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VOICI VENU LE TEMPS de Alain GUIRAUDIE |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Bienvenue
au pays des guerriers de poursuite, chasseurs de primes qui, pour quelques
Krobans de plus, traquent les bandits d'escapade ravisseurs de jeunes
filles. Bienvenue au pays des ounailles, animaux mythiques à
la chair succulente, gardés par des bergers exploités
qui les nourrissent de leur sang. Bienvenue au pays des inventeurs de
machines étranges, belles et impossibles, qui meurent s'ils jouissent.
Bienvenue en Guiraudie. La Guiraudie est un pays situé au niveau du Tarn, en un temps qui doit au XVIIe français comme au western, au Champignac du Spirou de Franquin comme au Rouergue en rumeurs de Tardi et Christin. On y porte des noms étonnants nécessitant une certaine pratique pour être prononcés correctement : Fogo Lompla, Soniéra Noubi-Datch, Rimamba Stomadis Bron, Chaouch Malines... En Guiraudie, on parle un français châtié. On ne dit pas « ça » mais « cela ». On y a le phrasé délicat d'Antoine Doinel. En Guiraudie, les téléphones se branchent sur les fontaines, on boit d'étranges breuvages au son d'un rock qui déchire et, comme on a des noms à coucher dehors, on y dort souvent et l'on peut passer des journées entières dans les arbres. Le western encore. Dans Voici venu le temps, réalisé en 2005, la Guiraudie se dit l'Obitanie. C'est bien la même chose, le territoire cinématographique d'Alain Guiraudie, réalisateur aveyronnais atypique, comme on dit, sauf que cette fois, le mot correspond bien. Il fait partie de cette génération tranquille et régionale, attachée à son terroir sans le folklore, comme Yves Caumont ou les frères Larrieu. Guiraudie arpente son territoire depuis 1990, nous en révélant petit à petit les us et coutumes, nous faisant pénétrer ses secrets et nous le rendant familier. Terrain de jeu et espace de toutes les fictions, la Guiraudie est un pays de contes et légendes et les titres des films, toujours très beaux, Les Héros sont immortels (1990), Ce vieux rêve qui bouge (2001), Pas de repos pour les braves (2003), Le roi de l'évasion (présenté à Cannes cette année) sont chargés du souffle de l'aventure, de nostalgie et d'espoir. Mais dans cette dimension de fantaisie, Guiraudie apporte deux préoccupations plus profondes : la réflexion politique et les histoires d'amour homosexuelles. Et si ses films émerveillent et font rire, ils sont aussi hantés par le drame, la violence et l'ombre de la mort. Chez lui, on peut mourir si l'on s'endort, on peut mourir si l'on jouit, on peut se retrouver pendu aux portes de la cité. Voici venu le temps correspond bien à cette définition du conte d'aventure politique et sentimental. Son titre suggère un moment de profonds bouleversements, d'importantes décisions. Fogo Lompla en est le viril héros. Guerrier de poursuite habile, il est pris au centre d'un noeud d'intrigues publiques et privées qui mettent à l'épreuve tant ses convictions que son mode de vie et ses sentiments. Côté convictions, Fogo Lompla a à faire avec de gros propriétaires bourgeois désireux d'éliminer une bonne fois pour toute les bandits qui kidnappent trop souvent leurs filles, avec les bergers d'ounailles exploités qui finissent parfois par devenir bandits, avec un groupe de révolutionnaires prônant la lutte armée, estimant que le boycott de la viande d'ounaille ne suffit pas. Fogo Lompla passe alliance avec deux autres guerriers pour traquer Manjas-Kébir, le plus redoutable des bandits mais ils finissent par l'aider à fuir. Toute cette partie de l'histoire évoque furieusement l'un des plus fameux westerns de Sergio Sollima, La resa dei conti (Colorado – 1966) où Lee van Cleef, talentueux chasseur de primes traquait le péone Tomas Milian pour le compte d'un gros propriétaire avant de se rendre compte qu'il était