)))  COFFRET LUC MOULLET/4 DVD
        
        
BRIGITTE ET BRIGITTE
LES CONTREBANDIÈRES
UNE AVENTURE DE BILLY LE KID
ANATOMIE D'UN RAPPORT
GENÈSE D'UN REPAS
PARPAILLON
LES SIÈGES DE L'ALCAZAR

 

  • 1966 à 1992 - France - durée:8h20
  • Sortie à la Vente en DVD le 7 septembre 2006
  • Prix de vente conseillé: 80€
  • Éditions Blaq out

POINT DE VUE

Appartenant à la Nouvelle Vague, Luc Moullet, né en 1937, est l’un des plus jeunes cinéastes du mouvement qui a changé la face du cinéma. Comme ses aînés, Godard, Truffaut, Rivette, Chabrol, Rohmer, il a fait parti de la bande des Cahiers, écrivant des articles mémorables lors de la grande période de la revue, notamment sur le cinéaste américain Samuel Fuller. Depuis ses débuts, Moullet a toujours été fidèle à une morale de cinéma, celle de la nouvelle vague peut-être, et à ce qu’il est : un cinéphile farfelu et iconoclaste qui n’a qu’un seul but en tête, faire les films les moins chers possibles, donc les plus libres.


« Je peux dire que j’ai réussi ma vie, puisque je mourrai en me disant que je n’ai ni étranglé ma femme, ni violé ma fille … enfin je n’ai pas encore fini ma vie, mais c’est bien parti pour que ça se passe comme ça. ».

«Si vous voulez savoir si vous venez de réaliser une fiction ou un documentaire, il faut vous peser après le tournage. Si vous avez maigri, c’est que vous avez fait une fiction, parce que le travail avec les acteurs stresse et fatigue, si vous avez grossi, c’est que c’était un documentaire. Parce que pour le documentaire, on ne fait pas grand-chose. »

… Extraits de l’humour ravageur et détonnant de Luc Moullet, derrière lequel se nichent de grandes idées sur le cinéma. Pas de doute, il est bien frappé du sceau de la Nouvelle Vague. Derrière ce ton décalé, ironique, et mordant, se cache l’un des rares cinéastes à être resté toute sa vie fidèle – si tant est que tout cela existe – à l’esprit, au cachet, à la morale "Nouvelle Vague".

Moullet, né en 1937, a lu le dictionnaire du cinéma de Georges Sadoul à 12 ans, a écrit aux Cahiers du cinéma dès la fin des années 50, est passé à la réalisation au début des années 60 et a côtoyé toute la clique: Godard, Rohmer, Chabrol et consorts. Pour prendre toute la mesure de la part déroutante et totalement farfelue du personnage de Luc Moullet, qui, comme tout bon cinéaste, fait totalement corps avec ses films, un conseil : commencer la vision de ce coffret par L’homme des roubines. Un documentaire qui a dû coûter 40 euros tout au plus, dans lequel Luc Moullet nous traîne sur différents lieux qui ont compté dans sa vie (personnelle et professionnelle, tout se mélange). Avec sa diction si particulière, qui pourrait s’apparenter à celle d’un speaker des actualités Gaumont des années 30, affublé d’un bec de lièvre, Moullet nous livre sans avoir l’air d’y toucher les clés pour comprendre son cinéma.

Le cinéma de Moullet est basé sur un paradoxe. Il est en effet à la fois cinéphile et iconoclaste. Il connaît et admire certains grands anciens, et paraît pourtant ne pas les copier d’un poil. C’est le lot de nombreux cinéastes modernes, pour qui le cinéma ne peut plus se faire comme avant, pour qui certaines choses ne sont plus possibles, et pour qui l’iconoclastie est le seul moyen sans doute de ne pas se perdre dans les méandres du néo-classicisme (la phrase n’est peut-être pas très claire, mais ça fait toujours bien de placer "néo-classicisme" dans un texte).

