|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
|
La
légende dit qu’Hong Sang-Soo eut une révélation
en voyant Le journal d’un curé de campagne à
la cinémathèque française. Le film de Robert Bresson
lui aurait donné l’envie de délaisser le cinéma
expérimental auquel il se destinait pour un cinéma plus
« classique ». Mais l’a-t-il vraiment délaissé
ce cinéma expérimental ? En effet, Hong Sang-Soo ne fait
que chercher à manipuler le spectateur en jouant avec le récit,
le temps, et les codes du cinéma. Conte de cinéma. On pourrait commencer par dire que le titre du 6è long métrage d’Hong Sang-Soo a comme un parfum d’Eric Rohmer, l’auteur des contes moraux et des contes des 4 saisons. Ce rapprochement n’est pas fortuit. Y’aurait comme un cousinage entre les films du coréen et ceux du grand Mômo. Conte de cinéma démarre par une rencontre (ou plutôt des retrouvailles) totalement due au hasard, au coin d’une rue, comme on l'a déjà vu moult chez Rohmer. Un jeune homme décide de faire exceptionnellement un détour pour rentrer chez lui, et tombe sur une ex qu’il n’avait pas vue depuis deux ans. Ces retrouvailles, qui n’ont tenues ici qu’à un fil, vont changer le destin de ce couple. L’analogie avec Rohmer pourrait s’arrêter là, mais on le retrouvera plus tard, dans quelques lignes. Conte de cinéma n’est pas un film drôle. Le couple fraîchement reformé va passer la soirée au restaurant, se soûler, passer la nuit à faire l’amour, et va terminer par parler de suicide. Tristesse, mélancolie, détresse. Les deux jeunes gens veulent mettre fin à leur jour ensemble. Ils essaient mais n’y arriveront pas. Retournant chez lui après cette tentative, le jeune homme se heurte à l’incompréhension de sa mère et envisage à nouveau de se suicider. Tristesse, mélancolie et détresse, certes, mais attention ! Cette histoire, qui constitue la première partie de Conte de cinéma, est en fait un film qui vient d’être réalisé par le jeune homme en question (et qui joue donc dedans son propre rôle) et auquel vient d’assister l’un de ses anciens camarades, qui a suivi la même école de cinéma que lui. La deuxième partie commence donc lorsque celui-ci sort de la salle qui projette ce film. C’est là que toute la mécanique d’HSS se met en branle, avec toute sa subtilité, mais aussi sans doute avec toutes ses limites. Aussitôt sorti de la salle, le jeune homme apprend par téléphone que son ami réalisateur-acteur vient d’être hospitalisé suite à une tentative de suicide et qu’il se trouve à l’article de la mort. Il n’a pas réussi à mourir dans le film. Il y est presque parvenu dans la vie. Subtil prolongement de la fiction et de la réalité. En apprenant cette nouvelle qui le plombe un peu, il remarque que l’actrice du film était à la projection. Très attiré par elle, il se décide à la suivre et à l’accoster. Comme l’avait fait son ami dans le film (et dans sa vie, puisque le film dans le film est autobiographique), il passe la soirée avec elle, au restaurant dans un premier temps, et au lit dans un deuxième. La première partie « se rejoue » en quelque sorte dans la deuxième, avec quelques variantes (la fille refuse le suicide). Conte de cinéma n’est pas un film drôle, donc, mais c’est un bien drôle de film. Un film qui, comme beaucoup de films asiatiques contemporains, évoque la mélancolie, la tristesse, ou encore la détresse. Mais le sujet du film n’est pas là, vous l’avez compris. Le sujet du film, c’est le cinéma, bien sûr. Mais cela ne prend corps qu’une fois le film entièrement fini. Une fois que l’on peut cerner le jeu des vases communicants entre la première partie (le film) et la deuxième (la réalité). Fiction et réalité communiquent et correspondent d’une manière tellement subreptice selon HSS qu’il ne prend même pas la peine de nous faire comprendre, dans la première partie du film, que nous assistons à une fiction. Formellement, il y a une totale continuité entre les deux parties. Certes, on n’a pas attendu HSS et ce film pour savoir qu’il pouvait y avoir des échos, des interactions, des résonances, entre le réel et la fiction. Mais l’intérêt du film réside plus dans la manière dont HSS cherche à nous le prouver. HSS refuse de jouer sur la gamme habituelle des films manipulateurs, et opte pour une mise en scène qui élude tout ce qui pourrait faire écran entre le spectateur et le film. Un peu comme Rohmer (on retrouve le grand Mômo sur ce point), ses films ont la particularité d’accumuler un maximum d’informations et de sens, en un minimum de plans et d’effets. HSS préfèrerait mourir, il préfèrerait même peut-être avoir à dire du bien d’un film de Xavier Giannoli devant des milliers de personnes, plutôt que d’avoir à faire un champ contre champ. Il préfèrerait se faire hara-kiri plutôt que d’avoir à faire un raccord dans l’axe. HSS travaille à duper et à piéger le spectateur, sans avoir l’air de le faire, avec une économie qui déconcerte. HSS préfère un panoramique à un contre-champ, il préfère un zoom à un raccord dans l’axe (les zooms les plus improbables depuis Lelouch sont dans Conte de cinéma !), et ne découpe une scène qu’en cas d’extrême nécessité. Le spectateur est brillamment piégé, idéalement, même. Idée géniale que d’unifier formellement ces deux parties ! Elle permet à HSS de poser son raisonnement (le cinéma et le réel se rejoignent, ou l’un prolonge l’autre) en toute quiétude, et de pouvoir l’apposer sans craindre qu’il soit réfuté. Julien Pichené |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
||||
| NOTES DE PRODUCTION | ||||
|
|
||||
| FILMOGRAPHIE DE HONG SANG-SOO | ||||
| Conte de cinéma (2005) La Femme est l'avenir de l'homme (2003) Turning gate (2002) La Vierge mise à nu par ses prétendants (2000) Le Pouvoir de la province de Kangwon (1996) Le Jour où le cochon est tombé dans le puits (1996) |
||||
°°°°° |
||||