)))  LES VISITEURS
             
 de Elia KAZAN       
 

  • Thriller psychologique - 1972 - Etats-Unis - durée: 1h24
  • Sortie à la Vente en DVD le 8 Juin 2009
  • Éditions Wild Side

SYNOPSIS

Bill Schmidt et Marthe Wayne vivent à la campagne avec Harry, le père de Martha, un écrivain de westerns. Par un jour d’hiver deux étrangers, Mike et Chico débarquent chez eux. Ils viennent de passer deux ans en prison pour avoir violé une jeune indigène pendant la guerre du Vietnam. Venus pour se venger de Bill qui les a dénoncés, ils se lient d’amitié avec son beau-père, un macho qui méprise son gendre. L’engrenage est en place pour une journée de violence...

POINT DE VUE
L'histoire de la production des Visiteurs (The visitors) est relativement connue. En ce début de décennie 70, Elia Kazan se remet difficilement des échecs publics successifs d'America America (1963) et de L'arrangement (1969), deux de ses films les plus personnels et les plus ambitieux. Il décide alors de se lancer dans une aventure plus modeste, s'appuyant sur un scénario de son fils Chris, tournant en 16 mm avec une équipe réduite dans sa propriété du Connecticut et engageant des interprètes peu expérimentés, dont le jeune James Woods. À cette nouvelle approche, il est d'autant mieux préparé qu'il est marié à l'époque à Barbara Loden, actrice et réalisatrice d'un unique long-métrage, Wanda (1970), titre mythique du cinéma indépendant américain.


De fait, pour Les visiteurs, Kazan l'expressionniste renouvelle radicalement son style. Frappent en effet la mobilité d'une caméra portée, le naturel de la photographie et la parcimonie des éclairages intérieurs. Dans ce cadre ne dépassant pas les limites de la propriété du vieux Harry Wayne, le regard se focalise essentiellement sur des gestes sans importance et, à rebours des règles de l'efficacité hollywoodienne, le récit épouse la trivialité et l'arythmie du quotidien y compris lorsqu'une intrusion potentiellement menaçante se manifeste. La tension narrative n'est pas pour autant absente. La science du découpage, l'usage d'ellipses déstabilisantes et la maîtrise du temps jusque dans sa suspension maintiennent l'intérêt.


La tranquilité du couple formé par Bill et Martha, hébergé par Harry, le père de cette dernière, est donc troublée par l'arrivée inattendue de deux anciens soldats revenus du Vietnam. Ils ont été traduits en justice, devant une cour martiale, pour le viol et le meurtre d'une vietnamienne, suite à une dénonciation de Bill. La force du film est d'être bâti non sur l'incertitude de l'identité ou du statut des deux intrus mais sur leur propre indécision quant au but de leur visite. Simple provocation, désir d'humiliation ou froide vengeance, le hasard seul semble devoir décider du cours des événements. Les présentations sont rapidement faites, le problème moral est posé et tout le monde attend l'étincelle qui dénouera la situation d'une façon ou d'une autre. Dans la maison, une ronde pleine de tension est orchestrée magistralement par Kazan à travers les déplacements des personnages, leurs frôlements et leurs regards.


Le déclenchement de la violence se fera par une agression des sens, soulignée par une bande son soudain envahie par des pleurs de bébé et surtout par trois longues plages musicales, alors que cette absence de musique se remarquait dès le générique de début. L'inéluctable se produit alors et les personnages se révèlent incapables de s'affranchir de leur déterminisme. Comme l'affirme Tony, les règles ne peuvent pas être changées. L'incertitude débouche sur le redouté.


Compte tenu de leurs thématiques, les films de Kazan peuvent régulièrement être vu à travers le prisme du choix que le cinéaste fit dans les années 50 devant la commission des activités anti-américaines, celui de citer les noms de ses anciens camarades communistes. Les visiteurs, plus que tout autre, invite à ce type de mise en perspective. On y trouvera cependant ni justification ni remords. Les raisons des deux camps sont exposées équitablement mais alors que l'on s'attend à ce que les lignes bougent, les arguments contradictoires s'épuisent mutuellement. Pessimiste, la réflexion paraît sans issue. La seule leçon semble être que la dénonciation ne sert pas à grand chose car elle arrive toujours trop tard. Si action il doit y avoir, elle doit se faire en amont.


Annonciateur d'un nouveau départ pour Elia Kazan, le geste artistique audacieux des Visiteurs s'avèrera sans lendemain, le cinéaste ne revenant par la suite qu'en 1976 pour tourner l'ultime Dernier nabab. Reste donc un film unique dans sa filmographie mais aussi un film qui s'intègre à un groupe d'oeuvres contemporaines très violentes auscultant la chute abyssale des sociétés occidentales du début des années 70 comme Délivrance, Les chiens de paille ou Orange mécanique. Enfin, de manière plus surprenante, il peut se voir comme un cousin des films de genre horrifiques extrêmes apparus à la suite de La dernière maison sur la gauche de Wes Craven (sorti la même année). Il va sans dire, toutefois, que ces Visiteurs font preuve d'une tenue et d'une profondeur qui leur est incomparable.



Edouard Sivière

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Titre original : The visitors
    Réalisateur : Elia Kazan
    Scénario : Chris Kazan
    Production : Chris Kazan et Nicholas T. Proferes
    Musique : Johann Sebastian Bach
    Photographie : Nicholas T. Proferes
    Montage : Nicholas T. Proferes
    Casting :

    * James Woods: Bill Schimdt
    * Patrick McVey : Harry Wayne
    * Patricia Joyce : Martha Wayne
    * Steve Railsback : Mike Nickerson
    * Chico Martinez : Tony Rodrigues

  •  LE DVD

    Master restauré - 1.85, 16/9e comp. 4/3
    Langues : Anglais Mono | Sous-titres : Français


  •  BONUS



    * Elia Kazan Outsider (26’)
    portrait d’Elia Kazan par Michel Ciment sur les lieux du tournage des Visiteurs (53’)


    Notre avis : Entre sa propriété dans le Connecticut et son bureau new-yorkais, Elia Kazan est suivi et interrogé par Michel Ciment sur sa carrière artistique et son parcours d'émigrant. Brillant, volubile, dynamique et plein d'ambiguïté, à l'image de ses films, le cinéaste semble prendre plaisir à s'épancher sur son oeuvre. Entre deux explications sur sa pratique, il avoue préférer être vu comme un écrivain de troisième ordre plutôt que comme un cinéaste de premier rang. Le portrait est construit plus thématiquement que chronologiquement et très bien filmé (en 1982). ES



    * Galerie photos
 
 
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