)))  LA CHOSE
        
de Howard HAWKS & Christian NYBY

 

  • Fantastique - 1951 - États-Unis - durée: 95' (+ 80' de Bonus et un Livret)
  • Sortie à la Vente en DVD le 8 novembre 2006
    Éditions Montparnasse
  • Prix de vente conseillé : 25€
  • Egalement disponible en édition single restaurée à 15 €

SYNOPSIS

Une expédition scientifique américaine, installée au Pôle Nord, découvre dans un OVNI écrasé sur la calotte glaciaire, un passager de l’espace congelé. Les savants portent le bloc de glace dans une base militaire, mais la chaleur ramène l’extra-terrestre à la vie.

POINT DE VUE
Quatre années après l’incident de Roswell, deux films américains abordent le thème d’une confrontation entre humains et extraterrestres. Dans The Day the Earth Stood Still (Le jour où la terre s’arrêta, 1951) tout d’abord, Robert Wise présente un être pacifique, Klaatu, venant annoncer à la race humaine qu’elle court à sa perte en fabriquant des armes. Au contraire, avec The Thing From Another World (La Chose d’un autre monde, 1951), Howard Hawks introduit une créature hostile se nourrissant de sang. En cette période de guerre froide, les deux œuvres sont à double-lecture ; ainsi, celle de Hawks ne manque pas d’évoquer la menace soviétique.

Lorsque le réalisateur de I Was a Male War Bride (Allez coucher ailleurs, 1949) décide d’adapter la nouvelle Who goes there ?, de John W. Campbell Jr., il s’adjoint officiellement Charles Lederer et plus officieusement Ben Hecht, que l’engagement dans une organisation religieuse extrémiste a rendu fortement suspect. L’écriture du scénario s’effectue donc en trio, chacun apportant des modifications conséquentes à l’histoire originelle. Parmi ces changements, le lieu de l’action est transposé de l’Antarctique au Pôle Nord, c’est-à-dire à un endroit stratégique de la surveillance des activités soviétiques. Selon Todd McCarthy, auteur de la biographie Hawks, Ben Hecht serait à l’origine du second niveau de lecture du film, celui de la « satire contre la guerre froide et la paranoïa anticommuniste (1) ». Autre apport important, l’introduction du personnage féminin, interprété par Margaret Sheridan, relève d’un choix typiquement hawksien. En effet, la personnalité marquée de Nikki lui permet de s’interposer entre les deux protagonistes masculins, le capitaine Patrick Hendry (Kenneth Toby) et le docteur Arthur Carrington (Robert Cornthwaite).

Pour remercier le monteur Christian Nyby du travail accompli sur Red River (La Rivière rouge, 1948), Hawks lui a confié le poste de réalisateur sur The Thing From Another World. Mais comme le soulignent les suppléments de cette édition, le rôle de Hawks ne s’est pas limité à celui de producteur sur le film : en dépit des crédits, il en est l’incontestable auteur. Dans son commentaire, Jean-Baptiste Thoret décrit d’ailleurs différents traits du cinéma hawksien, comme les nombreuses séquences de comédie entre Nikki et le capitaine. De plus, le film n’est pas tant éloigné du western qu’il n’y paraît, car l’extraterrestre représente une menace extérieure semblable à celle des Indiens. Quant aux autres postes, Hawks s’est assuré la présence de collaborateurs de longue date, tels que le chef-opérateur Russell Harlan et le compositeur Dimitri Tiomkin. Son implication dans le film à chaque niveau traduit bien son contrôle complet du projet.

Inaugurant le début du film de science-fiction américain avec The Day the Earth Stood Still, The Thing From Another World constitue donc un classique du genre. Il va donner naissance à The Man from Planet X (Edgar G. Ulmer, 1951), It Came from Outer Space (Le météore de la nuit, Jack Arnold, 1953) ou encore Invaders from Mars (L’invasion vient de Mars, William Cameron Menzies, 1953). Cette vague des années 50 va également profondément marquer une génération de cinéastes, tels que George Lucas et Steven Spielberg. Les analogies entre The Thing From Another World et Aliens (James Cameron, 1986), par exemple, ne sont plus à démontrer. Surtout, John Carpenter réalisera en 1982 un remake fascinant du film de Hawks, sobrement intitulé The Thing.

