)))  LE TEMPS DES GITANS
        
   de Émir KUSTURICA                  

 

  • Conte flamboyant - 1988 - Yougoslavie - durée: 2h15 (+ 1h40 de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 Juin 2007
    Carlotta Films
  • ÉDITION COLLECTOR 2 DVD
  • Exclusivité Mondiale : Pour la 1ère fois en DVD !
  • Prix de vente conseillé : 25€

Perhan, fils batard d’un soldat slovène et d’une tzigane, vit avec sa grand-mère maternelle et bien d’autres compagnons farfelus dans la banlieue de Skopje. Il aimerait épouser Azra, mais la mère de son amour d’enfance refuse. Il rêve de fortune et avec la rencontre du riche Ahmed Dzida ; Perhan va pouvoir dealer avec lui et envoyer sa sœur Danira, à l’hopital. Il ne peut pas rester auprès de sa sœur et décide de suivre Ahmed avec les enfants que ce dernier a acheté. Bientôt l’enfant perdra son innocence…

 
POINT DE VUE
"Le Temps des gitans est une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot, et qui ne signifie rien" pourrait-on dire en pastichant la célèbre phrase de Shakespeare. Et c'est un autre idiot, un gitan évadé de l'asile qui ouvre ce film par ces mots lucides et poétiques: "Mon âme est libre comme un oiseau. Mon âme plane ou redescend. Mon âme pleure, ou rit et chante". Emir Kusturica a 34 ans quand il réalise son 3ème long métrage et déjà il chausse les bottes du grand dramaturge anglais pour raconter son histoire. Le temps des gitans est effectivement une tragédie toute shakespearienne, celle de l'ascension d'un jeune gitan né dans la boue, de sa réussite mafieuse et de sa fin tragique.

Dans Le temps des gitans, tout n'est qu'élévation et irrémédiable chute. Ca commence par une simple cuillère que le jeune Perhan, doué de télépathie, soulève de la table et fait danser le long du mur. Ca se poursuit par le rêve du jeune homme au cours duquel il survole la cérémonie de la nuit de la Saint-Georges. Puis, c'est la maison qui est littéralement arrachée du sol et levée dans les airs par le camion que conduit l'oncle Mezran devenu fou par désespoir; plus tard, c'est Azra, enceinte de Perhan, sur le point d'accoucher, qui, le ventre rond, entre en lévitation avant de périr de son accouchement; et lorsque Perhan perdra à son tour la vie, ce sera dans un saut dans le vide, avec cet espoir inconscient de voir des ailes lui pousser dans le dos. L'univers de ces gitans est d'une telle violence et d'une telle âpreté, que leur mode de vie pétri de musique, de magie et d'incantations spirituelles est la seule échappatoire à l'angoisse. Une recherche de légèreté, une évasion du sol permanente et vitale. Le temps des gitans est une sorte de conte initiatique du passage à l'âge adulte. Comment grandir sans renier ses valeurs, sans vendre son âme au diable ? Perhan faillira à la saine morale que lui avait enseigné sa grand-mère: ne jamais succomber à la tentation de l'argent facile, argent sale. Cause de tous les malheurs, rendant fou l'oncle Mezran endetté aux jeux jusqu'à la chaussette, l'argent salement gagné mènera aussi Perhan à sa perte.

Dans un premier élan, Kusturica avait envisagé le documentaire. L'embryon de ce film faisait la colonne d'un fait divers concernant le trafic d'enfants en Yougoslavie: un jeune gitan faisait passer la frontière à de jeunes enfants, pour les exploiter à l’Occident. Très vite, Kusturica se tourne vers une mise en fiction totalement onirique de ce récit mais en conservant la dimension réaliste et documenté du peuple gitan. Parmi les comédiens, il n'y en a qu'un qui soit professionnel: Bora Todorovic qui joue Ahmed, le parrain des trafiquants; le merveilleux Davor Dujmovic qui interprète Perhan a été découvert dans la rue par Kusturica; quant au reste du casting, il est essentiellement constitué de véritables gitans (l'oncle, la grand-mère, le voisin).
Kusturica a toujours été très proche du peuple gitan et il a su les intégrer à sa réalisation afin qu'ils apportent cette touche primordiale de réalisme qui donne toute sa force au film. Il a souvent été dit que Le temps des gitans s'inscrirait dans la mouvance d'un "réalisme magique" ou d'un cinéma "néo-baroque", tout fellinien ou chagallien, Kusturica fait prendre à son oeuvre un virage à 90°, se permettant des séquences délirantes, d'un beau lyrisme que certains trouveront pompier et filmant avec une impressionnante énergie et une virtuosité de caméra spectaculaire.

