J'ENTENDS PLUS LA GUITARE

LES BAISERS DE SECOURS

de Philippe GARREL

 

  • COFFRET DOUBLE DVD
  • Drame - 1989 et 1991 - France
  • Sortie à la Vente en DVD le 9 novembre 2006
    Éditions des Cahiers du cinéma
  • Prix de vente conseillé : 29,90 €
POINT DE VUE

Les baisers de secours et J’entends plus la guitare, deux films de la même période (1989 et 1991) signent le retour de Philippe Garrel à un cinéma plus traditionnel et malheureusement aussi plus conventionnel.
On dit toujours du bien de Philippe Garrel. Quand je dis «on», j’évoque ces pseudos cinéphiles pointus, ceux pour qui aborder des sujets sérieux sur un ton qui ne l’est pas moins, débouche inéluctablement sur un bon film. Il faut bien admettre aujourd’hui que Les baisers de secours et J’entends plus la guitare ne sont que de tout petits films, symptomatiques d’une «certaine tendance» (dixit le renégat François) du cinéma français d’auteur de la période. Après une décennie bien pauvre – les années 80 -, on n’imaginait pas que la suivante allait être encore plus pauvre. Drôle d’ironie: dans Les baisers de secours, Philippe Garrel et Brigitte sortent d’une salle de cinéma d’où l’on projette Maine Océan, de Jacques Rozier, sans doute le meilleur film français de la décennie 80, et l’un des derniers produits Nouvelle Vague. Doit-on y voir une ironie subtile ?
Les baisers de secours et J’entends plus la guitare, comme certains films de Rivette ou de Rohmer de la même époque, marquent la fin d’une période pour le cinéma d’auteur français, ou plutôt, marque pour de bon l’entrée dans l’ère du classicisme du cinéma moderne. Moins de folie, moins d’inventivité, plus de codes, plus de règles, un langage plus raffermi, plus sûr, et donc forcément moins brillant. Le film d’auteur classique n’a rien de bandant.

Le sujet de ces deux films de Garrel n’a guère d’importance. Notons juste qu’il part de sa vie, de sa réalité – qu’il commet l’erreur parfois de s’y installer – pour arriver à ce que l’on pourrait appeler de la « réa-fiction ». Faut-il se pâmer devant un cinéaste qui nous parle de lui ? Qui évoque sa vie, ses troubles, ses déchirures, ses envies, ses craintes, ses angoisses ? Faut-il trouver génial un cinéaste qui prend la peine d’emballer sa vie dans le papier cadeau de la fiction pour nous faire part de sa peur du futur, du passé, du présent et de son mal de vivre ?
Je serais tenté de répondre non. En tout cas, je ne vois pas pourquoi il faudrait absolument répondre oui. Sur ces deux films qui lancent – on l’aura compris – la période la moins inventive de sa carrière, Garrel nous ressort des astuces, des redondances, des notes tellement jouées qu’on ne les entend plus. Le cinéma de Garrel marche sur tous les poncifs du film d’auteur. Des phrases toutes faites et pas belles à entendre, clamées par des acteurs qui ont tous l’air de passer une audition avec pour chacun l’impression qu’ils tiennent là le rôle de leur vie. Entendu dans J’entends plus la guitare: « l’amour c’est tout ce qu’on ne peut pas dire » … (et dire que les défenseurs de Garrel crachent sur Lelouch !). Vu dans J’entends pas la guitare, des filles filmées nues dans des lits, des gens meurtris par la vie qui se voient sans se regarder, des gens qui se parlent sans s’écouter, des mots chuchotés qui se meurent dans de lourds silences bien pompeux, ou dans une musique jazzy lymphatique. Il me faudrait trois semaines de travail intensif et non-stop pour établir la liste exhaustive de tout ce qui, chez Garrel, vient plomber et désamorcer toute la délicatesse, la préciosité et la fragilité des intentions initiales des scénarii. Dans le premier film (Les baisers de secours): le passage difficile d’un couple après que le mari, metteur en scène, ait choisi une autre actrice que sa femme pour son prochain film ; le second (J’entends pas la guitare): un homme partagé entre plusieurs femmes ne sait plus très bien où il en est.

Il y a quelque chose de très important en cinéma, on n’en parle pas assez, on n’en parle jamais même: c’est l’ordre dans lequel on voit les films. Voir Les baisers de secours après avoir vu L’amour fou de Jacques Rivette, c’est dur. L’histoire de ce film sorti en 1969, est exactement la même que celle des Baisers de secours. Malheureusement pour le film de Garrel, L’amour fou, mastodonte en or massif de 270 minutes, plongée en apnée monumentale dans la décomposition d’un couple, est l’un des films les plus forts, les plus troublants, les plus marquants de toute l’histoire du cinématographe. Ceux qui l’ont vu ne vous diront jamais le contraire. Là où Garrel met 1 heure 25 à raconter son histoire, Rivette met 4h10. Le problème est peut-être là: Garrel va trop vite à l’essentiel, ne nous fournit que la substance de la décomposition d’un couple, qui est un long et lent processus. Dans le film de Rivette, nombreuses sont les divagations, les digressions, les mots, les phrases, les gestes, les signes, qui ne trouvent une importance secondaire. Tout parait s’improviser sous nos yeux. L’histoire de L’amour fou se dessine lentement, en filigrane, subrepticement, si bien qu’au final, elle ne semble jamais – tout cela n’est bien sûr qu’illusion - être le prétexte du film … Ce texte a commencé par l’évocation de deux films de Garrel, il se termine par celle d’un film de Rivette. Là est le drame. Depuis la fin des années 80, les films de Garrel nous font regretter la grande période du cinéma moderne. Rien d’autre.