Stéphane Tralongo


1. Todd McCarthy, Hawks, Lyon, Institut Lumière, Actes Sud, 1999.

 

 

EDITION SIMPLE
 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM

    Date de sortie en salle aux USA : 29 avril 1951
    Réalisation: Christian Nyby et Howard Hawks (non-crédité)
    Scénario : Charles Lederer, Howard Hawks (non crédité) et Ben Hecht (non crédité) d'après l'œuvre de John W. Campbell (« Who goes there ? »)
    Production: RKO, USA
    Avec : Margaret Sheridan (Nikki), Kenneth Tobey (Capitaine Patrick Hendry), Robert Cornthwaite (Dr. Carrington), James R. Young (Lieutenant Eddie Dykes), James Arness (la chose)...

    Production : Howard Hawks
    Musique : Dimitri Tiomkin
    Photographie : Russell Harlan
    Montage : Roland Gross


  •  LE DVD
    Master numérique restauré du film - Zone 2 - DVD9 - PAL - noir & blanc
    Image : 4/3 (format original 1.33)
    Son : mono d’origine restaurée et 5.1 Dolby Digital
    Langue: anglais
    Sous-titres: français

  • BONUS
    * 4 séquences commentées par le critique Jean-Baptiste Thoret
    Exclusif - 47 min, VF
    (Un conte d’horreur moderne, Le hors champs de l’Amérique, Trois films en un et Résolutions)
    Rédacteur en chef de la revue Panic et auteur du captivant 26 secondes : l’Amérique éclaboussée (Pertuis, Rouge Profond, 2003), Jean-Baptiste Thoret propose le commentaire de quatre longues séquences (47 mn sur les 85 mn du film). Il met notamment bien en valeur le rôle des personnages féminins dans les films de Hawks, et celui du hors champ dans le cinéma américain. ST



    * Un film matrice : Documentaire extrait de Watch The Skies
    10 min, VOST français
    Steven Spielberg, James Cameron, George Lucas, Ridley Scott et Martin Scorsese évoquent leur passion pour le cinéma, le film The Thing from another world, l’influence prépondérante qu’il a eu sur leurs parcours de cinéastes de SF et sur le cinéma fantastique en général...

    Parmi ces très courts extraits d’entretiens tirés du film Watch the Skies ! (Richard Schickel, 2005), on retient l’intervention de George Lucas, qui montre l’importance de suggérer la présence de la créature, celle de Steven Spielberg, qui voit dans l’électrocution de la chose une image emblématique, et celle de James Cameron, qui explique comment il a repris l’idée du compteur Geiger dans son film Aliens (1986). ST


    * Entretien exclusif avec John Carpenter, réalisateur
    20 min, VOST français, 2005
    Un entretien exclusif avec le réalisateur du remake de La Chose d’un Autre Monde, qui évoque sa fascination pour le film, les raisons qui l’ont poussé à en faire un remake, la dimension politique du film, le réalisateur Howard Hawks, son influence certaine sur plusieurs générations de cinéastes...

    En parfait cinéphile et réalisateur du remake du film d’Hawks et de Nyby avec The Thing (1982), John Carpenter revient sur la version originale qu’il connaît bien. Il reste admiratif devant l’œuvre de Hawks, dont il signale l’influence sur les films de science-fiction qui ont suivi. Des extraits de L’Impossible Monsieur Bébé (Bringing Up Baby, 1938) et de La Captive aux yeux clairs (The Big Sky, 1952) viennent illustrer ses propos. ST


    * Bande-annonce Originale (VOST Français)

    S’ouvrant sur le fameux titre tout en lumière et en fumée, la bande-annonce d’époque reprend trois extraits du film où militaires et scientifiques se questionnent sur la nature de leur assaillant. Elle poursuit avec une apparition très brève de l’extraterrestre, juste avant qu’il ne se fasse dévorer par le feu. Mais « les flammes ne peuvent pas détruire la chose, ni les balles la tuer ! », se voit-on prévenir ensuite. Enfin, on découvre le nom de Howard Hawks, suivi par les titres de trois précédentes réalisations : I Was a Male War Bride (Allez coucher ailleurs, 1949), Red River (La Rivière rouge, 1948) et Sergeant York (Sergent York, 1941). Bien sûr, le nom de Christian Nyby n’est pas mentionné, inconnu alors des spectateurs. ST


