)))  HARAKIRI
        
    de Masaki KOBAYASHI

 

  • Film de sabre - 1963 - Japon - durée: 135' (+ 35' de bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 décembre 2006
    Éditions Carlotta
  • Prix de vente conseillé : 25€

SYNOPSIS

Au XVIIe siècle, le Japon n'est plus en guerre et le pays est dirigé avec fermeté. Hanshiro Tsugumo, un rônin (samouraï errant) sans travail parmi tant d'autres, décide de frapper à la porte du clan Iyi. Saito, intendant du clan le reçoit, et Tsugumo lui énonce ses motivations nobles et suicidaires. Tentant de l'en dissuader, Saito commence alors à lui raconter l'histoire de Chijiwa, un ancien rônin qui souhaitait accomplir, lui aussi, le même rituel...

POINT DE VUE
Dans La Condition humaine, la représentation de l’armée impériale renvoyait aux structures autoritaires, voire fascistes, de la société japonaise. Avec Harakiri, Masaki Kobayashi remonte aux origines de cette aliénation : le système féodal des samouraïs.

Comme son titre l’indique, le film prend comme sujet une des pratiques les plus célèbres des samouraïs : le harakiri, suicide rituel encore appelé seppuku. Du kimono blanc que revêt le samouraï, au carré où il s’accroupit et à la préparation des lames, jamais sans doute la cérémonie n’avait été exposée avec un tel soin. Mais Kobayashi n’accorde pas au rituel le moindre crédit héroïque. Au contraire, tout le sadisme du seppuku apparaît à travers le jeune samouraï terrifié demandant un sursis et le clan observant sa mise à mort avec une sourde jouissance (une cruauté finalement proche du Salo de Pasolini). L’acte lui-même n’est dépeint avec aucune dignité, exécuté sous la contrainte (s’il s’y dérobe le jeune homme sera de toute façon exécuté) et pratiqué avec un sabre en bois. Le jeune homme ayant vendu ses sabres (suprême indignité pour un samouraï), c’est avec des lames de substitution, en bois qu’il est contraint de se suicider. Le geste du samouraï, habituellement tranchant et rapide devient une automutilation laborieuse. Ces lames en bois prennent une valeur allégorique pour dire la vérité sordide d’un tel acte.


Si le rituel est vidé de toute idéalisation, on reste en revanche fasciné par cette description d’êtres soumis à une aliénation absolue jusqu’à faire d’eux-mêmes leurs propres ennemis. L’art de Kobayashi excelle dans la description de cette violence immobile. Son style, d’une rigueur géométrique, s’exprime à la perfection dans l’architecture de la cour carrée, autour de laquelle sont disposés, comme des figurines, les membres du clan des samouraïs. Figés dans le rituel, ils deviennent des figures aussi vides que l’armure de samouraï, véritable entité maléfique et barbare qui leur tient lieu d’idole. Au centre de la cour, le samouraï est accroupi sur un autre carré, un natte blanche. Cette surface immaculée n’attend que d’être noircie par le sang du suicidé. Comme le souligne justement Christophe Gan, cet enchâssement d’espaces géométriques évoque le cinéma de Stanley Kubrick et surtout Barry Lyndon. Comme Kubrick, Kobayashi parvient à articuler la perfection visuelle à la critique d’un monde en train de s’abolir lui-même.


A cet emboîtement d’espaces correspond une structure narrative qui articule trois récits. En 1964, Kobayashi adaptera les nouvelles fantastiques de Lafcadio Hearn dans le somptueux Kwaidan. Déjà, dans Harakiri, il met en place un dispositif rappelant Les Contes des mille et une nuits. Le récit «englobant» (comparable à celui de Shéhérazade attendant sa mise à mort) est celui de Hanshiro Tsugumo un samouraï demandant à un clan l’honneur de pratiquer le seppuku dans sa cour ; dans le second récit, l’intendant du clan relate le suicide d’un jeune samouraï ayant exprimé la même requête (il s’agit du seppuku forcé avec la lame en bois) ; au cours du troisième récit, celui de Tsugumo, sont révélés ses liens avec le jeune samouraï. Ce qui apparaissait comme un suicide se révèle au final une vengeance. La mise en scène rigoureuse de Kobayashi devient une impitoyable mécanique, un mouvement d’horlogerie réglé sur l’explosion de la violence. Si le samouraï a bien choisi sa mort, c’est dans l’anéantissement d’une société inique.


Stéphane du Mesnildot
DU MËME AUTEUR

 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    GRAND PRIX DU JURY FESTIVAL DE CANNES 1963
    Réalisateur
    : Masaki Kobayashi
    Scénario : Shinobu Hashimoto
    Avec: Akira Ishihama
    Tatsuya Nakadai
    Shima Iwashita
    Directeur de la photographie : Yoshio Miyajima
    Montage : Hisachi Sagara
    Musique : Toru Takemitsu
    Producteur : Tatsuo Hosoya


  •  LE DVD
    DVD9. Couleurs
    NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
    Version originale
    Format image : 2:35 respecté
    Format vidéo
    : 16/9 compatible 4/3
    Langue : Français.
    Sous-titres
    : Français

  • BONUS (35')

    * De l'art de bien mourir (7mn)
    Ce docte documentaire fournit un bagage historique essentiel : présentation des lames des samouraïs, du code du Bushido et du contexte historique. Il peut-être recommandé de le visionner avant le film.















    * Entretien avec Christophe Gans (30 mn)
    Cofondateur et membre de la revue Starfix, scénariste, cinéaste et directeur de la collection HK Vidéo.

    C’est le Gans grand cinéphile et érudit qui s’exprime ici. La passion de Christophe Gans est communicative lorsqu’il évoque le style de Kobayashi, les différentes époques du Japon féodal et leur inscription dans le genre du chambara. On apprend ainsi que la plupart des films de sabres se déroule pendant l’ère Edo, alors que les samouraïs étaient sur leur déclin (il leur était interdit de porter le sabre dans la rue). Harakiri, quant à lui, prend pour cadre l’ére Kamakura, période de paix où l’aliénation militaire était pourtant à son comble. Très intéressante aussi est la réception du film par Christophe Gans, jeune cinéphile au début des années 70, recherchant dans le cinéma japonais la cruauté et la transgression. Christophe Gans rend également hommage à l’acteur Tetsuya Nakadai, l’interprète de Hanshiro Tsugumo. Il a cette remarque humoristique : « Tetsuya Nakadai a toujours l’air de jouer avec 42° de fièvre ». SDM


    * Bande-annonce d'époque
 



                                      
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