)))  ONE + ONE
     / SYMPATHY FOR THE DEVIL

        
de Jean-Luc GODARD                            

 

  • Musical politique - 1969 - France/ Royaume-Uni- durée: 1h36
  • Sortie à la Vente en DVD le 3 mai 2006
    Editions Carlotta
  • Prix de vente conseillé : 23€

SYNOPSIS

Jean-Luc Godard filme des scènes de contestations politiques avec des membres des Black Panthers, montées en parallèle avec des séances d'enregistrement des Rolling Stones. Il suit en particulier la création de la chanson « Sympathy for the Devil », coupées par des scènes de révolution à l’extérieur du studio. En dépassant les limites du genre par un montage original, Godard restitue les réalités de la composition de la musique rock et permet ainsi d’approcher la musique au travail, en pleine création. La veine militante est aussi un des fils conducteurs de ce film-puzzle, montrant les liens entre création artistique et utopie sociale.

POINT DE VUE

One + One, le dix-septième long-métrage de Jean-Luc Godard, est un film culte pour les adorateurs du réalisateur : premier film explicitement politique de JLG, il fut longtemps invisible, ou alors uniquement visible dans une version remontée par ses producteurs et que l’auteur reniait totalement, rebaptisée Sympathy for the Devil. Pour les amateurs de rock n’ roll, c’est un document rare sur la genèse d’un des plus grands titres qui soit, Sympathy for the Devil des Rolling Stones. Deux films en un, ou un seul film sur la politique de la musique ? À moins qu’il ne s’agisse de la musique de la politique…

En Mai 1968, au cœur des « événements » et juste après le Festival de Cannes qu’il avait contribué à faire fermer en compagnie de François Truffaut, Jean-Luc Godard s’envole pour Londres. Il espère réaliser pour un producteur (qui devait bien mal le connaître) un film féministe sur l’avortement(1), mais le projet tombe à l’eau suite au passage d’une loi l’autorisant. Comme à son habitude, Jean-Luc Godard rebondit et décide de s’intéresser à la place au phénomène des Beatles, le plus grand groupe de pop au monde, à l’époque… Ils refusent, sans doute parce qu’ils sortent du Magical Mystery Tour (1967-Bernard Knowles). Godard réalisera finalement, toujours pour le même producteur avec lequel il rentrera en conflit direct, un film sur les Rolling Stones – juste l’antithèse des Beatles ! Dans ce paradoxe réside l’essence de tout le travail de Jean-Luc Godard : il n’est jamais là où on l’attend et les sujets sont secondaires pour lui. Peu importe l’histoire, seuls comptent son message et la mise en scène qui lui permettra de l’affirmer le plus fort. Jean-Luc Godard voulait parler de la révolution en marche à travers le monde en pointant son objectif sur la révolution musicale anglaise, alors que celle qui semble l’obnubiler véritablement est la révolution qui agite les tribunes politiques et la jeunesse mondiale.

Jean-Luc Godard filme, avec un regard documentaire d’entomologiste, de longs et fluides plans séquence sur les Rolling Stones en pleine session de travail dans un studio d’enregistrement(2) . Le groupe compose son chef d’œuvre, Sympathy For The Devil, le diamant ciselé qui ouvre l’album culte Beggars’ Banquet dont la pochette censurée représente des toilettes publiques bien mal entretenues et un mur couvert des graffiti que l’on imagine. Les Rolling Stones ne cachaient pas les sources de leur inspiration… Chaque prise de la jam-session est une variante de la précédente, les arrangements sont flottants, les moments d’hésitation créatifs (« faut-il jouer rock ou salsa ? »). Les paroles achoppent au début et se transforment au fil des prises en une longue litanie décrivant par le détail comment le Diable (dont le nom n’est pourtant jamais prononcé) semble avoir été à l’origine de tous les grands événements de l’Humanité depuis la mise en croix de Jésus Christ…

