)))  COFFRET ERNST LUBITSCH
      ANNÉES 20 /6 DVD

        
        
Je Ne Voudrais Pas être Un Homme
La Princesse Aux Huitres
Sumurun
Anne Boleyn
La Chatte Des Montagnes

 

  • 1918 à 1921 - Allemagne
  • Sortie à la Vente en DVD le 24 octobre 2007
  • Prix de vente indicatif: 50€
  • Éditions MK2

POINT DE VUE

Il est parfois difficile de se débarrasser de préjugés tenaces. Ainsi, votre serviteur confessera volontiers qu’il a du mal, lorsqu’il s’agit de le comparer à la culture européenne ou au raffinement asiatique, à ôter de sa tête l’image d’un cinéma américain pataud et bassement mercantile. L’idée n’est d’ailleurs pas neuve et lorsque William Fox fit venir Murnau aux États-Unis pour tourner l’Aurore, c’était dans le but avoué de donner un supplément d’âme européen à une cinématographie américaine en mal de reconnaissance « artistique ».

Or ce qui frappe aujourd’hui lorsqu’on redécouvre les premiers films «européens» des grands cinéastes immigrés qui devirent les «classiques» hollywoodiens, c’est à quel point leurs styles se sont affinés et ont pris toute leur ampleur aux Etats-Unis. Prenez par exemple Douglas Sirk : qu’ont en commun un mélodrame lourdaud à l’idéologie douteuse comme La Habanera (tourné en Allemagne en 1937) et les chefs-d’œuvre d’émotion et de sensibilité qu’il tournera par la suite en Amérique (Mirage de la vie, le temps d’aimer, le temps de mourir…) ?

Quant à Lubitsch, toute son œuvre hollywoodienne est placée sous le sceau de l’élégance, du raffinement et de la légèreté. La simple énumération de titres aussi merveilleux que Sérénade à trois, Ninotchka, To be or not to be, The shop around the corner, Le ciel peut attendre ou le sublime Haute pègre suffit à prouver que c’est en Amérique que la «Lubitsch's touch» s’est épanouie pour atteindre une perfection indépassable. On le constatera aisément en découvrant ces cinq films muets que le cinéaste tourna en Allemagne entre 1919 et 1921 où l’exégète aura peine à retrouver ce style elliptique si caractéristique qui faisait dire à Truffaut que « dans le gruyère Lubitsch, même les trous sont géniaux. ».

Mais reprenons les choses au début. Fils d’un tailleur juif de Berlin, Lubitsch naît en 1892 et, comme de nombreux metteurs en scène allemands de l’époque, débute au théâtre avec la troupe de Max Reinhardt. En 1912, il débute comme acteur au cinéma en créant Meyer, personnage comique qui lui ouvrira les portes du succès et lui permettra de passer à la réalisation de courts puis de longs métrages.
Le coffret DVD réédité aujourd’hui par MK2 permet de se faire une petite idée de cette production allemande tout en mettant en lumière les difficultés à trouver un fil conducteur (la fameuse tentation de la « politique des auteurs ») dans ce corpus hétéroclite où chaque film relève d’une économie particulière et d’un genre différent. Difficile en effet de trouver des points communs entre une comédie concise comme Je ne voudrais pas être un homme (45 minutes) et une superproduction historique de deux heures comme Anna Boleyn. Difficile également de faire le lien entre le conte oriental Sumurun et les « comédies grotesques » que sont La chatte des montagnes et La princesse aux huîtres.

Plutôt que de tenter une vaste synthèse de l’ensemble de ces films en tentant de les rassembler arbitrairement derrière une unité stylistique (loin d’être évidente) ou thématique ; je me contenterai de parcourir très succinctement chacun de ces cinq films en prenant pour fil d’Ariane le seul élément qui me semble les rapprocher, à savoir cette manière qu’a Lubitsch de peindre des portraits (tragiques ou comiques) de femmes en butte avec un univers régit par des lois masculines.

