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SYNOPSIS | ||||
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| POINT DE VUE |
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Tickets
est une heureuse surprise. Tout d’abord parce que ce film à
sketches prend en effet soin de ne pas se contenter de donner un cadre
géographique aux cinéastes convoqués, mais propose,
puisqu’il s’agit d’un voyage en train, un lieu qui
soit aussi l’expression d’une durée, celle qui permet
de relier entre eux des instants et des espaces. Des blocs de temps
cousus ensemble ou plutôt découpés selon un rythme
qui les fait gagner en ampleur, des plans creusés par le temps
qui les modifient en les habitant : le train en mouvement est justement
la métaphore même de ce que peut être un film, une
distance dirigée vers un but, dans une forme qui conquiert l’instant,
tandis que ses segments articulés entre eux en fonction de leurs
antagonismes ou de leur complémentarité, la tension née
de l’appariement de plans ayant chacun leur identité propre,
révèle également sa nature politique. Or, le cinéma
n’est fidèle à celle-ci qu’en traitant de
conflits entre groupes ou individus différents, d’une manière
qui ne sacrifie pas les intérêts des uns aux succès
des autres, lorsque par le langage de sa mise en scène, il articule
entre elles les forces en présence, loin des films à thèses,
progressistes ou passéistes, qui demeurent quoi qu’on en
dise, les plus impolitiques qui soient. Heureuse surprise, donc, également par le choix de ces cinéastes, Olmi, Kiarostami, Loach, qui du fait de l’importance donnée dans leur œuvre à l’espace qui régit et au temps qui fonde, du fait de leur nécessité de travailler l’essence du politique au creux d’histoires en apparence les plus anodines, les plus rituelles, les plus machinales, s’avèrent des partenaires de choix pour relever le défi d’une telle entreprise. Ermanno Olmi propose ainsi, en apparence, sous l’œil d’un vieux professeur songeur, une description attentive et fouillée des voyageurs disparates d’un wagon, qui disent peu à peu la sourde angoisse d’individus ne sachant communiquer, qui révèlent progressivement un climat de suspicion généralisée, mais c’est par les rimes et les correspondances de simples gestes, entre passé et présent, entre un instant qui déjà s’enfuit et un souvenir encore vif, que se noue la mélancolie du métrage, remarquable de pudeur et d’acuité, à la façon d’un poème de Lépopardi. Par son découpage coulé qui d’un coup cahote avant d’à nouveau défiler sans heurt, Olmi parvient à traduire poétiquement l’impression de flottement et d’indécision qui saisit aussi bien le voyageur bercé par le roulis du train, que l’homme vieillissant assailli par sa mémoire, et dont les velléités peu à peu s’évanouissent comme les détails qui s’oublient. Le propos de Kiarostami est quant à lui centré, non plus sur le temps qui change la donne, qui paralyse ou accélère les décisions, mais sur l’emplacement, celui que l’on choisit de faire sien comme celui que les autres nous octroient. A travers l’histoire du factotum d’une riche héritière, de leur erreur (volontaire) de sièges, du récit de la place principale du village où les rencontres autrefois se nouaient, le cinéaste iranien qui fait parcourir à ses personnages le train en tout sens, jouant sur le symbolisme des places promises et des places perdues, dévoile méthodiquement qu’au-delà de la lutte des classes ou des castes, au-delà des conflits de génération, la seule alternative qui vaille demeure celle de se couler dans le moule ou de s’en extirper coûte que coûte, au risque de la disparition. C’est Ken Loach qui clôt le film brillamment, en faisant tenir sur la durée du voyage, avant que le train n’entre en gare et que la police peut-être n’intervienne, une réflexion sur le don et l’échange, la dépense et la consommation, à travers une histoire reliant trois supporters écossais faisant le trajet de Glasgow à Rome pour un match et une famille albanaise dont le destin se jouera dans cette destination. Son discours sur l’origine et l’identité, sur ce qui dans l’âme des peuples résiste aux slogans marchands, est servi comme toujours par une prodigieuse distribution des regards et des points de vue, qui permettent à chacun de faire entendre sa voix, à chacun de défendre la valeur de son espace et du temps passé à le conquérir, si bien qu’il n’y a plus là de bons samaritains ou de hooligans, d’immigrés attendrissants ou pervers, mais une relation conflictuelle d’identités que l’époque voudrait simplifier à outrance, une vision politique qu’il serait tellement plus simple de passer par pertes et profits, au nom du foot fédérateur et de l’indifférenciation généralisée. Ludovic Maubreuil |
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| FICHE TECHNIQUE | |||||
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| Extrait du Journal de Tournage de Filippo Trojano | |||||
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