)))  COFFRET RITHY PANH
       4 FILMS / 2 DVD

        
        
Site 2
La Terre des âmes errantes
Bophana, une tragédie cambodgienne
S21, La machine de mort khmère rouge

 

POINT DE VUE


C'
est en 2003 que le grand public découvre Rithy Panh, grâce à la sélection au Festival de Cannes, hors compétition, de S21, La machine de mort khmère rouge. Ce documentaire devient très rapidement une référence et renvoie à de grandes oeuvres, comme Nuit et brouillard, d'Alain Resnais ou Shoah de Claude Lanzmann.

Mais S21 est avant tout la pièce maîtresse d'un puzzle, également composé de Site 2 (1989), Bophana, une tragédie cambodgienne (1996) et La Terre des âmes errantes (1999), proposés dans ce coffret. Ces films se font véritablement échos les uns aux autres, se répondent et témoignent d'un seul objectif : reconstruire une mémoire cambodgienne profondément détruite et émiettée.

Mais c'est aussi une mémoire personnelle que Rithy Panh cherche à réhabiliter, lui qui, dès l'âge de 11 ans passe d'un camp de réfugié à un autre dans un pays en pleine déliquescence, subissant la tragédie la plus monstrueuse à laquelle un pays puisse être confronté, un génocide.

Cette quête prend corps avec Site 2. En 1989, dix ans après avoir quitté le Cambodge pour la France, il filme la vie quotidienne d'une femme, Yim Om, dans un camp de réfugiés cambodgiens en Thaïlande. Cette première approche permet à Rithy Panh de se réapproprier un espace géographique : celui du camp de réfugié. Il en délimite d'ailleurs clairement le contour lors de longs travellings permettant la réminiscence d'une mémoire des lieux.

Dans ce camp de 180 000 personnes sur 5,6 km2, il capte le geste, les petites résistances du quotidien permettant de survivre dans un tel contexte : la prière, la toilette, le ravitaillement... Tout ce qui permet de garder une certaine dignité humaine.

Ce qui frappe dans la forme de ce premier documentaire, c'est l'absence de la parole de l'intervieweur. Il privilégie l'écoute et la mise en valeur de la parole du témoin, ici celle de Yim Om. Pour Rithy Panh, "il faut trouver des situations justes. C'est pourquoi (il) déteste poser des questions ; (il) pose une problématique plus que des questions (...)" (Extrait de La Parole filmée. Pour vaincre la terreur par Rithy Panh, dans le livret accompagnant ce coffret).

Cette pratique est également valable dans Bophana, La Terre des âmes errantes et S21.
Le désir de culture est notable chez Yim Om, davantage pour ses enfants que pour elle, car ils représentent l'avenir : "Pour mon propre avenir, je n'ai aucun espoir. Je pousse mes enfants à étudier pour qu'ils puissent se débrouiller dans la vie". La culture permet d'accéder à la connaissance. Connaissance de soi mais aussi de l'autre, de son histoire personnelle et de l'histoire de son pays, étape essentielle vers la reconstruction d'une mémoire. Les paysans-ouvriers sans terre de La Terre des âmes errantes ont la même réflexion, en réaction à la période khmère : "Les khmers rouges n'ont pas seulement tué des gens ; ils ont fait d'hommes comme moi des ignorants qui ne savent pas où ils vont, où ils ont la tête ; on n'a pas étudié, on ne sait rien. Ils ont fait de ma génération une masse d'ignorants. On ne trouve pas de travail. On ne peut être qu'ouvrier." La culture fait indéniablement partie du processus, comme le rappelle Rithy Panh : "Nous devons admettre qu'il y a eu génocide, et l'analyser. Il faut aussi rebâtir culturellement le pays, mettre en place une politique agricole. Tout se tient." (livret)

Avec Bophana, une tragédie cambodgienne, Rithy Panh entre de plein pied dans les pages sombres de l'histoire cambodgienne. Il part sur les trace de Bophana, jeune femme qui, au péril de sa vie et à l'encontre des folles directives des Khmers rouges, a rédigé des lettres d'amour à son mari.

Il mène une enquête précise, faisant véritablement oeuvre d'historien en croisant les sources (archives écrites, films de propagande, témoignages oraux) pour arriver au coeur de la machine de mort khmère rouge, S21, où les deux jeunes gens périront ensemble, sans le savoir.
Ce film constitue ainsi une véritable introduction à S21, où il se concentre essentiellement sur le fonctionnement de ce centre d'extermination situé en plein centre de Phnom Penh (aujourd'hui Musée du génocide).
Pour cela, il convoque plusieurs témoins, mettant en présence victimes (notamment le peintre Heng Nath) et bourreaux (en particulier M. Houy, ancien adjoint à la sécurité de la prison S21) dans les lieux mêmes des massacres et des tortures.

