)))  DEAD MAN
        
 de Jim JARMUSCH                      

 

  • Western philosophique - 1996 - États-Unis - durée: 2h14 (+Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 7 Février 2008
    Éditions BAC Vidéo
  • Prix de vente conseillé : 15,99€

SYNOPSIS

William Blake, un jeune homme naïf élevé à Cleveland part dans l'Ouest américain pour prendre un poste de comptable. Arrivé à destination, rien ne fonctionne comme prévu et l'innocent devient un meurtrier involontaire bientôt pourchassé par un trio de tueurs à gages. Grièvement blessé, il fuit et rencontre Nobody, un indien bienveillant et érudit qui lui sauve la vie et l'accompagne dans un étonnant voyage.

POINT DE VUE
« Il est toujours préférable de ne pas voyager avec un mort »

C'est une chose peu commune, c’est le moins qu’on puisse dire, que de voir un film américain débuter par une citation du poète Henri Michaux. Mais Dead man, sommet provisoire de l’œuvre de Jim Jarmusch, n’est pas un film commun ; plutôt une expérience cinématographique et sensorielle comme nous avons trop rarement l’occasion d’en voir sur grand écran. Et si nous ne craignions d’employer un terme trop galvaudé, nous parlerions volontiers de poésie pour décrire ce long voyage initiatique vers la mort.

Dead man, qui se présente d’abord comme un western, est également une relecture infiniment personnelle d’un genre moribond et une tentative passionnante pour le renouveler de fond en comble.
La première séquence est, à cet égard, très significative. William Blake (Johnny Depp, dans l’un de ses plus beaux rôles) jeune homme guindé de Cleveland, se rend à l’autre bout des Etats-Unis dans la petite bourgade paumée de Machine pour y briguer un poste de comptable. Pour Jarmusch, ce long voyage en train est l’occasion de retraverser les paysages américains du western et de se rendre une fois de plus vers cet Ouest mythique. Mais derrière la façade rutilante du mythe se dissimule la réalité d’une petite ville sordide, au sol boueux et aux habitants patibulaires. Dès lors, il va falloir pour le cinéaste prendre des chemins de traverse afin de se ressourcer et emmener le western vers des territoires inconnus, ceux des indiens et de la poésie, par exemple.


La mort dans la peau.
Jim Jarmusch fait partie de cette génération de cinéastes arrivés « trop tard », après la mort des genres et la fin des grands récits. Ses premiers films, road movies erratiques et volontiers absurdes montraient des personnages livrés à la solitude et à une quête vaine de sens. Le monde n’offrait alors plus de prises à des destins solipsistes condamnés à faire un bout de trajet ensemble (Cf. Down by law). À la suite de ça, le cinéma de Jarmusch s’est engagé sur la voie des micros fictions et des récits de plus en plus morcelés : les trois histoires parallèles de Mystery train, les petits sketches éparpillés aux quatre coins du monde de Night on earth ; geste artistique témoignant chez lui d’une méfiance de plus en plus accrue pour la fiction et la crainte chez le spectateur que cette ironie désenchantée le conduise directement à une impasse.

Avec Dead man, cette conscience de la mort du genre est toujours présente. Dès le début du film, William Blake reçoit une balle en pleine poitrine, trop près du cœur pour que son ami indien puisse l’extirper. Comme le genre, il porte sa mort en lui et sa fin est inéluctable. Mais contrairement à ses films précédents, Jarmusch ne s’en tient pas à ce constat morbide et décide d’entreprendre un ultime voyage lui permettant d’expérimenter de nouvelles formes de perceptions et une manière de revivifier son cinéma.
Le film sera, à nouveau, un road movie puisque William Blake est désormais considéré comme un hors-la-loi et qu’il est poursuivi par divers marshals et trois tueurs à gages particulièrement effrayants. Mais la donne a changé : le voyage a désormais un but et il s’agit de renouer avec l’esprit défunt du poète homonyme pour réécrire le genre en lettres de sang…


Une autre Amérique.
Un des moments les plus marquants du film, peut-être parce que Jarmusch a recours à une violence assez inédite chez lui, est cette scène où les sicaires aux trousses de Blake découvrent les cadavres de deux marshals. Cole Wilson (Lance Henriksen), regardant le visage de l’un d’entre eux, constate « qu’on dirait une putain d’icône » et il l’écrase brutalement avec sa botte. Le passage est significatif : il s’agit pour le cinéaste d’aborder le genre de manière totalement iconoclaste, de briser les images existantes pour en inventer de nouvelles.