Les films choisis dans ce coffret offrent un panorama succinct mais juste de la carrière de Moullet. Mis à part La comédie du travail (également disponible en édition simple chez Blaq out), Prix Jean Vigo 1986, ses principales œuvres sont là. Rapide coup d’œil : dans Brigitte et Brigitte, deux jeunes femmes de province montent à Paris pour faire leurs études. Elles lisent le Sadoul avant de se coucher, parlent de cinéma à tout va, et trichent pour avoir leur concours, dans la retranscription irréaliste du milieu estudiantin parisien des années 60. Dans Anatomie d’un rapport, une docu-fiction proche du cinéma underground new-yorkais de la fin des années 60, Luc Moullet et sa partenaire philosophent sur l’acte sexuel; dans Une aventure de Billy le Kid, Moullet relit et recrée le western, bien aidé par la gestuelle unique de Jean-Pierre Léaud qui confère un côté burlesque à son personnage. Dans Genèse d’un repas, documentaire démentiel et ludique, Moullet se pose la question de savoir d’où viennent exactement le thon et les bananes qui composent son repas. Il remontera toutes la chaîne de distribution et de production de ces deux produits et en rencontrera tous les acteurs pour établir une critique de l’exploitation et du capitalisme, avant de constater qu’en tant que cinéaste, il est à ranger dans la même case que ces "méchants". Dans Les sièges de l’Alcazar, enfin, sans doute son meilleur film, dans une petite salle de quartiers des années 50, un critique de la revue des Cahiers du cinéma s’éprend d’une jeune femme critique de Positif, la revue "ennemie".

Tous ses films ont à priori leur propre univers, et n’ont à priori rien à voir, si ce n’est qu’ils transportent avec eux la même part de folie et de merveilleuses idées de cinéma.
Chabrol - qui n’a pas dit que des conneries - a dit un jour que "la nouvelle vague n’était qu’une transformation chimique du néo-réalisme". On se souvient de ce que Rossellini disait juste après la guerre, à l’époque où il n’avait pas beaucoup de moyens mais où il a fait ses meilleurs films. Il disait qu’il fallait "faire de sa pauvreté une richesse". Le cinéma de Moullet, c’est ça : une pauvreté transformée en richesse. Son cinéma n’est basé ni sur la technique, ni sur la performance, ni sur l’esbroufe. Pour lui, c'est le geste, l’idée. Tout peut s’arrêter là. Pour Moullet, le cinéma, c’est l’esquisse de l’idée, ou l’idée de l’esquisse.

