)))  THE SHOOTING
       COCKFIGHTER
       L'OURAGAN DE LA VENGEANCE

        
  de Monte HELLMAN     / COFFRET 3 DVD

 

  • Western - 1966 à 1974 - États-Unis
  • Sortie à la Vente en DVD le 4 avril 2006
    Editions Carlotta
  • Prix de vente conseillé : 31,99€
 
   
POINT DE VUE


Voilà bien à la fois une curiosité et un rêve de cinéphile que Carlotta Films nous offre avec ce coffret de trois films de Monte Hellman restés jusqu’à présent inédits en vidéo en France - visibles exclusivement en cinémathèque, en festivals ou en imports DVD et cassettes pirates de mauvaise qualité que les cinéphiles les plus endurcis s’échangent dans des ruelles sombres entre deux cinémas ! Plutôt que de critiquer ou analyser ces trois films par le détail, il est beaucoup plus intéressant de constater comment certaines formes rentrent en écho de film en film en évoluant et surtout comment la narration et le décor s’épurent…

THE SHOOTING
Avec The Shooting (La Mort tragique de Leland Drum-1967), Monte Hellman démontre à quel point il s’intéresse peu à raconter une histoire. Le héros, Willett Gashade (Warren Oates), tueur à gages au passé trouble qui cherche une rédemption, arrive chargé de provisions dans une mine d’or où il espère retrouver son frère et deux amis. Il découvre en pénétrant sur le campement vide la tombe toute fraîche d’un des deux amis de son frère mais surtout il est accueilli par des tirs ! Le second ami effrayé ne l’avait pas reconnu et lui apprend qu’ils ont été attaqués par un ennemi invisible et que son frère a fui car il a provoqué la veille un accident mortel en ville où un enfant a perdu la vie… Une femme – dont on ne connaîtra jamais le nom -, froide comme la mort, arrive au campement et offre aux deux hommes de l’argent pour la mener en ville… Une traversée du désert au sens propre s’ensuit.

Le but réel de leur quête paraît vite obscur au héros car la femme les oblige à des détours… Mais elle sait très bien où elle va et elle finit par les mener là où elle veut. Un homme impeccablement habillé malgré la chaleur écrasante du désert les suit : c’est un tueur à gages, Billy Spear (Jack Nicholson) qui s’avère connaître et être payé par cette même femme énigmatique. En plein désert, le héros comprend qu’ils traquent quelqu’un… Mais qui est la victime de cette chasse à l’homme ? Un cheval est tué… L’ami du héros est abandonné sans cheval dans le désert. L’aventure continue à trois… Billy Spear est éliminé par le héros, qui poursuit ensuite la femme sur des rochers. Fusillade… Et lorsque Willett s’apprête à tirer sur son assaillante, l’image se fige… Il tire sur une forme humaine qui n’est autre que lui-même ! Dans un ralenti extrême que l’on ne verra plus tard que chez Sam Peckinpah (dont Hellman sera le monteur), le corps s’effondre. Qui a-t-il tué ? La femme ? Son frère qui aurait été poursuivi par cette femme ? Lui-même ? Peut-être… En tuant l’autre, c’est soi-même qu’on tue un peu : cette scène est une sorte de suicide existentialiste ! Dans un dernier râle le héros demande la raison de tout cela et la réponse laconique sera : « Il n’y en a pas »…

COCKFIGHTER
Avec Cockfighter (1974), Monte Hellman va au bout d’un système de mise en scène et signera sans doute son dernier grand film avant de ne commencer une carrière de cinéaste nomade et de commande. Ce film qu’il réalisa en revenant dans le giron de la nouvelle écurie de Roger Corman, American International ne satisfera personne, ni son réalisateur ni son producteur. Des dires mêmes de l’auteur, Roger Corman aurait mutilé le Cockfighter dont il rêvait. L’anecdote veut que Corman ne sachant pas comment faire de la publicité pour un film atypique et au potentiel commercial nul où le héros passe le film à assister à des combats de coqs, s’amusa a orner les affiches du slogan suivant : « He came into town with his cock in hand, and what he did with it was illegal in 49 states. », ce qui en français signifie au premier degré « il est arrivé en ville avec son coq en mains et ce qu’il y fit avec est illégal dans 49 états » et au second degré cela a une toute autre dimension qui dû attiré le public le plus lubrique, « il est arrivé en ville avec son SEXE en mains et ce qu’il y fit avec est illégal dans 49 états » !

