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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Il est toujours préférable de ne pas voyager avec un mort
» C'est une chose peu commune, c’est le moins qu’on puisse dire, que de voir un film américain débuter par une citation du poète Henri Michaux. Mais Dead man, sommet provisoire de l’œuvre de Jim Jarmusch, n’est pas un film commun ; plutôt une expérience cinématographique et sensorielle comme nous avons trop rarement l’occasion d’en voir sur grand écran. Et si nous ne craignions d’employer un terme trop galvaudé, nous parlerions volontiers de poésie pour décrire ce long voyage initiatique vers la mort. Dead man, qui se présente d’abord comme un western, est également une relecture infiniment personnelle d’un genre moribond et une tentative passionnante pour le renouveler de fond en comble. La première séquence est, à cet égard, très significative. William Blake (Johnny Depp, dans l’un de ses plus beaux rôles) jeune homme guindé de Cleveland, se rend à l’autre bout des Etats-Unis dans la petite bourgade paumée de Machine pour y briguer un poste de comptable. Pour Jarmusch, ce long voyage en train est l’occasion de retraverser les paysages américains du western et de se rendre une fois de plus vers cet Ouest mythique. Mais derrière la façade rutilante du mythe se dissimule la réalité d’une petite ville sordide, au sol boueux et aux habitants patibulaires. Dès lors, il va falloir pour le cinéaste prendre des chemins de traverse afin de se ressourcer et emmener le western vers des territoires inconnus, ceux des indiens et de la poésie, par exemple. La mort dans la peau. Jim Jarmusch fait partie de cette génération de cinéastes arrivés « trop tard », après la mort des genres et la fin des grands récits. Ses premiers films, road movies erratiques et volontiers absurdes montraient des personnages livrés à la solitude et à une quête vaine de sens. Le monde n’offrait alors plus de prises à des destins solipsistes condamnés à faire un bout de trajet ensemble (Cf. Down by law). À la suite de ça, le cinéma de Jarmusch s’est engagé sur la voie des micros fictions et des récits de plus en plus morcelés : les trois histoires parallèles de Mystery train, les petits sketches éparpillés aux quatre coins du monde de Night on earth ; geste artistique témoignant chez lui d’une méfiance de plus en plus accrue pour la fiction et la crainte chez le spectateur que cette ironie désenchantée le conduise directement à une impasse. Avec Dead man, cette conscience de la mort du genre est toujours présente. Dès le début du film, William Blake reçoit une balle en pleine poitrine, trop près du cœur pour que son ami indien puisse l’extirper. Comme le genre, il porte sa mort en lui et sa fin est inéluctable. Mais contrairement à ses films précédents, Jarmusch ne s’en tient pas à ce constat morbide et décide d’entreprendre un ultime voyage lui permettant d’expérimenter de nouvelles formes de perceptions et une manière de revivifier son cinéma. Le film sera, à nouveau, un road movie puisque William Blake est désormais considéré comme un hors-la-loi et qu’il est poursuivi par divers marshals et trois tueurs à gages particulièrement effrayants. Mais la donne a changé : le voyage a désormais un but et il s’agit de renouer avec l’esprit défunt du poète homonyme pour réécrire le genre en lettres de sang… Une autre Amérique. Un des moments les plus marquants du film, peut-être parce que Jarmusch a recours à une violence assez inédite chez lui, est cette scène où les sicaires aux trousses de Blake découvrent les cadavres de deux marshals. Cole Wilson (Lance Henriksen), regardant le visage de l’un d’entre eux, constate « qu’on dirait une putain d’icône » et il l’écrase brutalement avec sa botte. Le passage est significatif : il s’agit pour le cinéaste d’aborder le genre de manière totalement iconoclaste, de briser les images existantes pour en inventer de nouvelles. Pour