| |
|
|||||
|
||||||
|
SYNOPSIS | |||||
|
||||||
| POINT DE VUE |
||||||
|
D'emblée,
nous sommes en territoire familier, dans ces Alpes du Sud qu’affectionne
tant Luc Moullet cinéaste, critique, amateur invétéré
de vélo et de marches dans les alpages. C’est dans ces
contrées magnifiques et encore sauvages (la seule gare des environs
est indiquée avec une pancarte mal orthographiée !) que
déboulent soudainement deux pilotes automobiles, chargés
de repérer les lieux afin de préparer une prochaine compétition.
Après un accident malencontreux, Paul (Patrick Bouchitey) doit
se séparer de son fidèle co-pilote et doit le remplacer
par une jeune femme qu’il traite avec un certain dédain
(pour employer un doux euphémisme !)… Inutile de poursuivre plus loin l’intrigue de ces Naufragés de la D17, comédie loufoque qui ne dépareille aucunement dans l’œuvre singulière de Luc Moullet. Comme toujours, le film avance par petites saynètes et carbure à l’humour décalé et minimaliste. Parallèlement au récit de ces pilotes embourbés sur une petite départementale, le cinéaste met en scène un groupe de bidasses (commandés par le toujours excellent et hilarant Jean-Christophe Bouvet) sur les traces de Saddam Hussein (nous sommes en 1991, au tout début de la guerre du Golfe), un tournage de film perdu en pleine brousse et un couple d’astrophysiciens travaillant dans un observatoire isolé ; René (Mathieu Amalric) ayant des vues sur sa collègue (la délicieuse Sabine Haudepin) tandis que celle-ci n’a d’yeux que pour un berger du coin… Difficile de décrire l’humour de Moullet pour quiconque n’a jamais vu l’un de ses films. On songe parfois à Mocky pour la construction narrative en « tableaux » et la galerie de trognes invraisemblables. On songe aussi, toutes proportions gardées, à certains aspects du cinéma de Tati, notamment cette façon de diluer les gags dans le plan d’ensemble, de ne jamais insister sur les effets comiques. Comme l’auteur de Mon oncle, Moullet se moque de certains travers de la modernité dans Les naufragés de la D17. L’un des passages les plus significatifs est sans doute celui où des marcheurs grimpent plus vite que la voiture de course de Paul dans la mesure où ils montent en ligne droite tandis que le pilote est obligé de parcourir tous les lacets sinueux de la route. Le film est construit sur une opposition systématique entre un environnement majestueux et immémorial (je vous recommande la scène de la « cabine téléphonique ») et les signes d’une modernité discréditée et ridiculisée. Bienheureusement, Moullet n’est pas un cinéaste à thèses et préfère sourire des travers de la modernité plutôt que de se lancer dans une diatribe salée. Il fait de Paul, le pilote, un macho falot et veule que Patrick Bouchitey incarne avec le talent qu’on lui connaît. Il faut le voir houspiller sa pauvre co-équipière, l’envoyer chercher du secours alors qu’il ne bouge pas ses fesses de l’habitacle de son bolide (qu’il ne veut à aucun prix abandonner…) ou proférer les pires clichés phallocrates qu’on puisse imaginer… Face à l’arrogance et à la prétention vulgaire de ce représentant de la « civilisation » automobile, Moullet oppose l’indifférence amusée des autochtones : les dépanneurs viennent avec leurs vaches, les bergers communiquent par signaux sibyllins, les habitants s’étonnent lorsqu’ils voient passer deux voitures dans la journée…Dans ce décor alpestre, tous les signes de la modernité paraissent ridicules et vains. Certains n’hésiteront sans doute pas, comme on le fit pour Tati, à taxer Moullet d’une certaine frilosité et de le juger « réactionnaire ». Or il n’en est rien puisque le cinéaste ne cherche ni à étayer une thèse, ni à ériger les gens du cru en symbole d’une vie authentique à l’ancienne (ils ont aussi leurs défauts, à l’image de certaines boutiquières acariâtres ou de ce petit vieux qui parade devant tous les habitants parce qu’il a pris deux femmes en auto-stop). L’une des grandes qualités des Naufragés de la D17, c’est que son aspect volontairement décousu au départ (quel rapport entre ces bidasses en goguette et le tournage de ce film où le réalisateur ne peut même pas nourrir ses techniciens ?) finit par former un tout homogène et cohérent. La galerie de silhouettes vite croquées finit par composer un microcosme hétéroclite permettant à Luc Moullet de livrer sa vision décalée et amusée de notre monde. Et malgré ses allures désinvoltes et farfelues, Les naufragés de la D17 finit par dresser un panorama assez juste et fin des travers de notre modernité. Le tout sans lourdeurs didactiques ou démonstratives mais avec cette modestie qui fait toute l’élégance du cinéma de Moullet… Vincent Roussel |
|
|
||||
| FICHE TECHNIQUE | ||||||
|
||||||