)))  LE CINÉMA DE MAI 68 / 4DVD
        
  Volume 1 - UNE HISTOIRE            
 

  • 17 films de la période mai-juin 68
  • 1967/68 - France - durée: 9h
  • Sortie à la Vente en DVD le 7 octobre 2008
    Éditions Montparnasse

SYNOPSIS

40 ans après « les évènements » qui ont bouleversé la société française et ses mœurs, ces quelques 10 heures de programme permettent d'aborder l'évènement à travers les films tournés non pas « sur » mais « en » mai-juin 68. Engagés, insurgés et surtout solidaires : en 68 des cinéastes tournent au cœur des luttes, de l’intérieur même des événements. Mai 68 est non seulement leur sujet mais plus encore leur projet : celui d’un cinéma collectif, partie prenante de l’Histoire.

POINT DE VUE
« On demandait à Me-Ti : « comment pouvez-vous demander que l’on soit en même temps objectif et de parti pris ? »

Me-Ti répondit : « Quand le parti est objectivement dans le vrai, il n’existe aucune différence entre objectivité et parti pris »

(Bertholt Brecht, cité au début des Deux marseillaises)

Mai 68 : la formidable flambée révolutionnaire qui touche la France embrase de la même manière le cinéma qui se met au diapason des évènements. Depuis l’arrêt du festival de Cannes et la création des Etats généraux du cinéma, les cinéastes s’insurgent et affichent leur solidarité avec les étudiants et ouvriers.
Difficile de s’y retrouver dans cette nébuleuse de films militants qui fleurissent au cours de ce joli mois de mai. C’est en effet le moment où le « je » de l’auteur tend à disparaître dans le « nous » du collectif, où le prestige du metteur en scène cède la place à un anonymat de rigueur. C’est l’époque où Chris Marker aide et participe à la création des groupes Medvedkine de Sochaux et Besançon, où Godard se fond dans le collectif Dziga Vertov et où Garrel tourne au sein de la constellation Zanzibar.

Depuis quelques temps, des travaux universitaires(1) tentent de faire la lumière sur ce foisonnement d’œuvres nées dans le sillage de Mai 68 et le coffret DVD que nous proposent aujourd’hui les éditions Montparnasse permet de saisir la richesse de cette geste cinématographique spontanée unique dans l’histoire du cinéma.

Parce qu’il a servi de point de départ au beau documentaire d’Hervé Le Roux Reprise, le court-métrage tourné par des étudiants de l’IDHEC La reprise du travail aux usines Wonder est sans doute le plus célèbre de ces films militants présentés aujourd’hui. L’image célèbre et assez bouleversante de cette jeune femme qui crie la misère de sa condition (« on est dégueulasses jusque là. On est toutes noires. ») et qui refuse de remettre « les pieds dans cette taule » est sans doute la plus représentative de ce qu’a pu être le cinéma engagé de cette époque. Plus que de « cinéastes », il s’agit avant tout d’œuvres « d’opérateurs » (au sens Louis Lumière du terme(2)) désireux d’être au cœur de l’évènement. Même si certains groupes viseront un cinéma plus « didactique » (nous le verrons avec les films tournés par le « Groupe Cinéma Ligne rouge »), la plupart des œuvres tournées dans la foulée de Mai 68 cherchent avant tout à saisir les évènements sur le vif, à être au bon endroit au bon moment pour témoigner de l’Histoire en train de se faire. D’où l’inestimable valeur documentaire et historique de ces bandes tournées avec des moyens de fortune.
Puisque la présentation des films du coffret nous y invite, procédons de manière chronologique.

Prémices.
Réalisé en 1967, Le premier mai à Saint-Nazaire n’a rien d’un film « militant ». Tourné par Marcel Trillat et Hubert Knapp dans le cadre du magazine télévisé Cinq colonnes à la Une, le film sera néanmoins jugé « subversif » et interdit d’antenne. Que nous montre-t-on ? Des témoignages d’ouvriers des Chantiers de l’Atlantique et de Sud-Aviation sortant d’une grève de deux mois et le début d’une remise en question des mots d’ordre du capitalisme : « Produit, consomme et tais-toi ». Si le reportage a pu être jugé « dangereux » au point d’être censuré, c’est sans doute parce que les réalisateurs montrent l’incroyable solidarité dont fit preuve la population locale à l’égard des grévistes. Davantage que pour des revendications partielles et corporatistes, les ouvriers se sont battus pour leur dignité et ont su fédérer autour d’eux une véritable unité locale. Le film a quelque chose de très émouvant lorsqu’il montre les aides qu’ont pu apporter aux grévistes les pécheurs et les commerçants de Saint-Nazaire : au-delà des intérêts individuels, il offre l’image d’une véritable action collective capable de faire trembler le vieux monde sur ses bases.