Son crédo pourrait être : « je n’ai pas d’argent, mais j’ai des idées ». Dans L’homme des roubines, il explique qu’il a gardé dans son travail le côté radin et avare de ses ancêtres. Et que cela devient même un jeu : essayer de tourner le plus vite possible, de monter le plus vite possible, de faire le moins de prises possible, de faire la post-synchro le plus vite possible, afin que cela coûte le moins d’argent possible. Résultat : des films "cheap", mais bigrement bigarrés et vivants. Moullet replace l’art cinématographique là où l’avait placé un Méliès. Dans les films de Moullet, il y a cette même part de fausse naïveté, de magie artisanale et ludique du pionnier Méliès. Il y a la même confiance aveugle pour le cinéma, le même plaisir enfantin à filmer.
Exemple 1 : Une aventure de Billy le Kid n’est rien d’autre que deux acteurs filmés en train de marcher dans la nature, exemple 2 : de nombreuses scènes de Brigitte et Brigitte sont tournées dans la même pièce, ou presque. Pour filmer l’appartement des deux Brigitte venues de province pour étudier à Paris, pour filmer la salle d’inscription de la fac, pour filmer un restaurant, Moullet reste dans la même pièce. On change juste la table et les chaises, et le tour est joué (c’est le producteur qui devait être content !). Tout est fait de bric et de broc. Le jeu des acteurs, les situations, tout est irréaliste au possible dans ce premier long métrage de Moullet, et finalement on y croit plus qu’une superproduction qui s’applique et qui embauche 3500 personnes pour les décors. À aucun moment, Moullet ne cherche à dissimuler les décors de fortune dont il dispose. Sa force, c’est qu’on finit par trouver cela acceptable. Si Scorsese faisait la même chose, on trouverait ça limite. Là, non. Cette simplicité extrême, qui passe aussi par l’anti-sophistication du découpage et des mouvements d’appareil permet peut-être à Moullet de passer d’un genre à l’autre, ou plutôt de mêler les genres sans aucune difficulté, passant allègrement du conte (Brigitte rencontre une autre Brigitte habillée exactement comme elle à son arrivée à Paris, elles vont faire les mêmes études et s’installer en colocation. L’une réussira, l’autre non), à la comédie pop, au docu social, et à la satire.
Le cinéma de Moullet peut tout se permettre, beaucoup plus que d’autres. C’est à la fois la limite et la force de son cinéma. Limite, car Moullet ne respecte pas suffisamment les règles séculaires établies par la convention du langage cinématographique. On y perd pied parfois, mais on finit convaincu que le champ des possibles cinématographiques a été élargi. En fait, le cinéma de Moullet est pétri d’inventions et d’idées (comment faire du cinéma avec rien ?) mais s’arrête souvent à ce stade. Il laisse des traces, la réflexion se poursuit après la vision des films, mais sur le moment, ils n’émeuvent guère.

Ce n’est pas pour rien, et il faut s’en doute y voir là un signe et l’explication même du cinéma de Moullet, que Les sièges de l’Alcazar est son meilleur film. Le seul où il semble faire totalement corps avec son sujet. La mélancolie d’un temps révolu, celui de la cinéphilie, ponctué d’un humour corrosif plein d’autodérision. On a dit de ce film, à juste titre, que c’était LE film sur la cinéphilie, fait avec des cinéphiles pour des cinéphiles. Idée de génie de plus dans la carrière de Moullet, Les sièges de l’Alcazar ne se contente pas de mettre en scène un critique fétichiste de la salle obscure dans les années 50, pour qui le cinéma est une religion, qui refuse de s’asseoir ailleurs qu’au premier rang, qui refuse de voir un film qui n’est pas projeté dans son format d’origine, qui chérit et donne des noms aux sièges, et propose une lecture totalement personnelle et provocatrice de l’histoire du cinéma italien (entendu dans le film : « Michelangelo Antonioni est le Vittorio Cottafavi du pauvre » ou lorsqu’il vient au cinéma avec une femme qu’il tente de séduire « c’est une bonne idée de projeter un Luchino Visconti en première partie, car il n’y a rien à voir sur l’écran, on peut faire autre chose ».). Moullet ne s’en tient pas à cela. Il invente une idylle improbable entre les deux critiques des reues ennemies. Lui adore Cottafavi, cinéaste aujourd’hui - et même peut être à l’époque - totalement oublié. Elle, déteste. « Film de merde », dit-elle. Chacun ses idées, chacun son monde. À partir d’un certain stade de cinéphilie, impossible de tisser des liens avec une personne qui n’aime pas les mêmes films que soi. C’est cet amer et déchirant constat qui fait des Sièges de l’alcazar le plus beau film de son auteur. D’autant plus beau qu’on a l’impression que Moullet n’a pas pu entretenir trop de liens avec le public pour les mêmes raisons. En dépit de son amour pour le cinéma, et peut-être même justement pour cette raison-là, Moullet fait figure de cinéaste reclus et confidentiel. Comme si le fait d’être trop cinéphile et d’avoir des idées trop pointues sur le cinéma l’avait enfermé dans un monde et pénalisé - si tant est que le fait de rester confidentiel est une pénalité.

