)))  VERSAILLES CHANTIERS
ou DIEU SEUL ME VOIT, version interminable

        
de Bruno PODALYDÈS
 

SYNOPSIS

Albert, Versaillais et preneur de son, est un éternel indécis souffrant d’un doute chronique. À Toulouse, il rencontre une infirmière, Sophie. De retour à Paris, une jeune policière, Corinne, tombe à son tour sous son charme.Vient enfin Anna, la plus fascinante d’entre toutes, une réalisatrice qui vient de terminer un documentaire.Les trois femmes vont chacune plonger Albert dans une nuit de questions pour le rapprocher de lui-même.

POINT DE VUE
"Un acte libre est quelques chose d'absolument neuf, hors de notre histoire. Un acte libre rompt le cours du temps" (1)

Nous avions découvert la planète Albert Jeanjean en 1992 dans le moyen métrage Versailles rive gauche, puis dans Dieu seul me voit 5 ans plus tard, mais avec la sortie de la version "interminable" des aventures d'Albert Jeanjean, c'est tout un univers qui s'offre à nous, avec ses constellations féminines que semble évoquer la couverture du coffret. Bien sûr le rapprochement, le cousinage évident avec l'Antoine Doinel de Truffaut a déjà été fait mais il apparaît d'autant plus flagrant dans ces 6 heures de film où l'on assiste avec délectation et un infini plaisir aux mille péripéties sentimentales de ce jeune versaillais aux prises avec la gente féminine.

(Laurent Devanne)


Dans Dieu seul me voit, Bruno Podalydès nous entraîne avec bonheur dans l'intimité d'Albert avec une omnipotence presque divine et nous savourons avec délice cette situation... Position du spectateur soulignée dès l'ouverture du film avec cette plongée "venue du ciel" puis ce mouvement de caméra se concentrant progressivement sur le personnage d'Albert. Nous le découvrons ainsi dès les premières images dans les rues de Versailles, auprès d'une femme cherchant son chemin, dans une tentative avortée d'explication et d'orientation. Il faut dire qu'il est lui-même perdu dans cette ville et nous le voyons tourner en rond et chercher son chemin dans tous les sens du terme, mais le cherche-t-il vraiment ?

Bruno Podalydès se plait à placer ses héros dans des situations du quotidien toutes plus banales les unes que les autres, puis d'introduire dans celles-ci un petit grain de sable qui mettra ses personnages dans une situation de malaise qui ne cesse de s'amplifier pour atteindre le véritable malaise physique.

Le grain de sable est, dans Dieu seul me voit, l'indécision, le manque de confiance en soi, la peur de prendre une véritable décision et de s'engager (sentimentalement notamment), l'angoisse de ne pas avoir un avis tranché sur une question (politique ou culturelle).
Le nom même d'Albert - Jeanjean- est comme une hésitation, un bégaiement. Face à cela, le malaise se traduit physiquement par des nausées (au restaurant avec Anna, Jeanne Balibar), des pertes de connaissance (don du sang avec Sophie, Isabelle Candelier) ou encore des chutes (hors-champs, dans l'escalier, lors du premier rendez-vous avec Sophie). Ce déséquilibre corporel et mental permanent est angoissant pour Albert qui se cherche une "véritable" personnalité, forte et tranchée mais paradoxalement, ce n'est pas forcément pour lui déplaire...
Il se complaît assez facilement dans cette situation en se placant lui-même au sens propre dans des positions inconfortables. "La remise en question" est même devenue une sorte de devise. Le déséquilibre se traduit également par un mouvement permanent, Albert étant assez rarement immobile, même dans une situation de réflexion et d'hésitation. Avec Albert, nous n'avons pas affaire à un processus simpliste du type réflexion-action mais plutôt à un système de réflexion-réflexion contenant l'action. Celle-ci peut éventuellement venir après coup, mais plutôt comme quelque chose d'involontaire et de non voulu, comme si Albert préférait se laisser porter par le vent et par les caprices de son destin quitte à se retrouver dans des situations inextricables. Ce décalage, cette absurdité, cette gestuelle au sein du quotidien n'est pas sans rappeler un certain Monsieur Hulot.


Dans Dieu seul me voit, ce sont les femmes qui vont accompagner Albert dans son introspection. Il est en effet un homme qui aime les femmes et Bruno Podalydès les filme d'une manière proche de celle de François Truffaut. Leurs jambes, pour reprendre les mots de Bertrand Morane, héros de L'Homme qui aimait les femmes, sont des "compas qui arpentent en tous sens le globe terrestre, lui donnant son équilibre et son harmonie". Albert trouvera-t-il enfin son équilibre et une harmonie grâce à l'une de ces femmes ? Il a également un côté très Doinel dans les moyens détournés employés pour aborder les femmes ainsi que dans une certaine maladresse. Cette attitude charmante à être à côté de la plaque le rend finalement presque irrésistible auprès d'elles.

Trois femmes tombent donc sous son charme : Sophie, jolie infirmière toulousaine (Isabelle Candelier), Corinne (Cécile Bouillot), "policière" excentrique et cruelle et Anna (Jeanne Balibar), réalisatrice de documentaire, belle, vénéneuse, sensuelle et "dangereuse"? Trois histoires qui vont permettre à Albert de se réveler à lui-même mais surtout à nous, les spectateurs, au regard extérieur toujours présent... Albert se trouve face à une nouvelle trinité, non pas religieuse mais plutôt propre à sa destinée. Encore une fois, il hésite et se pose la question face au carrefour partant du bassin de Neptune : quel chemin choisir ?