Comme son titre (One + One) nous en avertit, Jean-Luc Godard oppose ce film aux allures de documentaire musical à un autre très politique… et c’est un euphémisme ! De jeunes hommes couvrent Londres et ses banlieues de slogans politiques détournant des slogans aux allures publicitaires: «Cinemarxism», «
Freudemocracy», «CIA + FBI = TWA + PANAM»… Une voix-off, semblable à celle qui illustrait les films noirs, lit le plus sérieusement du monde des extraits de romans de gare d’espionnage agrémentés d’épisodes érotiques comme seule la Guerre Froide a pu en faire naître – même si leur humour pastiche et loufoque laisse présager qu’il s’agit plutôt de prose godardienne. Dans un cimetière de voitures accidentées ou en décrépitude(3), des black-panthers armés et vindicatifs scandent des extraits de la prose révolutionnaire des chantres et idéologues du Black Power, Eldridge Cleaver et Leroi Jones. À la manière des Stones en studio, la caméra les suit en train de lire à voix haute des livres. Il s’agit d’un collage de textes allant des origines du blues et de l’esclavagisme à l’amour ancestral de l’homme noir pour la femme blanche hérité d’années de frustration et d’interdiction du mélange des races. Ils ponctuent leurs exercices oratoires par des exécutions de femmes blanches kidnappées… Dans une librairie spécialisée en revues et romans pornographiques, un dandy représentatif du swingin’ London tourne en rond et lit à voix haute Mein Kampf, le fameux manifeste d’Adolf Hitler(4) . Les clients paient leurs achats de saluts Nazis ou en giflant deux hommes ensanglantés – des militants communistes- assis dans un coin et qui répondent aux agressions par des « Paix au Vietnam », des « Vive Mao » ou des « Vive le FLN » hurlés machinalement… Enfin, du cœur d’une forêt vierge émerge une jeune femme à l’accent français, Eve Démocratie (l’écrivain Anne Wiazemski, alors compagne de Godard), qui est harcelée par une équipe de télévision qui lui pose avec un sérieux très BBC des questions alternativement profondes, incompréhensibles ou vides de sens auxquelles elle répond lapidairement par des « Yes » et « No », après y avoir mûrement réfléchit… Exemple choisi : «Est-il urgent de remplacer le mot culture par un autre ? –Oui… Le Diable, c’est peut-être Dieu en exil ? –Oui… Savez-vous qui a tué Kennedy ? –Non… Il est impossible à l’Amérique d’en finir avec le Viêtnam, psychologiquement impossible ? Oui… ». Cet interrogatoire de près de 9 minutes se termine par une question/affirmation aux accents troublants : « Pensez-vous que pour être un intellectuel révolutionnaire, il faille cesser d’être un intellectuel ? –oui, oui, oui, oui… ». Jean-Luc Godard est-il alors révolutionnaire, intellectuel ou les deux, ce qui semble impossible ? Le titre One + One prend ici un autre accent et annonce la réponse : on peut et doit être les deux à la fois… Si son film est intellectuel, renonce-t-il à tout esprit révolutionnaire ? Peut-il être révolutionnaire sans être un objet de réflexion ?

Comme d’habitude, les films de Godard sont difficiles à comprendre et c’est sans doute cette mise à distance permanente de la mise en scène qui les rend beaux… comme un être aimé inaccessible. Au risque de choquer, j’affirmerais même que moins on comprend une œuvre de Jean-Luc Godard et plus on peut s’autoriser à l’aimer librement… Mais quand on s’intéresse à la magie de ces films et que l’on gratte la surface glacée de la pellicule et des apparences, le contenu devient vite limpide une fois que l’on aura renoncé à chercher un sens profond et caché… tout est là visible !

