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SYNOPSIS | |||||
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| POINT DE VUE |
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C'est
une chose réjouissante que de voir Luc Moullet sous les feux
des projecteurs en ce moment : une intégrale au Centre Pompidou,
deux livres et des rééditions de ses films en DVD. Le
dernier en date, Le prestige de la mort, dresse un constat
assez similaire à celui de l’excellent Metteur en scène
de mariages de Bellocchio : pour avoir du succès aujourd’hui,
mieux vaut être mort ! Comme le cinéaste l’explique
dans Notre alpin quotidien, ses films commencent à connaître
un certain succès après un délai réglementaire
de… 24 ans ! Fort de ce constat, Luc Moullet, cinéaste « fictif » du Prestige de la mort, décide d’employer les grands moyens pour réduire ce délai en empruntant l’identité d’un cadavre qu’il découvre en pleine montagne (diable ! un énarque qui plus est !) en espérant que l’annonce de sa mort permettra de redécouvrir son œuvre. Il espère par là pouvoir financer son projet de grand film britannique en costumes, une adaptation de Remèdes désespérés de Thomas Hardy dont on voit quelques images rêvées assez désopilantes. Si le prestige de la mort n’est sans doute pas son meilleur film, cette comédie burlesque totalement aberrante (au sens où l’on n’imagine pas qu’une telle pousse puisse encore germer sur le terreau ratiboisé et javellisé du cinéma français) constitue une excellente première approche du cinéma de notre hurluberlu favori. S’il fallait absolument trouver un cousinage lointain à ce franc-tireur iconoclaste, on pourrait à la limite citer certains films de Mocky avec qui Moullet partage le même sens de l’absurde et des trognes. Mais la colère et la révolte propres au cinéma de Mocky ont laissé place à un flegme et une dérision piquante chez Moullet. Rien ne symbolise mieux Le prestige de la mort que la voix un peu traînante et disharmonieuse du cinéaste. C’est du burlesque nonchalant, souvent complètement débile mais regorgeant de petites notations drolatiques et de détails loufoques (la principale chaîne publique française devient France d’œufs et l’on voit le bureau de la directrice –la complice Bernadette Lafont- envahi par des coquetiers et autres bibelots de gallinacés). Avec Mocky, Moullet partage également la même économie de cinéma (c’est une manière euphémique de dire que leurs films sont totalement fauchés !) et il est d’ailleurs beaucoup question d’économies dans Le prestige de la mort : le cinéaste imagine tourner ses extérieurs anglais dans les Alpes pour éviter les frais d’Eurostar, il fait jouer des figurants nus pour réduire les dépenses en costumes, etc. Le film suit donc son petit bout de chemin sur les traces de son cinéaste qui doit faire face à toutes sortes de problèmes : ressembler au cadavre qu’il a trouvé pour endosser sa nouvelle identité (le voilà contraint aux « lunettes placebo » !), faire retrouver le corps du faux Luc Moullet mais pas trop vite car sa mort risque d’être éclipsée par celle de Jean-Luc Godard qui survient au même moment (on aimerait savoir ce que pense l’intéressé de cette farce macabre !), éviter un maître chanteur old school (Bouvet) puis la police (qui le soupçonne désormais de meurtre)… Moullet déploie son sens de la comédie en jouant sur deux registres : les gags visuels à la Tati (mais un Tati sous tranquillisant !), à l’image de ces badauds qui se baladent en pleine montagne avec leurs parasols en guise de deltaplane, et des gags plus « agressifs » où le cinéaste se moque, en vrac, du financement du cinéma français et des chaînes de télévision (la directrice abrutie qui confond Thomas Hardy et Henry James), de la police (totalement incompétente et stupide, du commissaire qui veut toucher sa retraite à l’inspecteur zélé hors du coup en passant par le brave noir qui joue aux machines à sous pendant tout le film), des élites (Moullet a peur qu’une analyse génétique révèle qu’il n’a pas un cerveau d’énarque !)… Le résultat est totalement foutraque et l’interprétation assez hasardeuse ajoute à l’impression de joyeux bordel. Le résultat ne ressemble à rien d’autre qu’à du Luc Moullet, à savoir à un véritable OVNI où il se filme en cinéaste clochardisé, dernier mohican déphasé et témoin loufoque d’une époque révolue... Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||||
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