Rithy Panh va ainsi dans le sens de Marc Bloch, définissant l'histoire comme connaissance par traces, ces traces étant essentiellement des rapports de témoins.
La parole des témoins est privilégiée et pour libérer celle des bourreaux, Rithy Panh pratique d'une certaine manière : "Si je fais asseoir le bourreau à côté de 4000 pièces d'archives, cela change sa façon de penser. Ce genre de situation déclenche chez lui la parole". (livret)
Mais la parole est malgré tout plus difficile à libérer que celle de Yim Om dans Site 2 ("Je ne peux pas en dire plus" ; "Je n'arrive pas à en parler").
Alors que d'importantes archives cinématographiques ou photographiques ont été retrouvées dans les camps d'extermination nazis, c'est à un "génocide sans image", selon l'expression de Serge Daney, auquel doit faire face Rithy Panh.

C'est donc par la réminiscence, la résurgence des gestes qui humilient que Panh dépoussière une mémoire enfouie. Les bourreaux reprennent ces gestes mécaniquement, comme habités par le même élan 30 ans plus tard, permettant au non-dit d'apparaître. Le geste vient compléter la parole, il la prolonge.
On constate ainsi une volonté de déshumaniser le prisonnier, rendu à l'état d'animal avant d'être massacré : "Quand je torturais, je ne pensais pas à la vie de l'autre ; je le regardais comme une bête".

Jean Hatzfled, dans son livre, Une saison de machettes, a fait témoigner des génocidaires rwandais : "Au fond, un homme c'est comme un animal, tu le tranches sur la tête ou sur le cou, il s'abat de soi. Dans les premiers jours, celui qui avait abattu des poulets, et surtout des chèvres, se trouvait avantagé". Il en arrive aux mêmes conclusions.

Les peintures de Heng Nath sont également des témoignages précieux de ce qu'il pouvait se passer au centre S21. Dans Bophana, Heng Nath demande à Houy si ce qui est représenté sur ses toiles est bien le reflet de la réalité, sans exagération. Houy confirme. La parole du tueur prend ici toute son importance, de part la peur qu'éprouve la victime de ne pas être crue : "Toutes ces images, je ne les ai pas inventées".

Ainsi, les sources orales se croisent, dans une Histoire cambodgienne en train de se faire sous nos yeux, au présent, et cristallisant la résurgence d'une mémoire.
Mais, pour Rithy Panh, "S21 n'est qu'une étape de travail (...). Il y a d'autres histoires à éclaircir. On n'est qu'au début d'un travail sur la mémoire".

Dès sa première diffusion, en 1956, Nuit et brouillard, "premier film français devant contribuer au souvenir des morts de la déportation, a connu une carrière autant commerciale qu'artistique (...). Quelques enseignants exigeants, comme Henri Agel, le firent découvrir à des générations d'étudiants, avant que les pouvoirs publics en imposent à plusieurs reprises la projection à l'école pour lutter contre la résurgence de l'antisémitisme dans la société française" (L'Historien et le film ; Christian Delage, Vincent Guigueno).

Puisse l'oeuvre de Rithy Panh suivre ces traces...



Stéphane Bedin




 

 

LIRE AUSSI
S21
 
LES FILMS

 

  • DVD 1


    SITE 2
    [1989 - 90 min]


    Sujet:
    Dans les camps de réfugiés cambodgiens en Thaïlande, des centaines de milliers d’êtres vivent dans des conditions précaires. Site 2 est l’un de ces camps. En 1989, dix ans après avoir quitté le Cambodge pour la France, Rithy Panh y filme Yim Om, une mère de famille qui a fuit le Cambodge et qui, après être passée de camp en camp, s’est installée à Site 2. Dans ce camp où survivent 180 000 exilés sur un territoire de 4,5km_, elle subit avec un courage et une obstination sans failles, les problèmes quotidiens d’approvisionnement, de santé et surtout le désoeuvrement, l’attente et la nostalgie.

    LA TERRE DES ÂMES ERRANTES
    [1999 - 100 min]


    Sujet:
    Des années plus tard, Rithy Panh retrouve d’anciens réfugiés de "Site 2". Ils sont devenus des paysans sans terre qui louent leur force de travail sur un chantier d’envergure : la pose d’un câble de télécommunications à travers tout le pays. En creusant des tranchées, c’est la mémoire du génocide qu’ils déterrent. De la frontière thaïlandaise à la frontière vietnamienne, ces individus vont traverser le pays mais aussi leur histoire.