Mais comment pouvait-il filmer autrement la démesure et la folie mystique du peuple gitan ? La caméra de Kusturica est comme l'âme du film, "libre comme un oiseau" disait l'idiot, sans limites, elle épouse l'esprit libertaire de la communauté tzigane. Rien d'étonnant à ce que le cinéaste serbe ait récemment décidé d'adapter son oeuvre en opéra-punk pour l'Opéra Bastille de Paris(1). Au-delà de la structure shakespearienne que nous avons précédemment relevé, Le temps des gitans est proche du théâtre dans son extravagance et son humanité disproportionnée. Leurs sentiments sont vécus avec violence, avec emphase et pourraient aisément être vus du fond d'une salle de théâtre. Et la musique – évidemment – la clef de voûte de tout le film. Matière première, vitale au même titre que les éléments, omniprésents dans le récit - l'air, l'eau, le feu, la terre – la musique est le 5ème élément du Temps des Gitans, indissociable du peuple tzigane. Le compositeur Goran Bregovic a définitivement marqué le film de son empreinte comme Ennio Morricone avait pu le faire avec les films de Sergio Leone. La musique indivisible de l'image. On sait que Bregovic s'est très copieusement inspiré du répertoire des thèmes traditionnels de la musique tzigane du sud de la Yougoslavie et de la musique orthodoxe mais il a su apporter à ces airs folkloriques une aura romantique et sombre.

J'ai récemment croisé une réflexion de Marguerite Duras à propos du cinéma, elle avait écrit ceci: "Le cinéma arrête le texte, frappe de mort sa descendance : l'imaginaire. C'est là sa vertu même : de fermer. D'arrêter l'imaginaire". Par ces mots, cette écrivaine (qui s'est également aventurée dans le cinéma en nous livrant des films d'une grande austérité), donne aussi les limites d'un cinéma comme celui de Kusturica. Le temps des gitans ne pêche-t-il pas finalement par trop de figuration de l'imaginaire ? Il paraît tout à fait exact que le cinéma et l'imaginaire sont antinomiques et cet autre théoricien qu'était Deleuze nous avait prévenu: " Méfiez-vous des rêves des autres, si vous êtes pris dans le rêve d’un autre, vous êtes foutu ! ". Toute la difficulté de la mise en image des rêves – besoin irrépressible et fantasme absolu de nombreux cinéastes - est de ne pas kidnapper l'imaginaire du spectateur en lui imposant ses propres fantasmes. Peut-être nous situons-nous ici face à la ligne qui distingue le cinéma d'un Kusturica et celui d'un Fellini ? Par une construction plus complexe, des ruptures dans l'espace et le temps, Fellini permet au spectateur de s'approprier le film et de le reconstruire selon son propre imaginaire. Kusturica reste à la hauteur du conte sans jamais prendre le risque de nous y perdre.


Laurent Devanne

(1) Le Temps des gitans en création mondiale à l'Opéra Bastille du 29 juin au 15 juillet 2007. Texte de Nenad Jankovic d’après le scénario original de Gordan Mihic et Emir Kusturica. En langue tzigane



 




 






 

FICHE TECHNIQUE


  •  LE FILM
    Sortie en salles en 1988 - Ressortie le 13 Juin 2007
    Prix de la Mise en Scène à Cannes en 1989

    Réalisation
    : Emir Kusturica
    Scénario : Emir Kusturica & Gordan Mihic
    Images : Vilko Filac
    Montage : Andrija Zafranovic
    Musique : Goran Bregovic
    Producteurs : Mirza Pasic & Harry Saltzman
    Distributeur : Carlotta Films
    Editeur DVD : Carlotta Films

    Avec:
    Davor Dujmovic ... Perhan
    Bora Todorovic ... Ahmed
    Ljubica Adzovic ... Khaditza (la grand-mère)
    Husnija Hasimovic ... Merdzan (l'oncle)
    Sinolicka Trpkova ... Azra (la fiancée)
    Zabit Memedov ... Zabit (le voisin)
    Elvira Sali ... Danira (la soeur)
    Suada Karisik ... Dzamila
    Predrag Lakovic
    Mirsad Zulic
    Ajnur Redzepi ... le fils de Perhan