Reste que Monte Hellman réalise de nouveau un western où les duels se restreignent à des combats illégaux de coqs fabuleusement tournés au ralenti où les plumes qui s’agitent forment des toiles animées… Des combats mythologiques qui nous rapprochent un peu de l’idée de la mort qui apparaît ici comme sublimement belle. Le héros, encore une fois Warren Oates, est Frank à la recherche du titre de meilleur entraîneur de coq de combat qui lui fut plusieurs fois volé à la dernière minute. Il prend la décision de ne plus jamais parler jusqu’à ce qu’il obtienne le prix si convoité car sa grande gueule l’a toujours perdu. On assiste donc aussi à un autre duel, et c’est le plus important du film, entre lui muet (au présent) et lui trop bavard (par le passé) qui jaillit dans des flashbacks inattendus. Un combat entre passé et présent, entre silence et tumulte, entre action et inaction qui débouche sur un final touchant qu’on attendait pas chez Hellman.

L'OURAGAN DE LA VENGEANCE
Avec Ride in the Whirlwind (L’Ouragan de la Vengeance-1965) nous assistons à un western tout ce qu’il y a de plus classique – en apparence. On vole l’argent contenu dans une diligence, le shérif et ses hommes sont sur la trace des pilleurs. Pendant ce temps, un groupe d’hommes s’est perdu dans la forêt et arrive par hasard dans le refuge des voleurs. Ils sont accueillis par les voleurs et le shérif débarque ! Les innocents deviennent malgré eux des criminels et fuient…

Sans doute le film le plus classique de Monte Hellman de ce coffret. Cependant ce film fascine par son ton et son importance dans l’histoire du western. Il apparaît alors que le western a presque totalement disparu des USA qui lui préfère les polars et que l’Italie s’est approprié le genre en accouchant de ce rejeton qu’est le western-spaghetti qui permettra au genre de renaître quelques années plus tard chez Sam Peckinpah avec ce que l’on appellera les dirty-westerns dont The Wild Bunch (La Horde Sauvage-1968) est le plus bel exemple. Ride in the Whirlwind (L’Ouragan de la Vengeance) étonne par ses silences, un groupe d’hommes soudés par l’ennemi commun mais néanmoins tragiquement seuls, ses décors arides voire lunaires qui annoncent ceux complètement désolés de The Shooting, son ambiance de huis-clos en extérieurs et une fin pessimiste à souhait où le héros positif est obligé de verser dans la violence gratuite… pour simplement survivre.

On ne conçoit pas toujours bien l’importance d’un film dans l’Histoire du cinéma, d’où l’importance de relativiser ses goûts avec l’apport qu’un film peut offrir dans le cinéma d’une époque donnée. Ainsi les Cahiers du Cinéma avaient classé ce film 9ème film de l’année dans leur liste des dix meilleurs films de l’année 1968 (1), avant même un Truffaut ! De plus Jean-Luc Godard qui rencontra Jack Nicholson à Cannes l’année précédente qui venait vendre ce film au marché l’aida même à porter les lourdes copies 35mm tant il l’appréciait !

