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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
Dixième
film d'Abbas Kiarostami, Le goût de la cerise a reçu
la Palme d'Or au Festival de Cannes en 1997, suprême récompense
et reconnaissance tardive d'un grand cinéaste, dont l'art a largement
contribué à initier le public occidental à la culture
iranienne. Ce film appartient au genre du "car movie", procédé souvent utilisé par Kiarostami pour figurer la dialectique de l'immobilité en mouvement : le personnage central se trouve au volant de sa voiture, qui sert d'écran sur lequel on voit défiler visages et paysages. Monsieur Badii, homme à la physionomie taciturne, chemine en quête de quelque chose, ou plus probablement de quelqu'un. Pendant de longues minutes, l'errance du spectateur se confond avec celle du personnage, dans une alternance de champs et contrechamps (gros plans/plans larges). Un travelling en plan-séquence balaie la ville, ce que l'on devine être les quartiers pauvres de Téhéran. On traverse une sorte de pays fantôme, un décor de chantier gisant dans la fumée et les décombres, croisant des ouvriers, captant ici et là quelques bribes de conversations. Puis le regard se dédouble, tandis que le monde urbain s'éloigne en arrière-plan: l'intrigue se noue cette fois à l'intérieur même du véhicule, au fil des rencontres de Monsieur Badii. Plusieurs passagers montent à son bord et des prémices de dialogues s'instaurent, avec un jeune militaire kurde, un séminariste afghan, auprès desquels il tente d'établir un lien de confiance. L'attente du personnage nous est alors révélée : il cherche de l'aide pour l'assister dans son suicide. La nuit prochaine, il se rendra dans la montagne, où il a déjà creusé un trou, avalera tous ses somnifères et s'endormira, peut-être pour toujours. La mission, pour l'homme qui l'acceptera, consistera à venir, à l'aube, le réveiller s'il est encore vivant, ou bien recouvrir son corps de vingt pelletées de terre... Abbas Kiarostami ose, à travers ce film très transgressif, briser le tabou du suicide dans la société iranienne. Un acte interdit par la religion islamique. Comme toujours, il use de la métaphore pour faire passer son message, en jouant sur les ambivalences : le goût de la cerise est-il celui de la mort espérée ou de la vie qui s'accroche aux branches pour renaître sous un jour nouveau ? Chaque personnage a une réaction singulière : le soldat choisit la fuite, le séminariste administre un sermon moral. Mais c'est finalement le troisième individu qui aura le mot de la fin. Il s'agit d'un vieux taxidermiste turc plein de sagesse (Kiariostami nous rappelle au passage que l'Iran est une mosaïque de minorités). L'homme accepte la proposition de Monsieur Badii, tout en lui énonçant une sublime leçon de vie qui, dès lors, fait basculer le film dans une autre dimension. On entre dans une nouvelle phase pleinement contemplative, le décor terreux cède la place à une belle lumière de soir tombant. Le personnage quitte l'enfermement de sa voiture pour devenir attentif à ce qui l'entoure, voir une dernière fois ce qu'il va sans doute quitter définitivement. L'espace clos glisse vers un espace à ciel ouvert, des couleurs mouvantes, une immobilité qui n'est plus figée. On ressent la délivrance proche. À aucun moment, le cinéaste n'explicite les motivations de cet homme, qui semble simplement ne plus pouvoir supporter l'existence. Et suggérer l'impossibilité de vivre en ce monde. Le film fait abstraction de toute psychologie, tout passe par le geste, la parole, et surtout l'image. Dans le cinéma de Kiarostami, la route qui serpente au milieu d'un désert de pierraille figure souvent le cours sinueux de la destinée humaine. Dans le même ordre d'idée, le plus beau plan du film représente la silhouette de l'homme qui se reflète, par la clarté du jour, dans un nuage de poussière, ombre miroitante, évanescente, qui s'efface peu à peu, tandis qu'une pelleteuse retourne des gravats (à la fois symbole de destruction et de construction, d'ensevelissement et de déterrement). Mais c'est finalement la dernière séquence du Goût de la cerise qui éveille le plus de curiosité et d'interrogations. Le personnage s'allonge dans sa "tombe", son regard - qui se confond avec l'objectif - se tourne vers le ciel, un éclat de lune éclaire une nuit orageuse. Là, écran noir... Pendant une bonne minute, on écoute le silence et on observe l'obscurité. Et soudain, on se retrouve... dans un autre film ! Un document vidéo de mauvaise qualité montre un bataillon de l'armée à l'entraînement, la musique, jusqu'à présent absente, fait irruption ; et l'on voit Abbas Kiarostami et son équipe (dont l'acteur qui interprétait Monsieur Badii) en train de tourner une prise de vue. Comme un film dans le film, qui viendrait remettre en cause tout ce qui l'a précédé. Pourquoi cette pirouette finale ? Kiarostami a-t-il voulu contourner la censure en laissant planer le doute, en brouillant les pistes, en utilisant le subterfuge de la falsification fictionnelle ? Toujours est-il que son oeuvre - et c'est là sa richesse - se prête à plusieurs lectures possibles, étant à la fois un plaidoyer pour la vie et une prise de position en faveur de la liberté individuelle, y compris celle de se supprimer. C'est une mise en abyme du cinéma, autant qu'une chronique sociale, une vision politique, et même une histoire aux résonances mythologiques. Des thématiques qu'Abbas Kiarostami a également développées dans ses autres longs-métrages (Au travers des oliviers, Le vent nous emportera, Ten... à découvrir aux éditions MK2 dans la même collection). Le goût de la cerise doit être appréhendé comme un passage, plus qu'un aboutissement, une déclinaison du travail d'un cinéaste passionné par la photo, d'où l'aspect visuellement très pictural de ses compositions scéniques. Sa tendance à l'épure et à l'abstraction se confirmera plus systématiquement par la suite. Laurence Berger |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| FILMOGRAPHIE DE ABBAS KIAROSTAMI | ||||
| Naissance
à Téhéran (Iran) le 22 juin 1940. À 18 ans, il quitte le foyer familial. Il part étudier à la faculté des Beaux arts à Téhéran. Dans les années 60, il réalise des génériques de films de fiction, et plus de 150 spots publicitaires. En 1969, il fonde le département cinéma de l’Institut pour le développement des enfants et adolescents (KANUN), le studio le plus prestigieux d’Iran . F I L M O G R A P H I E 1970. Le Pain et la Rue (cm) 1974. Le Passager 1987. Où est la maison de mon ami ? (Leopard de bronze à Locarno) 1990. Close up 1992. La Vie et rien d’autre 1994. Au travers des oliviers 1996. Le Goût de la cerise (Palme d'or à Cannes) 1999. Le vent nous emportera (Grand Prix du Jury à Venise) 2001. ABC Africa 2002. Ten 2004. 10 on Ten 2004. Five |
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| L I R E A U S S I - F I L M S D E A B B A S K I A R O S T A M I | ||||
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