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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
De
Nagisa Oshima, on connaît surtout le réalisateur à
l'érotisme provoquant de Ai no corrida (L'empire
des sens - 1976) et Max mon amour (1986), le cinéaste
classieux de Furyo (1983) ou de Gohatto (Tabou
– 1999) son dernier film à ce jour. On connaît encore,
quoiqu'un peu moins bien, le réalisateur politiquement engagé
et virulent, figure phare de la nouvelle vague japonaise des années
60 avec Seishun zankoku monogatari (Contes
cruels de la jeunesse - 1960), Nihon no yoru to kiri
(Nuit et brouillard
du japon – 1960) ou Koshikei (La pendaison).
L'édition DVD de quelques films rares voire inédits en
France permet d'ajouter quelques facettes à l'oeuvre riche et
complexe de l'un des plus importants cinéastes nippons. Merci,
édition DVD. Ainsi, Kaette kita yopparai
(Le retour des trois soûlards) réalisé
en 1968 (il n'y a pas de hasard) en deux productions plus sombres, dévoile
un penchant inattendu pour la comédie burlesque et un goût
pour la fantaisie dans le récit comme sur la forme. Construit autour d'un trio de musiciens pop alors fameux, les Folk Crusaders, Le retour des trois soûlards évoque les films réalisés par Richard Lester avec les Beatles ou un autre classique de la comédie contestataire tourné la même année, If... de Lindsay Anderson. Le film fut un échec, le studio Shochiku effaré par le résultat le retirant au bout de quelques jours de l'affiche. Cet événement consomma la rupture entre Oshima et son ancien studio, déjà passablement sur les nerfs avec les films précédent. Artistiquement, Oshima conservera sa virulence, mais délaissera ce style de comédie, ce que l'on peut en découvrant ce film aujourd'hui, regretter. Ça commence par une scène étonnante. Écran large, vaste plage bordée de dunes en cinémascope, couleurs vives et lumière solaire signée Yasuhiro Yoshioka, collaborateur clef sur cinq films entre 1967 et 1969. Ça sent l'été et les vacances, d'autant que flotte une ritournelle pop avec une voix de dessin animé annonçant « Voilà t'y pas que je suis mort / En route pour le paradis ». Une voix de sale gosse monté boire du saké et lutiner les filles à la droite du père. Nos trois étudiants en uniforme réglementaire et donc un peu militaire débarquent sur la plage, les deux plus grands entraînant le plus petit et ont un jeu d'un goût exquis. L'image est suffisamment connue que l'on reconnaisse vite qu'ils reproduisent en un tableau vivant la fameuse photographie de Eddie Adams de l'exécution du Viêt Cong Nguyen Van Lem par le Général Nguyen Ngoc Loan qui lui loge une balle dans la tête en public, en pleine rue de Saigon. Humour macabre, préoccupations politiques, satire, effets de contraste entre l'innocence d'allure des acteurs juvéniles et la violence du jeu, montage décontracté de plans rigoureusement composés (le cinémascope, c'est du délicat), contrôle du son façon Godard, l'art d'Oshima impose d'emblée sa marque. Ce qui suit n'est pas moins inhabituel. Nos étudiants partis se baigner, entre leurs vêtements en boule surgit une main, façon guignol ou mort-vivant, qui s'empare des uniformes japonais pour les remplacer par des frusques coréennes. C'est un long plan séquence sous la lumière changeante des nuages défilant sur le sable, nouveau mélange incongru d'une image surréaliste et d'une grande beauté plastique. Cette substitution met en branle la mécanique burlesque du récit qui voit nos trois héros pris pour les coréens, réfugiés et déserteurs pour ne pas partir se battre au Viet-Nam. Soupçonnés, pourchassés et parfois aidés par toute une galerie de pittoresques personnages (dont une très belle jeune femme), ils sont en outre traqués par les coréens qui cherchent à les éliminer pour effacer leurs traces. On court, on saute, on se cache, on se bouscule, on se déguise tout le temps, illustrant jusqu'à l'absurde que l'habit fait le moine, un coréen ou un japonais, un soldat ou un étudiant, un homme ou une femme. Les péripéties se télescopent, le rythme s'accélère passant de scènes très découpées, assez longues (le bord de mer, les bains publics) à de simples vignettes de plus en plus loufoques lorsque nos héros sont renvoyés en Corée puis sur le front. Tous les repères sont pulvérisés, comme dans un passage étonnant où nos trois lascars effectuent un micro trottoir dans lequel les passants japonais affirment tous être coréens, y compris le metteur en scène. On se croirait dans un épisode particulièrement tordu du Prisonnier, la série de Patrick McGoohan (que son âme repose en paix). Le film devient frénétique, sautillant, jusqu'à ce que... Ça commence par une scène étonnante. Écran large, vaste plage bordée de dunes en cinémascope, couleurs solaires et lumière vive signée Yasuhiro Yoshioka, responsable de la photographie sur cinq films entre 1967 et 1969. Ça sent l'été, oui , d'autant que flotte une ritournelle pop avec une voix de dessin animé annonçant « Voilà t'y pas que je suis mort / En route pour le paradis ». Jolie chanson sucrée mais pleine d'ironie. Sentiment de déjà lu ? C'est que le film embraye sur un sentiment de déjà-vu. Difficile d'en dire plus tant il me semble important de préserver le sentiment de surprise éprouvé à la première vision. Parlons de relecture, d'illustration littérale de la relativité des choses et de la force du destin. De son poids, une constante chez Oshima qui s'est toujours attaché à montrer la lutte inégale entre les individus et la société, la force des traditions et des règles sociales dans un pays qui, jusqu'à sa défaite de 1945, était fortement structuré par elles. Le retour des trois soûlards reprend les thèmes fétiches du réalisateur : la présence américaine, l'évolution du japon vers la modernité, les relations particulières avec la Corée, la place de la femme (quoique le film manque assez d'érotisme), la douleur de la jeunesse, le tout sur un mode plus comique, dans une forme libre entre Bunuel et Godard, que l'on retrouvera, nombreux sont ceux qui l'ont noté, chez Takeshi Kitano, encouragé et influencé par Oshima. On pourra éventuellement rester rétif au mélange des genres et avoir du mal à suivre Oshima dans la folie contrôlée du film, il serait pourtant dommage de passer à côté d'une oeuvre originale dans sa carrière et dont il y a bien des leçons à prendre sur la façon de faire un beau film sur un sujet, comme on dit, d'actualité... Vincent Jourdan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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