Julien Pichené

BRIGITTE ET BRIGITTE
(1966)


LES CONTREBANDIÈRES
(1967)

 

UNE AVENTURE DE
BILLY LE KID
(1971)

 

ANATOMIE D'UN RAPPORT
(1975)

 

GENÈSE D'UN REPAS
(1978)

 

LES SIÈGES DE L'ALCAZAR
(1989)

 

PARPAILLON
(1992)

   
LES FILMS

 

  • DVD 1

    BRIGITTE ET BRIGITTE

    (1966 - 1h12)
    Avec: Françoise Vatel, Colette Descombres, Samuel Fuller, Eric Rohmer, Claude Chabrol, Claude Melki
    Sujet: Une digression sur les aventures parisiennes de deux jeunes provinciales, improbables cousines de Brigitte Bardot, qui découvrent la vie étudiante.


    PARPAILLON
    (1992 - 1h24)
    Sujet: Une kyrielle de cyclistes en tous genres participe une fois l’an dans les Alpes à l’ascension du Mont Parpaillon (2 632 m). Les uns se connaissent déjà, d’autres vont se rencontrer. Les uns dont une course pour voir, comme l’équipe de télé, d’autres pour être vus comme le député ou l’animateur. Tandis que certains trichent, d’autres tombent amoureux, s’installent pour manager, discutent des marchés financiers, etc…

  • DVD 2

    LES CONTREBANDIÈRES

    (1967 - 1h16)
    Avec: Francoise Vatel, Luc Moullet, Monique Thiriet, Albert Juross
    Sujet
    : À la frontière franco-mexicaine, les tribulations de deux jolies contrebandières.


    UNE AVENTURE DE BILLY LE KID

    (1971 -1h15)
    Avec: Jean-Pierre Léaud, Jean Valmont, Rachel Kesterber
    Sujet: Billy le Kid commet un forfait et s’enfuit avec le butin. Il rencontre une jeune femme qui désire le tuer mais finit par le sauver.


  • DVD 3

    ANATOMIE D'UN RAPPORT
    (1975 - 1h19)
    Co-réalisé avec:
    Antonietta Pizzorno
    Avec
    : Luc Moullet, Rachel Kesterber
    Sujet: Une autopsie extraordinaire, délirante, fantastique, du cogito de deux intellectuels qui n’arrivent pas à prendre leur pied !


    GENÈSE D'UN REPAS
    (1978 - 1h52 - documentaire)
    Sujet: Le film développe à l’écran, l’itinéraire d’un menu basique, du producteur au consommateur à travers les tribulations d’un œuf, d’une boîte de thon et d’une banane, de leurs lieux d’origine à l’assiette où ils échouent.


  • DVD 4 (BONUS)

    LES SIÈGES DE L'ALCAZAR

    (1989 - 54 mn)
    Avec: Olivier Maltinti, Elizabeth Moreau, Sabine Haudepin, Antoine Desrosières, Luc Moullet, Jean Abeillé, Micha Bayard, Dominique Zardi.
    Sujet: Paris, 1955. Guy, critique aux Cahiers du cinéma, va souvent soir les films de Vittorio Cottafavi dans une salle de quartier. Il y aperçoit Jeanne, critique de Positif, la revue ennemie


    +
    L'HOMME DES ROUBINES de Gérard Courant
    (1961 - 54 mn)
    Sujet: un documentaire décapant sur le cinéaste.



LES DVD
4 DVD 9 - Multizones - NTSC - Couleur et Noir et blanc
Formats image d’origine respectés - Ecran 16/9 compatible 4/3 et écran 4/3 pour format image d’origine 1.37
Version française et version anglaise (Une aventure de Billy le Kid uniquement) en Mono
Sous-titres anglais en option.



