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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
| Au
début des années cinquante, à l’époque
de ses tristes démêlés avec le maccarthysme et la
sinistre Commission des Activités Anti-américaines, les
films d’Elia Kazan se sont enrichis d’une profondeur magnifique,
qui autorise des double-lectures absentes ou moins explicites dans ses
précédentes œuvres. Sans nous autoriser à verser
dans une psychanalyse superficielle, il est évident que ses films
apparaissent comme des tentatives de justification, contre l’accusation
portée contre lui de trahison de ses anciens « camarades
»… Certes, humainement, Kazan eut tort de vendre ses amis,
mais son art n’y aurait-il pas gagné en profondeur et en
moralité en contrepartie ? Désenflammons le propos et évitons
de juger l’homme pour nous concentrer sur son œuvre. Même
les pires détracteurs d’Elia Kazan doivent avouer qu’il
restera comme l’un des plus grands metteurs en scène américains,
pour avoir réalisé des films qui contribuèrent à
faire passer Hollywood de l’ère classique à un âge
moderne en donnant corps à un nouveau type d’acteurs et de
sentiments. Un Tramway nommé Désir (1951) ne se contente pas de glamouriser Brando en sex-symbol au magnétisme animal. Le film fit scandale et déstabilise encore en explorant la fascination pour la part bestiale de l’homme – et de la femme - qui se révèle quand l’amour naît… Viva Zapata ! (1952) dissimule derrière une fresque épique sur la révolution zapatiste un discours désabusé sur les idéologies les plus pures qui mènent toutes, tôt ou tard, vers la corruption des âmes qui les ont conçues… Sur les Quais (1953) plonge dans l’univers malsain des syndicats de dockers noyautés par la pègre, et s’intéresse à un « faible » qui dénonce le système au nom d’un idéal de justice – à moins que ce ne soit une justice idéale… Les films suivants conservent cet aspect démonstratif qui déplaît tant aux détracteurs d’Elia Kazan, qui ne veulent voir en lui qu’un « rat » (« délateur », en anglais), mais qui subjugue les autres pour leur candeur jamais naïve – appelons cela de la simplicité. Les œuvres suivantes de Kazan trouvent une richesse nouvelle en n’évitant plus les références autobiographiques explicites. Ainsi, A l’Est d’Eden (1955) ou America America (1963) traitent en réalité du mystère des rapports père-fils et de celui des origines, L’Arrangement (1969) fait la lumière sur une crise morale et artistique qui poussa Kazan au suicide… Parmi ces chefs-d’œuvre demeure un film à part que Kazan n’hésitait pas à qualifier de préféré : Le Fleuve Sauvage (Wild River-1960). Il décide d’en écrire seul pour la première fois le scénario (autrefois il collaborait avec des romanciers de génie tels que Steinbeck ou Tennessee Williams) à partir de souvenirs de jeunesse, - du début des années trente - où il visita la vallée du Mississippi en crue. La connaissance de ses œuvres antérieures nous invite à une lecture allégorique des évènements tant ils se cachent derrière le paravent douillet de l’Histoire. Durant le New Deal instauré par l’administration Roosevelt pour sortir l’Amérique de la crise et surtout abolir des différences criantes entre le Nord moderne et le Sud arriéré, il est décidé d’inonder un bras du Mississippi qui connaît de régulières crues sauvages et violentes qui tuent ses riverains, en construisant un barrage de retenue. Une fois en fonction, le barrage produira de l’électricité et apportera la lumière à des habitants plongés dans les ténèbres… D’un Mal on tire un Bien. Chuck Glover (Montgomery Clift) est une sorte d’archange athée et asexué travaillant pour la T.V.A., organisme gouvernemental conduisant les travaux, dont la tâche sacrée est de déloger les habitants des zones inondables et de les reloger avant le déluge programmé. Son rôle est remis en question lorsqu’il est confronté à l’obstination aveugle de la dernière récalcitrante. Ella (une féminisation d’Elia ?), une femme âgée qui refuse de quitter sa maison natale, posée sur un îlot désertique au milieu du fleuve, où ne poussent guère que des pierres tombales -dont la sienne qui n’attend que son cadavre et la date de sa mort… Son entêtement, envers et contre tous, fascine Chuck tout en marquant l’arrêt net du « progrès » dans la vallée. Alors le temps semble s’arrêter également : le film devient une longue apnée. Le film se fige et attend… Immergés dans ce temps gluant, les protagonistes découvriront des sentiments cachés au fin fond d’eux-mêmes. Chuck est déstabilisé dans ses croyances et certitudes les plus intimes. Chuck représente la modernité grâce à son habillement, ses manières, son discours progressiste, voire même son jeu d’acteur (il fut adepte de la Method née à l’Actor’s Studio). Il combat l’inertie d’Ella (Jo Van Fleet) qui stagne dans un passé figé où l’esclavage existe encore, ignore ou refuse le progrès technique et demeure attachée à des valeurs passées. Ce n’est pas le conflit entre une personne et l’Etat qui intéresse Kazan (qui l’a déjà exploré précédemment), puisque nous savons pertinemment que quelques jours plus tard les vannes du réservoir seront ouvertes et que tout sera noyé… Ce n’est donc pas une question de suspens mais de « manière ». Elia Kazan préfère suivre les conséquences de ce choc des cultures qui découle de cette tentative divine pour l’Homme de dominer une Nature présentée comme indomptable… On revient enfin à l’humain… Le Fleuve sauvage est essentiellement un film sur la naissance de l’amour – sauvage comme un fleuve en crue, qui fait remonter à la surface un limon trouble et oublié - qui dévaste et réveille ses protagonistes en léthargie. L’eau qui inonde la vallée les purifie, si l’on accepte d’y voir un baptême qui leur révèle enfin leurs véritables identités. Le seul ange de cette fable n’est ni Chuck ni Ella, mais la bru d’Ella, Carol (Lee Remick), jeune veuve qui comprend que Chuck vient les sauver physiquement. En échange, elle se chargera de le sauver moralement car elle a vu en lui une faille, une sensibilité à fleur de peau, une faiblesse qui la touche. Carol, fille simple et apparemment faible, redonnera un sens à la vie de Chuck. Avant un climax troublant, elle finira par lui avouer : « … je serai pour toi la meilleure des femmes. Je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi ou pas et je n’ai pas peur de te le dire (…) Ce n’est pas toujours facile, mais il te faut quelqu’un : moi ! ». Et il est bien question ici de fusion. Union des corps magnifiée par des embrassades et étreintes d’une sensualité rare au cinéma de l’époque qui confondent les corps et rendent particulièrement imagée la représentation de l’amour. Mais au-delà des corps, leurs esprits se mêlent… Elle est le fleuve et lui l’île… Corps et décors se confondent comme d’ailleurs les sentiments et les éléments. Sous la pluie battante leurs corps - que tout opposait - ne feront plus qu’un dans la nuit et un bain de boue qui les sculpte à leur idéal. Sans toucher au sentimentalisme ou à l’eau de rose, Le Fleuve Sauvage ne s’attache qu’à explorer les méandres mystérieux qui mènent à l’amour en nous plongeant directement dans les tumultes de la passion en furie. Nachiketas Wignesan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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