JLG ballotte le spectateur, bien malgré lui et à l’encontre de toute logique, entre le studio où les Rolling Stones enregistrent leur hymne satanique et des scènes de guérilla urbaine où les mots sont aussi mortels que les armes… L’opposition – ou plutôt la mise en apposition - entre construction/création et destruction est évidente. Godard tente simplement l’impossible : organiser le chaos avec pour fond – politique et musical - les rimes du rock n’ roll qui se confondent avec celles des logorrhées politiques des militants rencontrés au fil du film. Ainsi les révolutionnaires adoptent-ils des maniér(ism)es de rock stars : ils se font interviewer, posent devant la caméra, soignent leur look, s’échangent de très fétichistes armes qui rappellent autant d’instruments de musiques que les Stones utilisent en studio… Alors que les Rolling Stones, dont nous aimerions croire selon les clichés qu’ils se répandent dans la drogue, l’alcool et le stupre, s’avèrent être de gentils garçons qui ne jouent même pas avec la caméra – à peine Mick Jagger ose-t-il un petit « ça va?». Godard semble refuser de les starifier avec de beaux gros plans : le groupe est perdu dans des plans larges qui le mettent à distance comme pour mieux le voir…

Jean-Luc Godard, qui a toujours aimé mêler les sons jusqu’à les rendre inaudibles, s’amuse dans la première partie du film à faire se chevaucher la musique des Stones et les scènes dites politiques, mais la machine s’inverse et jusqu’à la fin la musique des Stones est phagocytée par des bribes de discours politiques… Comme si les deux groupes révolutionnaires tentaient de se parler, mais sans jamais réellement se comprendre. La même absence de communication que celle déjà mise en avant par un Antonioni au début des années 60, dans L’Avventura. D’ailleurs, plus on parle et moins on en dit, dans le film. Ce grand brassage d’images, de répétitions et de chevauchements de sons, de paroles, de mouvements de caméra devrait faire résonner un écho qui révèlerait un sens caché. Ne serait-ce pas tout simplement une recherche de rythme ? Un souffle révolutionnaire, peut-être… qui ne s’arrêterait jamais plus, puisque aucune logique ne semble orchestrer des scènes qui n’ont ni début ni fin. Une impression d’inachevé qui est comme un cri d’espoir en l’art et la révolution finalement inséparables. Le plan final, où une caméra portant un drapeau rouge et un autre noir s’envole comme les idéaux passés le résume bien.

Les quatre modifications opérées par les producteurs sur One + One afin d’en faire davantage un film centré sur les Stones, accouchent d’un film que l’on appelle traditionnellement Sympathy for the Devil(5) . Lors de son avant-première en novembre 1968, au National Film Theatre de Londres, Godard, outré par ce qu’il vit, assomma son producteur et hurla au fascisme… Il demanda au public médusé de se faire rembourser et d’envoyer l’argent aux Black Panthers. Godard n’aurait récolté que des insultes et des sifflets de la part du public qui refusa de voir sa version du film.

Jean-Luc Godard inaugure avec One + One l’apprentissage d’une liberté totale en oubliant les contraintes fictionnelles du cinéma, et gommera même les années suivantes ses extraordinaires recherches plastiques – comme pour ne pas distraire le spectateur du message à voir et à entendre. Ses films, qui avaient toujours été portés par le politique, pouvaient enfin devenir de véritable ciné-tracts comme les kinoks et Dziga Vertov (dont il adopta l’année suivante le nom pour son fameux groupe de réalisateurs) purent en produire en URSS du temps du muet. Il s’attacha, comme il l’ambitionnait, de « faire politiquement des films politiques », une période créatrice pleine d’impasses, de facilités, d’aveuglements, qui n’offrit pas de chefs d’œuvre - si ce n’est justement One + One, qui reste une œuvre à part dont certains pensent qu’elle annonce la fin de sa carrière la plus créative qui avait vu la réalisation de À Bout de souffle (1959), Vivre sa vie (1962), Le Mépris (1963), Pierrot le fou (1965), Week end (1967)… et retrouvera un second souffle à la fin des années 70.

Nachiketas Wignesan

P.S. : Dans Soigne ta droite, Jean-Luc Godard suit les mêmes traces que sur One + One puisqu’il accompagne les Rita Mitsouko en enregistrement… .


(1) Ne sous-entendons pas que Jean-Luc Godard ait fuit la révolution parisienne pour se réfugier dans la perfide Albion puisque l’on sait, de la bouche même de ses producteurs qui s’en plaignaient beaucoup, qu’il fit de nombreux allers-retours avec la France pendant la production et le tournage de One + One… Le film en fut-il affecté ?