MONTE HELLMAN, RÉALISATEUR CULTE
Des films différents en tout mais qui se ressemblent par leur philosophie que Monte Hellman lui-même a très bien définie : « J’essaie toujours d’atteindre la purgation par la pitié et la peur. Je souhaite vraiment troubler mon public, le transporter là où il n’est pas. Le hanter pour quelques temps, peut-être ! ». Cependant ce n’est pas à un de ces trois films que Monte Hellman doit sa réputation de réalisateur culte mais plutôt à Two-lane Blacktop (Macadam à deux voies -1971), au final encore plus hallucinant que celui de The Shooting

À l’issue d’un road-movie au ralenti qui tient d’ailleurs plus du western, la voiture des héros file vers l’horizon et soudain un trou se forme au centre de l’image : la pellicule brûle et le film est rongé, se désagrège et se termine tout d’un coup. La lumière se rallume dans la salle et le spectateur éberlué se trouve perdu entre l’univers du film et sa propre réalité . On joue ici avec la frustration du spectateur qui se sent partagé d’une part par l’impression d’avoir été volé d’un final (le film doit-il être réparé pour continuer ?) et d’autre part par la jubilation qu’il partage avec le réalisateur qui préfère ne pas offrir de fin pour que le film se termine en chaque spectateur.

Rien de très original que n’aurait pas déjà osé la Nouvelle Vague quelques années plus tôt ? L’Histoire avec un grand « H » n’est pas comparable… N’oublions pas que Two-lane Blacktop fut produit par une Major, la Universal - le premier et dernier film de studio auquel aura droit Hellman ! Il risquait donc très gros en défiant ainsi le cinéma institutionnel et là commence sans doute sa malédiction à Hollywood. Rétrospectivement ce final n’est que la simple expression d’un pessimisme endémique renvoyé par le cinéma indépendant aux USA – à l’époque embourbé dans l’enfer vietnamien, entre autres. Quoiqu’il en soit, ce type de final frustrant et le malaise qui en découle semblent systématiques chez Monte Hellman (pour les films que nous avons pu voir…). Bien entendu, ces effets de signature peuvent apparaître parfois comme des facilités avec par conséquent des réussites plus ou moins grandes.

BIO
À l’exemple d’un Orson Welles qui révolutionna le cinéma en le renouvelant grâce à son expérience du théâtre, de la radio ou de la peinture, Monte Hellman est à la base un photographe doublé d’un metteur en scène de théâtre formé à l’Actor’s Studio, qui rentre dans le cinéma par une porte dérobée (il n’arrêtera pas de le faire !) puisque que Roger Corman lui confie la réalisation de ses pénibles séries B d’horreur à la fin des années 50 - elles auront au moins le mérite de lui apprendre à tourner vite et pour pas cher ! Ce fut son « Ecole » non-officielle de cinéma, où il côtoya Francis Ford Coppola et Martin Scorsese - mais il n’aura jamais leur carrière, certains ajouteraient même « ni leur talent ». Il y rencontra surtout un des nombreux poulains de Roger Corman au potentiel pas toujours exploité, l’immense Jack Nicholson, qui sera son binôme sur ses premiers films réellement personnels, dont deux figurent sur ce coffret DVD, deux westerns : L'ouragan de la vengeance et The Shooting. Nicholson est pour Hellman plus qu’un acteur : il est également son co-scénariste et son producteur. Mais l’acteur fétiche du cinéma de Monte Hellman est celui qui apparaît dans tous ses films : Warren Oates qui tient donc aussi le rôle principal du troisième film du coffret, Cockfighter (1974), oeuvre contemporaine mais dans le fond aussi un western.

ACTU
Cet auteur maudit n’a réalisé que 10 films en 50 ans d’une carrière tumultueuse (il aurait dû réaliser Buffalo 66 pour Vincent Gallo mais fut rejeté par le Studio) où tous ses derniers projets furent refusés par les producteurs. Il revient aujourd’hui à triple titre en haut de l’affiche. Alors qu’il n’avait pas réussi à finir un film personnel depuis 1988 (Iguana) , Hellman présentera un court métrage, Stanley’s Girlfriend, sur un épisode imaginé de la vie de Stanley Kubrick qu’il a connu personnellement, en Sélection Officielle au festival de Cannes 2006. Il présidera également le jury d’Un Certain Regard cette année à Cannes. Enfin, comme pour lui rendre ce qu’il a donné soit en inspiration soit en aide matérielle - on le sait peu, mais Hellman a produit le premier film de Quentin Tarantino, Reservoir Dogs - Martin Scorsese (inutile ou impossible à présenter …) et Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia, Punch-Drunk Love…) produiront de concert son prochain long métrage, Desperadoes, un western – son genre prédilection, qui l’a justement révélé autrefois.