Depuis le milieu des années 60, la contestation étudiante gronde un peu partout en Europe et dans le monde (notamment lorsqu’il s’agit de s’opposer à la politique américaine au Vietnam). A Berlin-ouest, la fédération des étudiants socialistes du SDS (Sozialisticher Deutscher Studenbund) accueille en février 68 les délégations d’une quinzaine de pays européens pour un « Congrès international de solidarité avec la révolution vietnamienne ». C’est à cette occasion que le collectif ARC (Atelier de Recherche Cinématographique) va faire ses premières armes. Association informelle, l’ARC naît de l’association de deux groupes cinématographiques : d’un côté, des anciens élèves de l’IDHEC ayant décidé dès 1963 de tourner collectivement des films politiques et sociaux, de l’autre, un groupe évoluant dans le cadre libertaire de la clinique psychiatrique de La Borde dirigée par Jean Oury et Félix Guattari (et où s’illustrera par la suite Fernand Deligny).

La fusion a lieu en 1967 et l’ARC projette de tourner des films « d’actualités révolutionnaires sans mots d’ordre ni motifs d’adhésion » (Sébastien Layerle). En février 68, le groupe se rend à Berlin et ramène deux films dont ce Berlin 68 proposé dans le coffret. Tourné durant la préparation d’une manifestation pourtant interdite par le bourgmestre de la ville, Berlin 68 témoigne parfaitement de l’effervescence de cette rébellion étudiante en train de naître (quelques mois plus tôt est sorti le brûlot situationniste De la misère en milieu étudiant) et de cette volonté d’en découdre avec le capitalisme. Le film recueille le témoignage de Rudy Dutschke, le leader du SDS, qui expose ici le désir de toute une génération d’explorer une troisième voie entre l’impérialisme occidental et les dictatures bureaucratiques orientales.

Dans sa lancée, le collectif ARC sera présent lors des premières grèves dans l’industrie, comme on peut le voir dans Nantes Sud-Aviation. Le 14 mai, les ouvriers occupent leur usine (dont, rappelons-le, Maurice Papon était le PDG !) et séquestrent le directeur. Le film est intéressant parce qu’il montre d’une part la formidable détermination ouvrière (« plutôt crever que céder »), nous offre quelques plans impressionnants d’immenses manifestations et les divergences qui naissent d’emblée au niveau de syndicats peu enclins à soutenir la base dans son projet de grève générale.
Même constat dans Cléon, reportage sur l’occupation des usines Renault à Cléon tourné dans le cadre du SLON (Service de lancement des œuvres nouvelles) : d’une part, la volonté révolutionnaire très nette des ouvriers, d’autre part, des organisations syndicales dépassées par leur base et qui tentent de récupérer le mouvement (en tentant de l’isoler, par exemple, des étudiants).


L’explosion.
Pour simplifier les choses, disons que les films tournés au cours du mois de mai 68 peuvent être regroupés en deux catégories : d’une part, ceux qui vont s’intéresser au mouvement étudiant et filmer les rues de Paris ; de l’autre, ceux qui se rangent du côté des ouvriers et vont rendre compte des mouvements de grèves et d’occupations.
Ce n’est qu’un début, Le joli mois de Mai, CA 13, comité d’action du treizième, Mikono et Le Droit à la parole sont des productions de l’ARC témoignant de façon extraordinaire du mouvement côté étudiant. Comme je le disais plus haut, il s’agit là de films d’opérateurs sachant être au bon endroit au bon moment. Des films comme Ce n’est qu’un début ou Le joli mois de mai, tournés au cœur des barricades et des combats de rues, sont de véritables reportages de « guerre » qui frappent par leur proximité avec les évènements. L’impression de vivre l’Histoire en direct, d’être au cœur des évènements est saisissante. Un commentaire off, parfois totalement dépassionné dans le ton, montre le farouche parti pris des réalisateurs : « Ce n’est qu’un début. Dans la nuit du vendredi 10 mai, des dizaines de barricades vont s’élever dans les rues de Paris. Elles ébranleront le pays. La classe ouvrière prend le relais tendu. Nos enragés ont fait des petits. La rage est une maladie contagieuse en France. »


A l’écart des manifestations, des pavés, des barricades et des voitures en flammes, des films comme CA 13 ou Le droit à la parole tentent de faire le point sur les suites à donner au mouvement. CA 13 nous plonge dans le quotidien des militants du « comité d’action du treizième arrondissement » et dans leurs entreprises de soutien aux travailleurs en grève. Nous assistons à des réunions où sont discutés les moyens d’aider les mouvements de lutte puis nous voyons ces jeunes gens se rendre auprès des grévistes de la RATP ou de l’usine Citroën pour appuyer en nombre leurs mouvements (une fois de plus, malgré les mots d’ordre réformistes des syndicats) et tenter de coordonner les actions.
Une des beautés de ce « cinéma direct », c’est de montrer la formidable libération de la parole que permit 68. Après dix années vécues sous la chape de plomb du gaullisme, les langues se délient et chacun peut enfin s’exprimer.