manipulé. Guiraudie connaît-il Sollima ? La question est posée. Toujours est-il que les deux films commencent par des scènes similaires où la chasseur retrouve deux proies, scènes qui mettent en valeur les qualités et la réputation du héros. Ce lien avec l'atmosphère du western est d'autant plus prégnant que Guiraudie multiplie les scènes nocturnes, tournées en nuit américaine avec le chef opérateur Antoine Heberlé, fidèle collaborateur depuis 1997. Cela donne un aspect irréel ce qui renforce la théâtralité des situations associé à une esthétique années 60 qui fait très « cinéma ». Et Guiraudie trouve son style en faisant se télescoper ce côté artificiel avec l'utilisation diurne de décors naturels (la ville, le château, le Causse, la forêt), contrastant, là encore, avec des dialogues très écrits et le jeu posé des acteurs. Le coup du téléphone que l'on branche sur une fontaine au bord d'un chemin est emblématique de l'art de Guiraudie, un art du collage, de l'incongru, de l'apparentement terrible. Les plans sont le plus souvent larges. Alain Guiraudie aime les portraits de groupes, même lors d'un simple dialogue, il préfère garder les deux personnages côte à côte dans le champ et, autant que possible, les faire se déplacer dans le cadre. C'est plus classique mais plus vivant. Il a quand même un peu épuré son style et l'on ne retrouve plus guère les longs plans-séquence virtuoses de Pas de repos pour les braves. Reste quand même de belles scènes de groupe (la taverne / salle de concert) et l'étonnante scène finale aux accents felliniens où Guiraudie, tout en résolvant (temporairement ?) les dilemmes sentimentaux de son héros, convoque tous les personnages du film pour les faire batifoler sur le Causse. C'est touchant. Question nouveautés, Guiraudie se révèle doué pour les scènes d'action. La première scène ou l'attaque du château sont pleines d'énergie, de brutalité et de vitesse tout en restant parfaitement lisibles, un mouvement maîtrisé. La scène du passage à tabac trouve des accents de film noir (au passage, c'est un classique du western transalpin). Ces motifs classiques venus d'un cinéma populaire trouvent un relief particulier dès lors qu'ils se mêlent aux préoccupations du réalisateur. La dimension politique, avec ses schémas ironiquement marxistes (la lutte des classes et tout ce qui s'en suit) entre en résonance avec notre monde réel. Les opérations de boycott, la problématique du compromis, l'écologie, l'idéal révolutionnaire, l'impasse de la lutte armée... les personnages baignent là-dedans sans que ça ne soit jamais lourd, toujours mis à distance par la forme. Mais l'élément qui donne toute son originalité au cinéma de Guiraudie, c'est sa façon de traiter l'histoire d'amour homosexuelle. En fait, la force du film est d'en faire une donnée de base qui ne prête pas à discussion, qui ne s'interroge pas plus que ne le fait l'hétérosexualité dans un film avec, disons Bogart et Bacall. Fogo Lompla est écartelé entre deux hommes qu'il aime. Il couche avec le premier (le directeur de la Caisse Agricole !) mais pas avec le second qu'il désire d'autant plus fort. Car si cet homme, l'inventeur de la machine impossible, jouit, il mourra. Touche de fantastique surréaliste. Belle histoire joliment traitée, frontalement et avec sensualité. Du coup, elle est acceptée comme telle. Moi qui ne suis pas très sensible à ces thématiques, hétéro insouciant, j'ai trouvé cela très beau d'autant que les scènes d'amour sont filmées avec beaucoup de délicatesse. J'ai juste regretté l'atroce fard à paupière bleu sur le beau visage de Lucia Sanchez. Vincent Jourdan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| BIO-FILMO DE ALAIN GUIRAUDIE | ||||
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| • L I R E É G A L E M E N T D U M Ê M E C I N É A S T E | ||||
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