)))  SALO ou Les 120 journées de Sodome
        
  de Pier Paolo PASOLINI                            

 

  • Cercles de l'Enfer - 1976 - Italie - durée: 117' (+Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 22 avril 2009
  • Editions Carlotta

SYNOPSIS

Vers 1944-45, dans la République de Salo, quatre notables fascistes décident de passer 120 journées dans une villa pour y assouvir leurs fantasmes pervers. Ils font enlever huit jeunes femmes et huit jeunes hommes qui doivent se plier à leurs exigences, organisées en trois "cercles" : des passions, de la merde et du sang. Trois "historiennes" les excitent par leurs récits.

POINT DE VUE

Pour les adolescents des années 80, il était coutumier d'aller squatter les mercredis après-midi chez les plus fortunés, possesseurs de magnétoscopes, et de visionner, en l'absence des parents, les classiques de cinéma extrêmes qu'étaient alors Massacre à la tronçonneuse, Maniac, Cannibal Holocaust et... Salò de Pasolini. Bien sûr, on peut s’offusquer de voir le chef-d’œuvre de Pasolini mis au même niveau que le navet nauséabond de Ruggero Deodato, pourtant c'est aussi comme cela, en dehors de tout intellectualisme et mue par la recherche de sensations fortes que Salò est entré dans l'inconscient collectif.

Revoir Salò en 2009, soit plus de 30 ans après sa sortie est donc une expérience ? Comment ce qui était insoutenable alors a-t-il pu résister à ces nouveaux jalons de l'horreur des images que seraient pêle-mêle les décapitations d' Al-Qaida et son pendant impérialiste, les sévices d' Abou Ghraib, et dans le registre de la fiction la vague de cinéma de la violence allant de Gaspar Noé à la série Hostel ? Comment les cercles des enfers sexuels de Pasolini peuvent-ils encore effrayer alors que les pratiques les plus extrêmes sont à un clic de souris ?


Bien sûr, il apparaît maintenant que ce n'était pas la violence graphique qui intéressait Pasolini, dès 1975. Le sacrifice et le repas cannibale de Médée, qui n'est pourtant pas réputé pour son caractère extrême, est par exemple bien plus gore que les passages sanglants de Salò.
L'horreur de Salò est davantage intellectuelle que graphique et joue sans cesse avec la croyance du spectateur en l'image cinématographique.

Nous savons bien sûr que les supplices sont feints mais ils n'ont rien perdu de leur pouvoir d'horreur viscérale. Nous savons qu'il n'y a pas de vrais clous dans la boule de pain que doit manger une détenue mais nous frémissons d'horreur lorsque ses mâchoires se referment. Nous savons que la merde servie pendant la parodie de mariage n'est que de la mousse au chocolat, malgré tout notre estomac se retourne lorsque les victimes sont contraintes de l’avaler. Et lorsque le "marié", les dents maculés, souffle au visage du jeune homme qu'il épouse, nous sentons nous-aussi l'haleine fétide. L’exécution des victimes à la fin ne bénéficie pas de trucages plus réalistes que ceux d'une série Z pourtant leur pouvoir de terreur est infiniment supérieur.


La raison est bien sûr le dispositif complexe que met en place Pasolini. Les scènes de tortures et de sévices alternent avec de longs monologues dispensés par les "historiennes" (au sens de conteuses d'histoires) évoquant des souvenirs de sexe et de violence. Dans ces récits, l'horreur et la violence sont déjà contenues, rendus plus insupportables encore par le ton exalté et satisfait des bourgeoises fascistes. Pasolini reproduit ici la part de narration proprement dite de Sade dont les livres sont constitués en grande partie de récits et de discours. Par ceux-ci, Pasolini maintient sans cesse à distance son spectateur mais provoque en lui, en retour, un investissement supplémentaire dans l'image.
Cette distanciation fournit le terrible dispositif voyeuriste final, lorsque les tortures, infligés aux jeunes dans la cour du château ne sont vues qu'à travers les longues-vues des fascistes.


Cette implication qui le pousse à imaginer les abominations que relatent les narratrices perdurent lors des scènes de torture et en décuplent l'horreur. Le film avance ainsi, implacable, sans suspense, refusant tout espoir de délivrance aux victimes. Nous sommes devant l'exposition d'un dispositif dont les personnages, dénués de toute psychologie, sont les éléments. Ce qui est résolument sadien puisque chez l'écrivain les orgies, par exemple, sont avant tout des combinaisons mathématiques visant à épuiser le langage et son pouvoir de description.
En transposant les libertins sadiens en fascistes, Pasolini "tord" quelque peu l'esprit du Marquis, puisqu'il annule l'idée fondamentale de liberté dégagé de la loi de dieu et des hommes. Pourtant il respecte l'autre aspect de la morale sadienne qui veut toute les structures institutionnelles, hiérarchiques, familiales, soient basées sur l'idée de soumission, d'humiliation et de la répartition du monde entre bourreaux et victimes. Pasolini relie la domination politique à la domination sexuelle, et montre que la jouissance de l'une peut devenir la jouissance de l'autre. Le pouvoir s'exerce sur des corps sans que la différence sexuelle entre en compte, seul importe la jouissance que l'on peut recueillir au moment où ce corps est soumis. Chaque corps peut alors, après usage, être remplacé par un autre puisqu'ils sont individualité, ramenés à une forme de "vie nue".


