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| POINT DE VUE | |||
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Encore récemment, Claire
Simon, documentariste discrète et importante (notamment auteure
de Récréations et Coûte que coûte)
disait qu'au cinéma et même en documentaire, "le
réel n'existe pas" ! Cette leçon fondamentale qui
va au-delà du clivage traditionnel entre fiction et documentaire
s'apprend devant les images de Nanouk l'esquimau de Robert
Flaherty, la première oeuvre de ce pionnier du cinématographe
datée de 1922 ! Dans l'Extrême-Nord canadien, un esquimau
prénommé Nanouk (qui signifie l'Ours) construit un igloo
pour sa famille, fait la toilette à ses enfants, part à
la chasse au phoque et au morse. Flaherty pose sa caméra et
enregistre cette lutte quotidienne et acharnée des hommes avec
une nature terriblement hostile (désert glaciaire où
les températures atteignent -50° !). Et ce qui est extraodinaire,
c'est que l'effet de réel qui a sans doute subjugué
les spectateurs de 1922 nous laisse à notre tour estomaqués
et dupés, plus de 80 ans après! En effet, si l'on se
penche sur la petite histoire de ce film, on découvre que Flaherty
avait déjà tourné plusieurs courts-métrages
sur le mode de vie des Esquimaux entre 1913 et 1914, mais qui furent
détruits dans un incendie. Et pour ce second tournage, comprenant
que pour toucher au plus près le spectateur il doit se rapprocher
du langage de la fiction, Flaherty prend de larges libertés
avec la réalité et demande à Nanouk de rejouer
son propre quotidien. Ainsi, la fameuse séquence de la pêche
au phoque est une mise en scène totale: lorsque Nanouk s'évertue
à tirer de toutes ses forces après son filin supposé
planté dans la peau d'un phoque, en réalité,
un assistant de Flaherty est à l'autre extrémité
du harpon et tire de son côté, simulant les secousses
du phoque. Et il en est ainsi d'une grande partie de son film. La
séquence au cours de laquelle toute la famille de Nanouk –
Nyla sa femme, Allek et Rainbow, ses fils, Cunayou, sa belle-sœur
et un chiot – s'extrait d'un kayak accosté est pour sûr
la preuve la plus évidente - car proche du burlesque - de cette
mise en scène de la réalité. Peut-être
un clin d'œil pour les spectateurs les plus attentifs ? Au-delà
de l'anthropologue ou l'ethnologue, Flaherty est avant tout un merveilleux
conteur. Il n'est pas tant fasciné par la justesse scientifique,
l'étude des mœurs des peuplades lointaines que par le
rapport viscéral, originel et poétique que l'homme entretient
avec la nature. Flaherty est le cinéaste des éléments.
Dans Nanouk, il filmait la glace et le vent et lorsqu'il
plante sa caméra pendant deux ans sur ce petit point de carte
méconnu qu'est l'île d'Inishmore (dans L'homme d'Aran)
dans la baie de Galway au large de l'Irlande, c'est pour mieux filmer
l'hostilité de la mer à l'égard des hommes. Une
mer incroyablement expressive, tempétueuse, envoyant ses gigantesques
vagues écumeuses à l'assaut des falaises. La mer, le
ciel et la terre. Contraints d'aller chercher la terre dans les crevasses
de la roche, les hommes s'efforcent de réaliser une agriculture
précaire, leur ressource première étant celle
de la pêche en pleine mer au péril de leur vie. De même
que Flaherty avait demandé à Nanouk de reproduire son
quotidien, il demande aux hommes d'Aran de pratiquer de nouveau une
pêche abandonnée, celle du requin. Sans doute la scène
d'anthologie du film; Deux jours pour venir à bout d'un requin
pèlerin long de plusieurs mètres; Flaherty nous plonge
au cœur de l'événement, usant d'un montage haletant
(qui inspira sans doute le Spielberg des Dents la mer), multipliant
les points de vue, nous faisant partager l'attente, l'angoisse, la
nervosité et le rapport de forces incroyablement tendu entre
l'homme et l'animal. |
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| FICHE TECHNIQUE | |||
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