  •  LE DVD


    Nouveau Master Restauré
    DVD 9- PAL - Zone 2 - couleurs

    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Format : 1:85
    Son: Dolby Surround et Mono 1.0 d'origine en Français & Romani
    Sous-titres: Français

  • BONUS (99' - DVD2)

    Entre archives d'époque, interviews de spécialistes et documents analytiques, les bonus de ce dvd proposent une approche globale et intéressante du film culte de Kusturica. Avec en vedette, la fin alternative du Temps des Gitans. LD



    * Autour du Temps des Gitans (15 mn)
    Notre avis: Petit documentaire historique classique, qui revient sur la carrière fulgurante de ce jeune cinéaste primé à 30 ans au Festival de Venise pour son 1er long métrage. On y découvre la genèse du film et notamment le sens peu connu du titre du film en yougoslave (Dom Za Vesanje) qui signifie "Une maison pour se pendre" ! LD




    * Le rêve gitan (21 mn)
    - Un entretien exclusif avec Emir Kusturica.
    Notre avis: L'ours serbe accepte de parler de son film. Il évoque sa relation aux gitans, la fusion entre les acteurs professionnels et non-professionnels, la mixture des genres et cette envie de mélanger Bruce Lee et Ingmar Bergman. On y apprend plein de petites choses. LD



    * La musique comme art de vivre (20 mn)
    Dimitri Galitzine, ethnologue, évoque l’importance de la musique au sein du film et des cultures tziganes.



    * L’errance et le rêve (14 mn)
    Sur un texte de Jean-Max Méjean, auteur de l’ouvrage Emir Kusturica, une étude sur les symboles et les thématiques du film.



    * Témoignage d’amitié (15 mn)
    Serge Regourd, ami d’Emir Kusturica, évoque la personnalité du cinéaste et sa singularité.



    * Kusturica tourne Le Temps des Gitans (6 mn)
    Sur le tournage du Temps des Gitans, un entretien d’époque avec le réalisateur.
    Notre avis: Voilà un document inédit de l'Ina en reportage sur le tournage du film. Très court donc très frustrant, on effleure à peine l'ambiance du film. LD



    * Kustuland (5 mn)
    Une visite exclusive de Küstendorf, le village qu’Emir Kusturica construit depuis 2003 dans les montagnes serbes.
    Notre avis: À voir comme un film de famille en super-8, support pellicule qu'affectionne Kusturica, dans lequel on découvre ce fameux "village en bois" construit par Kusturica et dans lequel il a tourné La vie est un miracle. Voici aussi ce qu'il en dit: ""J'ai perdu ma ville durant la guerre. C'est pourquoi j'ai souhaité bâtir mon village. Il porte un nom allemand : Küstendorf. J'y organiserai des séminaires pour les gens qui veulent apprendre à faire du cinéma, des concerts, de la céramique, de la peinture. C'est la ville où je vais vivre et où certaines personnes pourront venir de temps en temps. Il y aura bien sûr d'autres habitants qui travailleront sur place. Je rêve que cet endroit soit ouvert à la diversité culturelle et s'érige contre la mondialisation." (juillet 2004)". LD




    * Fin alternative (3 mn)

    Notre avis: Le bonus-clef de ce dvd, qui ouvre de nouvelles portes sur la lecture du film. Dans la version que l'on connaît, Kusturica nous laisse avec cet arrêt sur image sur l'oncle Merdzan au croisement d'un chemin. Une non-fin, un sentiment d'inachèvement que vient enfin compléter cette fin alternative. Pourquoi donc a-t-il amputé son film d'une si belle fin qui nous ramène au discours du gitan du début du film à propos de l'abandon par Dieu du peuple gitan. On y voit l'oncle Merdzan remonter un chemin qui mène à une chapelle pour y régler ses comptes avec Dieu. LD

FILMO EMIR KUSTURICA

Né le 24 Novembre 1954 à Sarajevo, en République fédérale socialiste de Yougoslavie (actuelle Bosnie-Herzégovine).

FILMO
1981 : Te souviens-tu de Dolly Bell ?
1985 : Papa est en voyage d'affaires
1988 : Le Temps des Gitans
1993 : Arizona Dream
1995 : Underground
1998 : Chat noir, chat blanc
2001 : Super 8 stories
2004 : La vie est un miracle
2007 : Promets-moi
2008 : Maradona

Site de la Kustupedia, l’encyclopédie en ligne de l’univers d’Emir Kusturica



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