Anna Boleyn
La femme sacrifiée
Vers la fin de son film, Lubitsch met en scène la confrontation de ses deux héroïnes.
Anna Boleyn, la dame de cour dont le roi Henry VIII s’est entiché avant de l’épouser, est sur le point de se faire répudier lorsqu’elle croise la reine Catherine, celle qu’elle a détrônée et que le roi a chassée parce qu’elle fut incapable de lui offrir un héritier. La souveraine déchue annonce à sa rivale le sort qui l’attend et dans ce face à face entre deux figures féminines qui n’en font qu’une, c’est l’image de la Femme sacrifiée aux règles édictées par un pouvoir masculin qui se dessine. Pour l’irascible et volage Henry VIII (incarné par Emil Jannings, le génial comédien qu’on retrouvera chez Murnau et Sternberg), les femmes se succèdent et n’ont comme uniques fonctions que de satisfaire ses désirs et de perpétuer sa lignée en donnant naissance à un garçon.

Anna Boleyn est une héroïne tragique dont l’idéalisme (son amour pour le chevalier Norris) sera sacrifié sur l’autel de lois patriarcales. Lubitsch montre parfaitement cette opposition entre les fastes des mises en scène du roi (affirmation de sa toute-puissance) et la place réservée à des femmes séduites puis répudiées, jugées et condamnées lorsqu’elles osent s’opposer aux désirs des hommes.

Pour être tout à fait franc, ce film intéressant mais un peu long inspire plus de respect pour ses qualités de mise en scène que pour l’émotion qu’il dégage. Lubitsch s’affirme ici comme un parfait technicien capable de tenir les rênes d’une production à gros budget (Anna Boleyn fut le film le plus cher jamais tourné en Allemagne à l’époque). Les scènes de foule sont fastueuses et certaines séquences (le couronnement d’Anna, un tournoi de chevaliers…) ne manquent ni de panache, ni de grandeur. En jouant sur la profondeur de champ et le rythme des déplacements à l’intérieur du plan ; le cinéaste parvient à rompre avec la frontalité théâtrale du cadre.

Même si le genre historique n’est pas celui qui lui sied le mieux, il parvient à affirmer la place du metteur en scène comme grand ordonnateur de son propre univers (si ses personnages féminins lui inspirent une véritable compassion, il y a un côté Henry VIII chez Lubitsch). Cette manière de coordonner les mouvements des individus en groupe, de jouer sur le nombre, on va la retrouver dans un certain nombre de ses autres films allemands, même si les desseins ne seront alors plus les mêmes…

La chatte des montagnes
La femme « catégorisée »

Don Juan redouté par ses supérieurs pour le désordre qu’il occasionne, le lieutenant Alexis est envoyé à la forteresse de Tossenstein. Le commandant de la citadelle est ravi de pouvoir donner la main de sa fille à cet homme mais voilà qu’en chemin, ce fiancé providentiel est attaqué par des brigands et s’éprend de la meneuse du groupe, la féline Rischka (Paula Negri).

Une fois de plus, la clé du film est donnée lorsque Lubitsch filme la confrontation des deux « rivales ». Les deux femmes ne se déchirent pas mais constatent qu’elles sont de simples pions dans un jeu dont les règles ont été édictées par les hommes. De fait, Rischka cède sa place à la fille du commandant et se rend odieuse envers Alexis pour qu’il s’éloigne d’elle.

Résolument farcesque, La chatte des montagnes s’avère, au final, l’un des films les plus pessimistes de Lubitsch ; celui où il montre l’impossibilité pour l’individu d’échapper à son milieu social (Rischka épousera au bout du compte un brigand). Une fois de plus, malgré leurs fortes personnalités, les femmes sont victimes d’un ordre social aux mains des hommes et sont exclues de ce jeu.

Tout le film est d’ailleurs placé sous le signe du jeu et de la régression infantile (voir la parade du brigand timide pour séduire Rischka ou les gamineries de cette dernière lorsqu’elle décide d’irriter son lieutenant en le décoiffant). La chatte des montagnes est une comédie « grotesque » au sens littéraire du terme puisqu’elle parvient à allier «la caricature et le bizarre» (dixit mon dictionnaire). La caricature, c’est cet humour «hénaurme» que cultive le cinéaste lorsqu’il met en scène le quotidien des troufions dans leur caserne ou cette foule de femmes en délire qui se presse autour d’Alexis quand celui-ci lève le camp (avec cette scène tordante ou des dizaines de petites filles viennent dire au revoir à « papa »). On retrouve ici cette capacité à générer le comique par le nombre comme dans La princesse aux huîtres.

