le choix d’un procédé moderne (la DV) pour filmer sa jeunesse dans les années 40, pourrait alors signifier que ce passé est bel et bien présent en lui.
Loin de ces films réalisé par des gens qui n’ont d’autre ambition que de nous plonger dans un album de photo de famille que l’on regarde poliment mais en en ayant un peu rien à foutre, L’enfant du pays a une dramaturgie essentiellement plastique. Et cela n’empêche pas l’émotion, bien au contraire.

Julien Pichené

 



































   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Sortie en salles le 20 Août 2003
    Réalisation, scénario: René Féret
    Avec: Sonja Saurin (Aline), Antoine Chappey (Paul père), Philippe Nahon (Charles), Julien Féret (Pierre Voisin), Frédéric Hulné (Nivesse), René Féret (Pierre Merveille).
    Directeur de la photographie, cadreur : François Lartigue
    Ingénieur du son : Christine Charpail
    Chef monteur : Fabienne Camara
    Producteurs : René Féret et Fabienne Camara
    Production : Les Films du XXème, JML Productions, Le Crrav.
    Distribution : JML Productions
  •  LE DVD
    DVD 9 - Zone 2 - PAL - Tous publics - couleur
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1/85
    Son: Stéréo Dolby

    Langue:
    Français
    Sous-titres:
    Anglais
    Durée du film:
    1h48

  • BONUS  
    * Interview de René Féret
    * Documentaire:
    "L´histoire d'un autre, un portrait de René Féret"
    * Bandes Annonces
    des films de René Féret
    * Galerie de photos

PROPOS DE RENÉ FÉRET

"Toujours le même film au fond, le seul qui est aux tréfonds de moi, de ma mémoire affective, de mes souvenirs sensibles. Faire revivre mon père, c'est l'action fictive que je préfère par dessus tout, faire revivre cette époque de mon enfance, les souvenirs, au travers d'une saga familliale, encore, la mienne, avec ses spécificités et un regard qui n'appartient qu'à moi. (…) Je sais que je vais finalement ressortir les vieux cahiers, et les vieilles photos, et les vieux souvenirs, et je vais remettre ça, car c'est ça que j'aime et que je sais faire, c'est ça que je sais mettre en scène, c'est ça qui me donne des forces pour me battre et pour vaincre les difficultés."