)))  CARNET DE NOTES POUR
       UNE ORESTIE AFRICAINE

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Notes pour un film sur l'Inde
        
  
           
  de Pier Paolo PASOLINI      
                     

 

  • Mythologie contemporaine - 1970 - Italie - durée: 72' (+Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 22 avril 2009
  • Editions Carlotta

SYNOPSIS

Pier Paolo Pasolini débarque dans un pays d’Afrique. Il prend des notes, avec sa caméra ,pour préparer son prochain film, une transposition de L’Orestie, la tragédie d’Eschyle, dans l’Afrique d’aujourd’hui. De retour en Italie, il montre ses premières images à un groupe d’étudiants africains de l’université de Rome. Il leur demande leur avis….

POINT DE VUE

Par le hasard des sorties DVD, l'édition "ultime" de Salò côtoie celle de Carnet de notes pour une Orestie africaine. Le DVD contient aussi Notes pour un film sur l'Inde, film de 33mn qu'on ne saurait considérer comme un "complément".

Les trois films, malgré leurs différences, sont cependant représentatifs du travail de Pasolini pendant les années 70, de ses recherches constantes de nouvelles formes cinématographiques. L'Orestie et Notes pour un film sur l'Inde partent du même principe que Salò : comment raconter les fondements de la civilisation, comment trouver dans les récits légendaires des résonances actuelles sans tomber dans la reconstitution, du film d'époque et l'acculturation ?


Dans Salò, Pasolini reproduit les structures institutionnelles sadienne (la politique, l'éducation, le mariage) pour montrer comment la domination, l'humiliation sont les fondements des sociétés. Le fascisme n'est pas un accident de l'Histoire qui commencerait en 1922 et s’achèverait en 1945.

Avec L'Orestie et Notes pour un film sur l'Inde, Pasolini feint, radieusement, de nous présenter les repérages et ses réflexions pour un film futur... qui ne fut jamais tourné, bien sûr. Car l'œuvre définitive est bien la seule que nous avons sous les yeux, à la façon de certains films de Godard qui se pressentent comme des constructions ouvertes et des œuvres de recherche. Le point de départ est l'adaptation de L'Orestie d'Eschyle, racontant le retour victorieux d'Agamemnon après la chute de Troie. Pasolini souhaite transposer l'action en Afrique noire seul moyen pour lui d'invoquer la civilisation antique et ses luttes fratricides, ses civilisations en ruines ou en devenir. Seul continent aussi où il retrouve la part d'archaïsme et de magie nécessaires à un récit où les dieux côtoient les hommes. Divinités, pythies, idoles sacrifices, forment le fond primitif d'un récit qui parle de l'Afrique contemporaine.


Pasolini se tient ainsi face à deux énigmes : la Grèce et l'Afrique. Il ne tente pas de les faire coïncider artificiellement, mais s'interroge sur leurs possibles points communs. Le sujet du film n'est donc pas L'Orestie transposée en Afrique mais "Est-il possible, pertinent, d'imaginer une transposition de L'Orestie en Afrique ?"
Pasolini pose évidemment plus de question qu'il ne cherche à avoir de réponses.

De la façon la plus simple, le cinéaste cherche quels décors et situations africains pourraient correspondre au récit antique ?

La guerre de Troie est ainsi représentée par les guerres civiles du Congo et du Biafra. Comment figurer des créatures mythologiques comme les Érinyes, déesses vengeresses ? Pasolini les représente sous la forme du vent qui secoue le paysage et chuchote sa colère.
Le questionnement est aussi politique lors d'entretiens avec les étudiants de l'Université la Sapienza de Rome sur l'avenir de l'Afrique. Ceux-ci n'hésitent pas à dire au cinéaste qu'il est passé à côté de l'Afrique. Pasolini intègre avec une grande honnêteté ces réflexions dans son montage. On apprécie le remarquable sens du dialogue de Pasolini, son effacement constant devant la parole de l'autre.


Ce dialogue entre l'ancien et le moderne, l'Afrique, la Grèce et l'Italie est aussi à l'œuvre dans l'un des documents les plus fascinants du film : sa musique. Le grand jazzman brésilien Gato Barbieri improvise avec des chanteurs africains. Il aboutit à la création d'un free-jazz halluciné, "hurlé", qui est comme le cri assourdissant, de lutte et de douleur de l'Afrique.

L'autre carnet de note prend pour sujet l'Inde et une légende racontant comment un maharadjah, comblé de biens et de bonheur, suit jusqu'au bout les principes de Bouddha et offre son corps en pâture à des tigres affamés. Il est amusant de mettre en rapport l'idée du Mal absolue contenue dans Salò et celle du Bien absolu, de totale abnégation et don de soi, de la légende.

