One
+ One, le dix-septième long-métrage de Jean-Luc
Godard, est un film culte pour les adorateurs du réalisateur
: premier film explicitement politique de JLG, il fut longtemps invisible,
ou alors uniquement visible dans une version remontée par ses
producteurs et que l’auteur reniait totalement, rebaptisée
Sympathy for the Devil. Pour les amateurs de rock n’
roll, c’est un document rare sur la genèse d’un
des plus grands titres qui soit, Sympathy for the Devil des
Rolling Stones. Deux films en un, ou un seul film sur la politique
de la musique ? À moins qu’il ne s’agisse de la
musique de la politique…
En Mai 1968, au cœur des « événements »
et juste après le Festival de Cannes qu’il avait contribué
à faire fermer en compagnie de François Truffaut, Jean-Luc
Godard s’envole pour Londres. Il espère réaliser
pour un producteur (qui devait bien mal le connaître) un film
féministe sur l’avortement(1),
mais le projet tombe à l’eau suite au passage d’une
loi l’autorisant. Comme à son habitude, Jean-Luc Godard
rebondit et décide de s’intéresser à la
place au phénomène des Beatles, le plus grand groupe
de pop au monde, à l’époque… Ils refusent,
sans doute parce qu’ils sortent du Magical Mystery Tour
(1967-Bernard Knowles). Godard réalisera finalement, toujours
pour le même producteur avec lequel il rentrera en conflit direct,
un film sur les Rolling Stones – juste l’antithèse
des Beatles ! Dans ce paradoxe réside l’essence de tout
le travail de Jean-Luc Godard : il n’est jamais là où
on l’attend et les sujets sont secondaires pour lui. Peu importe
l’histoire, seuls comptent son message et la mise en scène
qui lui permettra de l’affirmer le plus fort. Jean-Luc Godard
voulait parler de la révolution en marche à travers
le monde en pointant son objectif sur la révolution musicale
anglaise, alors que celle qui semble l’obnubiler véritablement
est la révolution qui agite les tribunes politiques et la jeunesse
mondiale.
Jean-Luc Godard filme, avec un regard documentaire d’entomologiste,
de longs et fluides plans séquence sur les Rolling Stones en
pleine session de travail dans un studio d’enregistrement(2)
. Le groupe compose son chef d’œuvre, Sympathy For
The Devil, le diamant ciselé qui ouvre l’album culte
Beggars’ Banquet dont la pochette censurée représente
des toilettes publiques bien mal entretenues et un mur couvert des
graffiti que l’on imagine. Les Rolling Stones ne cachaient pas
les sources de leur inspiration… Chaque prise de la jam-session
est une variante de la précédente, les arrangements
sont flottants, les moments d’hésitation créatifs
(« faut-il jouer rock ou salsa ? »). Les paroles achoppent
au début et se transforment au fil des prises en une longue
litanie décrivant par le détail comment le Diable (dont
le nom n’est pourtant jamais prononcé) semble avoir été
à l’origine de tous les grands événements
de l’Humanité depuis la mise en croix de Jésus
Christ…
Comme son titre (One + One) nous en avertit, Jean-Luc Godard
oppose ce film aux allures de documentaire musical à un autre
très politique… et c’est un euphémisme !
De jeunes hommes couvrent Londres et ses banlieues de slogans politiques
détournant des slogans aux allures publicitaires: «Cinemarxism»,
«Freudemocracy»,
«CIA + FBI = TWA + PANAM»… Une voix-off, semblable
à celle qui illustrait les films noirs, lit le plus sérieusement
du monde des extraits de romans de gare d’espionnage agrémentés
d’épisodes érotiques comme seule la Guerre Froide
a pu en faire naître – même si leur humour pastiche
et loufoque laisse présager qu’il s’agit plutôt
de prose godardienne. Dans un cimetière de voitures accidentées
ou en décrépitude(3), des black-panthers
armés et vindicatifs scandent des extraits de la prose révolutionnaire
des chantres et idéologues du Black Power, Eldridge Cleaver
et Leroi Jones. À la manière des Stones en studio, la
caméra les suit en train de lire à voix haute des livres.
Il s’agit d’un collage de textes allant des origines du
blues et de l’esclavagisme à l’amour ancestral
de l’homme noir pour la femme blanche hérité d’années
de frustration et d’interdiction du mélange des races.