Pour cela, il a recours à plusieurs procédés. Le premier, le plus habituel chez lui, est l’ironie. Elle s’exerce d’abord lorsqu’il filme la ville de Machine, cloaque sans nom où les chevaux pissent dans la rue et où les potentats locaux (sublime et hilarant Robert Mitchum dans sa dernière apparition au cinéma) accueillent les étrangers avec une carabine. Le mythe des conquérants est mis à mal lorsque nous contemplons cette population de bouseux crasseux toujours prompts à dégainer leurs armes pour un rien ! L’ironie, nous la retrouvons également dans la description de ce trio de tueurs débiles. Ces personnages sont ceux qui rappellent le plus les héros des films précédents de Jarmusch, des paumés cloîtrés dans la solitude et un sentiment global d’absurdité (ils ont été doublés sur la mission confiée puisque des avis de recherche ont été affichés un peu partout dans la forêt). Le cinéaste les filme comme des enfants (le dangereux tueur qui dort avec un ours en peluche) qui passent leur temps à se monter les uns contre les autres. Les scènes où ils apparaissent sont souvent très drôles et contribuent à démystifier le genre.

Le deuxième procédé mis en œuvre pour montrer cette autre Amérique, c’est le contact que le film tente d’établir avec le peuple Indien. Lorsque Blake contemple les paysages américains lors de son voyage en train, il surprend à un moment des tentes indiennes. Ce plan surgit comme une vision extirpée de l’inconscient collectif américain, comme une image jusqu’alors refusée à ce peuple. Que le personnage se fasse appeler Nobody (Personne) n’est pas innocent : le cinéma classique, même si cette affirmation mériterait d’être nuancée, s’est souvent borné à montrer l’Indien sous le masque de l’éternel Ennemi, sans lui offrir de véritable visage. Avec Dead man, Jarmusch ouvre son cinéma à l’altérité et se laisse gagner par la philosophie de son personnage capable de réciter les poèmes de William Blake et d’accompagner le petit américain moyen dans son voyage vers la mort afin de lui redonner une âme.


Les portes de la perception.
C’est sans doute dans la manière qu’il a de mettre en scène ce voyage initiatique (voyage intérieur : ne comptez pas trop sur Jarmusch pour les grands espaces et les chevauchées spectaculaires !) que le cinéaste parvient magnifiquement à gagner son pari et à offrir sa vision novatrice du western. Plus qu’un traditionnel récit de chasse à l’homme dans l’Ouest américain, Dead man est avant tout une expérience sensorielle, un « trip » qui épouse la perception d’un homme en route vers sa destinée. Les fondus au noir lancinants, les mouvements de caméra chaloupés qui semblent traduire physiquement l’affaiblissement de Blake, la sublime musique de Neil Young, composée directement devant les images du film, la somptuosité de la photographie en noir et blanc… : tous les éléments de la mise en scène concourent à faire ressentir au spectateur de nouvelles perceptions et à l’envoûter.

En imprégnant son western d’éléments disparates (la poésie, la culture indienne…), Jarmusch parvient à redonner vigueur à la fiction et à créer un cinéma purement sensoriel et poétique, tentative qu’il poursuivra avec le très beau Ghost dog (le film noir remplaçant le western et la culture japonaise l’indienne).