Mélange d’observations satiriques (les bidasses et autres Don Juan de pacotille ne sont pas épargnés) et d’allusions graveleuses (« Occupé » lance Alexis planqué dans un placard que le commandant cherche à ouvrir en ne trouvant rien d’autre à lui rétorquer que « Vous n’avez pas honte ? Dans mon placard à habit ! ») ; La chatte des montagnes tranche avec le tout-venant de la farce par son côté « bizarre » que lui donnent ses décors. Visiblement inspiré par l’expressionnisme alors en vogue, Lubitsch donne à la vaste demeure du commandant des allures totalement extravagantes. Ce décor invraisemblable où vont parfois se nicher les personnages prouve le génie du cinéaste pour tout mettre au service de la comédie (aussi bien les personnages que les lieux et les objets).

Sans être le plus abouti du lot, La chatte des montagnes s’avère être un mélange détonnant de burlesque débridé et de pessimisme dans son propos.

Sumurun
Les deux visages de la femme

Deux femmes sont encore au cœur de cette fantaisie orientale, hommage de Lubitsch à Max Reinhardt qui avait autrefois mis en scène au théâtre ce spectacle de pantomime. L’une est danseuse dans une troupe de saltimbanques (toujours Paula Negri) tandis que Sumurun est la danseuse favorite du cheikh. La première est ambitieuse et délaisse le bossu qui l’aime tandis que la seconde est follement éprise d’un beau marchand d’étoffes : Nur al Din.

Des cinq films réunis en coffret, c’est sans aucun doute le moins réussi. Sumurun souffre, à mon sens, de son origine théâtrale et Lubitsch peine parfois à nous faire oublier la pantomime originelle du spectacle. Cela se sent surtout dans le jeu outré des acteurs qui parvient malgré tout à nous faire rire parfois (l’effroi qui saisit les gardes en trouvant le corps inanimé du bossu et la manière dont ils tentent de se débarrasser de ce «cadavre» encombrant).

Le seul vrai intérêt du film est de retrouver Lubitsch devant la caméra. C’est lui qui incarne le bossu de l’histoire, ce Quasimodo au pays des mille et une nuits. En jouant ce personnage, le cinéaste affirme sa place de deus ex machina puisque c’est par son intervention que les fils de l’intrigue peuvent se dénouer. Il permet à Sumurun d’échapper à son destin de femme asservie aux désirs du cheikh et à sa sensuelle danseuse d’échapper à la mort.

Sumurun incarne à l’instar d’Anna Boleyn une figure féminine prisonnière du joug masculin tandis que la danseuse permet à Lubitsch de peindre un nouveau visage de la femme, celui de la vamp cruelle qui délaisse ses prétendants et se refuse aux hommes qui viennent se perdre dans l’éclat de sa beauté comme des phalènes attirées par une lumière dans la nuit…

Je ne voudrais pas être un homme
La femme aux deux visages

Comme La princesse aux huîtres, tournée la même année, cette courte comédie explosive est interprétée par Ossi Oswalda, sorte de Mary Pickford allemande dont l’énergie gouailleuse fut l’un des plus sûrs atouts à la réussite des farces débridées de Lubitsch.
Ossi n’est pas une jeune femme comme les autres : elle fume, elle boit et elle joue aux cartes malgré les reproches de ses parents. « Je ne veux pas être bien élevée ! » hurle la chipie lorsqu’on lui annonce qu’un tuteur va prendre en charge son éducation. Entendez par là que la demoiselle refuse les règles du jeu social et désire s’émanciper. Et puisque ces règles pèsent d’avantage sur les épaules des femmes, elle décide un jour de se travestir en homme…