Un titre comme Le droit à la parole est significatif de cette libération. Le film tente de créer des passerelles entre les revendications ouvrières et le mouvement étudiant. Comme à la Sorbonne, le film montre que les usines sont devenues à ce moment de formidables « places publiques » où chacun peut prendre la parole. Le film pointe également la duplicité de syndicats tentant par tous les moyens de briser la chaîne de solidarité entre les ouvriers et les étudiants venus aider ces derniers à occuper les usines.

Mikono de Jean-Michel Humeau détonne un peu dans le lot. Les images documentaires du mouvement sont détournées pour railler un brigadier Mikono fictif dont le narrateur retrace l’histoire avec humour. À travers cette expérience, il s’agit de dénoncer la répression policière mise en place par le gouvernement gaulliste. Sans être inoubliable, c’est assez efficace.
Les opérateurs militants vont tenter de rendre compte également de la situation dans les usines. Fernand Moszkowicz filme le mouvement des cheminots (Avec les cheminots du dépôt SNCF de Paris Sud-ouest) tandis qu’Edouard Hayem, dans le cadre des Etats Généraux du cinéma, se rend à Nanterre pour filmer la grève de l’usine Citroën.

Personnellement, j’estime que Citroën-Nanterre est peut-être le film le plus fort de tout le coffret. Sans doute parce qu’au-delà de son discours politique, de son parti pris militant ; le film dresse un tableau assez impressionnant et effrayant de l’univers de l’usine et des conditions de vie des ouvriers. Lorsque le cinéaste fait de longs travellings sur les chaînes de montage momentanément désaffectées, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au Nuit et brouillard d’Alain Resnais et aux analyses qui dressent un parallèle entre l’organisation des camps de concentration et celle de l’usine (voire de l’entreprise : Cf. La question humaine de Nicolas Klotz). Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de comparer l’incomparable et de mettre dans le même sac le sort de juifs exterminés pendant la seconde guerre mondiale et celui d’ouvriers exploités ; mais de percevoir des similitudes en terme organisationnel. Le film montre de manière frappante, par exemple, que les immigrés de différentes nationalités sont placés dans l’usine de telle sorte qu’ils ne puissent pas comprendre leurs propres voisins. C’est exactement le même processus que décrit David Rousset dans l’expérience concentrationnaire : dans les camps, les nazis cherchaient la division en mêlant des prisonniers de toutes nationalités, en faisant se côtoyer les prisonniers politiques et les droits communs…

Le film évoque également avec une rare acuité les conditions de vie des immigrés. Déjà, dans La glu (court-métrage présent dans le coffret), Hayem filmait le morne quotidien d’un travailleur immigré entre misère matérielle, misère sexuelle (on le voyait déambuler du côté des peep-shows de Pigalle) et horizons bouchés. Ici, il replonge dans ce quotidien désespérant et filme les bidonvilles de Nanterre où cette main-d’œuvre à bon marché a été entassée.
À travers ce document, le cinéaste va à l’encontre de cette idée que Mai 68 fut une révolte de petits-bourgeois nantis et qu’elle ne fut qu’une « récréation » dans une époque de croissance où l’on « s’ennuyait ».

La misère était bien là : Citroën-Nanterre en rend compte avec une force incroyable. De la même manière, la jeune ouvrière de la Reprise du travail aux usines Wonder traduit également par son cri de révolte le désespoir de sa condition d’exploitée.

Vers un cinéma didactique ?
Tous ces films que je viens de décrire sont, certes, des œuvres militantes mais elles tirent leur force, à mon sens, de leur vérité documentaire. Les commentaires off, les cartons à l’écran, les slogans filmés sont finalement presque moins « parlants » que les images.

A l’époque sont aussi tournés de véritables films « militants » voire de propagande (le PC et les syndicats tourneront en ce sens leurs propres films mais ils nous sont épargnés ici). Le groupe Cinéma Ligne Rouge (dont fait partie Jean-Pierre Thorn) s’inscrit dans ce mouvement de films très politisés (le groupe est issu de l’implosion de l’UJC (ml) : Union des jeunesses communistes (marxistes-léninistes)). Deux films du groupe sont proposés ici : Oser lutter, oser vaincre (long-métrage sur la grève chez Renault à Flins) et Ecoute Joseph, nous sommes tous solidaires sur le mouvement paysan dans l’ouest de la France.