                                                    °°°°°
PROPOS DE LUC MOULLET (Informations Édition Blaq out)
ANATOMIE D'UN RAPPORT

Film comique ?
Mon film n’est pas un film comique, encore que mon personnage soit comme chez Molière perpétuellement à la croisée des chemins tragiques et comiques. Je suis burlesque à force d’être démuni et je pense qu’il n’y a de vrai comique que sur des sujets sérieux. Alceste aussi fait rire… Si l’on a tant ri à Chamrousse (1976, ndr) c’est que le rire est surtout une manifestation de défense. À plus forte raison lorsqu’on entend des propos inhabituels, la réaction n’en est que plus violente, surtout s’il s’agit de sexe…

Il y a pourtant plus de 200 films pornos par an qui misent sur la grande réussite sexuelle mais jamais n’analysent les actes qu’ils montrent, et en tout cas n’oseraient pas en parler comme d’un problème pur et simple. Ce qui m’a intéressé c’est justement l’état de crise de la relation sexuelle. Les faits narrés par le cinéma et les autres arts appartiennent à une tradition des sujets, situations et intrigues, dont les auteurs s’écartent avec beaucoup de prudence. Cette persévérance de la tradition au fil des années, liée à une civilisation bourgeoise, a fait que l’on ressent comme ridicules, invraisemblables, burlesques ou grotesques les faits qui appartiennent à la vie vécue, et non à une tradition narrative. Un certain nombre de faits et situations de ce film peuvent être considérées comme relevant du burlesque ou du grotesque. C’est là le signe de leur authenticité, le rire lui est le signe de défense face à la réalité. Je l’attendais bien des gens qui ont peur d’un sujet qui traite directement de sexe, mais je cherchais du spectateur qu’il rie d’abord, puis se rende compte ensuite que son rire est déplacé… d’autre part, dans un film comique l’auteur cherche à faire rire le public, pas le partenaire. Moi, à cause de la situation tendue, je cherche à faire rire la mienne… le côté psychologique était un vrai danger. Il a d’ailleurs joué sur ma partenaire et l’équipe du film dans diverses réactions de défense, que moi j’avais digérées depuis longtemps à force d’y songer. Il y a même des rires de techniciens que j’ai gardé dans la bande sonore.

Mon sujet concerne deux personnes puisqu’il est totalement autobiographique. Il n’y a pas tellement de films qui concernent beaucoup plus de deux personnes. Donc dans Anatomie d’un Rapport, il existe une infinité de correspondances, même si d’autres ne vivent pas les scènes sexuelles comme moi. Qui ne connaît pas d’état de crise ? Le bonheur, on en parle, c’est facile ; la crise, on la transpose, c’est plus simple. Moi j’ai fait le contraire, j’ai écarté les motivations détournées. C’est-à-dire toutes les difficultés annexes dans la vie d’un couple, pour cerner ce qui le plus souvent est le vrai problème, l’entente sexuelle.

Tout homme spectateur aura tendance à refuser carrément le film parce qu’il lui donne une idée de lui-même qu’en aucun cas il n’accepte. L’identification ici ne joue plus. Je ne prétends rien. Mais si je peux rire de moi, pourquoi pas les autres d’eux-mêmes ? On y verrait peut-être plus clair.

Propos recueillis par Anne de Gasperi

ANATOMIE D’UN RAPPORT

Film d'auteurs

Luc Moullet
:
« Chacun cherche à faire le meilleur film possible. Le moyen le plus évident consiste à mettre dans le film le plus de choses possibles, et à supprimer l’arbitraire issu du subjectif.
Jusqu’ici les films étaient faits, ou par des hommes, ou par des femmes. Dans un cas comme dans l’autre, ils perdaient donc au départ la moitié de la vision du monde. Anatomie d’un Rapport cherche à limiter cette perte. Par la concurrence des visions, dans les scènes où interviennent les deux réalisateurs et protagonistes, par l’addition des visions, à travers le cumul des scènes opposées où seul l’acteur-réalisateur, ou seules réalisatrice et actrice interviennent.
Ma partenaire Christine Hébert assume entièrement la réalisation de l’univers qu’elle évoque et Antonietta Pizzorno, quant à elle, est la coréalisatrice. »


