))) VALSE AVEC BACHIR
        
   de Ari FOLMAN             
 

  • Documentaire d'animation - 2008 - Israël - durée: 1h27
  • Sortie à la Vente en DVD Le 4 Mars 2009
  • DOUBLE DVD COLLECTOR
  • Éditions Montparnasse

SYNOPSIS

Un soir, dans un bar, un vieil ami raconte au réalisateur, Ari Folman, un rêve récurrent qui vient hanter toutes ses nuits et dans lequel il est poursuivi par 26 chiens féroces.
Toutes les nuits, le même nombre de chiens.
Les deux hommes en concluent qu’il y a certainement un lien avec leur expérience commune dans l’armée israélienne lors de la première guerre du Liban, au début des années 80.
Ari est surpris de n’avoir plus aucun souvenir de cette période.
Intrigué, il décide de partir à la rencontre de ses anciens camarades de guerre maintenant éparpillés dans le monde entier. Afin de découvrir la vérité sur cette période et sur lui-même. Au fur et à mesure de ses rencontres, Ari plonge alors dans le mystère et sa mémoire commence à être parasitée par des images de plus en plus surréalistes…

   
POINT DE VUE

Si la frontière entre documentaire et fiction a été, dès le départ, arpentée par bien des cinéastes, on assiste depuis plusieurs années à une flambée de projets mêlant indissociablement les deux registres, le spectre ainsi balayé allant des pires docu-fictions télévisées aux oeuvres les plus originales de grands documentaristes. Dans son programme, le festival de Cannes 2008 nous promettait vaguement "le premier documentaire d'animation" en sélection officielle. Au final, Valse avec Bachir surprenait tout le monde (à l'exception du jury) et s'imposait à sa sortie en salles comme l'un des grands films de l'année écoulée, dépassant allègrement son statut initial de curiosité cinématographique.

Signe d'une entière réussite, la question du genre (documentaire, fiction, dessin animé) ne vient jamais perturber le regard du spectateur. La technique d'animation choisie, si particulière qu'elle peut dérouter au premier abord, se révèle particulièrement judicieuse par rapport au thème central, celui de la mémoire. Le graphisme donne une impression de superposition, plaçant depuis la profondeur différentes surfaces très distinctes. Ainsi, dans les séquences réalistes en particulier, les corps se détachent très clairement du fond, qui peut d'ailleurs changer sans crier gare et propulser vers un autre espace ou une autre époque. Les mouvements sont assez étranges, comme ralentis, et certains détails sont plus précisément perçus que d'autres (les yeux notamment). Il s'agit donc en quelque sorte d'accorder les différents niveaux du plan et retrouver une certaine fluidité. Valse avec Bachir fait travailler l'accommodation de l'oeil et l’aboutissement de cet effort sera logiquement de faire face, enfin, à des images nettes en tous points, des images réelles.

Contrairement à ce que le sujet pouvait laisser croire, le choix de l'animation n'a pas pour but de représenter une violence toujours délicate à montrer en prises de vue réelles, mais bien de trouver une forme unificatrice qui ferait se succéder dans une même coulée des scènes de guerre, des envolées oniriques, des entretiens avec des médecins et des discussions entre amis. Le dessin homogénéise merveilleusement tout cela, sans rien affadir, et permet de lisser des transitions hardies (comme lorsqu'il s'agit de passer en un seul mouvement, d'un paysage enneigé en Hollande à un bateau croisant au large du Liban 20 ans auparavant). Documentaire et animation : Folman et son équipe ont filmé dans un premier temps de manière traditionnelle avant de transformer les images enregistrées, servant ainsi de colonne vertébrale, en story-board, puis d'animer le tout. Les séquences d'entretiens montrent que le cinéaste gagne de cette façon sur les deux plans. Le traitement plastique auquel sont soumis les échanges avec les psychanalystes rencontrés leur font perdre leur ton professoral et en retour, ce qui, dans le cadre d'une fiction, pourrait sonner faux est ici lesté du poids de réalité que confère l'enregistrement direct d'une conversation.

On l'a dit, la mémoire est au centre du film. Le discours psychanalytique développé par les intervenants est captivant, précis sans être simpliste. Le récit puzzle prend la forme d'une enquête destinée à faire remonter à la surface le souvenir enfoui d'un évènement traumatique. Celui-ci est lié à une tragédie : les massacres de Sabra et Chatila. Les faits étant bien connus, Valse avec Bachir aborde le sujet par le biais d'un questionnement très personnel (symbolisant par ailleurs un refoulement bien plus large : celui de la mémoire collective israélienne et libanaise). Ayant donc trouvé avec l'animation le moyen idéal de traiter son thème de la fluctuation du souvenir, Ari Folman crée d'inoubliables images s'appuyant sur une bande son remarquable (la partition de Max Richter enveloppe notamment toutes les séquences nocturnes d'une plainte musicale bouleversante). D'une mer épaisse surgissent des réminiscences impressionnantes, chargées d'un mystère profond et d'une sombre beauté.