Près de 90 ans après sa réalisation, Je ne voudrais pas être un homme n’a rien perdu de sa vigueur ni de son caractère transgressif. Comme chez Marivaux, le travestissement sert à révéler les hypocrisies et mensonges du jeu social. Dans un premier temps, Lubitsch montre Ossi perdue dans un univers masculin brutal, règne de la vulgarité. La nouvelle parure de la jeune femme permet au cinéaste, comme on peut l’imaginer, de multiplier les gags scabreux (les tailleurs qui souhaitent tous prendre ses mesures, le moment où elle doit aller aux toilettes…). Mais elle permet aussi à l’héroïne malicieuse de séduire, en tant qu’homme, son tuteur. La scène de baiser entre les deux est vraiment étonnante et sa charge subversive n’a rien perdu en intensité. Sans aller jusqu’à parler d’homosexualité (même si cette dimension n’est pas totalement absente), on reste ébahi par la manière dont Lubitsch dépouille ici les hommes de leurs oripeaux « virils » et se moque de leurs ridicules.

La princesse aux huîtres
La femme déchaînée

La princesse aux huîtres est, si j’ose dire, la perle du lot ; une comédie délirante et agressive où l’on retrouve dans le rôle principal l’épatante Ossi Oswalda. Lubitsch met en scène deux univers opposés : d’un côté, celui du « prince de l’huître », le bien nommé Quakers, symbole d’une Amérique richissime et vulgaire (la vulgarité du capitaliste parvenu) ; de l’autre, la noblesse allemande désargentée. Ossi, la fille capricieuse de Quakers, veut absolument se marier avec un aristocrate et passe par une agence matrimoniale qui l’aiguille vers le prince Nucki. À la suite d’un malentendu, elle épouse Joseph, un ami dudit prince…

Comme dans tous ses films, Lubitsch montre un univers régit par des lois d’airain et un cérémonial contraignant. Quakers règne sur sa maison comme Henry VIII sur son royaume ou le Cheikh dans Sumurun. Cela donne au cinéaste l’occasion de régler des ballets comiques incroyablement inventifs, prouvant une fois de plus son génie pour coordonner les actions d’un groupe et en tirer de nombreux gags. Il faut voir Quakers et sa horde de domestiques assistant le moindre de ses gestes (l’un vient lui tenir son cigare tandis que l’autre le mouche…) ou l’ahurissant repas de mariage entre Ossi et Joseph.

Lubitsch règle au millimètre ses chorégraphies burlesques et utilise une fois de plus à merveille le décor extravagant de la maison de Quakers pour en faire jaillir le comique (ce moment désopilant où Joseph patiente en suivant des motifs au sol tandis qu’Ossi et ses servantes s’affairent à un bain anthologique).

Par rapport aux comédies américaines du maître, l’humour de La princesse aux huîtres paraîtra beaucoup plus agressif et moins subtil (« je sue comme un porc » proclame dignement Quakers lorsqu’il ne louche pas ostensiblement sur une mouche posée au bout de son nez) mais il est assez revigorant. Car à travers les frasques de son héroïne capricieuse à qui son père, infâme nouveau riche, promet « d’acheter un fiancé », Lubitsch se livre à une satire destructrice des mœurs de son époque (l’américanisation de l’Allemagne, symbolisée par « le raz-de-marée du fox-trot »).

Comme dans Je ne voudrais pas être un homme, le caractère dévergondé d’Ossi imprime une véritable déflagration au cœur de l’univers filmé qui se traduit par des explosions de colère où la jeune femme brise tout ce qui lui passe par les mains.

Nous avions commencé ce compte-rendu en évoquant des figures féminines brisées par les lois d’un monde aux mains des hommes. C’est encore vrai dans ces deux dernières comédies évoquées mais Lubitsch prouve que ces femmes peuvent aussi avoir du tempérament et mettre à mal les conventions sociales en tordant le cou aux préjugés sexuels (Ossi se travestissant pour séduire un homme) ou de classes puisque dans la princesse aux huîtres, notre fiancée irascible finit par trouver son prince sous les traits d’un alcoolique anonyme.
Tragique ou comique, la Femme n’a pas dit son dernier mot…

Vincent Roussel

 

 


 

 

 

 

 

   
LES FILMS

 

  • DVD 1
    LA CHATTE DES MONTAGNES
    (1921 - 1h22 - Titre original : Die Bergkatze - Comédie dramatique)

    Sujet:
    Un jeune lieutenant tombe fou amoureux de la belle Rischka, « la Chatte des montagnes ». Peu après, son commandant lui confie la direction d’une expédition punitive contre le chef des brigands, qui n’est autre que le père de Rischka. En récompense, il lui offre la main de sa fille, Lilli...