La partie documentaire des films ne disparaît pas (au contraire, ces films sont aussi de formidables témoignages historiques) mais le montage laisse transparaître une forte volonté didactique : cartons, citations (de Mao et Lénine dans Oser lutter, oser vaincre), dénonciations (de la duplicité des syndicats : très belle scène où les ouvriers « débordent » les syndicats en entonnant l’internationale pendant qu’un leader entame un discours « révisionniste »). Les mots ont ici presque autant d’importance que les images même si celles-ci nous renvoient d’une certaine manière à l’imaginaire du western (à propos d’oser lutter, oser vaincre, Patrick Leboutte parle d’un « Fort Alamo en version maoïste ») pour nous narrer le combat d’un « fort » (l’usine occupée par les ouvriers), assiégé par les policiers gaullistes mais aidé par le renfort des étudiants (c’est lors de cette lutte que le lycéen Gilles Tautin sera assassiné par les CRS).

Ecoute Joseph, nous sommes tous solidaires témoigne à la fois d’une dimension très méconnue du mouvement de 68 (les revendications paysannes) tout en tentant de dégager la nécessité d’un front commun ouvriers/paysans. La révolte des paysans laissant percevoir davantage de revendications corporatistes que de velléités révolutionnaires, le film cherche à conscientiser ces paysans en leur prouvant que leur condition ne s’améliorera pas en bloquant les prix des produits mais en détruisant le capitalisme qui les opprime.
Pas certain que le message ait été perçu !


La liquidation du mouvement.
Les deux marseillaises de Jean-Louis Comolli et André S.Labarthe est le récit détaillé des élections législatives de Juin 68 à Asnières dont le corps électoral est considéré comme suffisamment typique pour servir de miroir représentatif au vote national. En lice pour le parlement : Albin Chalandon, représentant de l’UDR (union pour la défense de la République) gaulliste, Claude Denis, membre du PCF et l’acteur Roger Hanin qui représente la FGDS (fédération de la gauche démocrate et socialiste).

Mis à part le montage d’une séquence d’Alphaville de Godard sur un discours de Chalandon où celui-ci joue sur le sentiment de peur qu’ont pu causer les évènements sur la petite bourgeoisie française, les deux marseillaises est un document aux allures « neutres », qui se contente d’enregistrer le déroulement de la campagne électorale (discours, meetings, scrutins…).
Pourtant, c’est un formidable document sur la France de l’époque et sur la manière dont le mouvement a été liquidé. D’une part, par les gaullistes qui ont su jouer sur les craintes sécuritaires des français, de l’autre, en montrant la manière éhontée dont la bureaucratie des partis dits « de gauche » ont dévoyé l’élan révolutionnaire mis en branle. Il faut voir Claude Denis, tout sourire, s’entretenant avec des lycéens en exaltant le rôle du PC pendant le mois de mai alors que le parti n’a cessé de condamner le mouvement puis de prendre le train en marche pour mieux le diviser (à ce titre, le discours du journaleux de l’humanité est particulièrement répugnant puisqu’il colporte une fois de plus la légende d’éléments provocateurs « gauchistes » alors que les films dont je viens de parler montrent tous la détermination des ouvriers à aller plus loin que les revendications partielles des syndicats et les minables accords de Grenelle !). Quant à Hanin, il est politiquement insignifiant (il sera d’ailleurs balayé au premier tour).
La fin du film montre la victoire des gaullistes tandis que les militants de gauche, déçus, entonnent à leur tour (le poing levé) la marseillaise que venaient de chanter les vainqueurs (cette fameuse deuxième marseillaise qui explique le titre).

Cette fois, c’est chose faite : l’ordre a vaincu…


Vincent Roussel



Notes:

(1) A lire : Caméra en lutte en Mai 68 : « par ailleurs le cinéma est une arme… » de Sébastien Layerle (Nouveau monde éditions. 2008).

(2) Serge Daney établissait un joli parallèle entre La sortie des usines Lumière marquant la naissance du cinéma et cette « rentrée » à l’usine qui, à défaut de marquer sa « naissance » , offre l’exemple le plus emblématique du cinéma militant.


 

 

 

 


LIRE AUSSI



 
FICHE TECHNIQUE
  •  LES FILMS

    DVD1: 1967/1968. Le vent se lève

    - « Le premier mai à Saint-Nazaire », un film de Marcel Trillat et Hubert Knapp. 1967, 20 mn.
    Ce film a été tourné lors de la grande grève des mensuels, qui dura 62 jours. Ce document a été censuré à l’époque, et donc non diffusé sur l’ORTF.

