)))  CONTE DE CINÉMA
        
de HONG Sang-Soo                   

 

  • Comédie dramatique - 2005 - Corée du Sud - durée: 1h30 (+22' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 25 Octobre 2006
    Editions MK2
  • Prix de vente conseillé : 19,90 €

SYNOPSIS

À Séoul les trajectoires de deux hommes et une femme se touchent et s'éloignent en un jeu de miroirs dont le cinéma est le pivot. Un étudiant suicidaire rencontre une jeune fille qui décide de l'accompagner dans son geste fatal. A la sortie d'une salle de cinéma, Tongsu, cinéaste velléitaire, repère une jolie femme qu'il reconnaît comme étant l'actrice du film qu'il vient de voir. Le présent de cet homme au caractère flottant et angoissé fait étrangement écho à celui du jeune homme du début.

 
POINT DE VUE
   
La légende dit qu’Hong Sang-Soo eut une révélation en voyant Le journal d’un curé de campagne à la cinémathèque française. Le film de Robert Bresson lui aurait donné l’envie de délaisser le cinéma expérimental auquel il se destinait pour un cinéma plus « classique ». Mais l’a-t-il vraiment délaissé ce cinéma expérimental ? En effet, Hong Sang-Soo ne fait que chercher à manipuler le spectateur en jouant avec le récit, le temps, et les codes du cinéma.

Conte de cinéma. On pourrait commencer par dire que le titre du 6è long métrage d’Hong Sang-Soo a comme un parfum d’Eric Rohmer, l’auteur des contes moraux et des contes des 4 saisons. Ce rapprochement n’est pas fortuit. Y’aurait comme un cousinage entre les films du coréen et ceux du grand Mômo. Conte de cinéma démarre par une rencontre (ou plutôt des retrouvailles) totalement due au hasard, au coin d’une rue, comme on l'a déjà vu moult chez Rohmer. Un jeune homme décide de faire exceptionnellement un détour pour rentrer chez lui, et tombe sur une ex qu’il n’avait pas vue depuis deux ans. Ces retrouvailles, qui n’ont tenues ici qu’à un fil, vont changer le destin de ce couple. L’analogie avec Rohmer pourrait s’arrêter là, mais on le retrouvera plus tard, dans quelques lignes.

Conte de cinéma
n’est pas un film drôle. Le couple fraîchement reformé va passer la soirée au restaurant, se soûler, passer la nuit à faire l’amour, et va terminer par parler de suicide. Tristesse, mélancolie, détresse. Les deux jeunes gens veulent mettre fin à leur jour ensemble. Ils essaient mais n’y arriveront pas. Retournant chez lui après cette tentative, le jeune homme se heurte à l’incompréhension de sa mère et envisage à nouveau de se suicider. Tristesse, mélancolie et détresse, certes, mais attention ! Cette histoire, qui constitue la première partie de Conte de cinéma, est en fait un film qui vient d’être réalisé par le jeune homme en question (et qui joue donc dedans son propre rôle) et auquel vient d’assister l’un de ses anciens camarades, qui a suivi la même école de cinéma que lui. La deuxième partie commence donc lorsque celui-ci sort de la salle qui projette ce film. C’est là que toute la mécanique d’HSS se met en branle, avec toute sa subtilité, mais aussi sans doute avec toutes ses limites. Aussitôt sorti de la salle, le jeune homme apprend par téléphone que son ami réalisateur-acteur vient d’être hospitalisé suite à une tentative de suicide et qu’il se trouve à l’article de la mort. Il n’a pas réussi à mourir dans le film. Il y est presque parvenu dans la vie. Subtil prolongement de la fiction et de la réalité. En apprenant cette nouvelle qui le plombe un peu, il remarque que l’actrice du film était à la projection. Très attiré par elle, il se décide à la suivre et à l’accoster. Comme l’avait fait son ami dans le film (et dans sa vie, puisque le film dans le film est autobiographique), il passe la soirée avec elle, au restaurant dans un premier temps, et au lit dans un deuxième. La première partie « se rejoue » en quelque sorte dans la deuxième, avec quelques variantes (la fille refuse le suicide).

Conte de cinéma
n’est pas un film drôle, donc, mais c’est un bien drôle de film. Un film qui, comme beaucoup de films asiatiques contemporains, évoque la mélancolie, la tristesse, ou encore la détresse. Mais le sujet du film n’est pas là, vous l’avez compris. Le sujet du film, c’est le cinéma, bien sûr. Mais cela ne prend corps qu’une fois le film entièrement fini. Une fois que l’on peut cerner le jeu des vases communicants entre la première partie (le film) et la deuxième (la réalité). Fiction et réalité communiquent et correspondent d’une manière tellement subreptice selon HSS qu’il ne prend même pas la peine de nous faire comprendre, dans la première partie du film, que nous assistons à une fiction. Formellement, il y a une totale continuité entre les deux parties. Certes, on n’a pas attendu HSS et ce film pour savoir qu’il pouvait y avoir des échos, des interactions, des résonances, entre le réel et la fiction. Mais l’intérêt du film réside plus dans la manière dont HSS cherche à nous le prouver. HSS refuse de jouer sur la gamme habituelle des films manipulateurs, et opte pour une mise en scène qui élude tout ce qui pourrait faire écran entre le spectateur et le film. Un peu comme Rohmer (on retrouve le grand Mômo sur ce point), ses films ont la particularité d’accumuler un maximum d’informations et de sens, en un minimum de plans et d’effets. HSS préfèrerait mourir, il préfèrerait même peut-être avoir à dire du bien d’un film de Xavier Giannoli devant des milliers de personnes, plutôt que d’avoir à faire un champ contre champ. Il préfèrerait se faire hara-kiri plutôt que d’avoir à faire un raccord dans l’axe. HSS travaille à duper et à piéger le spectateur, sans avoir l’air de le faire, avec une économie qui déconcerte. HSS préfère un panoramique à un contre-champ, il préfère un zoom à un raccord dans l’axe (les zooms les plus improbables depuis Lelouch sont dans Conte de cinéma !), et ne découpe une scène qu’en cas d’extrême nécessité.