(2)Ces sessions débutent le 4 Juin 1968, alors que l’album Beggars’ Banquet était déjà totalement enregistré, sans se douter que Sympathy for the Devil viendrait s’y greffer… Les Rolling Stones, qui visiblement ne connaissaient pas l’œuvre de Godard –et auraient uniquement été aguichés par des photos nues de Bardot issues du Mépris- furent payés 18.000 £ et signèrent un contrat pour un film qui s’intitulait alors The Devil is My Name qui stipulait bien qu’il n’y aurait pas de scénario et que le film s’écrirait et se réaliserait au fur et à mesure de l’inspiration de Jean-Luc Godard… Ce premier film en langue anglaise pour Godard fut d’ailleurs son plus gros budget (150.000 £). Les Stones qui connaissaient les obscurs processus de l’improvisation de la création ne furent donc ni déroutés ni pris au piège par les méthodes godardiennes…

(3)Des carcasses et squelettes de voitures qui rentrent en écho avec les images qui nous restent des affrontements de Mai 68 ainsi qu’avec les accidents de Week End, du même JLG, l’année précédente…

(4)Trait absolument godardien, c’est le producteur avec lequel il s’entendait mal dès le début et qui détruira son film en le remontant qui tient le rôle du Nazi branché !

(5)Pour plus d’information sur les deux versions, voir le documentaire, « De One + One à Sympathy » (4 minutes), en bonus du DVD, comparant très pédagogiquement les deux films. D’ailleurs, il est possible de voir les deux versions du film, au choix, sur le DVD.















Paroles de Sympathy for the Devil
(Mick Jagger & Keith Richards)

Please allow me to introduce myself
I'm a man of wealth and taste
I've been around for a long, long years
Stole many a man's soul and faith
And I was 'round when Jesus Christ
Had his moment of doubt and pain
Made damn sure that Pilate
Washed his hands and sealed his fate
Pleased to meet you
Hope you guess my name
But what's puzzling you
Is the nature of my game
I stuck around St. Petersburg
When I saw it was a time for a change
Killed the czar and his ministers
Anastasia screamed in vain
I rode a tank
Held a general's rank
When the blitzkrieg raged
And the bodies stank
Pleased to meet you
Hope you guess my name, oh yeah
Ah, what's puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah
(woo woo, woo woo)
I watched with glee
While your kings and queens
Fought for ten decades
For the gods they made
(woo woo, woo woo)
I shouted out,
"Who killed the Kennedys?"
When after all
It was you and me
(who who, who who)
Let me please introduce myself
I'm a man of wealth and taste
And I laid traps for troubadours
Who get killed before they reached Bombay
(woo woo, who who)
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
(who who)
But what's puzzling you
Is the nature of my game, oh yeah, get down, baby
(who who, who who)
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, oh yeah
But what's confusing you
Is just the nature of my game
(woo woo, who who)
Just as every cop is a criminal
And all the sinners saints
As heads is tails
Just call me Lucifer
'Cause I'm in need of some restraint
(who who, who who)
So if you meet me
Have some courtesy
Have some sympathy, and some taste
(woo woo)
Use all your well-learned politesse
Or I'll lay your soul to waste, um yeah
(woo woo, woo woo)
Pleased to meet you
Hope you guessed my name, um yeah
(who who)
But what's puzzling you
Is the nature of my game, um mean it, get down
(woo woo, woo woo)
Woo, who
Oh yeah, get on down
Oh yeah
Oh yeah!
(woo woo)
Tell me baby, what's my name
Tell me honey, can ya guess my name
Tell me baby, what's my name
I tell you one time, you're to blame
Oh, who
woo, woo
Woo, who
Woo, woo
Woo, who, who
Woo, who, who
Oh, yeah
What's my name
Tell me, baby, what's my name
Tell me, sweetie, what's my name
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Woo, who, who
Oh, yeah
Woo woo
Woo woo