Nachiketas Wignesan


Classement 10 meilleurs films selon les Cahiers en 1968 :
1. Chronique d’Anna-Magdalena Bach (Jean-Marie Straub)
2. Prima della rivoluzione (Bernardo Bertolucci)
3. En Marge (Robert Kramer)
4. Sketch Toby Damnit des Histoires extraordinaires (Federico Fellini)
5. Il ne faut pas mourir pour ça (Jean-Pierre Lefebvre)
6. Le règne du Jour (Pierre Perrault)
7. La barrière (Jerzy Skolimowski)
8. Baisers volés (Francois Truffaut)
9. L’Ouragan de la vengeance (Monte Hellman)
10a. La Mariée était en noir (Francois Truffaut)
10b. Les Contrebandiers (Luc Moullet)






















































THE SHOOTING

SYNOPSIS

De retour chez lui, Willett Gashade apprend la disparition de son frère. Avec Coley, son associé, ils rencontrent une jeune femme qui leur propose, en échange d'une prime, de la conduire à la ville de Kingsley. Le trio en marche, des disputes éclatent et la tension monte lorsque Billy Spear se joint à eux...

FICHE TECHNIQUE

1968 - 1h22
Réalisation
:Monte Hellman
Avec: Jack Nicholson, Warren Oates, Millie Perkins, Will Hutchins
Musique : Richard Markowitz

L'OURAGAN DE LA VENGEANCE
SYNOPSIS
Trois cow-boys tombent sur une bande de hors-la-loi venant de dévaliser une diligence.
Installés près de leur campement pour la nuit, les trois hommes se retrouvent, au petit matin, cernés par une patrouille de vigilantes. Présumés complices, le feu est ouvert et une longue bataille s'engage...
FICHE TECHNIQUE
1966 - 1h22
Titre original
: Ride in the Whirlwind
Réalisation
:Monte Hellman
Avec: Jack Nicholson, Millie Perkins, Cameron Mitchell, Tom Filer.
Musique : Robert Jackson Drasnin.
COCKFIGHTER
SYNOPSIS
Après avoir perdu son meilleur coq de combat lors d'un défi, Frank Mansfield fait vœu de silence jusqu'à la victoire prochaine de l'un de ses volatiles au Championnat national.
Mais lors d'un autre pari déraisonnable, Frank est contraint de céder son mobil-home et, par la même occasion, de renoncer à Dody, sa petite amie...
FICHE TECHNIQUE
1974 - 1h24
Réalisation
:Monte Hellman
Avec: Warren Oates, Harry Dean Stanton, Richard B. Schull
Musique : Michael Franks

 
  •  LES DVD
    3 DVD 9 - Zone 2 - couleurs
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1/77
    Son: Dolby Digital

    Langue:
    Anglais
    Sous-titres:
    Français

  • BONUS (133')
    Le coffret comprend deux documentaires rares sur Monte Hellman qui n’explorent pas particulièrement sa vie puisque le réalisateur se montre souvent renfermé, peu loquace mais qui ont l’immense intérêt de dévoiler « l’âme » d’un artiste maudit qui parle et rêve pourtant tout le temps de cinéma. NW

    * Hellman Rider (43')
    Monte Hellman, sa vie et ses films, par lui-même.
    Une interview exceptionnelle, par Romuald Karmakar et Ulrich von Berg.


    * Plunging On Alone : Monte Hellman's Life In A Day
    (90')
    Le documentaire de référence (inédit en France) sur l'oeuvre de Monte Hellman, réalisé par Paul Joyce. De l'avis du magazine américain Film Maker : "l'un des meilleurs documentaires jamais tournés sur un metteur en scène".

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