    Avec: Pola Negri, Paul Heidemann, Victor Janson

    Technique: Image : Format 1.33 respecté / Son : Stéréo muet / Sous-titres:français

     
  • DVD 2
    JE NE VOUDRAIS PAS ÊTRE UN HOMME
    (1918 - 45' - Comédie)

    Sujet:
    La jeune et rebelle Ossi accepte mal le point de vue autoritaire de son oncle sur ce que devrait être une femme. Elle décide alors de s’habiller en homme pour mieux saisir l’autre aspect de la guerre des sexes. Cela va lui procurer de nombreuses mésaventures...

    Avec: F. Sikla, M. Kupfer, G. Goetz

    Technique: Image : Format 1.33 respecté / Son : Stéréo muet / Sous-titres:français


  • DVD 3
    LA PRINCESSE AUX HUÎTRES
    (1919 - 1h05 - Titre original : Die Austernprinzessin - Comédie)

    Sujet:
    La fille d’un milliardaire ayant fait fortune en vendant des huîtres cherche désespérément à se marier avec un homme riche. Dans sa précipitation, elle épouse par inadvertance le messager d’un prince sans-le-sou..

    Avec: Ossi Oswalda, Victor Janson, Julius Falkenstein

    Technique: Image : Format 1.33 respecté / Son : Stéréo muet / Sous-titres:français


  • DVD 4
    SUMURUN
    (1920 - 1h44 - Conte oriental)

    Sujet:
    Dans le Bagdad des contes orientaux, diverses passions se déchaînent : l’amour d’un bossu pour la belle danseuse Sumurun, celui de Zuleika la favorite royale, pour le marchand Nur-al-Din, la jalousie d’un cheik despotique...

    Avec: Pola Negri, Ernst Lubitsch
    Technique: Image : Format 1.33 respecté / Son : Stéréo muet / Sous-titres:français


  • DVD 5
    ANNE BOLEYN
    (1920 - 1h58- film historique)

    Sujet:
    Portrait de la seconde femme de « Barbe-Bleue », Anna Boleyn, l’une des reines les plus connues de l’histoire d’Angleterre. Elle épousa Henri VIII, et ne lui donnant pas d’héritier mâle fût emprisonnée à la Tour de Londres puis décapitée...

    Avec: Henny Porten, Emil Jannings, Paul Hartmann, Ludwig Hartau, Aud Egede Nissen, Hedwig Pauly-Winterstein
    Technique: Image : Format 1.33 respecté / Son : Stéréo muet / Sous-titres:français
  • DVD 6
    Bonus :
    * "Ernst Lubitsch in Berlin":
    Documentaire de 110 minutes sur la période allemande :

     

    Notre avis: En guise de bonus pour ce coffret, un documentaire réalisé par Robert Fischer intitulé Ernst Lubitsch in Berlin. De facture extrêmement classique (un peu trop !), ce film retrace le parcours du grand cinéaste de sa naissance en 1892 à sa mort en 1947 en insistant avant tout sur sa carrière allemande. Volontiers didactique (ce qui n’est pas désagréable, ici, pour ceux qui ne connaissent de Lubitsch que sa carrière hollywoodienne), ce document alterne les images d’archives, les extraits de films du cinéaste et divers témoignages, plus ou moins intéressants (certains s’avérant totalement insignifiants tandis que d’autres émeuvent ou éclairent bien certains aspects de la personnalité ou de l’œuvre du cinéaste).
    Divisé en six parties et un épilogue, Lubitsch in Berlin remonte à l’enfance de l’auteur de Haute pègre en partant d’une présentation de son œuvre intégrale à l’occasion du centenaire de sa naissance en 1992. Le réalisateur convoque alors la fille (Nicola) et la petite-fille de Lubitsch pour évoquer la mémoire de leur glorieux parent tandis qu’une voix-off nous permet, à certains moments, d’entendre le témoignage particulièrement passionnant de la nièce de Lubitsch, beaucoup plus âgée que sa fille et par conséquent, plus prodigue en souvenirs.