Les bourreaux eux-mêmes ne gardent aucune trace psychologique ou morale des tortures qu'ils infligent. Leur plaisir assouvi, ils sont prêt à se livrer à une autre forme de plaisir qui n'est pour eux qu'une distraction, voir de retourner à leur quotidien.
Le sommet de l'horreur n'est pas alors l'exécution finale des enfants mais la dernière scène voyant deux miliciens, de l'âge des victimes, ayant aidé aux tortures, parler des fiancées qu'ils s'apprêtent à retrouver.

Les 120 journées de la république de Salò apparaissent alors comme un chiffre arbitraire. L'horreur n'a pas connu de première journée pour s'achever à la 120e ? Elle est bien antérieure au film et poursuit encore au-delà. Sans doute même ne sommes nous encore prisonniers des cercles de violence et d'abjection révélés par Pasolini.


Stéphane Du Mesnildot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DU MÊME CINÉASTE:

OEDIPE ROI

ORESTIE AFRICAINE

 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM

    Interdit aux moins de 16 ans
    Titre original : Salò o le 120 giornate di Sodoma
    Réalisation et Scénario : Pier Paolo Pasolini, sur une idée de Sergio Citti
    Inspiré par Les Cent Vingt Journées de Sodome du Marquis de Sade ainsi que par La Divine Comédie de Dante et le personnage de Faust.
    Producteurs : Alberto De Stefanis, Antonio Girasante, Alberto Grimaldi
    Photographie : Tonino Delli Colli
    Musique originale : Ennio Morricone
    Musique additionnelle : Frédéric Chopin (Prélude en do mineur et Prélude en ré mineur), Carl Orff (Carmina Burana)

    Casting:
    * Paolo Bonacelli : le Duc
    * Giorgio Cataldi : l'évêque
    * Umberto Paolo Quintavalle : le juge
    * Aldo Valletti : le président
    * Caterina Boratto : Madame Castelli
    * Hélène Surgère : Madame Vaccari
    * Sonia Saviange : La pianiste
    * Elsa De Giorgi : Madame Maggi
    * Ines Pellegrini : La jeune esclave
  •  LE DVD

    Nouveau Master Restauré Haute Définition, VF + VOSTF

  •  BONUS



    *
    SALÒ, D’HIER À AUJOURD’HUI (32 mn)
    Un portrait de Pier Paolo Pasolini au travail à travers des images d’archives, des photos de plateau, des interviews du réalisateur à l’époque et les témoignages de ses proches collaborateurs.

    Notre avis : Des images d'archive, des photos de plateau, des interviews du réalisateur et de ses proches collaborateurs évoquent le la figure de Pasolini. SDM


    . ENFANTS DE SALÒ (20 mn)
    Entretiens avec quatre cinéastes français marqués et influencés par Salò : Bertrand Bonello, Catherine Breillat, Claire Denis, Gaspard Noé.

    Notre avis : C’est évidemment Gaspar Noé qui fournit le témoignage le plus intéressant car débarrassé de toute posture. Noé parle de sa difficulté à voir le film pour la première fois en entier et de l'âge et la maturité nécessaire pour appréhender une telle œuvre.SDM


    . SALÒ, LE DERNIER FILM DE PIER PAOLO PASOLINI (10 mn)
    Sur un montage de photos inédites, Pier Paolo Pasolini dirige dans un climat parfois détendu la scène finale de Salò.

    Notre avis : Photo inédites du tournage de la scène de l'exécution des enfants. SDM


    . GALERIE PHOTOS & BANDE-ANNONCE

    . INCLUS UN LIVRET (
    72 PAGES) COMPRENANT L’INTÉGRALITÉ DU DOSSIER DE PRESSE D’ÉPOQUE ET DE NOMBREUSES PHOTOS DE PLATEAU INÉDITES.
    Notre avis : Objet précieux inclus dans le DVD : un fac-similé du dossier de presse de l’époque avec de nombreuses photos en noir et blanc et de propos de Pasolini, dont la dernière interview donnée par le cinéaste. SDM

 


FILMOGRAPHIE PIER PAOLO PASOLINI


Né le 5 mars 1922 à Bologne, mort le 2 novembre 1975 à Ostie.

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1961 Accatone
1962 Mamma Roma
1963 La ricotta (3ème épisode de Rogopag)
La Rabbia (La Rage)
1964 Enquête sur la sexualité
Repérages en Palestine
L'évangile selon Saint Matthieu
1966 Uccellacci e Uccellini (Des oiseaux petits et gros)
1967 La terra vista dalla luna (La terre vue de la lune)
3ième épisode de le Streghe (Les sorcières)
Edipo Re (Oedipe Roi)
1968 Notes pour un film sur l'Inde
Qu'est ce que les nuages ?
Théorème
1969 La séquence de la fleur de papier
Amour et fureur
Porcherie
1970 Carnet de notes pour une Orestie africaine
Médée
Notes pour un roman de l'ordure
1971 Le Decamerone
Les murs de Sana
1972 12 Décembre
1972 Les contes de Canterbury
1974 Les mille et une nuits
1975 Salo ou les 120 journées de Sodome



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