Le travail plastique et narratif de Folman tend vers un seul point. Étant parvenu au bout de son processus de remémorisation, il choisit de terminer sur des images d'archives qui ont fait couler beaucoup d'encre. A ce moment-là, l'articulation du champ contrechamp est très claire. Ces images viennent au personnage-auteur comme elles viennent à nous, avec toute l'indéniable force d'une réalité enfin appréhendée sans détour.


À revoir aujourd'hui Valse avec Bachir, la cohérence des choix esthétiques ayant présidé à son élaboration se fait plus évidente encore. L'œuvre est réellement unique. En ce sens, Ari Folman n'a peut-être pas vraiment ouvert une voie pour un genre nouveau puisqu'il semble avoir atteint là, déjà, la perfection.



Edouard Sivière


 

 

 

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Golden Globe 2009 du Meilleur film non anglophone
    Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes le 15 Mai 2008

    Écrit, réalisé et produit par: Ari Folman
    Producteurs Yael Nahlieli, Bridgit Folman Film Gang, Israel / Serge Lalou, Les Films d’Ici, France / Gerhard Meixner, Razor Film, Germany / Roman Paul, Razor Film, Germany
    En Co-production avec Arte France – Direction des documentaires, Thierry Garrel, Pierrette Ominetti / ITVS International
    En association avec Noga Communications – Channel 8 / The New Israeli Foundation for Cinema & T.V. / Medienboard Berlin-Brandenburg / Israel Film Fund, HOT Telecommunication System Ltd / RTBF / TSR / YLE / SBS
    Animé par Bridgit Folman Film Gang
    Directeur d’Animation Yoni Goodman
    Responsable d’Animation Tal Gadon, Gali Edelbaum
    Animateurs Neta Holzer, Asenath (Osi) Wald, Sefi Gayego, Orit Shimon, Zohar Shahar, Lilach Sarid, Barak Drori
    Animation 3D Asenath (Osi) Wald
    Directeur artistique David Polonsky
    Dessinateurs Michael Faust, Asaf Hanuka, Tomer Hanuka, Ya’ara Buchman
    Responsable des effets spéciaux Roiy Nitzan
    Monteur Nili Feller
    Entretiens avec Ori Sivan, Ronny Dayag, Shmuel Frenkel,Prof. Zahava Solomon, Ron Ben-Yishai,Dror Harazi, Boaz Rein-Buskila (doublé par Miki Leon), Carmi Cna’an (doublé par Yehezkel Lazarov)




  •  LE DVD

    Durée du film 1h26 – Couleur – 16/9 – DVD 9 – Stéréo et 5.1 – Pal – Zone 2
    Version hébraïque sous-titrée français / Version française






     
  • BONUS


    * - L’histoire d’un film par Ari Folman (making of) - 40 mn
    Entretiens avec Ari Folman, story-boards, animatics…

    * Scène coupée : « La mort de Bachir » - 40s

    *
    Ari Folman bouleverse Cannes - 7 mn
    Ari Folman à Cannes


    *
    De Cannes à Sderot – Ari Folman en Israël - 6 mn
    Interview du réalisateur lors de la projection du film au Festival de Sderot (Israël), une semaine après le Festival de Cannes

    Notre avis : Trois entretiens très intéressants avec Ari Folman sont proposés, évitant à peu près les redites. On en retient le travail fusionnel du cinéaste avec le compositeur Max Richter, l'importance primordiale du premier financement consenti par Arte (à partir des trois premières minutes réalisées, celle de la séquence de l'aéroport), les différences de perception entre Israël et l'Europe. Surtout, Folman explique très bien ses choix esthétiques (trois ambiances graphiques pour les trois types de scènes soutenant le film : les entretiens, les rêves et les massacres), insiste sur l'évidence du parti-pris de l'animation par rapport à son sujet et revendique l'arrivée finale des archives dans son film. ES


    *
    Le choc de Sabra et Chatila - 2 mn
    Reportage du JT d’Antenne 2 le lendemain du massacre de Sabra et Chatila (le 18 septembre 1982)

    Notre avis :
    Un sujet de trois minutes, aux images difficiles, diffusé sur Antenne 2 le lendemain du massacre. Le commentaire n'évoque bien sûr pas encore les responsabilités israéliennes mais pointe clairement les milices chrétiennes libanaises. ES


    *
    La Tragédie libanaise - 10 mn
    Entretien avec Joseph Bahout, politologue

