)))  CE VIEUX RÊVE QUI BOUGE
        
    de Alain GUIRAUDIE
 

SYNOPSIS

Un jeune technicien débarque dans une usine pour démonter une machine. L'établissement est sur le point de fermer, définitivement. Reste une poignée d'ouvriers qui errent dans l'usine, boivent l'apéro et font la sieste, à l'ombre de parasols multicolores. Peu à peu, autour du "nouveau", commence un ballet amoureux qui entraîne plusieurs des protagonistes...

POINT DE VUE

Dans son second moyen métrage, Ce vieux rêve qui bouge, Alain Guiraudie abandonne les ounayes, les bandits d'escapade, les guerriers de poursuite de Du soleil pour les gueux et sa chère Obitanie imaginaire, pour l'univers - a priori - plus réaliste et plus cartésien d'une usine sur le point de fermer. Là, Jacques Roudillou, un jeune technicien est chargé de démonter une abracadabrante machine de tuyaux servant à fabriquer des redoubles de 10 mètres et nommée l'Ubitona ! De l'Obitanie à l'Ubitona, il n'y a finalement qu'une mince frontière. Les grands espaces de la Causse sont ici remplacés par l'espace non moins impressionnant d'une volumineuse usine éventrée, gigantesque carcasse en brique d'un monde ouvrier en perdition.

Autant Du soleil pour les gueux était un film d'extérieur et de lumière, autant Ce vieux rêve qui bouge est enterré, marqué de larges trouées de lumière mais où les corps et les visages se devinent plus qu'ils ne se montrent. Car il s'agit bien encore d'un film sentimental, mais dans lequel l'homosexualité prend cette fois-ci toute la place.

C'est la "prolo pride" dit Guiraudie (dans un débat figurant dans les bonus du dvd). Dans cet univers métallurgique hautement viril, l'homosexualité y est un sujet tabou et toute l'adresse de Guiraudie est de lentement nous amener à comprendre les enjeux sentimentaux qui se trament entre trois hommes: le jeune Jacques, le vieux Louis et Jean, le contremaître. Tous trois vont se tourner autour, jouer de leurs regards insistants, parler à demi-mots de leurs émois inavouables dans une parade amoureuse rythmée par le démontage de l'Ubitona. Les larges tuyaux de cette machine diabolique en deviennent rapidement phalliques et seront même le prétexte pour se toucher subrepticement. Guiraudie filme la passion (non-réciproque) entre ces trois hommes mais dont on ne verra finalement que la partie immergée.

"Est-ce qu'on peut encore bander après la fermeture d'une usine ?" résume très bien le directeur du cinéma du Polygone qui reçoit Guiraudie (voir dans les bonus); telle est la question centrale du film d'un point de vue plus sociologique car n'oublions pas que le cinéma de Guiraudie a toujours eu une dimension militante. Cette fois-ci, il interroge le sens du travail. Y-a-t-il une vie pendant et après le travail ? Vraie question qu'un spectateur trouvera déplacée. Guiraudie filme une classe ouvrière oisive, qui prend du plaisir, joue à la belote, boit des pots, mais non sans une certaine mélancolie et amertume. Comment remplir sa vie autrement qu'avec le travail ? Comment faire quand on n'a jamais fait autrement ? Une autre société est-elle possible ? La revoilà la question du possible et de l'utopie si chère au cinéma de Guiraudie.

Laurent Devanne

 


 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    PRIX JEAN VIGO 2001
    Grand Prix & Prix du Public du Festival CÔTÉ COURT DE PANTIN 2001
    Sélectionné à la QUINZAINE DES RÉALISATEURS à CANNES 2001


    Réalisation, scénario, production
    : Alain Guiraudie

    Avec : Pierre Louis-Calixte, Jean-Marie Combelles, Jean Segani, Yves Dinse, Serge Ribes, Jean-Claude Montheil, Rui Fernandes, Jérôme Mancet, Laurent Lunetta.

    Image : Emmanuel Soyer; montage : Golonda Ramos; son : Dana Farzenhpour; mixage : Jean-Christophe Julé ; produit par Jean-Philippe Labadie, Nathalie Eybrard et Lillie Lê-Lieu ; production : Paulo Films et K.Production; distribution : Magouric.


