)))  BÉATRICE CENCI
        
de Lucio FULCI                   

 

  • ÉDITION COLLECTOR
  • Horreur - 1969 - Italie - durée: 1h29 (+66' de bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 21 janvier 2007
    Éditions Neo Publishing
  • Prix de vente conseillé : 24,99€

SYNOPSIS

Dans l'Italie du XVIe siècle, Francesco Cenci, noble romain d'une cruauté rare, sème la terreur dans son entourage. Débauché, brutal, sadique, il commet l'irréparable en entretenant des relations incestueuses avec sa fille Beatrice... Avec la complicité de son seviteur et amant Olimpio, celle-ci décide de se venger et de libérer ainsi ses proches en commanditant son assassinat. Olimpio fait alors appel à un truand appelé Le Catalan et implique également dans ce sombre projet la seconde épouse de Cenci ainsi que son fils Giacomo. Le meurtre une fois révélé, une enquête est menée par les juges de l'Inquisition qui condamnent la jeune femme et ses complices à mort. Malgré l'émotion du peuple qui découvre les moeurs atroces de cet aristocrate, le pape Clément VIII leur refuse la grâce et tous sont décapités...

   
POINT DE VUE

Béatrice Cenci, plus connu sous le titre Liens d’amour et de sang, aurait pu être le tournant de la carrière du cinéaste italien Lucio Fulci si cette oeuvre avait rencontrée le succès et n’avait pas attisée les foudres des ligues catholiques italiennes de l’époque. Lucio Fulci aurait ainsi rejoint la lignée des maîtres du cinéma italien comme Pasolini, Antonioni ou Visconti. Au lieu de cela, le cinéaste se fera un nom dans le cinéma Bis et plus spécialement dans le genre macabre et gore dont il deviendra l’un des artisans majeurs avec ce que l’on a appelé sa "Trilogie des morts vivants", composée de L’enfer des zombies, Frayeurs et l’au-delà (considéré comme son chef d’œuvre). Des films aux effets spéciaux sanguinolants et inspirés des univers gothiques de romanciers comme Edgar Allan Poe ou H.P. Lovecraft, dans lesquels le réalisateur fait preuve d’un jusqu’auboutisme total dans la représentation de la violence, à ce titre le travail singulier et recherché des séquences de torture sur Béatrice Cenci ne sera sans doute pas étranger au style très graphique du futur cinéaste de films d’horreur.

Béatrice Cenci est une commande faite à Lucio Fulci par le producteur Giorgio Aliani. Le cinéaste s’emparera du projet pour en faire une œuvre très personnelle qu’il décrit lui-même comme sa plus réussie, celle dont il est le plus fier. Pour écrire le scénario, Fulci s’inspire d’un célèbre fait divers de l’Italie du 16ème siècle ainsi que des Chroniques italiennes de Stendhal. Une dizaine d’autres cinéastes transalpins livreront leur propre adaptation cinématographique de cette tragédie, comme Le château des amants maudits que réalise Ricardo Freda en 1956, ce film qui bénéficie d’une brillante utilisation du format cinémascope est considéré comme le plus remarquable. Concernant l’adaptation de Lucio Fulci, ce dernier travaillera sur l’histoire pendant près de dix ans avant d’oser porter le film à l’écran, entre temps, il se sera consacré essentiellement au registre de la comédie à l’Italienne avec le célèbre humoriste Toto, acteur prolifique que l’on retrouve par exemple chez Pasolini dans Des oiseaux, petits et gros, unique comédie du poète-cinéaste. Pendant cette période, Fulci réalise quelques films légers destinés à plaire à un large public et devenir des succès commerciaux. Il emploiera même Orson Welles pour l’un d’eux, l’acteur-réalisateur américain se trouvant alors dans une passe difficile, collabore avec des artisans européens comme Fulci pour des raisons purement alimentaires, ce qui n’empêchera pas les deux hommes de devenir bon amis. À cet égard, Welles sera étonné de voir un homme aussi cultivé que Fulci se livrer à l’exercice facile du film comique et populaire.