cela, il a recours à plusieurs procédés. Le premier, le plus habituel chez lui, est l’ironie. Elle s’exerce d’abord lorsqu’il filme la ville de Machine, cloaque sans nom où les chevaux pissent dans la rue et où les potentats locaux (sublime et hilarant Robert Mitchum dans sa dernière apparition au cinéma) accueillent les étrangers avec une carabine. Le mythe des conquérants est mis à mal lorsque nous contemplons cette population de bouseux crasseux toujours prompts à dégainer leurs armes pour un rien ! L’ironie, nous la retrouvons également dans la description de ce trio de tueurs débiles. Ces personnages sont ceux qui rappellent le plus les héros des films précédents de Jarmusch, des paumés cloîtrés dans la solitude et un sentiment global d’absurdité (ils ont été doublés sur la mission confiée puisque des avis de recherche ont été affichés un peu partout dans la forêt). Le cinéaste les filme comme des enfants (le dangereux tueur qui dort avec un ours en peluche) qui passent leur temps à se monter les uns contre les autres. Les scènes où ils apparaissent sont souvent très drôles et contribuent à démystifier le genre. Le deuxième procédé mis en œuvre pour montrer cette autre Amérique, c’est le contact que le film tente d’établir avec le peuple Indien. Lorsque Blake contemple les paysages américains lors de son voyage en train, il surprend à un moment des tentes indiennes. Ce plan surgit comme une vision extirpée de l’inconscient collectif américain, comme une image jusqu’alors refusée à ce peuple. Que le personnage se fasse appeler Nobody (Personne) n’est pas innocent : le cinéma classique, même si cette affirmation mériterait d’être nuancée, s’est souvent borné à montrer l’Indien sous le masque de l’éternel Ennemi, sans lui offrir de véritable visage. Avec Dead man, Jarmusch ouvre son cinéma à l’altérité et se laisse gagner par la philosophie de son personnage capable de réciter les poèmes de William Blake et d’accompagner le petit américain moyen dans son voyage vers la mort afin de lui redonner une âme. Les portes de la perception. C’est sans doute dans la manière qu’il a de mettre en scène ce voyage initiatique (voyage intérieur : ne comptez pas trop sur Jarmusch pour les grands espaces et les chevauchées spectaculaires !) que le cinéaste parvient magnifiquement à gagner son pari et à offrir sa vision novatrice du western. Plus qu’un traditionnel récit de chasse à l’homme dans l’Ouest américain, Dead man est avant tout une expérience sensorielle, un « trip » qui épouse la perception d’un homme en route vers sa destinée. Les fondus au noir lancinants, les mouvements de caméra chaloupés qui semblent traduire physiquement l’affaiblissement de Blake, la sublime musique de Neil Young, composée directement devant les images du film, la somptuosité de la photographie en noir et blanc… : tous les éléments de la mise en scène concourent à faire ressentir au spectateur de nouvelles perceptions et à l’envoûter. En imprégnant son western d’éléments disparates (la poésie, la culture indienne…), Jarmusch parvient à redonner vigueur à la fiction et à créer un cinéma purement sensoriel et poétique, tentative qu’il poursuivra avec le très beau Ghost dog (le film noir remplaçant le western et la culture japonaise l’indienne). Le résultat est d’une beauté ahurissante… Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| À PROPOS DU FILM | ||||
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| FILMO JIM JARMUSCH | ||||
| Né à Akron,dans l'Ohio en 1953 Jim Jarmusch vit et travaille à New York. RÉALISATION 1980 / PERMANENT VACATION 1984 / STRANGER THAN PARADISE 1986 / DOWN BY LAW - SOUS LE COUP DE LA LOI 1989 / MYSTERY TRAIN 1991 / NIGHT ON EARTH - UNE NUIT SUR TERRE 1995 / DEAD MAN 1997 / YEAR OF THE HORSE 1999 / GHOST DOG :LA VOIE DU SAMOURAÏ 2003 / COFFEE AND CIGARETTES 2005 / BROKEN FLOWERS 2008 / THE LIMITS OF CONTROL (en préparation)
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