Le sexe, la vie et le cinéma

Antonietta Pizzorno :
« Dans les films pornos, on voit des gens qui baisent, mais on les entend très peu parler de leurs problèmes sexuels. Ici, on voit parfois les gens qui baisent. Très peu de temps d’ailleurs, et ils sont assez souvent recouverts par les draps.
Mais on n’est pas à poil seulement pour baiser. Moi, je me sens très bien à poil. Mais l’hiver j’ai froid, car je n’ai pas tellement de chauffage chez moi. Sinon, à la maison, je me promènerais à poil toute l’année.
Comme la plupart des femmes, je revendique la reconnaissance du clitoris comme sexe de la femme. On m’a dit que c’était une perversion.
Soit dit en passant, je suis pour toute forme de ce qu’on appelle perversion. La perversion se définit uniquement par le fait qu’elle est refoulée ou qu’elle n’est pas assumée. Les perversions reconnues par notre société sont ce que notre culture refoule, et que la société veut maintenir comme telles parce que c’est dangereux : les gens pourraient « s’éclater trop » .

En fait, le sexe n’est pas le problème essentiel. Connaître son sexe n’est qu’un premier pas. Parler de la sexualité en se limitant au sexe, c’est oublier le plus important. A la limite, je m’en fous de la place de mon sexe. Ce qui compte, c’est mon corps. Je veux que mon corps jouisse en entier.
Un film comme Deep Throat (de Jerry Gérard, Gorge Profonde en français) fait du clitoris le centre du plaisir. Mais c’est insuffisant : le reste du corps est oublié. Il y a même récupération par l’homme : l’idée de mettre le clitoris dans la gorge provient du désir de l’homme de faire coïncider le plaisir clitoridien avec la pénétration. De plus, l’activité sexuelle décrite est à la fois répétitive et trop brève. »

Luc Moullet :
« Le film de sexe a tendance à montrer des actes sexuels sur la totalité de sa durée, et à montrer la plus grande réussite sexuelle. Il triche en cela sur la réalité, où l’acte sexuel n’occupe qu’une durée minime par rapport à celle d’une vie, ou même à la journée active d’un être. La sexualité existe dans la durée plus par ce qui l’encadre – la pensée érotique ou les actes para-sexuels- que par les caresses ou l’acte sexuel proprement dit.
Quant à la réussite sexuelle, elle résulte d’un travail permanent, avec ses hauts et ses bas, et n’a rien d’automatique. Il importait donc de réaliser un film de sexe qui refuse la vision mensongère du film de série, et d’essayer de restituer la réalité et sa durée.
Le film sexy confond nudité et sexualité. Ici, la nudité recouvre une plus grande indépendance. On verra, alors qu’il est nu, l’homme réfléchir, s’interroger, et non se contenter d’une activité physique sexuelle. La nudité fait apparaître sa fragilité plus que sa sexualité. »


De l’autobiographie au cinéma

Luc Moullet :
« L’originalité de ces données par rapport à la production courante fait que nous ne pouvions trouver de bases à leur expression dans une matière déjà écrite ou connue. Notre propre vie est donc la source principale.
L’autobiographie est généralement mal considérée : Elle trahirait, dit-on, le manque d’imagination.
Ce n’est pas mon problème. J’ai déjà fait 6 films et ils étaient peu autobiographiques.
Le film autobiographique présente un avantage : alors que 910 % des films ne concernent personne, pas même leurs auteurs, Anatomie d’un Rapport concerne, décrit avec précision au moins 2 personnes : leurs réalisateurs.
Il serait vain de restituer la vie sexuelle dans son temps réel sans restituer le reste de la vie dans son temps et son contenu réel. C’est pourquoi, par exemple, la profession de protagonistes n’a pas été modifiée dans le film. C’est donc, en partie, un film sur un réalisateur-producteur de films. Il m’a paru intéressant d’apporter un témoignage social sur les difficultés matérielles liées à cette activité, et sur les difficultés morales qui en découlent.
On montre souvent les difficultés économiques du mineur de fond, de l’ouvrier de chez Renault, ou du paysan, mais on ignore généralement que ces catégories de travailleurs sont très avantagées par rapport à la moyenne des cinéastes. Je me suis donc efforcé de révéler cette situation. »