    - « Berlin 68-Rudi Dutschke », un film de l’ARC sous la direction de Michel Andrieu et Jacques Kébadian. 1968, 41 min. Ce film est un portrait de Rudi Dutschke, grande figure du mouvement étudiant Ouest-allemand durant mai 68, et qui sera victime d’un attentat le 11 avril, juste après le tournage du film.

    - « La glu », un film d’Edouard Hayem. 1968, 19 min.
    Ce film rare est d’une force cinématographique puissante et intacte. « La Glu » suit le parcours désenchanté d’un homme las de la vie. Du bidonville de Nanterre aux spectacles de foire, du chantier boueux à Pigalle et ses peep-show, de la classe d’alphabétisation au zinc poisseux du bistrot, le regard de cet homme muet se pose sur l’absurdité de la vie des travailleurs immigrés, partagée entre misère, exploitation et divertissements de bas étage.
    Les premières usines occupées

    - « Cléon » d’ Alain Laguarda. 1968, 27 min.
    L’usine Cléon de Renault première usine à se mettre en grève en Mai 68. L'occupation de l'usine, les espoirs et les contradictions.

    - « Nantes Sud Aviation », un film de l'ARC, Pierre-William Glenn et Michel Andrieu. 1968,
    30 min.
    Le 14 mai, la compagnie Nantes Sud aviation rejoint le mouvement de mai 68 : Michel Andrieu filme.



    DVD 2
    - Mai 68 à Paris. L'explosion

    - « Ce n'est qu'un début », un film de l'ARC, réalisé par Michel Andrieu. 1968, 10 min.

    - « Le joli mois de mai », un film de l’ARC. 1968, N&B, 33’.
    Les manifestations de 68 à travers l'Europe. Regard sur quelques événements précis qui ont particulièrement marqué Mai 68.

    - « Mikono », un film de l’ARC réalisé par Jean-Michel Humeau, 1968, N&B, 11’.
    Portrait imaginaire d'un CRS, le brigadier Mikono. Les images des affrontements du quartier Latin en mai 1968 et le commentaire qui tourne en dérision les forces de l'ordre font de ce film une réussite de subversion et d'ironie.

    - « Le cheminot », un film de Fernand Moszkowicz. 1968. 20' N&B.
    En mai 1968, un cheminot visite la Sorbonne occupée. La caméra le suit et filme ses discussions avec les étudiants dans la cour de la Sorbonne. Ce film, qui illustre le rapprochement de la classe ouvrière et du milieu universitaire prôné en 68, est aussi le portrait d'un homme pour qui la révolte étudiante provoque l'étonnement et l'espoir.

    - « CA13, Comité d’action du treizième ». ARC. 1968, 40'.N&B.
    Ce documentaire suit le comité d’action du 13e arrondissement de Paris, qui lutte auprès de l’usine Citroën et du dépôt de la RATP.

    - « Le Droit à la parole ». ARC (sous la direction de Michel Andrieu et Jacques Kébadian). 1968. 52’08. N&B.
    Le film retrace quelques-unes des manifestions de ce processus de prise de parole qu’a été Mai 68 :la rue comme lieu de dialogue, les murs comme espaces d’expression, les tentatives de dépassement des divisions sociales quotidiennes… Un portrait des rapports entre étudiants et ouvriers, avec des images de grévistes prenant la parole dans des usines et des universités.



    DVD 3
    - Du côté des ouvriers.

    - « Oser lutter, oser vaincre ». Groupe Ligne rouge (Jean-Pierre Thorn). 1968, 88’21. N&B.
    Mai 68 à l’usine Renault de Flins, la base déborde le syndicat et occupe l’usine sans attendre les mots d’ordre. Cela ne va pas sans mal : les formulations de revendications, les tentatives pour étendre la grève aux autres entreprises de la région, la popularisation du mouvement dans la région, ne vont pas sans heurts avec les permanents syndicaux venus contrôler la grève. Le patronat, de son coté, ne reste pas inactif et tente diverses manoeuvres pour briser la grève : organisation d’un vote à bulletin secret (il sera boycotté par les grévistes) puis intervention de la police pour évacuer l’usine occupé. Cette tentative sera de nouveau mise en échec par les travailleurs, soutenus par les étudiants venus de Paris. La répression policière sera brutale : un lycéen, Gilles Tautin, y trouvera la mort. Un vote à bulletin secret, organisé par les syndicats, décidera la reprise du travail, ouvrant un vif débat entre représentant de la CGT et un groupe de travailleurs.