     

    Le document revient sur les origines familiales du cinéaste (le milieu juif occidental de Berlin) et sur la personnalité de ses parents. D’un côté, une mère travailleuse tenant les rênes de l’entreprise familiale (la vente de tissus et d’étoffes) et de l’autre, un père volontiers séducteur et flâneur, modèle probable de Don Ameche dans le merveilleux Le ciel peut attendre. Doit-on voir dans ces origines la personnalité forte des femmes qui peuplent l’univers de Lubitsch ? C’est fort probable puisque tous les témoins s’accordent pour dire que l’auteur aimait mêler à ses histoires fictives des éléments autobiographiques.
    Le jeune Lubitsch est présenté comme un garçon turbulent et maladroit, très tôt attiré par la comédie.
    En 1911, il intègre le Deutsches theater de Max Reinhardt où il tient dans un premier temps de tout petits rôles (même des éléments de la nature ou de l’architecture !). Le début de la guerre en 1914 l’affecte doublement puisqu’il perd sa mère et son professeur Victor Arnold. Bienheureusement, son père et lui ont gardé leur nationalité russe et il n’est pas appelé au front. La guerre marque une période d’essor pour le cinéma allemand (les importations étrangères étant interdites) et c’est dans ce contexte particulier que Lubitsch va réaliser ses premiers films.





    L’intérêt du documentaire est alors de dévoiler la facette « acteur » de Lubitsch, sa manière de créer un personnage de petit juif et de jouer sur l’autodérision. Son personnage « type », c’est le petit apprenti maladroit, qui casse tout et n’arrive à rien. Pour parvenir à la réussite (auprès des femmes et dans son travail), il doit sans cesse recourir à la ruse. Pour certains des intervenants, il y a du Chaplin dans ce personnage un peu nigaud venu de la marge.
    La fin de la guerre marque la fin de la carrière d’acteur de Lubitsch et, pour reprendre le titre du quatrième chapitre du document, « la naissance d’un style » comme cinéaste. Je l’ai dit, il me paraît un peu arbitraire de faire remonter la naissance de la « Lubitsch's touch » à La princesse aux huîtres et la poupée (ce qui n’enlève rien à la qualité des œuvres citées !) mais le film de Fischer semble abonder dans ce sens. Soit !
    Avant d’évoquer rapidement le départ en Amérique, le documentariste se penche sur les « grands » films allemands du cinéaste (Madame Du Barry, Anna Boleyn…), vastes fresques historiques qui vont lui ouvrir les portes d’Hollywood.
    Se concentrant essentiellement sur l’aspect factuel et historique de la carrière de Lubitsch, le documentaire ne propose que rarement des analyses thématiques et stylistiques de ses films (on peut le regretter mais ce n’est pas son objet). On notera juste cette remarque pertinente de l’intervenant (j’avoue avoir déjà oublié de qui il s’agit !) lorsqu’il dit que la force du cinéaste est d’être parvenu, dans ses gros films historiques, à conserver un aspect vivant (c’est ce que nous évoquions en parlant du mouvement dans le cadre et du rôle de la profondeur de champ) pour ne pas sombrer dans l’académisme et le décoratif.




    On apprendra pour conclure que Lubitsch s’est vu retirer la nationalité allemande en 1935 (comme tous les artistes juifs à l’époque), qu’aucun de ses films ne reçut d’oscars mais que la profession lui remit un trophée d’honneur quelques temps avant sa mort et que la fameuse « Lubitsch touch » est un concept difficile à définir (même si j’aime bien la proposition de Nicola qui parle de « l’intelligence du public » à laquelle le cinéaste fait appel pour combler les trous de ses récits).
    Une succession de scènes extraites de ses films tend à prouver que Lubitsch était un fétichiste du pied. Mais nous avons assez devisé pour aujourd’hui et nous ne chercherons pas à développer cette dimension ni toutes celles que vous révèlera la découverte de l’œuvre éternelle de cet immense génie… VR


                      
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