Antonietta Pizzorno :
« Il m’est difficile d’en dire plus qu’il n’est dit dans le film. Anatomie d’un Rapport restitue un moment de ma vie que j’ai vécu, je le crois, en étant pleinement consciente de ce qu’il était.
C’est ainsi que j’ai pu me rappeler tout ce qui s’était passé en moi, et j’ai essayé de rendre ce moment de ma vie dans toute sa complexité. J’ai évité tout amendement à la réalité. Je n’ai pas inclus dans l’action du film les réflexions que je faisais sur moi-même au cours de l’écriture du scénario ou du tournage. J’ai essayé d’être le plus possible sincère avec moi-même.
Le film s’ouvre sur un conflit qui amène les personnages à parler de leurs problèmes. La femme est la première à ressentir la nécessité de remettre en question le « rôle » qu’elle vit dans un rapport de couple. De là, toute une série de réflexions, intuitions et prises de positions vis-à-vis du rapport sexuel. »

Le cinéma

Antonietta Pizzorno :
« Une partie du film se fonde sur un scénario assez précis. Une autre partie a été conçue comme devant être improvisée. Une troisième partie introduit la réalité du tournage et les faits et situations qui se sont créés au tournage, notamment les rapports entre moi et l’actrice.
J’aurais voulu que toute l’équipe technique soit à poil. Ca aurait fait partie du travail que j’étais en train de faire dans le film. Il y aurait eu une participation beaucoup plus active de l’équipe. Je voudrais que chacun soit branché par le sujet, et y travaille parce qu’il s’y intéresse, pas seulement financièrement. »

Luc Moullet :
« Ce film comprend aussi un essai de réflexion sur le cinéma, à des niveaux divers. Il doit beaucoup au travail sur le film qui a été accompli, entre autres, par le Groupe Cinéthique.
Alors que mes deux précédents films étaient peu parlés, celui-ci se signale par un texte abondant. En effet, il m’a paru stupide de vouloir tout faire comprendre par l’image si cela demande beaucoup plus de temps. Par le texte, on peut souvent tout dire en quelques secondes, et sans ambiguïtés, comme l’a prouvé Dreyer dans son chef-d’œuvre Gertrud.
De plus, cela correspond à la vie des personnages montrés, des intellectuels qui disent ce qu’ils pensent et ressentent. Le but, ici, n’a pas été de « faire du cinéma » au sens le plus restreint de l’expression, mais de faire quelque chose qui présente un intérêt. »

PARPAILLON
par Luc Moullet

Le film décrit la montée par des cyclistes, au cours d'un rallye, du col de Parpaillon, situé dans les Alpes Françaises, et qui a une valeur mythique dans le monde du vélo.
Il commence avec les premières rampes, à huit cents mètres d'altitude, pour se terminer peu après le sommet du col, à plus de deux mille six cents mètres, auquel on accède par une route de terre souvent médiocre et fort pentue, dans un cadre somptueux.
On pourrait croire qu'il s'agit d'un film sportif, la notion de compétition étant souvent liée dans les esprits à la vue de vélos dans un col de haute montagne.

C'est à la fois un petit peu vrai et totalement faux. D'abord parce que la plupart des participants à ce rallye imaginaire ne cherchent pas à aller vite (quelques-uns préfèrent même aller le moins vite possible) et aussi parce que le recours au vélo constitue pour moi un biais permettant de montrer, sous une forme inattendue, les comportements fort divers d'individus et de groupes, à la fois très banals et pittoresques, dans un cadre donné. Ce sont des cyclistes, mais il aurait aussi bien pu s'agir, sans qu'il y ait beaucoup de différence, de pêcheurs à la ligne, de cinéphiles, d'arpenteurs, de joueurs au loto ou de pèlerins. Le pèlerinage à la Vierge de Jasny, un autre road-movie m'a d'ailleurs servi de modèle.