Notes pour un film sur l'Inde
est bien sûr un portrait de l'Inde contemporaine, sa pauvreté, la faim partout présente et la dureté de son système de caste comme celle des intouchables. Le dispositif du film est moins complexe que L'Orestie. Pasolini, traverse réellement Bombay, sa caméra à la main comme s'il prenait des notes dans un carnet. Il compose son film par fragments, s'arrêtant sur un lieu ou un visage correspondant à la légende. Un jeune homme à la beauté hors du temps offre ainsi son visage au maharadjah. Pasolini est plus simplement "voyageur", presque journaliste, que dans L'Orestie. Il n'empêche qu'il est fascinant de voir l'œil du cinéaste s'exprimer en dehors de toute production traditionnelle, exercer son pouvoir critique et créer de la fiction avec les éléments qu'il a sous les yeux.


Stéphane Du Mesnildot

 



DU MÊME CINÉASTE:

SALO

OEDIPE ROI


 
FIUCHE TECHNIQUE

  • LE FILM
    Titre original : Appunti per un’Orestiade africana
    Écrit & réalisé par Pier PAOLO PASOLINI
    produit par Gian Vittorio BALDI
    photographie de Pier Paolo PASOLINI
    montage de Cleofe CONVERSI
    musique de Gato BARBIERI

  •    + SUR LE DVD, UN COMPLÉMENT ESSENTIEL À CE FILM :

    NOTES POUR UN FILM SUR L’INDE
    (1968 – N&B – 33 mn – VOSTF)
    Une légende hindoue raconte comment un maharadjah donne son corps aux tigres
    pour calmer leur faim. Souhaitant adapter cette histoire dans le contexte de l’Inde
    moderne, Pasolini y part faire des recherches, caméra à la main, pour vérifier si cette
    idée de film est réalisable.




  •  LE DVD

    1 DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
    Version Originale
    Sous-Titres Français
    Format 1.37 respecté – 4/3 – Noir et blanc
    Durée du Film : 71 mn

  •  BONUS

    * Poétique de l'inachèvement
    (26mn)

    Notre avis : Les Appunti ou carnets de notes sont des traces du processus réflexif permanent de Pasolini sur son propre travail. Hervé Joubert-Laurencin, maître de conférences et spécialiste du cinéma italien, revient sur le Carnet de notes pour une Orestie africaine et le rôle essentiel, bien que méconnu, des « carnets de notes » dans la filmographie de Pasolini. SDM



    * 4 entretiens dirigés par la cinémathèque de Bologne (49mn)

    Notre avis :
    Dacia Maraini, écrivaine et amie de Pasolini, et Gian Vittorio Baldi, producteur de Carnet de notes pour une Orestie africaine, se remémorent le tournage et la sortie du film, et reviennent sur la dimension politique de l’œuvre et son auteur.
    Parallèlement, le compositeur Gato Barbieri évoque la création de la musique originale du film, tandis que Stefano Zenni, musicologue, étudie cette musique et les choix faits par le compositeur et Pasolini. SDM


    * En complément, Massimo Fusillo, spécialiste de littérature comparée, analyse Carnet de notes pour une Orestie africaine en lien avec la traduction du texte de L’Orestie que Pasolini effectua en 1960 pour le Théâtre Populaire de Vittorio Gassman.

    . INCLUS UN LIVRET DE 52 PAGES CONTENANT DES TEXTES AUTOUR DE & PAR PASOLINI LIVRET

 


FILMOGRAPHIE PIER PAOLO PASOLINI


Né le 5 mars 1922 à Bologne, mort le 2 novembre 1975 à Ostie.

***

1961 Accatone
1962 Mamma Roma
1963 La ricotta (3ème épisode de Rogopag)
La Rabbia (La Rage)
1964 Enquête sur la sexualité
Repérages en Palestine
L'évangile selon Saint Matthieu
1966 Uccellacci e Uccellini (Des oiseaux petits et gros)
1967 La terra vista dalla luna (La terre vue de la lune)
3ième épisode de le Streghe (Les sorcières)
Edipo Re (Oedipe Roi)
1968 Notes pour un film sur l'Inde
Qu'est ce que les nuages ?
Théorème
1969 La séquence de la fleur de papier
Amour et fureur
Porcherie
1970 Carnet de notes pour une Orestie africaine
Médée
Notes pour un roman de l'ordure
1971 Le Decamerone
Les murs de Sana
1972 12 Décembre
1972 Les contes de Canterbury
1974 Les mille et une nuits
1975 Salo ou les 120 journées de Sodome



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