)))  LES AMANTS RÉGULIERS
        
de Philippe GARREL                      

 

  • DOUBLE DVD
  • Drame - 2005 - France - durée: 2h58 (+2h15 de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 11 Mai 2006
    Editions MK2
  • Prix de vente conseillé : 24,90 €

SYNOPSIS

En 1969, un groupe de jeunes gens s'adonne à l'opium après avoir vécu les événements de 1968. Un amour fou naît au sein de ce groupe entre une jeune fille (Clotilde Hesme) et un jeune homme de 20 ans (Louis Garrel) qui s'étaient aperçus pendant l'insurrection..
POINT DE VUE

Est-ce qu’on présente encore Phillipe Garrel ? Cinéaste secret et intimiste, auteur d’une vingtaine de films en 40 ans de cinéma, une oeuvre qui est aussi une longue exploration de la vie à deux, dans la lignée d’un Jean Eustache (La maman et la putain) dont il fut l'ami et auquel il rend ici un hommage à peine dissimulé (en plus de celui qu'il rend au peintre contemporain Daniel Pommereulle, en lui dédiant son film).

La cicatrice intérieure, L’enfant secret, J’entends plus la guitare, La naissance de l’amour, Le vent de la nuit, Sauvage innocence; L’amour des mots, un goût pour la poésie suinte dans tous ses titres de films. L'envie de faire de chaque oeuvre (et de sa propre vie) un roman, obsession propre aux cinéastes de la nouvelle vague dont il est assurément l'un des héritiers directs. Les amants réguliers est découpé, chapitré en 4 poèmes dont les titres évoque le romantisme d’une époque: Les espérances du feu, les espoirs fusillés, les éclats d’inamertume, le sommeil des justes.

Garrel raconte son Mai 68 à travers son fils, Louis qui incarne François Dervieux, un jeune poète de 20 ans. Philippe Garrel lui-même avait 20 ans au moment des révoltes estudiantines, avait déjà réalisé trois courts métrages (Les enfants désaccordés, Droit de visite et Marie pour mémoire) et participait à la rebellion en tournant les fameux Ciné-Tracts, des petits films d’actualité anonymes, tournés-montés et développés très rapidement pour informer de l’évolution des évènements parmi les mouvements révolutionnaires.
Presque 40 ans après, Les amants réguliers est une sorte de bilan personnel de ce que furent les évènements de 68 mais au-delà, une réflexion sur la nécessité de l’engagement et l’efficacité d’une action. En émerge un film désabusé, déçu, mélancolique.

Garrel choisit de filmer ce soulèvement populaire comme un tableau de Géricault (la barricade figure par moments un radeau immobile avec ses corps en attente) et comme une scène de théâtre moderne. Plan séquence fixe, un monticule de pavés, une barricade la nuit, à droite un type avec un porte-voix, à gauche un couple qui s’embrasse goulument, une voiture qui brûle, des types casqués qui viennent se réfugier. Garrel ne filme que très peu de choses de l'action spectaculaire des évènements, pour mieux en extraire la dimension mythique. On pense aux autres barricades, aux autres révolutions, 1789, 1848, 1871. Il va même jusqu’à figurer une séquence onirique de la Révolution française avec ses sans-culottes ce qui s'avère finalement redondant.

Saluons le travail somptueux de William Lubtchansky (immense chef opérateur de Godard, Doillon, Rivette, Peter Brook…) un noir et blanc très contrasté, expressionniste, un monde où le gris n’existe pas. Filmés en contre jour, les visages dans l'ombre, les amants réguliers sont des oiseaux nocturnes qui traversent le jour comme une nuit perpétuelle. Est-ce à dire qu'on y voit mieux la nuit ?

Le film de Garrel est une symphonie, alternant grands mouvements et petites plages intimes, jonglant aisément avec les variations de ton: Chaplinien, drôle et burlesque par moments (un trio de CRS lance des fumigènes comme Charlot chargeait les canons dans Le dictateur), Eustachien lorsque le couple des amants se lie et se délie, Bressonien dans cette façon aride qu'il a de filmer la révolution d'un soir. Film de groupe et film de couple, Les amants réguliers est définitivement une oeuvre sur la solitude comme le sont tous ses films depuis Les enfants désaccordés en 1964. "La solitude qu’il y a dans le coeur de chaque homme, c’est incroyable !" dit laconiquement, comme une fatalité, le personnage de Clotilde Hesme. Le groupe des irréductibles se désagrège, se normalise. Le couple se défait, se désunit. Elle part vivre à New York car il n’y a plus rien à faire à Paris. Dernier mot d’ordre: ‘On éclate!”. Désillusion. Le deuil des utopies est signé par cette phrase cynique: "Il n’y a rien qui ressemble plus à un curé qu’un militant".