    * Livret (16 pages) « HOWARD HAWKS et La chose d’un autre monde » - Extrait de la biographie d’Howard Hawks par Todd McCarthy éditée par l’Institut Lumière/Actes Sud

    Ce fascicule de 16 pages reprend des extraits de la biographie Hawks (Todd McCarthy, Hawks, Lyon, Institut Lumière, Actes Sud, 1999), riches en anecdotes sur la fabrication du film. Cela va des scénaristes qui ont travaillé en amont avec Howard Hawks (Charles Lederer et le non-crédité Ben Hecht), aux différents lieux de tournage et aux difficultés rencontrées (le manque de neige puis les tempêtes dans le Montana, le froid dans une glacière de Los Angeles). Bien entendu, la question de la paternité du film est également abordée, et l’on rend à Hawks ce qui lui appartient. Entre autres détails intéressants, on note que « sur les 50 000 dollars que le contrat RKO réservait au salaire du réalisateur, Hawks octroya 5 460 dollars à Nyby, gardant toute la différence pour lui ». ST
EN SAVOIR +


« La Chose d'un Autre Monde » a été produit par Howard Hawks, grand réalisateur hollywoodien qui travailla sur des genres assez variés (film de gangster avec « Scarface » (1932), comédie avec « L'impossible monsieur Bébé » (1938), film noir avec « Le grand sommeil » (1946), western avec « La rivière rouge » (1948)...)... Sur le tournage de « Allez coucher ailleurs » (1949) qu'il réalise, il lit la nouvelle de science-fiction « La bête d'un autre monde » de John W. Campbell jr., et décide de la porter au cinéma avec sa propre compagnie de production (Winchester Pictures Corp.) qu'il venait de fonder. Le scénario s'inspire très librement de cette oeuvre littéraire et la réalisation du film est confiée à Christian Nyby dont c'est le premier film à ce poste (il avait travaillé auparavant comme monteur sur « Le grand sommeil », « La rivière rouge »...pour son prestigieux producteur). Hawks a affirmé qu'il était tout le temps présent sur le plateau afin de "superviser" la réalisation, notamment pour les scènes d'action les plus complexes.

« La Chose d'un Autre Monde » est un des tous premiers représentants de la grande vague de films de science-fiction qui s'est abattue sur les USA au cours des années 1950. La même année (1951), dans « Le jour où la terre s'arrêta » de Robert Wise, un extra-terrestre se rend à Washington pour avertir l'humanité qu'elle doit arrêter d'employer des armes nucléaires et de se détruire dans des conflits barbares, sous peine d'être éradiquée par les autres peuples de l'univers.

Il faut bien comprendre dans quel contexte ces films sont réalisés. Après la seconde guerre mondiale, l'entente entre l'URSS et les USA a été très rapidement compromise. Certains partages territoriaux de pays comme l'Allemagne et la Corée se font dans la douleur, si bien qu'en 1950, la guerre de Corée éclate entre la Corée du nord (soutenue par la Chine et l'URSS) et celle du sud (soutenue par les USA) : le spectre d'un nouveau conflit mondial plane alors, d'autant plus que les soviétiques ont la bombe atomique depuis 1949. Les américains vivent par ailleurs dans l'angoisse de voir leur pays infesté par divers espions et saboteurs à la solde de l'ennemi. On commence à épurer les divers secteurs de la vie américaine de ses éléments soupçonnés d'avoir des sympathies socialisantes, notamment grâce au travail du très zélé sénateur Joseph McCarthy.

Le début des années 50 est donc la période la plus intense de la guerre froide et elle ne se calmera (partiellement et temporairement) qu'à partir de la mort de Staline en 1953. Si certains films comme « Cinq survivants » ou « Le jour où la terre s'arrêta » révèlent au moins une angoisse véritable face aux dangers de l'arme atomique et l'escalade à laquelle se livrait les superpuissances, « La chose d'un autre monde » a le douteux privilège d'amorcer toute une longue série d'oeuvres assez bellicistes et paranoïaques, mettant en scène de dangereuses invasions d'outre-espace, dont le message est clair : l'Amérique est menacée, elle doit se tenir sur ses gardes et se méfier de tous les éléments extérieurs.