  •  LE DVD
    DVD 5 - PAL - Zone 2 - couleurs
    Durée du film : 50'
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33
    Son: Stéréo
    Langue:
    Français
    Sous-titres: Anglais





  • BONUS (24')

    * TOUT DROIT JUSQU’AU MATIN d’Alain Guiraudie (10' - 1994)
    Le monologue d’un jeune veilleur de nuit lancé à la poursuite d’un peintre sauvage.


    Notre avis: Les premiers pas cinématographiques de Guiraudie ... filmés dans sa ville natale de Villefranche-de-Rouergue; première errance dans les rues désertiques et première méditation sur le sens de la vie. Le bonheur passe-t-il par le travail ? se demande-t-il. Question que l'on retrouvera au coeur de Ce vieux rêve qui bouge, 7 ans plus tard. LD


    * APRÈS LA LUTTE de Chloé Scialom (14 minutes)
    Dans une salle de cinéma de Marseille, pendant et après la projection de Ce vieux rêve qui bouge, le public se confronte au réalisateur présent. Cinéma, militantisme, ambiguïté du désir, rencontres et divergences. Second volet pour essayer de comprendre comment un film part d’une réalité pour y revenir.



    Notre avis: L'intention est bonne mais le résultat pas très convaincant. Au cours d'une rencontre avec le public de Ce vieux rêve qui bouge, un spectateur se met en colère, indigné par la façon dont sont montrés les ouvriers fraîchement licenciés. Un contrechamp à cette discussion publique est proposé à travers la rencontre à son domicile entre ce spectateur et Guiraudie.
    Mais ce qui est dommageable, c'est la manière dont le dialogue entre les deux hommes est finalement faussé par un montage qui donne la part belle au cinéaste sans vraiment écouter le fond de la discussion, ni même approfondir le sujet de la discorde. Sans doute de nouveau trop court pour être suffisamment pertinent. LD




    + LIVRET
    présentant l'intégralité du scénario du film (30 pages)
    Notre avis: Excellente initiative que la parution complète du scénario du film permettant ainsi de mieux apprécier le talent de dialoguiste et le sens aigu de la plume de Guiraudie. LD
BIO-FILMO DE ALAIN GUIRAUDIE

Né le 15 Juillet 1964 à Villefranche-de-Rouergue, Aveyron (France)
Fils aîné d'une famille d'agriculteurs aveyronnais, Alain Guiraudie se nourrit, adolescent, de culture populaire (BD, séries télévisées, films de genre). Le bac en poche, il s'inscrit à l'Université de Montpellier, où se développe surtout son goût pour le militantisme. Après avoir écrit plusieurs romans, jamais publiés, il réalise en 1990 un premier court métrage, Les Héros sont immortels, bientôt suivi de Tout droit jusqu'au matin et La Force des choses.

C'est avec le moyen métrage Du Soleil pour les gueux que la critique découvre avec ravissement le cinéma atypique d'Alain Guiraudie, quelque part entre le western moderne, le récit picaresque et le conte philosophique. Autre caractéristique de son univers, la volonté de représenter à l'écran la classe ouvrière, comme en témoigne Ce vieux rêve qui bouge, moyen-métrage lauréat du Prix Jean-Vigo, très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs -Jean-Luc Godard parle même à son propos du "meilleur film du Festival de Cannes". Il passe ensuite au long métrage, sans rien perdre de sa singularité. Pas de repos pour les braves en 2003, puis Voici venu le temps en 2005, sont ainsi de nouveaux fragments d'une utopie politique et sexuelle, avec comme terrain d'expérimentation un Sud-Ouest auquel Guiraudie est viscéralement attaché..

Filmographie
Rabalaïre (en préparation)
Voici venu le temps (lm-2005)
Pas de repos pour les braves (lm-2003)
Ce vieux rêve qui bouge (mm- 2001)
Du soleil pour les gueux (mm-2001)
La Force des choses (cm-1997)
Tout droit jusqu'au matin (cm-1994)
Jours perdus (cm-1993)
Les Héros sont immortels (cm-1990)

(sources: AlloCiné)
 

                                     
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