Sans doute sous l’impulsion d’artistes comme Welles, Fulci souhaite porter des œuvres plus ambitieuses à l’écran. Il entreprend donc le tournage de Béatrice Cenci. Pour se faire, il s’entoure d’une équipe solide de techniciens comme le directeur de la photographie Erico Menczer ou le musicien Silvano Spadaccino qui livreront tous deux un travail remarquable. À sa sortie, le film est un échec, l’église le juge trop critique à son encontre et les spectateurs italiens, peu habitués à ce genre de sujet plein de gravité de la part d’un réalisateur de comédies, bouderont le film. Fulci en gardera une blessure profonde, victime d’une incompréhension quasi-générale de la part de la critique, des spectateurs et même du milieu intellectuel du cinéma et de la littérature. Le célèbre écrivain Alberto Moravia confiera notamment au cinéaste, à propos de son film, qu’il n’est au fond qu’une banale histoire d’inceste et ne peut donc intéresser les gens.

Avec le recul, Béatrice Cenci de Lucio Fulci n’est sans doute pas un chef d’œuvre, ni un film à réhabiliter totalement, faute à de nombreux aspects datés, mais mérite par contre d’être jugé sous un jour nouveau, les polémiques de l’époque s’étant estompées. Avant tout, Lucio Fulci y fait preuve d’une très grande rigueur de mise en scène, chaque plan semble travaillé et construit comme un tableau de la renaissance, le cinéaste se permet des audaces visuelles étonnantes en faisant usage pour certaines séquences d’un système de cache permettant de montrer les personnages au premier et à l’arrière plan avec la même netteté. Cette technique a déjà été exploitée avant lui par de grands formalistes du cinéma, notamment Orson Welles pour Citizen Kane.. et Fulci y a peut-être pensé ? Le cinéaste italien s’en sert ici de manière fulgurante, pour accentuer la tension et les enjeux dramatiques qui se nouent entre les protagonistes, à la manière d’un drame shakespearien.

Le film évoque par instant le cinéma d’autres grands maîtres italiens comme la mise en scène de Pier Paolo Pasolini, avec une façon proche de figurer les décors et les visages. À cet égard, saluons les prestations remarquables des comédiens, en tête l’acteur français George Wilson, qui campe un Francesco Cenci effrayant de sadisme, certaines des scènes où il apparaît (le meurtre) sont d’une profonde cruauté et non dénuées d’une complaisance dans la représentation de la violence, préfigurant les futurs films gores du cinéaste. À noter également la présence d’un autre comédien français, Raymond Pellegrin, dans un rôle trop bref mais intéressant, celui du cardinal Lanciani.

Si le film a fortement offensé l’église c’est parce que Fulci met en parallèle l’argent et la religion, évoquant les intérêts financiers de la Papauté. Opposant également la passion folle de Olimpio (Tomas Milian) pour sa maîtresse Béatrice (Adrienne La Russa) aux enjeux bassement terre à terre des serviteurs de l’inquisition, Fulci nous les montre comme des marionnettes grotesques, de pauvres êtres serviles bien trop englués dans des problèmes d’ordre matériel pour saisir le sens véritable du mot amour. Le film est enfin un lourd pamphlet sur le pouvoir et les ambitions politiques, à travers le portrait de personnages profondément corrompus et ambitieux.

On peut penser que le cinéaste nous aurait livré d’autres drames de cette trempe si on lui en avait fourni l’occasion, le destin en a décidé autrement. Pour l’histoire du cinéma, Fulci restera comme l’un des maîtres du Bis italien, aux côtés de Mario Bava, Ricardo Freda ou Dario Argento, alors qu’il était au fond de lui un intellectuel et un véritable artiste. Il est donc utile aujourd’hui de réviser son jugement à l’égard d’un cinéma dit « de quartier » et réputé mineur, cela se fait sans peine à la vision de cette œuvre forte et sans concession qu’est Béatrice Cenci.