    - « Citroën-Nanterre », un film de Guy Devart et Edouard Hayem, 1968, 63’. N&B.
    Le 20 mai 1968, les ouvriers de l’usine Citroën de Nanterre cessent le travail. Le site emploie quatre mille salariés dont 65 % de travailleurs immigrés. Il n’a pas connu pareille mobilisation depuis vingt ans. Les grévistes osent enfin prendre la parole


    DVD 4 – Du côté des paysans /
    Juin 1968 ou le Retour à l'ordre


    - « La Reprise du travail aux usines Wonder ». Pierre Bonneau et Jacques Willemont. 1968, 9’. N&B.
    Au début c'est une photo, une photo dans une revue de cinéma... Une jeune femme brune, révoltée, qui crie. Nous sommes en juin 68, c'est la reprise du travail aux usines Wonder, après la grève de mai.
    Deux étudiants de l'IDHEC filment la scène. On y voit des ouvrières de Wonder à Saint- Ouen qui reprennent le travail après trois semaines de grève. Et cette jeune femme qui reste là et qui crie de nouveau. Elle crie qu'elle ne retournera pas au travail, qu'elle ne veut pas plus retrouver la saleté, les cadences, la « méprise » de cette « taule ».
    Ce fameux film de 10 minutes tourné par les étudiants de l'IDHEC en juin 68 a tout de suite été considéré comme LE film des évènements et comme l'une des réalisations majeures du cinéma direct.

    - «Les Deux marseillaises». Jean-Louis Comolli et André S.Labarthe. 1968,1h53. N&B.
    À l’occasion de la campagne électorale pour les élections législatives de juin 1968 à Asnières, ce documentaire filme au jour le jour les élections marquées par les événements de Mai 68. Elections municipales vues à travers les trois principaux candidats : Albin Chalendon (UDR), Claude Denis (PC), Roger Hanin (FGDS).



    Caractéristiques techniques des DVD
    4 DVD 9 - Zone 2 - PAL - Format 4/3 - Mono - Noir & Blanc
Quelques mots de Patrick Leboutte, directeur de la collection


La quinzaine de films qu’offre de découvrir ce coffret témoigne d’une intense activité cinématographique en mai 68, indissociable des événements. Rarement vus depuis et parfois inédits, ils sont comme autant de chapitres d’un journal collectif, celui d’une génération de techniciens et de cinéastes français souvent jeunes et impatients, à qui le geste documentaire permit d’abord d’être acteurs de l’Histoire. S’ils s’improvisèrent volontiers journalistes, tenant en direct la chronique minutieuse des occupations d’usines et des protestations de masse, ce fut toujours avec la conscience d’en être eux-mêmes partie prenante, refusant toute neutralité, filmant de l’intérieur, posant micros et caméras du côté des ouvriers, des étudiants, des paysans, des insurgés, comme une manière de choisir leur camp, ce dont attestent les noms mêmes qu’ils se donnèrent – « Groupe Ligne rouge », « Atelier de Recherche Cinématographique » et, plus tard, « Cinélutte » –, disant clairement leur projet comme la provenance de leurs grilles de lecture.
Cinéma militant, partisan, dira-t-on. Pourquoi pas ? Comme tout film qui ne se cache pas, sans s’exhiber pour autant, et s’engage au tournage à se laisser travailler sous nos yeux par sa matière. Car si politiquement, les équipes de l’ARC et de Ligne Rouge, notamment, militèrent à découvert - ce que confirment panneaux intercalaires, inscriptions et cartons régulièrement assénés -, ils ne le firent pas seulement pour la cause, évidemment celle du peuple qui constituait alors leur principal horizon, mais autant sinon plus par amour du cinéma, poétiquement, en contrebande, fut-ce au prix d’une infidélité provisoire aux slogans.


Ainsi Lénine, le Che ou le grand Timonier ne rôdent-ils jamais seuls dans ces films singulièrement peuplés, y côtoyant sans cesse Howard Hawks et John Ford, Henry Fonda et John Wayne, les grands films soviétiques et le néoréalisme. La Glu ? Du De Sica revisité ! CA 13 ? Du Pierre Perrault parisien ! Oser lutter, oser vaincre ? Un Fort Alamo en version maoïste, autrement dit plus cinématographique. L’attente de l’attaque imminente de Renault-Flins par les forces de l’ordre, présentée du point de vue des assiégés, devrait un jour figurer dans toutes les bonnes anthologies. Le cinéma de mai 68 manifestait aussi pour la défense du cinéma. Sa beauté tient entièrement dans cette fragilité pas forcément assumée, dans cet écart permanent entre programme politique au sens strict et projet cinématographique pour le moins débridé, entre rigidité des mots d’ordre et souplesse documentaire. Tiraillés entre désir et idéologie, et parfois malgré eux, les cinéastes de mai ont filmé une autre manière de sortir de son lit, du pied gauche, au mépris des règles et des fonctions assignées, dans la certitude que chaque jour, chaque plan, ne sont qu’un début, comme une affaire à suivre, comme une histoire à vivre, parce que celles-ci, pensaient-ils, ne peuvent connaître de fin. A nous de voir."

