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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
Quatrième
et dernier film d’Oshima tourné pour la Shochiku, Nuit
et brouillard au Japon est sans doute son film le plus radical
et le plus complexe. Pour être tout à fait franc, le néophyte
qui n’entend rien à l’histoire politique du Japon
des années 50-60 risque d’être un tantinet dérouté
par un film qui se réfère sans arrêt à ce
contexte sociopolitique précis. Ne pas saisir toutes les allusions évoquées le film n’empêchera sans doute pas le spectateur de goûter à la puissance du système formel mis en place par Oshima sur la base de longs et complexes plans-séquences. Mais il n’est pas impossible qu’il se sente également rejeté hors de ce récit tortueux. Nuit et brouillard au Japon témoigne une fois de plus (après la « trilogie de la jeunesse ») du désir d’Oshima d’inscrire son cinéma au cœur même de la réalité japonaise contemporaine. Et comme dans Contes cruels de la jeunesse, il s’agit de faire le portrait d’une jeunesse révoltée et de porter un regard extrêmement critique sur une société nippone sclérosée. L’action se situe en octobre 1960, au cours d’un mariage entre deux jeunes gens : Nozawa et Reiko. Un professeur fait un discours de réconciliation jusqu’au moment où divers invités interviennent et donnent leurs points de vue sur ce discours, en revenant sur les évènements politiques ayant agité le Japon au cours de la décennie précédente (en particulier, l’échec des manifestations contre le Traité de sécurité nippo-américain) et auxquels ils ont participé. Les discussions vont bon train et donnent au film son caractère éminemment politique. Oshima filme une parole qui soudain s’incarne dans une succession de « tableaux » où se télescopent les époques (les années 50 et la guerre contre la Corée, 1960…). Par rapport à ses films précédents, Oshima introduit dans Nuit et brouillard au Japon une dimension qui deviendra l’une des marques récurrentes de son cinéma : le cérémonial. Et c’est à travers ces cérémonies (ici, un mariage) que le cinéaste cherche à pointer le cadre étouffant d’une société rigide et immuable en ses lois. Le mariage a ici valeur de métaphore : il scelle la réconciliation entre d’une part les membres du parti communiste japonais (Nozawa) et d’autre part, les organisations étudiantes gauchistes qui se sont désolidarisées de ce parti centralisateur et autoritaire (Reiko). A travers les joutes verbales auxquelles vont se livrer ces jeunes gens, Oshima tente de donner corps (par ses partis pris esthétiques) à la parole politique et d’offrir aux spectateurs une « critique révolutionnaire du mouvement révolutionnaire ». Le moment où ce mouvement semble s’essouffler après la ratification du traité de sécurité avec les américains permet à Oshima de livrer une analyse rageuse et sans concession du devenir de ce mouvement révolutionnaire japonais. A travers deux évènements survenus au cours de la décennie (la capture puis l’évasion douteuse d’un prétendu espion qui conduira un jeune homme soupçonné de trahison à se suicider ; la disparition d’un militant blessé pendant les évènements de juin 60), les personnages vont se mettre en cause et offrir à Oshima la possibilité d’aiguiser son regard critique. Sa première cible, c’est le PC japonais dont les méthodes autoritaires et l’affiliation au Kominform sont dénoncées. La scène où les apparatchiks du parti interrogent le prétendu « traître » qui a laissé filer l’espion rappelle les tristes méthodes de la police stalinienne et laisse rêveur quant aux vertus émancipatrices prônées par de tels rogatons. Face à ce parti dominant le mouvement dans les années 50 mais en pleine décomposition, Oshima voit d’un œil meilleur la montée d’une vague étudiante contestataire sans pour autant se départir d’une véritable distance critique vis-à-vis de cette vague. Même si l’approche du cinéaste n’a rien de systématique, chacun de ses personnages semblent incarner une position en même temps que ses limites et ses contradictions. Il joue sur les oppositions entre les activistes à tout crin, militants sans véritable organisation et les théoriciens incapables de mettre en pratique leurs idées. Un seul personnage pourrait, à la rigueur, incarner la position d’Oshima. Il s’agit de Ota, un étudiant recherché par la police qui vient jouer les trouble-fêtes et stigmatiser les bureaucrates staliniens aussi bien que l’impuissance d’un mouvement étudiant à impulser un élan révolutionnaire à la lutte et réduit à se souder derrière des chants et un boy-scoutisme de façade. Ota représente le révolté absolu, le « criminel » cher à Oshima, qui n’oppose aux pouvoirs en place que la fougue de sa « subjectivité radicale » (comme on disait au temps de La dialectique peut-elle casser des briques ?). Nuit et brouillard au Japon est un peu à l’image de l’intrusion d’Ota : un cri de révolte fougueux et intensément subjectif lancé à la face d’une société japonaise vomie. Oshima oppose d’un côté les formes figées de la société japonaise (à travers le cérémonial) dans lesquelles tente de s’immiscer un mouvement révolutionnaire pris entre des idéologies déjà dépassées et une incapacité à s’organiser ; et, de l’autre, un appel radical à l’exacerbation des subjectivités individuelles. Construit autour de longs plans-séquences qui semblent enfermer les individus dans des schémas sociaux rigides, le film offre une place à des voix dissonantes et révoltées désireuses d’en finir avec le vieux monde. Parmi ces voix, celle d’un cinéaste désormais parfaitement maître de son art et prêt à poursuivre son combat loin des studios de la Shochiku qu’il quittera après ce film… Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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