Le spectateur est brillamment piégé, idéalement, même. Idée géniale que d’unifier formellement ces deux parties ! Elle permet à HSS de poser son raisonnement (le cinéma et le réel se rejoignent, ou l’un prolonge l’autre) en toute quiétude, et de pouvoir l’apposer sans craindre qu’il soit réfuté.



Julien Pichené

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2005
    Titre original : KEUK JANG JEON
    Sortie en salle : 2 Novembre 2005

    Réalisation & Scénario
    : Hong Sang-soo
    Avec:
    Uhm Jiwon : Yongsil
    Lee Kiwoo : Sangwon
    Kim Sangkyung : Tongsu

    Directeur de la photographie : Kim Hyung-koo
    Musique : Jeong Yong-jin
    Distributeur : MK2
    Editeur DVD
    : MK2 Editions

  •  LE DVD
    DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - Projection CSS
    Durée du film: 90'
    Durée du DVD: 112'

    Image & Son :
    Ecran: 16/9
    Format : 1:85
    Son: Version originale stéréo

    Sous-titres:
    Français

    Menus: Français
  • BONUS  (22')
    * Un cinéaste intime par Pierre Rissient (14')
    * Bandes-annonces de la Collection Hong Sangsoo
    (8')
NOTES DE PRODUCTION


Une clé de lecture? (par Hong Sangsoo )
A un premier niveau, il peut s'agir d'un spectacle que vous voyez, dans une salle de cinéma par exemple, et de son influence sur votre comportement ensuite. A un second niveau, il peut s'agir de deux hommes (ou d'images d'hommes), apparemment différents, finalement soudés de manière précaire au bout de l'histoire : un adolescent et un adulte qui n'a pas réussi à grandir. A un autre niveau encore, le film pourrait montrer la distance intime qui existe entre l'acte amoureux et la mort ou simplement les images de deux êtres côte à côte. Il peut encore s'agir de montrer la « répétition ». Comme mode de vie (ou de film) qui peut à son tour révéler au spectateur les éléments de la structure sous un nouvel éclairage.


Quelques propos des comédiens

Uhm Jiwon (YONGSIL)
Tout ce que je savais du rôle de Yongsil avant le tournage de Conte de cinéma était que dans la première partie du film, elle aurait dix-neuf ans, alors que dans la deuxième partie, ce serait une actrice proche de la trentaine. En l'absence de dialogues précis, j'interrogeais M. Hong Sangsoo sur le personnage et il me répondait : « Repose-toi. » Quand le tournage a commencé, ce fut pour moi une expérience étonnante : j'ai pu entrer dans la peau du personnage sans en avoir vraiment pris connaissance et sans avoir répété le rôle. Je continue à raconter à mon entourage cette expérience qui pour moi ressemble à un miracle. C'était aussi un plaisir de découvrir le personnage uniquement à travers les situations et grâce à la concentration. Alors que je ne savais rien de Yongsil, je me suis surprise au fil du tournage à parler, à me comporter comme elle, à porter sur les choses son regard à elle. Bien sûr, tout ne fut pas facile et amusant, mais en dépit de la brièveté du tournage, je peux dire qu'il s'agit, dans ma carrière, de l'œuvre qui m'a le plus changée et mûrie.

Kim Sangkyung (TONGSU)
Il doit y avoir de multiples éléments novateurs dans le cinéma de Hong Sangsoo, mais l'un d'entre eux, sans doute le plus important à mes yeux, est « l'incertitude ». Et ce à plusieurs niveaux, du simple fait par exemple qu'il ne commence pas avec un scénario fixe mais le modifie au cours du tournage pour mieux l'adapter à la situation, ou encore parce que son cinéma nous amène à des réflexions sur la vie, sur l'impossibilité de se débarrasser de l'incertitude. Tongsu était un personnage difficile à jouer dans la mesure où il ne ressemblait à aucun de ceux que j'avais joués, ni même imaginés. Dissiper le mystère au fil du tournage en compagnie de Hong Sangsoo était à la fois un plaisir et une souffrance parfois insupportable.
Il est encore difficile pour moi de définir Hong Sangsoo. Sans doute n'y arriverai-je jamais. Tout ce que je sais, c'est qu'il est en perpétuelle mutation. Je ne saurais pas dire quelle sera son évolution... C'est pourquoi il m'évoque toujours le mot « nouveauté ».

Lee Kiwoo (SANGWON)
J'ai été surpris quand j'ai appris que M. Hong Sangsoo voulait me rencontrer. Le rendez- vous a eu lieu non dans un bureau, mais sur un terrain de jeu et en plein hiver ! Il a voulu que j'incarne le personnage en me racontant seulement quelques épisodes. J'ai été impressionné. Je suis resté tendu pendant tout le tournage du fait qu'il n'y avait pas de scénario et que les dialogues de chaque jour du tournage nous étaient distribués le matin même. Le soir, j'avais du mal à m'endormir...
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FILMOGRAPHIE DE HONG SANG-SOO

Conte de cinéma (2005)

La Femme est l'avenir de l'homme (2003)

Turning gate (2002)

La Vierge mise à nu par ses prétendants (2000)

Le Pouvoir de la province de Kangwon (1996)

Le Jour où le cochon est tombé dans le puits (1996)
 

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