Patrick Leboutte

(extrait du dossier de presse)

 

 

Chronologie des évènements de Mai 68



- Janvier 68
8 - Inauguration de la piscine du campus de Nanterre par François Missoffe, ministre de la jeunesse et des sports. Il est pris à partie par des étudiants.
26 - Violents incidents à Caen entre les grévistes de la SAVIEM et les forces de l'ordre. Bagarre à Nanterre.
- Février
7 - Heurts violents à l'occasion d'une contre-manifestation organisée par les Comités Vietnam.
24 - Déclaration politique et sociale commune PCF - FGDS
- Mars
20 - Attaque du siège parisien de l'American Express.
22 - Incidents à Nanterre. Occupation de la tour administrative. Création par les anarchistes du Mouvement du 22 mars.
28 - Suspension des cours à Nanterre jusqu'au 1er avril.
- Avril
25 - Le député communiste Pierre Juquin est expulsé du campus de Nanterre par les gauchistes prochinois.
28 - Un commando prochinois dévaste une exposition de soutien au Sud-Vietnam.
- Mai
1er - Défilé CGT, PC, PSU (République - Bastille). Naissance de La cause du peuple.
2 - Début du voyage de Georges Pompidou en Iran et en Afghanistan. Incidents à Nanterre où les cours sont suspendus.
3 - Meeting dans la cour de la Sorbonne. Editorial de Georges Marchais dans l'Humanité qui y fustige "l'anarchiste allemand Cohn-Bendit" et raille les "révolutionnaires [... ] fils de grands bourgeois [... ] qui rapidement mettront en veilleuse leur flamme révolutionnaire pour aller diriger l'entreprise de papa et y exploiter les travailleurs". Evacuation par la police requise par le Recteur Roche. Manifestation au Quartier latin, incidents, près de six cents interpellations.
4 - Condamnation de personnes appréhendées la veille. Appel à la grève illimitée de L'UNEF et du SNEsup. Suspension des cours à la Sorbonne.
5 - Condamnation de quatre manifestants du 3 mai à la prison ferme.
6 - Comparution de Daniel Cohn-Bendit et d'étudiants nanterrois devant la commission disciplinaire. Manifestations, puis premières barricades et violents affrontements avec la police, plus de quatre cents arrestations.
7 - Manifestation de Denfert-Rochereau à l'Etoile.
8 - Discours d'Alain Peyrefitte à l'Assemblée nationale.
9 - Les leaders étudiants annoncent leur intention d'occuper la Sorbonne dès le départ des forces de l'ordre. En réponse, Alain Peyreffite déclare que la Sorbonne restera fermée jusqu'au retour au calme.
10 - Nuit d'émeutes au Quartier latin où soixante barricades se dressent. Intervention de la police à partir de deux heures du matin.
11 - La CGT, la CFDT et la FEN appellent à la grève générale pour le 13 mai. Retour de Georges Pompidou d'Afghanistan qui annonce la réouverture de la Sorbonne pour le 13 mai.
13 - La Cour d'appel met en liberté provisoire les condamnés du 5 mai. La Sorbonne est réouverte et aussitôt occupée. Manifestation syndicale de la gare de l'Est à Denfert-Rochereau. Les étudiants continuent jusqu'au Champs-de-Mars.
14 - Départ du Général de Gaulle pour la Roumanie. Dépôt d'une motion de censure à l'Assemblée nationale par le PCF et la FGDS.
15 - Occupation de l'Odéon et de l'usine Renault à Cléon.
16 - Le mouvement de grève s'étend dans les entreprises.
17 - Rencontre Mitterrand - Waldeck-Rochet. Grève à l'ORTF.
18 - Retour du Général de Gaulle. Grève générale, la paralysie économique gagne l'ensemble du pays.
22 - La motion de censure déposée par la gauche est rejetée, elle ne recueille que 233 voix. Daniel Cohn-Bendit est interdit de séjour. Création du Comité national de défense de la République (CDR). Les syndicats se déclarent prêts à négocier avec le gouvernement. Attaque du local national conjoint des CDR et du Service d'action civique rue de Solférino par des manifestants.
24 - Nouvelle nuit des barricades. Le Général de Gaulle annonce un référendum sur la participation (entreprises, universités) pour le mois de juin. La Bourse est incendiée. Un commissaire de police est tué à Lyon par un camion lancé par les manifestants.
25 - Début des négociations rue de Grenelle.
26 - Le Général de Gaulle donne son accord à Jacques Foccart pour l'organisation d'une grande manifestation pour le vendredi 31 mai (elle aura finalement lieu le 30).
27 - Accord sur le protocole de Grenelle entre les syndicats, le patronat et le gouvernement (augmentation du SMIG et des salaires, réduction des horaires, abaissement de l'âge de la retraite). Meeting de Charléty organisé par l'UNEF, le PSU et la CFDT.
28 - Conférence de presse de François Mitterrand qui annonce sa candidature à la présidence de la République en cas de vacance du pouvoir.
29 - Le conseil des ministres est ajourné. Le Général de Gaulle quitte l'Elysée à 11 h 15 et n'arrive à Colombey-les-deux-Eglises, via Baden-Baden où il a rencontré le Général Massu, qu'à 18h30. Pierre Mendès France se déclare prêt à former un "gouvernement de gestion".
30 - À 16h30 le Général de Gaulle annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. Une manifestation de soutien au chef de l'Etat réunit un million de personnes.
31 - Remaniement ministériel. Manifestations de soutien au Général de Gaulle en province.