(élements de presse)

BIO-FILMO DES RÉALISATEURS
HOWARD HAWKS

Etudiant à l'université de Cornell où il obtient son diplôme d'ingénieur en mécanique industrielle, Howard Hawks devient officier de l'armée de l'air pendant la Première Guerre Mondiale. Il accomplit sa mission d'autant mieux qu'il est passionné d'aviation et de sport automobile (il construit même ses propres bolides !). Mais, si une de ses voitures gagne le grand prix d'Indianapolis, Hawks choisit très vite d'embrasser une carrière cinématographique. En 1919, Howard Hawks débute sa carrière comme accessoiriste à la Famous Players Lasky. Scénariste dès 1922, il est aussi monteur, assistant et responsable du services des scénarios à la Paramount.
Après un début de carrière dans le cinéma muet, il se révèle véritablement dans le parlant avec « La Patrouille de l'aube » (1930), où il démontre sa connaissance de la guerre aérienne, puis, « Le Code criminel » (1931), sa première incursion dans le film noir. « Scarface » (1932) est un tournant dans sa carrière de réalisateur. Inspiré de la vie d'Al Capone, le film, jugé trop sulfureux par la censure, est amputé de plusieurs scènes et se voit imposer un titre au moralisme lourd (« Honte de la nation »). Notons qu'Howard Hughes, autre fou d'aviation en est le producteur associé à Hawks.
Très créatif, Howard Hawks se fait le fer de lance de la Screwball Comedy (comme dans « Train de luxe », 1934), comédie sophistiquée menée tambour battant et portée par des comédiens au débit ahurissant. Tout au long des années 30, Hawks fait preuve d'un grand éclectisme (le film d'aventures « Brumes », la comédie « L'Impossible Monsieur Bébé », avec Katharine Hepburn et Cary Grant, l'un des acteurs fétiches du cinéaste), ce qui ne signifie pas égarement. Reconnaissable entre tous, son univers exalte la virilité et ne laisse d'autre alternative à la femme que de se montrer plus féroce que l'homme. En 1939, Hawks retrouve Cary Grant pour « Seuls les anges ont des ailes », un film d'action grave sur fond d'aviation postale, avant de lui confier, l'année suivante, le rôle principal de la comédie « La Dame du vendredi »
En 1941, Hawks réalise le film de guerre « Sergent York », avec Gary Cooper (oscar du Meilleur acteur pour son rôle), par loyauté envers le producteur Jesse Lasky jr, leur premier employeur, alors surendetté. Il collabore une troisième et dernière fois avec Gary Cooper pour le film « Boule de feu » (1942). Puis, même plus impliqué dans le processus de production, Howard Hawks reste un auteur prolifique et tout aussi original avec des films comme « Les Chemins de la gloire » (1943), relatif à l'attaque japonaise contre Pearl Harbor et vu comme un film de propagande, « Le Grand Sommeil » (1946), un film noir dans lequel Humphrey Bogart est au centre d'une histoire de chantage, « La Rivière rouge », « Allez coucher ailleurs » (1949) une comédie hilarante avec Cary Grant et Ann Sheridan, la production de « La Chose d'un autre monde » (1951), film fantastique qu'il contrôla de près mais, selon la version officielle, ne réalisa pas, « Chérie je me sens rajeunir » (1952), « La Captive aux yeux clairs » avec Kirk Douglas ou « Les Hommes préfèrent les blondes » (1953).
Viennent ensuite « La Terre des pharaons » (1955), son péplum, et Rio Bravo (1959). Considéré comme l'un des chefs-d'oeuvre du cinéaste, ce western marque sa deuxième de ses quatre collaborations avec John Wayne, après « La Rivière rouge ». Par deux fois, Hawks reprendra le canevas scénaristique de « Rio Bravo », dans ses deux dernières oeuvres, « El Dorado » (1966) et « Rio Lobo » (1970), encore une fois avec John Wayne en vedette.

CHRISTIAN NYBY

Né en 1913 Los Angeles, Californie, USA - décédé en 1993 à Temecula, Californie, USA
Monteur et assistant de Howard Hawks, notamment sur « La captive aux yeux clairs » (1952), « Le grand sommeil » (1945) ou encore « La rivière rouge » (1947), il a officiellement réalisé « La chose d’un autre monde » (1951), produite par Hawks. Il a également réalisé un autre long métrage, « First to fight » en 1961 ainsi qu’un grand nombre d’épisodes de série TV devenues cultes comme « Les rues de San Francisco », « Kojak », « Le fugitif », « La quatrième dimension » ou encore « Lassie ».

(élements de presse)

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