Ils ponctuent leurs exercices oratoires par des exécutions
de femmes blanches kidnappées… Dans une librairie spécialisée
en revues et romans pornographiques, un dandy représentatif
du swingin’ London tourne en rond et lit à voix haute
Mein Kampf, le fameux manifeste d’Adolf Hitler(4)
. Les clients paient leurs achats de saluts Nazis ou en giflant deux
hommes ensanglantés – des militants communistes- assis
dans un coin et qui répondent aux agressions par des «
Paix au Vietnam », des « Vive Mao » ou des «
Vive le FLN » hurlés machinalement… Enfin, du cœur
d’une forêt vierge émerge une jeune femme à
l’accent français, Eve Démocratie (l’écrivain
Anne Wiazemski, alors compagne de Godard), qui est harcelée
par une équipe de télévision qui lui pose avec
un sérieux très BBC des questions alternativement profondes,
incompréhensibles ou vides de sens auxquelles elle répond
lapidairement par des « Yes » et « No », après
y avoir mûrement réfléchit… Exemple choisi
: «Est-il urgent de remplacer le mot culture par un autre ?
–Oui… Le Diable, c’est peut-être Dieu en exil
? –Oui… Savez-vous qui a tué Kennedy ? –Non…
Il est impossible à l’Amérique d’en finir
avec le Viêtnam, psychologiquement impossible ? Oui… ».
Cet interrogatoire de près de 9 minutes se termine par une
question/affirmation aux accents troublants : « Pensez-vous
que pour être un intellectuel révolutionnaire, il faille
cesser d’être un intellectuel ? –oui, oui, oui,
oui… ». Jean-Luc Godard est-il alors révolutionnaire,
intellectuel ou les deux, ce qui semble impossible ? Le titre One
+ One prend ici un autre accent et annonce la réponse
: on peut et doit être les deux à la fois… Si son
film est intellectuel, renonce-t-il à tout esprit révolutionnaire
? Peut-il être révolutionnaire sans être un objet
de réflexion ?
Comme d’habitude, les films de Godard sont difficiles à
comprendre et c’est sans doute cette mise à distance
permanente de la mise en scène qui les rend beaux… comme
un être aimé inaccessible. Au risque de choquer, j’affirmerais
même que moins on comprend une œuvre de Jean-Luc Godard
et plus on peut s’autoriser à l’aimer librement…
Mais quand on s’intéresse à la magie de ces films
et que l’on gratte la surface glacée de la pellicule
et des apparences, le contenu devient vite limpide une fois que l’on
aura renoncé à chercher un sens profond et caché…
tout est là visible !
JLG ballotte le spectateur, bien malgré lui et à l’encontre
de toute logique, entre le studio où les Rolling Stones enregistrent
leur hymne satanique et des scènes de guérilla urbaine
où les mots sont aussi mortels que les armes… L’opposition
– ou plutôt la mise en apposition - entre construction/création
et destruction est évidente. Godard tente simplement l’impossible
: organiser le chaos avec pour fond – politique et musical -
les rimes du rock n’ roll qui se confondent avec celles des
logorrhées politiques des militants rencontrés au fil
du film. Ainsi les révolutionnaires adoptent-ils des maniér(ism)es
de rock stars : ils se font interviewer, posent devant la caméra,
soignent leur look, s’échangent de très fétichistes
armes qui rappellent autant d’instruments de musiques que les
Stones utilisent en studio… Alors que les Rolling Stones, dont
nous aimerions croire selon les clichés qu’ils se répandent
dans la drogue, l’alcool et le stupre, s’avèrent
être de gentils garçons qui ne jouent même pas
avec la caméra – à peine Mick Jagger ose-t-il
un petit « ça va?». Godard semble refuser de les
starifier avec de beaux gros plans : le groupe est perdu dans des
plans larges qui le mettent à distance comme pour mieux le
voir…
Jean-Luc Godard, qui a toujours aimé mêler les sons jusqu’à
les rendre inaudibles, s’amuse dans la première partie
du film à faire se chevaucher la musique des Stones et les
scènes dites politiques, mais la machine s’inverse et
jusqu’à la fin la musique des Stones est phagocytée
par des bribes de discours politiques… Comme si les deux groupes
révolutionnaires tentaient de se parler, mais sans jamais réellement
se comprendre. La même absence de communication que celle déjà
mise en avant par un Antonioni au début des années 60,
dans L’Avventura. D’ailleurs, plus on parle et
moins on en dit, dans le film. Ce grand brassage d’images, de
répétitions et de chevauchements de sons, de paroles,
de mouvements de caméra devrait faire résonner un écho
qui révèlerait un sens caché. Ne serait-ce pas
tout simplement une recherche de rythme ? Un souffle révolutionnaire,
peut-être… qui ne s’arrêterait jamais plus,
puisque aucune logique ne semble orchestrer des scènes qui
n’ont ni début ni fin. Une impression d’inachevé
qui est comme un cri d’espoir en l’art et la révolution
finalement inséparables. Le plan final, où une caméra
portant un drapeau rouge et un autre noir s’envole comme les
idéaux passés le résume bien.