- Juin
1er - Manifestation parisienne de l’UNEF, au slogan « Élections, trahison ». Le ministère de l’Éducation nationale annonce des modalités aménagées pour le baccalauréat.
1er au 3 juin - Réapprovisionnement des villes en essence durant le week-end de la Pentecôte.
4 - Négociations au ministère de l’Éducation nationale, qui se terminent le lendemain à l’aube.
5 - Début de la reprise du travail à EDF-GDF, dans les mines, la sidérurgie et les employés d’État.
6 - Reprise à la RATP, à la SNCF, et dans la fonction publique. La FEN appelle à la reprise du travail. Le SNES, après consultation des sections d’établissements, décide de poursuivre la grève.
7 - Évacuation par la force de l’usine Renault de Flins par les CRS, de violents affrontements ont lieu. Reprise du travail aux PTT.

10 - Nouveaux affrontements avec la police. À Flins, mort du lycéen Gilles Tautin, noyé dans la Seine après avoir été poussé par des CRS. Ouverture de la campagne électorale. Le SGEN-CDFT appelle à la reprise du travail pour le mercredi 12. Le SNES appelle à la reconversion du mouvement.
11 - Affrontements avec la police devant les usines Peugeot à Sochaux (Doubs) : deux ouvriers meurent, dont Jean Beylot tué par balle. Appel de la CGT à un arrêt de travail pour le 12 juin. Réoccupation de l’usine Renault à Flins par les grévistes. Violentes manifestations à Paris (au départ de la gare de l’Est), et dans plusieurs grandes villes de province.
12 - Reprise des cours dans les lycées. Interdiction de toute manifestation sur la voie publique pendant la durée des élections. Dissolution de plusieurs mouvements d’extrême-gauche, dont certains sous différentes appellations : la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), Voix ouvrière, les groupes « Révoltes », la Fédération des étudiants révolutionnaires (FER), le Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER), l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCml), le Parti communiste internationaliste (PCI), le Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF), la Fédération de la jeunesse révolutionnaire, l’Organisation communiste internationaliste (OCI), le Mouvement du 22 mars.
14 - À Paris, évacuation du théâtre de l’Odéon par la police. Après trois semaines de grève et d’occupation, les employés de l’usine de piles Wonder à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) votent la reprise du travail [on peut revoir le court film amateur tourné à cette occasion, devant les portes de l’usine, dans le documentaire d’Hervé Le Roux Reprise, sorti en 1996]. Reprise du travail dans d’autres entreprises.
16 - À Paris, évacuation de la Sorbonne par la police.
18 - Reprise du travail dans plusieurs secteurs de l’automobile (dont les usines Renault), et de la métallurgie. Organisation d’une table ronde au ministère de l’Éducation nationale sur les modalités des examens.
23 - Premier tour des élections législatives.
24 juin - Reprise du travail aux usines Citroën.
27 juin - Reprise du travail à l’ORTF. À Paris, évacuation de l’École des Beaux-Arts par la police.
30 juin - Second tour des élections législatives : 22 millions de votants, pour 78% de participation. C’est un raz de marée gaulliste ; l’UDR et les RI regroupent 43,6% des voix ; le Centre démocratique : 10,3% ; le PCF : 20% ; la FGDS : 16,5% ; le PSU : 3,9%.
31 juin - Épuration à l’ORTF : 102 journalistes sont mutés ou licenciés sous couvert d’une « réorganisation » de la société.
- Juillet
3 au 9 - Assises nationales des universités à Grenoble.
10 - Arrestation et emprisonnement de militants d’extrême-gauche, dont Alain Krivine, jusqu’à l’automne.
5 - À Paris, évacuation par la police de la faculté de médecine.
13 - Maurice Couve de Murville succède à Georges Pompidou au poste de premier ministre.

(extrait du dossier de presse)

 





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