  • DVD 2


    BOPHANA, UNE TRAGÉDIE CAMBODGIENNE
    [1996 - 60 min]


    Sujet:
    Bophana était une jeune femme qui résista à la folie des Khmers rouges en écrivant des lettres d’amour à son mari. Tous deux le paieront de leur vie. Rithy Panh mène l'enquête et restitue l'histoire de Bophana en l'arrachant à l'oubli. Car pour lui, « l’anonymat dans un génocide est complice de l’effacement. ».


    S21, LA MACHINE DE MORT KHMÈRE ROUGE
    [2002 - 101 min]


    Sujet:
    A la suite de rencontres effectuées sur le tournage de Bophana, une tragédie cambodgienne, Rithy Panh filme bourreaux et rescapés du fameux S 21, un centre d’extermination situé au cœur de Phnom Penh, où périrent 17.000 hommes, femmes et enfants. Rithy Panh a voulu que ce film ne soit ni un réquisitoire ni une reconstitution, mais la restitution de la mémoire de son peuple.


  • BONUS
    * Un livre d’accompagnement (52 pages)
    La parole filmée. Pour vaincre la terreur » par Rithy Panh qui aborde son travail de cinéaste, la question du cinéma documentaire et de la fiction documentaire, l’importance de la musique dans ses films et de l’ambiance sonore, mais aussi le génocide cambodgien et le problème de la langue.

    Autour de Rithy Panh, parcours » par James Burnet
    James Burnet, ancien collaborateur au Monde et chef adjoint du service Etranger de Libération revient sur le parcours du cinéaste et nous livre une analyse des 4 quatre films présents dans ce coffret.

BIOGRAPHIE DE RITHY PANH


Né en 1964 à Phnom Penh au Cambodge, Rithy Panh est interné à l’âge de 11 ans, comme tous les Cambodgiens, dans les camps khmers de réhabilitation par le travail. Quatre ans plus tard, en 1979, il parvient à s’échapper et arrive au camp de réfugiés de Mairut, en Thaïlande. Un an plus tard, il s’installe en France et en 1985, il entre à l’IDHEC.

Devenu réalisateur, il possède aujourd’hui la double nationalité. Il a dédié la plupart de ses films à son pays d’origine, traumatisé par un génocide d’une violence extrême – 2 millions de Cambodgiens, soit un sur quatre, exterminés en quatre ans. « Sans cette guerre, je ne serais jamais devenu cinéaste. Je témoigne pour rendre aux morts ce que les Khmers rouges leur ont volé. Je suis un passeur de mémoire en dette vis-à-vis de ceux qui ont disparu. »
Rithy Panh se spécialise dès lors dans le documentaire, et toute son œuvre porte la marque du génocide et se veut travail de mémoire et de recherche des racines de la culture cambodgienne. Il montre les horreurs qui ont eu lieu dans son pays dans « « Site 2 » (1989), « La Terre des âmes errantes » (1999), « Les Gens de la rizière », présenté en compétition officielle à Cannes en 1994, et « Un soir après la guerre » en compétition dans la section Un Certain Regard en 1998. Mais c'est surtout le documentaire « S21, La Machine khmère rouge » qui frappe les consciences de tous les pays. Dans ce film, Rithy Panh confronte les trois rescapés de la base S21 - où 17.000 Cambodgiens ont été torturés et exécutés - à leurs anciens bourreaux. Présenté dans de nombreux festivals, ce film est notamment primé à Cannes en 2003.

En 2005, Rithy Panh présente hors compétition à Cannes « Les Artistes du théâtre brûlé », et se concentre en 2007 sur le sort des femmes qui se prostituent au Cambodge dans 'Le Papier ne peut pas envelopper la braise'. Egalement acteur il joue dans « Holy Lola »de Bertrand Tavernier - Rithy Panh consacre son travail à l'histoire de son pays, à un travail de mémoire et de recherche d'une identité cambodgienne à reconstruire.

(Biographie extraite en partie de www.evene.fr)

FILMOGRAPHIE DE RITHY PANH


2008
Un barrage contre le Pacifique (en production)
2007
Le papier ne peut pas envelopper la braise

2005

Les artistes du théâtre brulé
2004
Le peuple d’Angkor
2003
S21, la machine de mort khmère rouge
2000
Que la barque se brise, Que la jonque s’entrouvre (TV)
1999
La terre des âmes errantes
1998
Van Chan, une danseuse cambodgienne
1997
Un soir après la guerre
10 films contre 110 000 000 de mines (cm)
1996
Bophana, une tragédie cambodgienne
1995
The Tan’s Family
1993
Neak Sre, Les Gens de la Rizière
1992
Cambodge, entre guerre et paix
1990
Souleymane Cissé (pour la série Cinéma de notre temps)
1989
Site II
1988
Le passé imparfait (cm)


     

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