    Notre avis :
    En dix minutes, l'historien Joseph Bahout pose utilement les bases pour une première approche de la guerre du Liban, montrant toute la complexité de la situation politique et stratégique du pays à cette époque. Il évoque également les responsabilités probables d'Ariel Sharon dans le déclenchement des massacres perpétrés par les phalangistes libanais. ES

    *
    10 planches type cartes postales (10x18)
    issues de la bande-dessinée Casterman - Arte Editions dont la sortie est prévue le 14 janvier 2009

    *
    Bande annonce VOST
INTERVIEW DE ARI FOLMAN
Le film s’inspire-t-il de votre propre expérience ?
Cette histoire est mon histoire personnelle. Le film retrace ce qui s’est passé en moi à partir du jour où j’ai réalisé que certaines parties de ma vie s’étaient complètement effacées de ma mémoire. Les quatre années pendant lesquelles j’ai travaillé sur VALSE AVEC BACHIR ont provoqué en moi un violent bouleversement psychologique. J’ai découvert des choses très dures dans mon passé et en même temps, pendant ces années-là, ma femme et moi avons eu trois enfants. Finalement, j’ai peut-être fait tout cela pour mes fils. Pour que, lorsqu’ils grandiront et verront le film, cela puisse les aider à faire les bons choix, c’est-à-dire de ne participer à aucune guerre.

Faire VALSE AVEC BACHIR était comme une thérapie pour vous ?

La quête de souvenirs traumatiques enfouis dans la mémoire est une forme de thérapie. Une thérapie qui a duré aussi longtemps que la production du film : 4 ans. Au cours de cette période, j’oscillais entre la dépression la plus noire, engendrée par les souvenirs retrouvés, et l’euphorie du projet de film, avec cette animation novatrice, qui avançait bien plus vite que prévu. Si j’étais vraiment passionné de psychothérapie, je penserais que faire ce film m’a transformé en profondeur. Mais je dirais plutôt que réaliser le film était la partie agréable, et la thérapie la partie douloureuse.

Est-ce que les personnages interrogés dans le film sont tous réels ?
Sept sur neuf. Pour certaines raisons, Boaz (mon ami qui faisait ce rêve avec les chiens) et Carmi (mon ami qui vit aux Pays-Bas) ne voulaient pas apparaître à l’écran sous leur véritable identité. Mais leurs témoignages sont réels.

Connaissez-vous d’autres personnes ayant vécu cette expérience ?
Bien sûr. Je ne suis pas le seul. Je pense que des milliers d’ex-soldats israéliens ont enfoui leurs souvenirs très profondément. Ils pourraient vivre ainsi le reste de leur vie. Mais cela peut toujours exploser un jour, causant on ne peut savoir quels dommages. C’est exactement ce que l’on nomme la maladie du stress post-traumatique.

Quelle était votre première intention ? Faire un documentaire ou un film d’animation ?

Cela a toujours été pour moi un documentaire d’animation. Comme j’avais déjà réalisé plusieurs documentaires auparavant, c’était très excitant de se lancer dans ce projet. J’avais eu une première expérience de l’animation dans ma série télé documentaire THE MATERIAL THAT LOVE IS MADE OF. Chaque épisode s’ouvrait par 3 minutes d’animation, où des scientifiques évoquaient la « Science de l’Amour ». C’était de l’animation Flash de base, mais cela fonctionnait tellement bien que je n’avais aucun doute sur la possibilité d’étendre le procédé à un long métrage.

Ce projet était donc pensé à la base comme un documentaire d’animation ?
Oui. VALSE AVEC BACHIR a toujours été un documentaire d’animation. L’idée du film me travaillait depuis plusieurs années, mais le tourner en images « réelles » ne me convenait pas. Qu’est-ce que cela aurait donné ? Un quarantenaire interviewé sur fond noir, racontant des histoires vieilles de 25 ans, sans aucune image d’archives pour illustrer son propos. Quel ennui ! Alors, l’animation m’est apparue comme la seule solution, avec sa part d’imaginaire. La guerre est tellement irréelle, et la mémoire tellement retorse, autant effectuer ce voyage dans la mémoire avec de très bons graphistes.

Comment a été créée l’animation du film ?
J’ai d’abord réalisé un film vidéo de VALSE AVEC BACHIR, tourné en studio puis monté comme un film de 90 minutes. Nous avons alors réalisé un story-board à partir du film, développé en 2300 dessins, que nous avons ensuite animés.
Le style de l’animation a été créé dans notre studio, le Bridgit Folman Film Gang par notre directeur d’animation, Yoni Goodman. C’est un mélange d’animation Flash, d’animation classique et de 3D. Il est important de souligner que le film n’utilise pas le système du rotoscope, qui repeint l’image par-dessus la vidéo. Chaque dessin de mon film a été créé de toutes pièces, grâce au talent de notre fantastique directeur artistique David Polonsky et de ses trois assistants.