   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Filmé en extérieur à Londres et Sussex (juin-août 1968)
    Réalisation & scénario
    : Jean-Luc Godard
    Avec: Les Rolling Stones (Mick Jagger, Keith Richards, Brian Jones, Charlie Watts, Bill Wyman), Anne Wiazemsky, Iain Quarrier, Frankie Dymon, Bernard Boston, Sean Lynch, Danny Daniels, Clifton Jones, Ilario Pedro, Roy Stewart.
    Production : Michael Pierson et Iain Quarrier, Cupid Productions
    Chef opérateur : Anthony Richard
    Montage : Ken Rowles, Agnes Guillemot, Christine Aya
    Musique : Rolling STONES
    Distributeur : Carlotta Films
 
  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Durée du film : 87'
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:37
    Son: Stéréo
    Langue:
    Français et anglais
    Sous-titres: français

  •  BONUS
    * Les deux versions du film ONE + ONE et Sympathy for the devil.

    * " De One + one à Sympathy " (3 minutes)
    Préface retraçant la mise en chantier jusqu'a son remontage final par la production.
    Sur deux écrans en split-screen, on compare les quatre différences entre les deux versions du film.
    Très pédagogique…
    NW

    * One + One par Jean Douchet et Christophe Conte (25 min)
    Alternativement, Jean Douchet (Les Cahiers du cinéma) apporte des éclairages critiques sur le film et la vie de Jean-Luc Godard alors que Christophe conte, spécialiste de la musique pour Les Inrockuptibles s’intéresse plutôt aux Stones… Informatif mais sans doute pas assez analytique. NW


    * Voices : Tourné durant par la production de One + One, Voices est le portrait intime du cinéaste Jean-luc Godard au moment où celui-ci manqua de perdre sa voix.
    Document d’époque qui montre jlg au travail ! Sans aucun doute le document le plus essentiel de ces bonus… Godard semble autant mettre en scène ce documentaire que le film qu’on le voit improviser en direct… Superbe ! NW

    * Bandes-annonces
 
NOTES

                                
LE TOURNAGE

Contacté par la productrice Eleni Collard pour faire un film sur la légalisation de l’avortement en Angleterre, Jean-luc Godard arrive à Londres fin mai 1968. Peu après son arrivée, l’avortement est autorisé et le projet du film n’a plus lieu d’être. Godard décide de rester en Angleterre et de faire un film avec les Beatles ou les Rolling Stones. Les Beatles déclinent l’offre tandis que les Stones sont d’emblée enthousiastes. Le film sera finalement financé par deux producteurs, Iain Quarrier et Michael Pearson. Le film est présenté en novembre 1968 à Londres dans une atmosphère houleuse suite à un désaccord entre Godard et ses producteurs. Il sort en France le 7 mai 1969. Il sera à nouveau visible en salles en 1982. One + One est le premier film en anglais de Godard et le dernier monté par Agnès Guillemot qui avait travaillé sur tous ses films depuis Le Petit Soldat.

2 VERSIONS
Deux versions différentes existent : dans la version de Godard intitulé One + One, la chanson Sympathy for the Devil n’est jamais diffusée intégralement, ce qui laisse le film volontairement inachevé. Les producteurs ont monté leur propre version avec la chanson en entier au générique de fin, en renommant le film Sympathy for the Devil.
« Il s’est trouvé que Godard était là durant deux nuits particulièrement mémorables », raconta Mick Jagger, assurant que le réalisateur aurait pu aussi bien ne rien avoir d’intéressant à filmer. Ces images seront un témoignage inestimable, montrant le groupe à l’œuvre, tâtonnant puis créant lentement, avec un brouillon de ballade folk comme point de départ, un hymne rock intense dont les paroles provoquent encore aujourd’hui – « tous les flics sont des criminels, et tous les pêcheurs des saints...».

