|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
|
À
la suite de Nosferatu, Murnau réalise plusieurs oeuvres
cruciales, telles que Der letzte Mann (Le Dernier des hommes,
1924), qui lui vaut les faveurs d’Hollywood, et Her
Tartüff, adaptation de la pièce de Molière.
Mais c’est avec Faust, dernier film de la “période
allemande”, que Murnau atteint un nouveau sommet. S’il trouve
son inspiration dans la légende germanique séculaire,
et plus particulièrement dans la pièce magistrale qu’en
tira Goethe, Murnau n’en propose pas moins une lecture personnelle,
comme tous les grands adaptateurs du mythe (notamment Berlioz, Gounod
et Boito à l’opéra). Il suit ainsi d’assez
près le fil du drame de Goethe, de la signature du pacte avec
le diable, Méphistophélès, à l’apothéose
de Faust et Gretchen, en passant par le duel avec Valentin. Une différence importante apparaît cependant, comme l’a remarqué Rohmer, dans la séquence de la peste qui constitue le début du film (Goethe fait tout de même allusion à un épisode semblable). En fait, le Faust de Murnau renonce tout d’abord à Dieu pour sauver ses concitoyens d’une peste soudaine. C’est par esprit de sacrifice qu’il cède donc à la première tentation de Méphistophélès, dans le seul but d’enrayer l’épidémie meurtrière. Et ce n’est qu’après que la population s’est retournée contre lui que le vieil homme, prêt à mettre fin à ses jours, succombe à de nouvelles propositions : retrouver sa jeunesse, parcourir le monde et jouir de la voluptueuse duchesse de Parme. Le reste du film ne se détache jamais entièrement de la trame du drame de Goethe, mais Murnau en tire, comme d’un simple canevas, une expérience visuelle totale. Contrairement à Nosferatu, le film fait cette fois la part belle aux effets spéciaux et aux décors fabriqués de toutes pièces. “Ainsi, ne m’épargnez machines ni décors”, écrivait déjà Goethe dans son prologue, voeu que Murnau paraît exaucer tout à fait. Il faut dire que les scènes de magie ne manquent pas, et que le cinéaste met tout en oeuvre pour recréer ces visions (d’autres avant lui l’avaient tenté, même au moyen d’images animées : Méliès, Alice Guy, Oskar Messter, etc.). Pour la transformation de Faust par exemple, la silhouette de Méphistophélès grandit démesurément en surimpression, alors que de gigantesques flammes, grâce au même procédé, dévorent subitement le laboratoire. Lorsque le démon retire le drap qui recouvre Faust, le feu s’éteint tout d’un coup et le visage rajeuni du savant apparaît. Méphistophélès lui-même se métamorphose : délaissant son apparence de mendiant, il se dédouble en jeune seigneur, la plume de coq au chapeau et l’épée au côté. Alors, il peut soumettre aux yeux ébahis de Faust l’image de la duchesse de Parme, pâle et nue sous ses voiles translucides. Les visions n’ont d’ailleurs pas toujours qu’un intérêt spectaculaire, mais ont souvent chez Murnau une véritable fonction narrative. Elles peuvent en effet mettre à nu les pensées des personnages et nous révéler leurs motivations, comme cette surimpression des victimes de la peste sur le visage de Faust, qui l’incite à signer le pacte de Méphistophélès. Du côté des décors, Murnau n’hésite pas non plus sur l’illusion, comme en témoigne la fastueuse séquence du “voyage aérien” : le vol débute au-dessus des innombrables toitures de la ville, contournant le clocher d’une cathédrale gothique ; puis, prenant de la hauteur, il traverse les campagnes brumeuses et gagne les montagnes où s’écoulent de fraîches cascades ; il arrive enfin sur les bords de la Méditerranée, en Italie, dans le palais où se déroulent les noces de la duchesse de Parme, tout cela n’étant, comme le précise Lotte H. Eisner qui regrette les étendues grises de Nosferatu, qu’une minutieuse reconstitution. S’ajoutent, à ce foisonnement d’effets et de décors, le travail de la lumière (avec ces ombres maléfiques déjà présentes dans Nosferatu), le rôle des acteurs (notamment l’impressionnant Emil Jannings et la virginale Camilla Horn), les angles, la composition (la séquence hivernale où Gretchen portant son nouveau-né a des airs de madone), le montage, et toute une multitude d’éléments dont Murnau s’est parfaitement rendu maître dans ce chef-d’œuvre. Stéphane Tralongo |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
||||
| FILMOGRAPHIE DE MURNAU | ||||
| Tabou
(1931)
City Girl, Our Daily Bread (1929) L'Aurore (1927) Faust (1926) Herr Tartüff (1926) Le Dernier des hommes (1924) Les Finances du grand duc (1924) Nosferatu (1922) La Terre qui flambe (1922) Fantome (1922) La Decouverte d'un secret (1921) Promenade dans la nuit (1920) Satanas (1919)
|
||||
| LIRE
AUSSI DU MÊME AUTEUR |
||||
|
||||