Le résultat est d’une beauté ahurissante…

Vincent Roussel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Sélection Officielle au Festival de Cannes 1995

    Sortie en salle : 3 Janvier 1996
    Réalisation, Scénario
    : Jim Jarmusch

    Avec:
    Johnny Depp: William 'Bill' Blake
    Billy Bob Thornton: Big George Drakoulious
    Gabriel Byrne: Charles Ludlow 'Charlie' Dickinson
    Gary Farmer: Personne
    Iggy Pop: Salvatore 'Sally' Jenko
    John Hurt: John Scholfield
    Lance Henriksen: Cole Wilson
    Robert Mitchum: John Dickinson
    Alfred Molina: Le Missionnaire
    Crispin Glover: Le Pompier Du Train
    Eugene Byrd: Johnny 'The Kid' Pickett
    Jared Harris: Benmont Tench
    Michael Wincott: Conway Twill
    Steve Buscemi: Barman

    Image : Robby Müller
    Montage: Jay Rabinowitz
    Musique: Neil Young
    Décors : Bob Ziembicki
    Distribution: BAC Films


  •  LE DVD

    DVD 9 - PAL - Zone 2 - noir & blanc - tous publics

    Image & Son :
    Ecran: 16/9ème Compatible 4/3
    Format : 1:77
    Son: dolby digital 5.1

    Langue:
    anglais
    Sous-titres:
    Français


  • BONUS (15')


    Notre avis: Le film se suffisant largement à lui-même, nous ne chipoterons pas trop devant le caractère un peu miséreux des bonus. Outre les traditionnelles filmographies (bien mises à jour), photos de tournage et bandes-annonces de la plupart des films de Jarmusch ; nous aurons droit à un petit quart d’heure de scènes coupées. Pour ma part, je n’ai jamais bien vu l’intérêt de montrer des scènes que le réalisateur a délibérément écartées (sauf, bien entendu, si ces coupes lui ont été imposées !). Les scènes présentées, non étalonnées, n’ont pas beaucoup d’intérêt et se révèlent souvent trop explicatives. Seule curiosité : voir le moment où Cole Wilson abat son deuxième compagnon ; le spectateur réalisant alors qu’il n’a pas fait attention à ce « trou narratif » dans le film, sans doute parce qu’il était déjà parti ailleurs avec William Blake… VR

    * Scènes coupées


    * Filmographies
    * Bande Annonce
    * Photos du tournage
    * Liens Internet
À PROPOS DU FILM


En 1995, Jim Jarmusch revisite le western avec Dead Man, une oeuvre onirique, présentée à Cannes, qui offre à Johnny Depp un de ses plus beaux rôles. On peut noter l'hommage qu’il rend, dans son néo-western ultra stylisé, à l’une des grandes figures du genre, en prénommant ses deux shérifs nigauds respectivement Lee et Marvin (hommage à Lee Marvin). La musique, qui accompagne le film a merveille, est improvisée par Neil Young, seul avec ses guitares, face au film. Les poèmes lus par Johnny Depp sont de William Blake, dont entre autres, Auguries Of Innocence et The Marriage Of Heaven And Hell. Les paroles de la chanson des Doors intitulées End of the Night sont également citées au cours du film. C’est dans ce film que prendra naissance le rôle emblématique de Nobody interprété par Gary Farmer et que l’on retrouvera dans Ghost Dog : La Voie Du Samourai (1999). Signalons aussi, la dernière apparition dans ce film de Robert Mitchum, interprétant le fantomatique Dickinson.

Après son passage au Festival de Cannes en 1995, Dead Man remporte, le Prix de la meilleure photographie lors des New York Film Critics Circle Awards en 1996 et est nominé pour le prix du meilleur film, meilleur scénario, meilleur second rôle masculin (Gary Farmer) et meilleure photographie lors des Independent Spirit Awards en 1997..

FILMO JIM JARMUSCH

Né à Akron,dans l'Ohio en 1953
Jim Jarmusch vit
et travaille à New York.

RÉALISATION
1980 / PERMANENT VACATION
1984 / STRANGER THAN PARADISE
1986 / DOWN BY LAW - SOUS LE COUP DE LA LOI
1989 / MYSTERY TRAIN
1991 / NIGHT ON EARTH - UNE NUIT SUR TERRE
1995 / DEAD MAN
1997 / YEAR OF THE HORSE
1999 / GHOST DOG :LA VOIE DU SAMOURAÏ
2003 / COFFEE AND CIGARETTES
2005 / BROKEN FLOWERS

2008 / THE LIMITS OF CONTROL (en préparation)

 

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