Les quatre modifications opérées par les producteurs
sur One + One afin d’en faire davantage un film centré
sur les Stones, accouchent d’un film que l’on appelle
traditionnellement Sympathy for the Devil(5)
. Lors de son avant-première en novembre 1968, au National
Film Theatre de Londres, Godard, outré par ce qu’il vit,
assomma son producteur et hurla au fascisme… Il demanda au public
médusé de se faire rembourser et d’envoyer l’argent
aux Black Panthers. Godard n’aurait récolté que
des insultes et des sifflets de la part du public qui refusa de voir
sa version du film.
Jean-Luc Godard inaugure avec One + One l’apprentissage
d’une liberté totale en oubliant les contraintes fictionnelles
du cinéma, et gommera même les années suivantes
ses extraordinaires recherches plastiques – comme pour ne pas
distraire le spectateur du message à voir et à entendre.
Ses films, qui avaient toujours été portés par
le politique, pouvaient enfin devenir de véritable ciné-tracts
comme les kinoks et Dziga Vertov (dont il adopta l’année
suivante le nom pour son fameux groupe de réalisateurs) purent
en produire en URSS du temps du muet. Il s’attacha, comme il
l’ambitionnait, de « faire politiquement des films politiques
», une période créatrice pleine d’impasses,
de facilités, d’aveuglements, qui n’offrit pas
de chefs d’œuvre - si ce n’est justement One
+ One, qui reste une œuvre à part dont certains pensent
qu’elle annonce la fin de sa carrière la plus créative
qui avait vu la réalisation de À Bout de souffle
(1959), Vivre sa vie (1962), Le Mépris
(1963), Pierrot le fou (1965), Week end (1967)…
et retrouvera un second souffle à la fin des années
70.
Nachiketas Wignesan
P.S. : Dans Soigne ta droite, Jean-Luc Godard suit
les mêmes traces que sur One + One puisqu’il
accompagne les Rita Mitsouko en enregistrement… .
(1)
Ne sous-entendons pas que Jean-Luc Godard ait fuit la révolution
parisienne pour se réfugier dans la perfide Albion puisque
l’on sait, de la bouche même de ses producteurs qui s’en
plaignaient beaucoup, qu’il fit de nombreux allers-retours avec
la France pendant la production et le tournage de One + One…
Le film en fut-il affecté ?
(2)Ces sessions débutent le 4 Juin 1968, alors que l’album
Beggars’ Banquet était déjà totalement
enregistré, sans se douter que Sympathy for the Devil viendrait
s’y greffer… Les Rolling Stones, qui visiblement ne connaissaient
pas l’œuvre de Godard –et auraient uniquement été
aguichés par des photos nues de Bardot issues du Mépris-
furent payés 18.000 £ et signèrent un contrat
pour un film qui s’intitulait alors The Devil is My Name qui
stipulait bien qu’il n’y aurait pas de scénario
et que le film s’écrirait et se réaliserait au
fur et à mesure de l’inspiration de Jean-Luc Godard…
Ce premier film en langue anglaise pour Godard fut d’ailleurs
son plus gros budget (150.000 £). Les Stones qui connaissaient
les obscurs processus de l’improvisation de la création
ne furent donc ni déroutés ni pris au piège par
les méthodes godardiennes…
(3)Des carcasses et squelettes de voitures qui rentrent en écho
avec les images qui nous restent des affrontements de Mai 68 ainsi
qu’avec les accidents de Week End, du même JLG, l’année
précédente…
(4)Trait absolument godardien, c’est le producteur avec lequel
il s’entendait mal dès le début et qui détruira
son film en le remontant qui tient le rôle du Nazi branché
!