Julien Pichené

 





DU MÊME AUTEUR
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J'ENTENDS PLUS LA GUITARE

SYNOPSIS

Gérard et Marianne s’aiment d’amour fou, mais Marianne s’en va. Lorsqu’elle revient, le bonheur, à portée de main, est détruit par l’accoutumance à l’héroïne. Les deux amants se séparent à nouveau. Gérard commence une autre vie avec Aline, qui lui donne un enfant. Marianne réapparaît une dernière fois avant de disparaître pour toujours. Ce film est dédié à Nico.

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    1991 - France - 1h38
    Réalisation : Philippe Garrel
    Scénaristes : Philippe Garrel
    ,
    Marc Cholodenko
    Producteur: Bernard Palacios, Gérard Vaugeois
    Photographie: Caroline Champetier
    Montage: Sophie Coussein , Yann Dedet
    Musique: Faton Cahen

    Avec:

    Benoît Régent (Gerard)
    Johanna ter Steege (Marianne)
    Yann Collette (Martin)
    Mireille Perrier (Lola)
    Brigitte Sy (Aline)
    Anouk Grinberg (Adrienne)
    Adélaïde Blasquez (Linda)
LES BAISERS DE SECOURS
SYNOPSIS
Jeanne ne comprend pas que son compagnon, Mathieu, cinéaste, ait proposé à une autre actrice, Minouchette, d’interpréter un rôle inspiré de leur vie de couple. Elle trompe Mathieu et le quitte parce qu’ « on peut vivre sans amour, pas sans dignité ». Leur fils, Lo, va d’un parent à l’autre. Lorsque Jeanne revient vers Mathieu, une « nouvelle vague » commence, c’est la renaissance de l’amour.
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    France - 1h23 - 1989
    Réalisation : Philippe Garrel
    Scénaristes : Philippe Garrel
    ,
    Marc Cholodenko
    Producteur: Gérard Vaugeois

    Chef opérateur : Jacques Loiseleux
    Chef monteur : Sophie Coussein

    Interprètes :
    Brigitte Sy .... Jeanne
    Philippe Garrel .... Mathieu
    Louis Garrel .... Lo
    Anémone .... Minouchette
    Maurice Garrel .... La père de Mathieu
    Yvette Etiévant .... La mère de Mathieu
    Jacques Kébadian .... Paul
    Valérie Dréville .... Josette
    Aurélien Recoing .... Le comédien
    Pierre Romans .... Le metteur en scène de théâtre


  • BONUS
    Partie Rom :(sur J'entends plus la guitare)
    L’âge d’homme
    par Thierry Jousse ; « Philippe Garrel : Propos rompus », propos
    recueillis par Thierry Jousse ; Fragments d’un journal par Philippe Garrel (Cahiers du
    cinéma n°447, sep. 1991)

    Partie Rom:(sur Les baisers de secours)
    Tournage : En toute intimité par Thierry Jousse (Cahiers du cinéma n°415, janvier
    1989) ; L’amour, le cinéma par Colette Mazabrard ; Le refus du drame, entretien avec Philippe Garrel par Thierry Jousse (Cahiers du cinéma n°424, octobre 1989) ; Musique : Portrait d’un guérillero par Nicolas Saada, propos recueillis par Thierry Jousse et Nicolas Saada (Cahiers du cinéma n° 425, novembre 1989).


  •  LES DVD
    PAL -Zone 2 - Couleurs et noir & blanc
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Son: Mono

    Langue: français
    Durée des films: 98' + 83'



  • Dans la même collection
    Sobibor, 14 octobre 1943, 16 h & Un vivant qui passe de Claude Lanzmann
    Sauvage innocence & La Naissance de l’amour de Philippe Garrel
    Nord & N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois
    La Vie des morts & La Sentinelle d’Arnaud Desplechin
    Poor Cow (Pas de larmes pour Joy/La Reine des pomme) & Family Life de Ken Loach
    Le Ballon blanc & Sang et or de Jafar Panahi
    Le vent de la nuit & Elle a passé tant d’heures sous les sunlights… de Philippe Garrel Prénom Carmen et Hélas pour moi de Jean-Luc Godard
    S’en fout la mort & Nénette et Boni de Claire Denis
    Passion & Nouvelle Vague de Jean-Luc Godard
    Golden Eighties & Toute une nuit de Chantal Akerman
    Le Septième Ciel & Marianne de Benoît Jacquot
    Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) & Esther Kahn de Arnaud Desplechin
    Dieu seul me voit & Liberté Oléron de Bruno Podalydès
                                        
FILMOGRAPHIE DE PHILIPPE GARREL

Né le 6 Avril 1948 à Paris

R É A L I S A T I O N


Les Amants réguliers (2004)
Sauvage innocence (2001)
Le Vent de la nuit (1998)
Le Coeur fantôme (1996)
La Naissance de l'amour (1993)
J'entends plus la guitare (1991)
Les Baisers de secours (1989)
Les Ministères de l'art (1988)
Elle a passé tant d'heures sous les sunlights... (1984)
Paris vu par... vingt ans après (1984)
Liberté la nuit (1983)
L'Enfant secret (1979)
Le Bleu des origines (1978)
Le Voyage au jardin des morts (1976)
Un ange passe (1975)
Le Berceau de cristal (1975)
Les Hautes solitudes (1974)
Athanor (1973)
La Cicatrice intérieure (1970)
Le Lit de la vierge (1969)
Le Révélateur (1968)
La Concentration (1968)
Actua 1 (1968)
Marie pour mémoire (1967)
The Who (1966)
Anémone (TV) (1966)
Droit de visite (1965)
Les Enfants désaccordés (1964)

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