Il y a d'autres références qui permettront de mieux situer Parpaillon : La Voie Lactée, le célèbre article d'Alfred Jarry, La passion considérée comme course de côte, les films d'Hiroshi Shimizu, et The Heart is A Lonely Hunter de Carson Mc Cullers, qui m'a donné l'idée d'une structure unanimiste où les personnages réapparaissent à distance au plus cinq ou six fois, relayés en continuité par d'autres.
Peut être ai-je piqué également des choses à Jacques Tati car, comme tous mes films, Parpaillon se veut un film comique, peut-être plus teinté que les précédents par la loufoquerie, le grotesque, l'extravagance, tant il est vrai que notre civilisation des loisirs occidentale qu'évoque directement mon sujet, se révèle exceptionnellement riche en faits hilarants.

BIOGRAPHIE & FILMOGRAPHIE DE LUC MOULLET (Informations Édition Blaq out)

BIO

Après des débuts de critique aux Cahiers du Cinéma au milieu des années 50, il passe à la réalisation alternant sans vergogne courts et longs métrages.
Parmi ses films marquants, on retrouve Les Contrebandières (1966), Une aventure de Billy le Kid (1971), parodie de western avec Jean-Pierre Léaud, Anatomie d’un rapport (1975), film auscultant la relation entre les sexes, ou encore Genèse d’un repas, documentaire au constat amer
sur la production alimentaire au Tiers Monde.
En 1987, Luc Moullet reçoit le prix Jean Vigo pour La Comédie du travail,
satire insolite sur le thème du chômage.
Néanmoins, c'est à travers ces nombreux courts métrages qu'il fait preuve de la plus grande originalité. Partant de sujet ancrés dans le quotidien, il parvient à produire de véritable envolée surréaliste, comme par exemple dans Barres où il étudie les comportements de chacun face aux tourniquets de métro. À ses qualités de cinéaste s'ajoute celles de comédien. Il ainsi apparut ces dernières années dans de petits rôles, comme celui de Raymond dans J’ai horreur de l’amour de Laurence Ferreira Barbosa.
En 2002, il met en scène Les Naufragés de la D17, l'histoire d'un groupe de personnes, tous aussi excentriques les uns que les autres, qui se croisent et s'entrecroisent dans la région la plus désertique de France, avec entre autre Sabine Haudepin et Mathieu Amalric.


FILMO

Prestige de la mort, Le (2007)
Naufragés de la D17, Les (2002)
Système Zsygmondy, Le (2000)
...Au champ d'honneur (1998)
Nous sommes tous des cafards (1997)
Fantôme de Longstaff, Le (1996)
Odyssée du 16/9°, L' (1996)
Ventre de l'Amérique, Le (1996)
Imphy, capitale de la France (1995)
Foix (1994)
Toujours plus (1994)
Parpaillon (1993) (TV)
Cabale des oursins (1991)
Sept selon Jean et Luc, La (1990)
Sièges de l'Alcazar, Les (1989)
Essai d'ouverture (1988)
Comédie du travail, La (1987)
Valse des médias, La (1987)
Empire de Médor, L' (1986)
Barres (1984)
Les Havres (1983)
Minutes d'un faiseur de film, Les (1983)
Introduction (1982)
Ma première brasse (1981)
Genèse d'un repas (1978)
Anatomie d'un rapport (1976)
Une aventure de Billy le Kid (1971)
Contrebandières, Les (1967)
Brigitte et Brigitte (1966)
Capito ? (1962)
Terres noires (1961)
Un steack trop cuit (1960)