Thierry Carteret


























FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Interdit au moins de 16 ans
    Autre titre
    : Liens d’amour et de sang
    Réalisation
    : Lucio Fulci
    Scénaristes: Lucio Fulci, Roberto Gianviti
    Musique originale: Angelo Francesco Lavagnino
    Silvano Spadaccino
    Image: Erico Menczer
    Montage: Antonietta Zita


    Interprétation :
    Tomas Milian .... Olimpo Calvetti
    Adrienne Larussa .... Beatrice Cenci
    Georges Wilson .... Francesco Cenci
    Mavie .... Lucrezia, Beatrice's Stepmother
    Antonio Casagrande .... Don Giacomo Cenci
    Ignazio Spalla .... Catalano
    Max Steffen Zacharias .... Prospero Fadinacco
    Raymond Pellegrin .... Cardinal Lanciani


  •  LE DVD

    1 DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Packaging: Keep Case (Amaray)
    Image & Son
    :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1.77
    Son: Dolby Digital 2.0

    Langues:
    italien, français
    Sous-titres: Français



  • BONUS  (67')

    * "La nuit américaine du Dr Lucio Fulci" (31'-1994) par Antonietta De Lillo: un documentaire exceptionnel sur et avec Lucio Fulci.
    On sait combien le réalisateur a été avare en interviews, cet entretien filmé peu de temps avant sa mort (en 1996) est donc un témoignage exceptionnel que les amateurs du « poète du macabre » se réjouiront de posséder. Nous le voyons ici parler de sa vie, de son expérience et de sa carrière au cinéma, en nous livrant avec générosité et entrain un monologue riche en anecdotes, le cinéaste se montrant très volubile, plaisantant à de nombreuses reprises. Un document étonnant quand on connaît l’œuvre plutôt sombre de Lucio Fulci car on y découvre chez lui un sens de la dérision que l’on ne soupçonnait pas.TC


    * Supplément inédit rare: une interview audio exclusive de Lucio Fulci (36'-1988)
    avec Gaetano Mistretta. Version intégrale inédite. Présenté sur un montage d'images des films de Fulci. Cet entretien fut partiellement publié en août 89 dans le magazine "Dark Star" n°2 puis dans le livre "Spaghetti Nightmares" de Luca M. Palmerini et Gaetano Mistretta.
    Lors de cet intéressant et rare entretien tiré d’une émission radiophonique, Lucio Fulci revient sur sa carrière et s’étend longuement sur le genre qui fît sa renommée : le fantastique, dont il avoue avoir une prédilection particulière, ayant abordé par ailleurs la comédie, le western ou le drame. Au passage, il évoque le travail d’autres cinéastes comme Stanley Kubrick, David Cronenberg où Dario Argento, ainsi que ses goûts et influences littéraires, de Edgar Poe à H.P. Lovecraft, plus étonnant est son admiration pour les romans de Marcel Proust. Le cinéaste passe rapidement sur Béatrice Cenci qu’il décrit, non sans amertume certainement, comme sa plus grande œuvre. TC

    * Fiche technique, bio et filmographies de Adrienne La Russa, Tomas Milian, Georges Wilson et Lucio Fulci.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE LUCIO FULCI


Né le 17 juin 1927 à Rome
Décédé le 13 Mars 1996 à Rome

1991
Door to silence
1987
Aenigma
1987
Le miel du diable
1984
Murderock
1982
La malédiction du pharaon
1982
L'éventreur de New york
1981
La maison près du cimetière
1981
L'au-delà
1980
Frayeurs
1979
L 'enfer des zombies
1977
L' emmurée vivante
1972
- la longue nuit de l'exorcisme
1975
Les Quatre de l'apocalypse
1974
Le Retour de Croc-Blanc
1973
Croc-Blanc
1972
La Longue Nuit de l'exorcisme
1971
Carole, les salopes vont en enfer
1969
Perversion Story
Liens d'amour et de sang
Vengeance Is Mine

L I R E   É G A L E M E N T  -  C I N É M A   G O R E
 

          
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