La
seule évocation de son nom entraîne bien souvent une
liste de qualificatifs illustrant sa personnalité sulfureuse
: Torturé, alcoolique, névrosé, excessif... Ferrara.
Abel Ferrara fait partie de ces cinéastes américains
indépendants, qui ne font aucune concession dans leur cinéma,
brodant un univers très personnel autour de thèmes récurrents.
Des films étroitement liés à la personnalité
du réalisateur, explorant les côtés obscurs de
la nature humaine.
Abel Ferrara commencera sa carrière en réalisant un
film pornographique, Nine lives of a wet pussy, sous le pseudonyme
de Jimmy Boy L. Suivront The Driver Killer en 1979 et Ms.
45 en 1981, des films très violents qui feront parler
d’eux jusqu’à Hollywood. Il réalise ensuite
le très bon Fear City en 1984 avec un certain Tom
Berenger. Après un petit détour à Hollywood,
avec la réalisation de deux épisodes de la série
Deux Flics à Miami, Ferrara s’installe définitivement
à New York en marge du système et réalise China
Girl avec James Russo en 1987 et Cat Chaser avec Peter
Weller en 1989, deux films importants, qui lui permettrons de financer
ses prochains films et d’acquérir une réputation
de cinéaste culte auprès de nombreux cinéphiles.
Durant la décennie suivante, Ferrara va nous offrir du très
bon mais aussi du très mauvais. Retenons seulement les films
majeurs du cinéaste : The king of New-York en 1990,
son chef-d’œuvre absolu Bad Lieutenant en 1992,
Nos Funérailles en 1996 et en 1998, New Rose Hotel.
Des films qui nous racontent le parcours tortueux de personnages sombres
et violents, souvent en quête de rédemption. À
l’instar de Scorsese à ses débuts, Ferrara s’entoure
également d’une famille d’acteurs qui s’accorde
parfaitement à l’univers et au tempérament du
réalisateur New-yorkais : Christopher Walken, Harvey Keitel,
Matthew Modine, Dennis Hopper, Vincent Gallo, Willem Dafoe et son
acteur fétiche, Victor Argo
New Rose Hotel est un de ces films qui divise autant le public
que la critique. Malgré un prix au festival de Venise, le film
n'a pas eu le succès escompté en salle. S’inspirant
d’une courte nouvelle de William Gibson (créateur du
cyberpunk), New Rose Hotel tisse une intrigue de fond complexe,
parfois confuse, sur l’espionnage industriel. Un scénario
volontairement obscur, sans véritables repères espace/temps,
qui oblige le spectateur à se recentrer uniquement sur les
personnages et leurs relations troubles. Ferrara pousse le vice jusqu’au
bout, en nous offrant un twist final de vingt minutes sous forme de
flash-back encore plus énigmatiques, où les regrets
et les interrogations du personnage de Willem Dafoe (X) nous enfonce
encore plus dans les méandres scénaristiques. Un film
d’ambiance donc, une expérience sensorielle et épidermique,
faite d’images (superbe photo de Ken Kelsch) de sons et de musiques
en parfaite harmonie avec l’univers apocalyptique du film. Par
certains aspects, le film de Ferrara fait d’ailleurs penser
aux films de David Lynch tels que Lost Highway et Blue
Velvet.
Le film vaut également (et surtout) pour les acteurs, aussi
charismatique que Christopher Walken et Willem Dafoe qui prennent
un plaisir évident à jouer ensemble et une Asia Argento
qui sublime le film par sa troublante beauté.
Julien Bourières