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CLEAN SHAVEN de Lodge KERRIGAN |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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En
matière de folie, ce sont surtout les signes extérieurs
les plus extravagants, spectaculaires à peu de frais, que le
cinéma s’est toujours plu à collecter. Très
loin de toute réalité psychiatrique, ses fous sont ainsi
plaisants à regarder, lors de plans paroxystiques dont la fonction
est surtout de susciter l’admiration face aux performances d’acteurs.
Avec leur gestuelle accusée, leurs cris inattendus ou leurs discours
insensés, s’ils donnent le frisson, c’est à
l’instar de l’irréalité rassurante des zombies
ou des possédés, suffisamment ressemblants pour inquiéter
le temps d’une séquence mais suffisamment méconnaissables
pour éviter toute ambiguïté et tout malaise durables.
Ainsi, plus les films qui traitent de psychose se veulent naturaliste, plus ils empruntent au grand-guignol, des singes hurleurs de Forman ou de Gilliam jusqu’aux psychotiques mondains de Desplechin, de la repoussante sensiblerie d’Un homme d’exception (Ron Howard, 2002) jusqu’aux méandres banalement freudiens de Spider (David Cronenberg, 2002). La schizophrénie n’y est plus qu’une singularité parmi tant d’autres, autrement dit télégénique. C’est le même fou que l’on retrouve étonnamment grimaçant au théâtre ou gentiment grotesque dans la pub, surprenant sans jamais tourmenter, le fou consensuel qui hurle et se contorsionne à bon escient, et qui reste quoi qu’il arrive dans son plan, sagement fermé juste après le spectacle. Le fou de cinéma ne peut rien contaminer : il n’a aucune emprise sur la réalité de ceux qui le côtoient. Loin de cette duplicité, Lodge Kerrigan a manifestement souhaité pour son premier film, sorti il y a quinze ans maintenant, développer une toute autre approche, qui saurait ne pas reculer pas devant l’extrême violence des rapports humains qu’engendre la schizophrénie, qui donnerait à voir, avec des moyens cette fois purement cinématographiques, le désordre intérieur d’un patient psychotique. Clean shaven offre ainsi une expérience visuelle et sonore inédite, qui ne se contente pas de jouer l’incongru et le baroque (comme s’y complait trop souvent David Lynch qui finit par donner une vision esthétisante un peu vaine de la folie) mais s’avère réellement traumatisante, car la folie n’est jamais aimable ni confortable. Nous suivons ainsi pendant un peu plus d’une heure les affres d’un homme qui se débat entre les sons discordants, les visions fugitives et les pensées fragmentées, un homme qui se mutile sans souffrir et qui ne peut se souvenirs sans pleurer. Cette fragmentation toutefois s’élabore au prix d’un découpage des plus rigoureux, ce qui la rend d’autant plus déstabilisante. Il est d’usage aujourd’hui, pour n’importe quelle scène d’action, de rajouter après coup et numériquement de la vitesse au sein du plan, tout en rendant celui-ci instable par d’intempestifs mouvements de caméra, ce qui voudrait prétentieusement souligner l’incohérence des situations et la polyphonie du monde, mais qui a surtout pour conséquence d’en rendre les motifs proprement illisibles ; cette prolifération de formes sans lien apparaît alors, de la manière la plus paradoxale qui soit, totalement homogénéisée, s’écoulant dans un flux sans surprise ni appui. A l’inverse, Kerrigan ne se sert que d’une alternance de champs/contrechamps à la vigueur peu commune pour donner du sens aux gros plans sur le visage ou le corps de son héros et à l’environnement menaçant, en inserts ou soudain en plans larges, qui l’assiège. De ce fait, le spectateur, partie prenante de ce chaos sensoriel, endure à son tour la juxtaposition jamais ordonnée mais toujours limpide de segments de sons et d’images, oppressante par leur étrange régularité. Par ailleurs, le film propose une sorte de réflexion sur ce qu’il est licite et d’usage de voir ou de ne pas voir, car si les cadavres sont filmés de très près, les meurtres sont toujours hors-champs, alors que les auto-mutilations sont exposées jusqu’au bout, ce qui va explicitement à l’encontre de tout ce qui est homologué désormais en ce qui concerne la violence à l’écran, où les victimes s’amoncellent sans conséquence et les corps s’offrent sans difficulté. Ici tout résiste et tout est douloureux, et c’est bien cela qui est bouleversant. Ludovic Maubreuil |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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