(5)Pour plus d’information sur les deux versions, voir le documentaire,
« De One + One à Sympathy » (4 minutes),
en bonus du DVD, comparant très pédagogiquement les
deux films. D’ailleurs, il est possible de voir les deux versions
du film, au choix, sur le DVD.
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Paroles de Sympathy for the Devil
(Mick Jagger & Keith Richards)
Please allow me to introduce myself
I'm a man of wealth and taste
I've been around for a long, long years
Stole many a man's soul and faith
And I was 'round when Jesus Christ
Had his moment of doubt and pain
Made damn sure that Pilate
Washed his hands and sealed his fate
Pleased to meet you
Hope you guess my name
But what's puzzling you
Is the nature of my game
I stuck around St. Petersburg
When I saw it was a time for a change
Killed the czar and his ministers
Anastasia screamed in vain
I rode a tank
Held a general's rank
When the blitzkrieg raged
And the bodies stank
Pleased to meet you
Hope you guess my name, oh yeah
Ah, what's puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah
(woo woo, woo woo)
I watched with glee
While your kings and queens
Fought for ten decades
For the gods they made
(woo woo, woo woo)
I shouted out,
"Who killed the Kennedys?"
When after all
It was you and me
(who who, who who)
Let me please introduce myself
I'm a man of wealth and taste
And I laid traps for troubadours
Who get killed before they reached Bombay
(woo woo, who who)
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
(who who)
But what's puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah, get down, baby
(who who, who who)
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
But what's confusing you
Is just the nature of my game
(woo woo, who who)
Just as every cop is a criminal
And all the sinners saints
As heads is tails
Just call me Lucifer
'Cause I'm in need of some restraint
(who who, who who)
So if you meet me
Have some courtesy
Have some sympathy, and some taste
(woo woo)
Use all your well-learned politesse
Or I'll lay your soul to waste, um yeah
(woo woo, woo woo)
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, um yeah
(who who)
But what's puzzling you
Is the nature of my game, um mean it, get down
(woo woo, woo woo)
Woo, who
Oh yeah, get on down
Oh yeah
Oh yeah!
(woo woo)
Tell me baby, what's my name
Tell me honey, can ya guess my name
Tell me baby, what's my name
I tell you one time, you're to blame
Oh, who
woo, woo
Woo, who
Woo, woo
Woo, who, who
Woo, who, who
Oh, yeah
What's my name
Tell me, baby, what's my name
Tell me, sweetie, what's my name
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Oh, yeah
Woo woo
Woo woo
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LE TOURNAGE
Contacté
par la productrice Eleni Collard pour faire un film sur la légalisation
de l’avortement en Angleterre, Jean-luc Godard arrive à
Londres fin mai 1968. Peu après son arrivée, l’avortement
est autorisé et le projet du film n’a plus lieu d’être.
Godard décide de rester en Angleterre et de faire un film avec
les Beatles ou les Rolling Stones. Les Beatles déclinent l’offre
tandis que les Stones sont d’emblée enthousiastes. Le film
sera finalement financé par deux producteurs, Iain Quarrier et
Michael Pearson. Le film est présenté en novembre 1968
à Londres dans une atmosphère houleuse suite à
un désaccord entre Godard et ses producteurs. Il sort en France
le 7 mai 1969. Il sera à nouveau visible en salles en 1982. One
+ One est le premier film en anglais de Godard et le dernier monté
par Agnès Guillemot qui avait travaillé sur tous ses films
depuis Le Petit Soldat.
2
VERSIONS
Deux versions différentes existent : dans la version de Godard
intitulé One + One, la chanson Sympathy for the Devil n’est
jamais diffusée intégralement, ce qui laisse le film volontairement
inachevé. Les producteurs ont monté leur propre version
avec la chanson en entier au générique de fin, en renommant
le film Sympathy for the Devil.
« Il s’est trouvé que Godard était là
durant deux nuits particulièrement mémorables »,
raconta Mick Jagger, assurant que le réalisateur aurait pu aussi
bien ne rien avoir d’intéressant à filmer. Ces images
seront un témoignage inestimable, montrant le groupe à
l’œuvre, tâtonnant puis créant lentement, avec
un brouillon de ballade folk comme point de départ, un hymne
rock intense dont les paroles provoquent encore aujourd’hui –
« tous les flics sont des criminels, et tous les pêcheurs
des saints...».
