BON
VOYAGE
Londres, 1943. A la suite de son évasion hors de France, le
Sergent John Dougall a rejoint l’Angleterre avec l’aide
de Stefan Godowski. Il raconte les péripéties de sa
fuite au colonel des Forces Françaises Libres. Mais le récit
prend une nouvelle tournure lorsque ce dernier révèle
au Sergent la véritable nature de son compagnon de voyage.
AVENTURE MALGACHE
Londres, 1944. Des acteurs écoutent le récit d’un
comédien, Jacques Clarus, parlant de ses rencontres avec un
dénommé « Michel ». En 1940, à Madagascar,
ce dernier est partisan du régime de Pétain. Alors que
plusieurs évasions ont lieu sur l’île, Clarus décide
de rester pour organiser la résistance, tout en prétextant
qu’il est vichyste. Michel soupçonne les activités
de Clarus, et va à tout prix tenter de trouver une preuve de
celles-ci.
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| En
1944, la réputation d’Alfred Hitchcock n’est déjà
plus à faire. Fort de son début de carrière américaine,
notamment avec Rebecca (1940) et Shadow of a doubt
(1943), et avant d’inaugurer l’âge d’or de ses
films holywoodiens, il tourne deux courts-métrages de propagande
pour le British Ministry of Information. Bien entendu, le cinéaste
n’exécute pas de simples commandes, mais s’approprie
pleinement les deux histoires, qui s’inscrivent bien dans la continuité
de sa filmographie.
En premier, Bon voyage se plaît à manipuler le
spectateur, en racontant la fuite du sergent John Dougall pour l’Angleterre
selon deux points de vue. Selon le soldat lui-même d’abord,
un certain Stefan Gowoski, évadé comme lui des camps allemands,
l’a aidé a traverser la France et à rejoindre Londres.
Un véritable parcours d’obstacles, où mots de passe
et rendez-vous nocturnes ont été de rigueur, les ont menés
dans une ferme de la résistance. Là, les deux fugitifs
ont joué aux cartes une place d’avion pour l’Angleterre,
et Dougall l’a emportée. Mais le colonel des Forces Françaises
Libres apporte au récit du soldat un nouvel éclairage.
En effet, il lui révèle que, malgré les apparences,
Stefan Godowski se trouve être un espion envoyé par la
Gestapo. Il lui apprend également que tous les Résistants
rencontrés pendant leur échappée ont succombé
aux coups du traître. Grâce aux flash-backs et à
l’alternance des points de vue, Hitchcock fait montre de sa maîtrise
du récit cinématographique pour emmener le spectateur
là où il le souhaite.
Ensuite, Aventure Malgache reprend une histoire en flash-backs
: un comédien français exilé en Angleterre, Jacques
Clarus, évoque son passé d’avocat à Madagascar.
Ainsi, lorsque Pétain a annoncé à la radio sa volonté
de signer l’armistice avec l’Allemagne, Clarus a pris la
tête du mouvement de résistance de la colonie. Mais Michel,
directeur de la Sûreté de l’île et pétainiste
convaincu, a tenté de l’empêcher d’opérer,
jusqu’à l’arrivée des troupes anglaises.
Interdit en 1944, ce court-métrage ne se contente pas de dénoncer
le régime de Vichy, mais s’engage aussi fermement contre
le colonialisme. Le personnage de Clarus, surtout, parle de l’autorité
en place comme de « gens dangereux qui ont transformé
Madagascar en un fief d’exploitation ». Encore, il
exhorte à la radio : « Proclamez l’autonomie
politique et économique de Madagascar ». Pour finir,
une femme manucurant Michel représente l’un des seuls personnages
malgaches du film.
Tournés tous deux en langue française, Bon voyage
et Aventure Malgache emploient des comédiens de théâtre,
dont l’élocution peut parfois décontenancer. Mais,
outre leur histoire complexe et bien amenée, les courts-métrages
bénéficient des ombres expressionnistes du directeur de
la photographie Günther Krampf. On se croirait parfois chez Fritz
Lang, tant la lumière des plans est travaillée, de l’escalier
de la cave dans Bon voyage aux prisons d’Aventure
Malgache. Finalement, bien que ces deux films puissent sembler
quelque peu atypiques dans l’œuvre du cinéaste, on
a plaisir à déceler çà et là les
empreintes singulières du maître du suspense.
Stéphane Tralongo
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