Laurent Devanne

 

DU MÊME AUTEUR
VOIR AUSSI
 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Lion d'Argent au Festival de Venise 2005
    Prix Louis Delluc 2005
    Meilleur espoir masculin, Louis Garrel, Césars 2006


    Sortie en salle : 26 Octobre 2005
    Réalisation
    : Philippe Garrel
    Scénario : Philippe Garrel, Arlette Langmann, Marc Cholodenko

    Avec: Louis Garrel, Clotilde Hesme, Eric Rulliat, Julien Lucas, Nicolas Bridet, Mathieu Genet, Raïssa Mariotti, Caroline Deruas-Garrel, Rebecca Convenant, Marie Girardin, Maurice Garrel, Cécile Garcia Fogel, Marc Barbé, Nicolas Maury, Brigitte Sy, Nicolas Chupin, Martine Schambacher...

    Image : William Lubtchansky
    Montage : Françoise Collin / Philippe Garrel / Alexandra Strauss
    Musique : Jean-Claude Vannier
    Chorégraphie : Caroline Marcadé
    Son : Alain Villeval / Alexandre Abrard
    Décors : Nikos Meletoploulos / Mathieu Menut
    Costumes : Justine Pearce / Cécile Berges
    Distributeur : Ad Vitam
    Editeur DVD
    : MK2 Editions

  •  LE DVD
    2 DVD 9 - PAL - Zone 2 - noir et blanc - tous publics
    Durée du DVD1: 3h03
    Durée du DVD2: 2h15

    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33
    Son: Stéréo

    Langue:
    Français


  • BONUS  (2h22)


    DVD1 (7')
    * Préface de Philippe Azoury (4')

    * Bande-annonce du film (3')

    DVD2 (2h15)
    Voilà une série de compléments à la hauteur du film ! Sous le signe de la rareté, chacun de ces bonus nous replonge dans cette atmosphère artistique singulière de l'après 68 dépeint dans Les amants réguliers.

    * ZANZIBAR, un documentaire de Jackie Raynal (26')
    Pour commencer, Zanzibar, un instructif documentaire un peu confus, à l'esthétique warholienne (effet de solarisation pas très convaincant) qui dresse le portrait, une quarantaine d'années après, du groupe Zanzibar, rassemblement hétéroclite de jeunes artistes, dandys, dont faisait partie Philippe Garrel. On y découvre les multiples influences et liens avec le cinéma de cette époque (Godard, Rohmer, Warhol et le Velvet) et des personnalités telles que Patrick Deval, Jackie Raynal, Jean Bart et Daniel Pommereulle. LD

    Zanzibar est né de la mouvance intellectuelle de 1968 et prônant un idéal de conquête de liberté totale de création. S'érigeant contre le cinéma traditionnel, les films de Zanzibar sont caractérisés par un extraordinaire travail de dépouillement dans la mise en scène et la narration, et une recherche sans précédent sur la lumière, comme une quête de pureté. Peu distribués et "invisibles" pour la plupart, ces films sont devenus aujourd'hui de véritables mythes.




    *6 Cinématons de Gérard Courant (21')
    6 portraits muets filmés réalisés par Gérard Courant, mettant en scène Philippe Garrel, Daniel Pommereulle, Jackie Reynal, Patrick Deval, Frédéric Pardo et Serge Bard.

    Voici les 10 commandements du Cinématon :
    1) La caméra cadre un gros plan fixe du visage d’une personnalité des arts et du spectacle.
    2) La caméra cinématographique est fixée sur un trépied.
    3) La caméra filme pendant 3 minutes 25 secondes, le temps d’un chargeur "Super 8".
    4) Il y a une seule prise.
    5) Il n’y a pas de son.
    6) Il n’y a pas de changement de mise au point.
    7) Il n’y a pas de modification de cadrage en cours de tournage.
    8) Il n’y a pas de coupure pendant le tournage et pas de montage.
    9) La personne filmée est libre de faire ce qu’elle veut.
    10) Le "cinématoné" accepte que son portrait soit montré au public.
    (extrait de l'interview de Gérard Courant par Rémi Fontanel)