«Avec One Plus One, c’est la première fois que
Godard aborde la musique autrement que comme illustration, accompagnement
et soulignement d’un propos à dominante visuelle, dans
le style d’Hollywood. Isoler en une série autonome l’espace
de la musique restitue au spectateur sa faculté d’auditeur,
à la musique la propriété d’être entendue
sans le filtre d’un divertissement visuel, au cinéaste
la possibilité d’en décomposer les différentes
phases de production dans l’arsenal des moyens de la mise en scène.
Filmer la musique, c’est en filmer le travail, la fabrication,
les répétitions et le temps que ça prend (le rythme),
dans un auditorium et non en concert public. » (Yann
Lardeau, Les Cahiers du Cinéma, 1982)
UN FILM EN PARALLÈLE
Le film s’articule autour de trois séquences d’enregistrement
avec les Rolling Stones. Les séances aux Olympic Recording Studios,
à Londres, montrent les musiciens créant et répétant
la chanson-phare de l’album Beggar’s Banquet.
1er mouvement :
« Outside Black Novel ». Godard filme un groupe de Noirs
militants (on pense aux Black Panthers) en train de lire des textes
politiques dans une décharge de vieilles voitures dans une zone
urbaine portuaire. Ils menacent trois jeunes femmes habillées
d’une chemise blanche, qui seront assassinées dans l’indifférence
au milieu des voitures cabossées.
2ème mouvement :
« All about Eve ». On suit le parcours d'une femme au nom
de Eve Democracy, jouée par Anne Wiazemsky. Elle est interviewée
par une équipe de télévision en pleine forêt.
Eve Democracy répond par oui ou par non aux questions que le
journaliste lui pose sur le rôle de la culture dans la société
et l’éventualité d’une révolution.
Le son devient de plus en plus fort et les chants d’oiseaux recouvrent
les dialogues. On retrouve ce personnage tout au long du film, en train
d’inscrire des slogans politiques sur les murs de la ville. Dans
la scène finale qui se déroule sur la plage d’un
plateau de tournage, Eve Democracy sera sacrifiée sur l’autel
de la révolution, placée entre les drapeaux du communisme
et de l’anarchie, sur une grue de caméra qui monte vers
le ciel.
3ème mouvement :
« The Heart of Occident ». Dans une librairie érotique
tenue par un libraire ouvertement fasciste (il lit Mein Kampf à
haute voix) joué par l’un des producteurs du film, les
clients achètent des revues en faisant le salut fasciste. Dans
un coin de la librairie, deux hippies dont l’un est blessé
sont les victimes de la violence des clients. Un grand-père accompagné
de sa petite fille achète des revues pornographiques.
GODARD MILITANT
Dès 1967, Godard oriente ses films de plus en plus selon ses
idéaux politiques. Il procède à une mise en question
radicale de son art et de sa pratique. En 1969, Jean-luc Godard et Jean-pierre
Gorin fondent le groupe Dziga Vertov et s’engagent à faire
un cinéma révolutionnaire. Le groupe se développe
en privilégiant les cinéastes amateurs et en révoquant
le statut d’auteur. Les films se feront donc collectivement. Godard
travaillera ainsi avec Jean-henri Roger, pour réaliser notamment
des Ciné-Tracts. Sympathy for the devil annonce cette nouvelle
étape en expérimentant par exemple la décomposition
des images, la dissociation entre texte, image et sons. Le jour de la
présentation du film à Londres, Godard dédiera
son film à Elfridge Cleaver, porte-parole des Black Panthers,
qui venait d’entrer dans la clandestinité.
Eldridge Cleaver
FILM MUSICAL
Bien que One + One ne soit pas à proprement parler un film musical
ni un film-portrait sur les Rolling Stones, on peut faire le lien avec
d’autres films qui se sont penchés sur la création
musicale : A Hard Day’s Night de Richard Lester (1964) avec les
Beatles où on suit le groupe de rock mythique au cours d’une
journée ordinaire ; Don’t Look Back de D. A. Pennebaker
(1967) qui filme Bob Dylan lors de sa tournée anglaise en 1965
; et dans la filmographie de Godard, Soigne Ta Droite (1987) avec les
Rita Mitsouko se sur le couple de musiciens dans leur studio de l'avenue
Jean-Jaurès à Paris..
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