Que ressentez-vous envers le massacre de Sabra et Shatila aujourd’hui ?
Toujours la même chose qu’avant : c’est la pire des choses qui puisse arriver à des êtres humains. Ce qui est sûr, c’est que les phalangistes chrétiens sont pleinement responsables du massacre. Les militaires israéliens n’ont rien commandité. En ce qui concerne le gouvernement israélien, lui seul connait l’étendue de sa véritable responsabilité, lui seul sait s’il avait été mis au courant à l’avance de cette tuerie vengeresse préméditée.

Et la guerre ?
J’ai réalisé VALSE AVEC BACHIR du point de vue d’un soldat quelconque, et la conclusion est que la guerre est si incroyablement inutile ! Ca n’a rien à voir avec les films américains. Rien de glamour ou de glorieux. Juste des hommes très jeunes, n’allant nulle part, tirant sur des inconnus, se faisant tirer dessus par des inconnus, qui rentrent chez eux et tentent d’oublier. Parfois ils y arrivent. La plupart du temps, ils n’y arrivent pas.

Quelles réactions attendez-vous de la part du public israélien ?

Comme pour tous les films, je trouve qu’il est très difficile d’anticiper la réaction du public. Une chose est sûre : ce n’est pas un scoop pour les Israéliens que l’invasion de Beyrouth ouest en septembre 1982 était inutile et ne rapportait rien. Une énorme tache noire sur notre Histoire. Je suis même prêt à parier qu’Ariel Sharon, en ce moment dans le coma, aurait donné n’importe quoi pour réécrire l’histoire et éviter cette expédition insensée dont il fut l’initiateur. Concernant donc cet aspect du film, je ne m’attendrais à aucun : « Comment ose-t-il dire que nous ne devrions pas avoir été là ?... » etc. La façon dont l’armée est présentée dans le film pourrait, en revanche, apparaître plus gênante aux yeux du public israélien. On ne trouve aucune fascination, aucune gloire dans le film ; je dirais que tous les interviewés qui apparaissent sont de parfaits anti-héros, à l’exception d’un : le journaliste Ron Ben-Yishai. Mais une fois encore, ce n’est pas un soldat.
On pourrait penser qu’à cet égard, le fait que le film soit dessiné pourrait aider les gens qui sont gênés par la façon dont l’armée, ou la guerre en général, sont présentées. Ils pourraient dire : « Ce ne sont que des dessins animés de toute façon ; Donald Duck était aussi un dessin animé n’est-ce pas ? »

Tiré du dossier de presse cinéma Le Pacte
BIOGRAPHIE DE ARI FOLMAN
Au milieu des années 80, après son service militaire dans l’armée israélienne, Ari Folman réalise son rêve : partir seul faire le tour du monde. Deux semaines et deux pays après son départ, Ari réalise qu’il n’est pas fait pour ça. Il s’installe dans une pension en Asie du Sud-Est et écrit à ses amis restés au pays des lettres où il raconte un tour du monde totalement inventé. Cette expérience est déterminante et le pousse à étudier le cinéma.

Son film de fin d’études COMFORTABLY NUMB (1991), qui raconte de manière comique et absurde l’expérience de ses proches lors des attaques de missiles irakiens sur Tel-Aviv durant la première Guerre du Golfe, remporte en Israël le prix du Meilleur Documentaire de l’année.
Entre 1991 et 1996, Ari réalise des documentaires pour la télévision israélienne, principalement dans les territoires occupés.

En 1996, il écrit et réalise SAINTE CLARA un long métrage tiré du roman de l’écrivain tchèque Pavel Kohout. Le film gagne plusieurs prix en Israël dont ceux du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur. Il gagne aussi le Prix du Public au Festival de Berlin. Ari réalise ensuite plusieurs séries documentaires à succès et un deuxième long métrage de fiction : MADE IN ISRAËL (2001), conte futuriste sur la traque du dernier nazi vivant.

Sa première incursion dans l’animation intervient avec la série documentaire THE MATERIAL THAT LOVE IS MADE OF (2004) dont chaque épisode commence par quelques minutes animées où l’on voit des scientifiques exposer leur théorie sur l’évolution de l’amour.
La réussite de ce premier essai encourage Ari à renouveler l’expérience avec VALSE AVEC BACHIR, documentaire d’animation long métrage. Tiré d’une histoire vraie, le film est un voyage au centre de la mémoire du réalisateur, à la recherche d’images oubliées de la guerre du Liban. Cette traque des souvenirs, la quête de vérité et l’Histoire troublée de la région sont devenues très naturellement la matière même de l’animation.

Tiré du dossier de presse cinéma Le Pacte
 
 
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