    Selon une 11ème règle non écrite, ces films ne peuvent être visibles qu'en salle de cinéma projetés en super 8 par le réalisateur lui-même. C'est un plaisir de voir que Gérard Courant a finalement dérogé à ce principe pour nous offrir ces 6 portraits inédits. LD









    * Vite, moyen métrage de Daniel Pommereulle (1969 - 33')
    Objet expérimental, hargneux et révolté, astral et terrien, sur un rythme tribal, à la
    recherche du cri originel et du cinéma primitif. LD





    * Festival de Venise 2005: conférence de presse et interviews de Clotilde Hesme
    et Louis Garrel (55')
    Avare d'interviews, Philippe Garrel se prête ici au petit jeu des questions/réponses avec les journalistes italiens et français au cours de la conférence de presse du Festival de Venise 2005 à l'issue duquel il recevra le Lion d'argent. Donc, une rareté de plus. Garrel loquace, s'exprimant sur son hommage à Jean Eustache, à Stendhal, à Bertolucci, sur la dimension autobiographique du film et son rapport familial à la marionnette.
    Deux interviews intéressantes des "amants réguliers", Louis Garrel et Clotilde Hesme, vient compléter cette conférence au cours de laquelle ils ne se sont que très peu
    exprimés. LD


NOTES DE PRODUCTION


Les Somnambules.

C'est une nuit de mai 68, dans Paris. François Dervieux a 20 ans, il est poète. Il marche parmi les manifestants, participe aux barricades, regarde les CRS dans le blanc des yeux. Sur le toit d'un immeuble où il s'est réfugié, il rêve à 1789, à 1848. 68 vient de lui prouver que « De toute façon on est toujours seul… » Seul à se demander si on doit préférer le romantisme à l'anarchie, l'anarchie à la mort, et la mort au réalisme.

Philippe Garrel avait lui aussi 20 ans en 68. Il faisait déjà du cinéma de poésie, avait tourné deux courts métrages (Les Enfants désaccordés, et Droit de visite), deux longs métrages (Anémone, et Marie pour mémoire) et des émissions pour la télévision (sur le rock, les filles, le cinéma de Jean-Luc Godard). Les actualités révolutionnaires qu'il tourna avec d'autres pendant les évènements de Mai ont été perdues au laboratoire. On ne les verra plus. Jean-Luc Godard se rappelle de plans, « les seuls où l'on voyait les CRS de face, avec la sombre austérité du 35mm, alors que tout le monde ne faisait que du 16 flou… » Et Garrel lui même dit avoir filmé «des allégories. Des personnages devant des barricades qui posaient comme des statues. (…)Je voulais essayer de prouver que Paris était coupé en deux. » Les Amants réguliers est lui aussi un film coupé en deux (et scindé en plusieurs poèmes : les espérances du feu, les espoirs fusillés, les éclats d'inamertume, le sommeil des justes): avec d'un côté un film barricade (tableaux de mai, filmé comme l'avènement d'une fête apeurée, noyée sous un brouillard de lacrymo) et à sa suite, un film barricadé, suivant le repli des insoumis, de ceux qui ne voulaient plus de cette vie, choisissant de vivre libre, en autarcie, dans une maison dans les bois en bords de monde, pleine de garçons, de filles et d'opium. Là, François va rencontrer une fille, Lilie, à moins que ça ne soit un ange. Ils s'aimeront, (« nos mains, elles sont pareilles ») elle s'éloignera, il en mourra, dans un dernier rêve désaccordé, trouvant dans des substituts à dose héroïque la demeure du sommeil le consolant de sa peine. « Dans ce ciel, dans l'oubli »... C'était là la strophe de son dernier poème.

On peut voir Les Amants réguliers comme la réponse de Garrel au récent Dreamers de Bertolucci, film sur 68 dont Louis Garrel était déjà la figure centrale. En 68, Bertolucci tournait à Rome avec Tina Aumont et Pierre Clementi (deux acteurs chers à Garrel) Partner, un film qu'il n'aime plus beaucoup aujourd'hui (mais que Garrel aime bien). À l'été 68, pour fuir Paris aux espoirs fusillés, Garrel partait dans la forêt noire tourner le Révélateur, puis la Concentration, avec Jean-Pierre Léaud et Zouzou, un film prophétique et schizophrène qu'il dit ne plus aimer beaucoup (mais que Bertolucci aime bien, lui). Et c'est en 69, dans une maison en Italie où se croisent Frédéric Pardo, Tina Aumont, Daniel Pommereulle, (à qui les Amants réguliers sont dédiés), les Zanzibars, que Garrel rencontrera la chanteuse, égérie et mannequin Nico, avec qui il tournera sept films empreints d'onirisme. Qui a dit que c'était une autre histoire ?