«Avec One Plus One, c’est la première fois que Godard aborde la musique autrement que comme illustration, accompagnement et soulignement d’un propos à dominante visuelle, dans le style d’Hollywood. Isoler en une série autonome l’espace de la musique restitue au spectateur sa faculté d’auditeur, à la musique la propriété d’être entendue sans le filtre d’un divertissement visuel, au cinéaste la possibilité d’en décomposer les différentes phases de production dans l’arsenal des moyens de la mise en scène. Filmer la musique, c’est en filmer le travail, la fabrication, les répétitions et le temps que ça prend (le rythme), dans un auditorium et non en concert public. » (Yann Lardeau, Les Cahiers du Cinéma, 1982)

UN FILM EN PARALLÈLE
Le film s’articule autour de trois séquences d’enregistrement avec les Rolling Stones. Les séances aux Olympic Recording Studios, à Londres, montrent les musiciens créant et répétant la chanson-phare de l’album Beggar’s Banquet.

1er mouvement :
« Outside Black Novel ». Godard filme un groupe de Noirs militants (on pense aux Black Panthers) en train de lire des textes politiques dans une décharge de vieilles voitures dans une zone urbaine portuaire. Ils menacent trois jeunes femmes habillées d’une chemise blanche, qui seront assassinées dans l’indifférence au milieu des voitures cabossées.
2ème mouvement :
« All about Eve ». On suit le parcours d'une femme au nom de Eve Democracy, jouée par Anne Wiazemsky. Elle est interviewée par une équipe de télévision en pleine forêt. Eve Democracy répond par oui ou par non aux questions que le journaliste lui pose sur le rôle de la culture dans la société et l’éventualité d’une révolution. Le son devient de plus en plus fort et les chants d’oiseaux recouvrent les dialogues. On retrouve ce personnage tout au long du film, en train d’inscrire des slogans politiques sur les murs de la ville. Dans la scène finale qui se déroule sur la plage d’un plateau de tournage, Eve Democracy sera sacrifiée sur l’autel de la révolution, placée entre les drapeaux du communisme et de l’anarchie, sur une grue de caméra qui monte vers le ciel.
3ème mouvement :
« The Heart of Occident ». Dans une librairie érotique tenue par un libraire ouvertement fasciste (il lit Mein Kampf à haute voix) joué par l’un des producteurs du film, les clients achètent des revues en faisant le salut fasciste. Dans un coin de la librairie, deux hippies dont l’un est blessé sont les victimes de la violence des clients. Un grand-père accompagné de sa petite fille achète des revues pornographiques.

GODARD MILITANT
Dès 1967, Godard oriente ses films de plus en plus selon ses idéaux politiques. Il procède à une mise en question radicale de son art et de sa pratique. En 1969, Jean-luc Godard et Jean-pierre Gorin fondent le groupe Dziga Vertov et s’engagent à faire un cinéma révolutionnaire. Le groupe se développe en privilégiant les cinéastes amateurs et en révoquant le statut d’auteur. Les films se feront donc collectivement. Godard travaillera ainsi avec Jean-henri Roger, pour réaliser notamment des Ciné-Tracts. Sympathy for the devil annonce cette nouvelle étape en expérimentant par exemple la décomposition des images, la dissociation entre texte, image et sons. Le jour de la présentation du film à Londres, Godard dédiera son film à Elfridge Cleaver, porte-parole des Black Panthers, qui venait d’entrer dans la clandestinité.
Eldridge Cleaver

FILM MUSICAL
Bien que One + One ne soit pas à proprement parler un film musical ni un film-portrait sur les Rolling Stones, on peut faire le lien avec d’autres films qui se sont penchés sur la création musicale : A Hard Day’s Night de Richard Lester (1964) avec les Beatles où on suit le groupe de rock mythique au cours d’une journée ordinaire ; Don’t Look Back de D. A. Pennebaker (1967) qui filme Bob Dylan lors de sa tournée anglaise en 1965 ; et dans la filmographie de Godard, Soigne Ta Droite (1987) avec les Rita Mitsouko se sur le couple de musiciens dans leur studio de l'avenue Jean-Jaurès à Paris..

EN SAVOIR +


Vidéo de Sympathy for the devil des Stones

Vidéo de Sympathy for the devil des Stones (live)

Vidéo de Sympathy for the devil des Stones (remix)

Vidéo de Sympathy for the devil des Stones (neptunes mix)

(sources: You tube.com)
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