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VISIONS OF WARHOL par Jonas Mekas, Marie Menken & Willard Maas |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Warhol est à l’honneur en ce moment, pourquoi ne pas se
replonger dans les scènes de sa vie quotidienne qu’ont
captées autrefois des cinéastes underground proches de
l’artiste pop ? Ces courts films, d’une durée variant
de trois à 35 minutes, permettent d’approcher la figure
mythique de Warhol par des chemins détournés, d’esquisser
une série de portraits fragmentaires et souvent inédits
de cet homme pourtant surmédiatisé. Commençons sans plus tarder par le plus anecdotique des quatre films du programme, à savoir Andy Warhol’s Silver Flotations de Willard Maas où la caméra du cinéaste se contente de flâner au cœur d’une installation de l’artiste, composée pour l’occasion de ballons (en forme de coussins argentés) gonflés à l’hélium et flottants ainsi dans l’espace de la galerie. La musique futuriste et la caméra se baladant au cœur de ces corps célestes donnent à ce très court-métrage des allures de films de science-fiction un peu cheap. Curieux, pas désagréable, mais dispensable. L’épouse de Willard Maas, Marie Menken, fut également cinéaste, peintre et actrice. Son Andy Warhol nous permet de suivre le travail de l’artiste pendant une journée et de nous faire pénétrer dans ce lieu désormais mythique que fut la Factory. Davantage que l’aspect « documentaire » du film (Andy Warhol au travail, préparant visiblement une exposition), c’est son côté « rythmique » qui séduit, cette manière qu’a la cinéaste de jouer sur les variations de vitesse de défilement des images pour traduire une certaine ambiance, une certaine couleur de l’époque. Les boucles temporelles, les effets d’accélération fonctionnent comme des rimes visuelles au travail plastique de Warhol, comme lorsque nous voyons défiler à l’écran des paquets de lessives Brillo dont le peintre fera l’un des motifs de ses sérigraphies. Mais les deux films les plus intéressants du DVD sont incontestablement ceux tournés par Jonas Mekas. Est-il encore nécessaire de présenter ce cinéaste à la fois reconnu et pourtant très peu montré ? De rappeler que c’est lui qui fut à l’origine, au début des années 60 aux Etats-Unis, de la création d’un véritable réseau parallèle de diffusion cinématographique qui permit à des cinéastes d’avant-garde d’expérimenter en toute liberté, en dehors de toute contrainte commerciale et de diffusion ? De redire qu’il tient son « journal intime » filmé depuis la première année où il débarqua sur le sol américain (d’origine lituanienne, il dut s’exiler avec son frère en 1944 au moment de l’invasion de son pays par l’Union Soviétique) ? Ses Award presentation to Andy Warhol et Anthropological sketches : Scenes from the Life of Andy Warhol sont particulièrement représentatifs d’un style de cinéma privilégiant l’urgence et la spontanéité à toute velléité de « fignolage ». Tournés en 16mm (avec sa fameuse Bolex), ces courts essais se présentent d’ailleurs à nous sous des formes radicalement différentes. Award presentation to Andy Warhol nous présente l’artiste au milieu d’un groupe d’amis en train de manger des fruits. Contrairement au film suivant, Mekas ne privilégie pas ici une forme « éclatée » : les plans peuvent être relativement longs, la caméra se contentant parfois de zoomer ou d’effectuer quelques mouvements pour recadrer un visage ou un autre. De plus, le cinéaste rend un hommage direct au cinéma de Warhol en faisant défiler ses images au ralenti. Quant à la bande-son, elle est uniquement composée de morceaux musicaux des Supremes. L’impression qui se dégage de ce film est celle d’un tableau de famille à la fois « primitif » et un brin mélancolique. Tout se passe comme si Mekas cherchait à fixer pour l’éternité une page déchirée d’un album de photos familiales. Warhol, qui n’a alors 36 ans, semble rayonner au milieu du groupe et Mekas parvient à immortaliser ce moment joyeux dont le caractère éphémère leste le film, rétrospectivement, d’un supplément de mélancolie. Si Scenes from the life of Andy Warhol est un film tout aussi mélancolique (sans doute plus), la forme adoptée par le cinéaste n’a plus rien à voir. Il s’agit d’un feu d’artifice d’images que Mekas a tournées pendant tout le temps qu’il a connu Warhol. En un peu plus de 35 minutes, il couvre l’existence de l’artiste de 1966 à 1981 dans un patchwork éclaté privilégiant le collage, les mouvements intempestifs de caméra, les « jump cut » etc., le tout interrompu parfois par des intertitres donnant des indications de lieux, de dates, ou permettant tout simplement de jeter quelques mots sur l’écran en guise d’évocation poétique. Ce qui peut sembler « brouillon » au premier regard est en fait le résultat d’un montage assez génial qui permet à Mekas d’offrir un regard absolument neuf sur Warhol en dévoilant à la fois l’aspect « public » du personnage et son côté « privé ». Côté « public », c’est la fabuleuse ouverture du film qui enregistre des images d’un des premiers concerts du Velvet Underground (avec la merveilleuse voix rauque de Nico en fond sonore). L’énergie qui se dégage de cette séquence frise parfois l’abstraction (les projecteurs du concert devenant une sorte de symphonie de formes lumineuses) et rappelle d’ailleurs l’action painting de Pollock et consorts ; les grands mouvements de caméra de Mekas pouvant s’apparenter à la technique du dripping. Outre les membres de ce groupe de rock, les plus curieux d’entre vous pourront reconnaître les proches de Warhol (Paul Morrissey, Joe Dallessandro…) et même le pape de la contre-culture Allen Ginsberg. Côté privé, Mekas filme Warhol en famille, au bord de la mer avec ses amis. Ce sont les images «domestiques » d’un anniversaire d’une adolescente qui parviennent pourtant à dégager soudainement une grande émotion tant la forme adoptée transcende le caractère triviale de la situation. Un carton nous prévient d’ailleurs qu’il ne s’agit pas d’un « documentaire » sur Warhol mais d’une évocation à la fois intime et poétique. D’un côté, il s’agit de fixer des instants précieux et éphémères sur pellicule, de l’autre, de donner un poids considérable au temps en le contractant au maximum, en passant sans transition des années 60 aux années 80. Au final, Mekas parvient à saisir à la fois l’atmosphère de l’époque et une facette méconnue, plus « quotidienne », d’Andy Warhol. Ca pourrait être anecdotique mais c’est bouleversant car le film n’enregistre finalement que du temps qui passe et des silhouettes déjà devenues fantomatiques… Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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