Des Amants réguliers, le 27ème film de Philippe Garrel, on dira qu'il répond, une fois de plus chez l'auteur de L'Enfant secret, autant à un principe d'identification que de composition. Ceux qui connaissent de près de loin les moments de la vie de Garrel croiront reconnaître certains épisodes de sa vie d'homme, les autres verront une histoire, avec ses héros, sa douceur cassée. La vérité flottant quelque part entre les deux, toute copie de la nature étant vouée à l'échec, enseignait Faust. La mémoire, cette fois encore, s'est réécrite autour d'une fiction. Ces sentiments-là ont parfois existé, la netteté du film vient aussi de là. Il y a ici accumulation d'indices de vérité : un cinéaste fait jouer ceux de sa famille, son fils Louis, son père Maurice, et les femmes de sa vie, Brigitte Sy, Caroline Deruas-Garrel, Aurelia Alcaïs, et Nico, dont on peut entendre Vegas, un morceau qui pourtant date, délicieux anachronisme et clin d'œil trompeur, de 1981... Aujourd'hui c'est déjà demain.

Aucune piste ne suffira à épuiser ce film, peut-être le plus net de son auteur depuis L'Enfant secret (1979) ou J'Entends plus la guitare (1990), porté par une apesanteur, et par le souffle d'une jeunesse retrouvée par héritage (cadeau du père au fils) ou plutôt par transsubstantiation (cadeau du fils au père). C'est surtout, et pour la première fois depuis longtemps chez Garrel (disons depuis le Berceau de cristal, et ses accents de factory warholienne) un film de groupe, un film de complices, entouré par les élèves du Conservatoire, qui en composent la chair, et permettent à Garrel d'accéder à la longueur d'onde la plus étendue : une grande forme.

La durée des Amants…, inhabituelle pour son cinéma (3h), va l'autoriser à élargir le champ de son dessin : le couple (pourtant le motif essentiel de son cinéma) va, régulièrement, s'évanouir pour laisser la place au groupe. 1969, c'est un cercle d'amis, d'amants, d'insoumis, de dandys opiumés, d'artistes maintenant l'électricité de 68 dans une clandestinité élégante, ex silhouettes indistinctes des nuits de mai 68 réapprenant, malgré l' oppression, malgré l'échec, la fatigue et le désarroi, à redevenir des individus, en quête d'un courant 69..: Les Amants réguliers sont des superstitieux, qui passent sous les porches des immeubles en lorgnant avec une attention inquiète sur le numéro de porte : 68, comme mot de passe. En 1969, ceux qui se seront repliés ne parleront plus que par codes secrets, par mot d'ordre (« on éclate »). Qu'ils soient militants, drogués, ou amoureux solitaires. Voire les trois. Ensemble, ils forment la communauté des somnambules.

Philippe Azoury
(auteur d'un essai sur Philippe Garrel, à paraître au premier semestre 2006 aux éditions de l'Etoile/ Cahiers du cinéma)
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FILMO PHILIPPE GARREL
RÉALISATION
Les Amants réguliers (2004)
Sauvage innocence (2001)
Le Vent de la nuit (1998)
Le Coeur fantôme (1996)
La Naissance de l'amour (1993)
J'entends plus la guitare (1991)
Les Baisers de secours (1989)
Les Ministères de l'art (1988)
Elle a passé tant d'heures sous les sunlights... (1984)
Paris vu par... vingt ans après (1984)
Liberté la nuit (1983)
L'Enfant secret (1979)
Le Bleu des origines (1978)
Le Voyage au jardin des morts (1976)
Un ange passe (1975)
Le Berceau de cristal (1975)
Les Hautes solitudes (1974)
Athanor (1973)
La Cicatrice intérieure (1970)
Le Lit de la vierge (1969)
Le Révélateur (1968)
La Concentration (1968)
Actua 1 (1968)
Marie pour mémoire (1967)
The Who (1966)
Anémone (TV) (1966)
Droit de visite (1965)
Les Enfants désaccordés (1964)


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