Les relations avec les trois femmes, jusque là mises en parallèle, se recoupent lors d'une manifestation politique en face du Château de Versailles. Elles sont toutes les trois mises en présence dans ce cadre qu'Albert ne comprend pas. Face à un rassemblement destiné à changer le cours du destin de chacun, en allant contre quelque chose, quitte à en venir aux mains et à la violence, il perd une nouvelle fois ses moyens, reste dans son indécision, ne choisit pas et finalement se retrouve seul.

Anna est celle qui découvrira le mieux Albert et comprendra son déséquilibre. Elle l'entraîne sur un chemin qu'il ne maîtrise pas et ils vont pousser ensemble l'expérience jusqu'au bout et franchir le cap de la nausée pour aller au-delà de l'angoisse... Elle "veut un homme qui (lui) montre qu'il (la) veut, qu'il produise un acte moteur, pas un abandon". Mais, en même temps, elle accepte les contradictions d'Albert ("Nos actes nous conduisent rarement là ou nous voulions aller"). Mais elle tient à assumer avec lui ces contradictions pour aller vers le changement, une nouvelle assurance, une stabilité... tout en gardant une âme d'enfant.


Stéphane Bedin




(1) Propos du personnage de Anna au cours de la scène du verre d'eau jeté à la figure dans le resto. Cela signifie très clairement le dilemme du personnage d'Albert Jeanjean qui vit toujours à la frontière entre la passivité et l'acte. LD



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&

 
FICHE TECHNIQUE

  •  LES FILMS
    "Versailles chantiers" est la version interminable de « Dieu seul me voit », soit une série télévisée en six épisodes de 55 minutes, diffusée sur TPS

    Réalisation & Scénario: Bruno Podalydès
    Dialogues: Bruno Podalydès, Denis Podalydès
    Directeur de la photographie: Pierre Stoeber
    Monteuse: Joële van Effenterre, Suzanne Koch, Marie-France Cuenot

    Avec:
    Albert: Denis Podalydès
    Sophie: Isabelle Candelier
    Anna: Jeanne Balibar
    François: Michel Vuillermoz
    Otto: Jean-Noël Brouté
    Corinne: Cécile Bouillot
    Cruquet: Mouss
    Le président du bureau de vote: Daniel Ceccaldi
    Patrick: Philippe Uchan
    Lui-même: Michel Butel


    SITE OFFICIEL DU FILM


  •  LES DVD
    Image :6 DVD 5 - 16/9 compatible 4/3
    Son : Dolby Digital 5.1
    Sous-titres : sours et malentendants


    LES 6 ÉPISODES:

    1/6. Premier tour
    Albert est ingénieur du son. Ce trentenaire, séducteur un peu malgré lui, fait la connaissance d'une ravissante jeune femme qui le convainc de se porter volontaire pour surveiller la bonne tenue d'élections dans un des bureaux de vote de Versailles. Sur place, il voit défiler les plus belles jambes de la région...
    2/6. Don du sang
    Après son aventure électorale, Albert se rend en province pour le tournage d'un film. Avec son ami de toujours, Otto, il fait la connaissance de Sophie, infirmière, qui les convainc de donner leur sang. Après la transfusion, Albert passe une soirée en compagnie de Sophie et de ses ex-compagnons. Mais, alors qu'il se retrouve enfin seul avec Sophie, un ex-petit ami de la jeune femme se manifeste...
    3/6. Cocktail
    Albert, pour retrouver Anna, une belle journaliste, se rend à la première de son film à Paris. Il y retrouve Corinne séduisante policière.
    4/6. Chou-fleur
    Albert, pour se retrouver seul avec Sophie, invente une panne de télévision face à son père qui voudrait bien voir le match à Versailles.
    5/6. Acte libre
    Albert se retrouve régulièrement dans les toilettes lors de son diner avec Anna à Paris.
    6/6. Deuxième tour

    Albert, pour retrouver les filles, se rend à la manifestation "Exclure l'exclusion" devant les trois grandes avenue de Versailles. Enfin, Albert retrouve tout le monde au bureau de vote lors du second tour.


  • BONUS
    * Inclus "Histoire en chantier"
    livret photographique de plateau de Anne Françoise Brillot

PARCOURS DES FRÈRES PODALYDÈS

B r u n o   P O D A L Y D È S
Né en 1961 à Versailles, Bruno Podalydès est indissociable de son frère Denis puisque dès leur plus tendre enfance, la fratrie se jette à corps perdu dans les plus invraisemblables projets “audio-visuels” qui soient. Pièces de théâtre dans le salon, écriture de bandes dessinées dans la chambre, ils ont tout juste 10 ans lorsqu'ils se mettent en scène dans une pièce intitulée "Pignouf au royaume de Banga". Fanatique de Tintin, Bruno continue sur sa lancée, toujours avec son frère, en créant "Radio Poupoune" au lycée, laquelle circule uniquement sur cassette, puis en s'adonnant aux joies du diaporama, toujours pour ses proches amis. Mais c'est l'heure des études sérieuses, et tandis que Denis part étudier l'art dramatique, Bruno passe une maîtrise d'audiovisuel à Paris VIII (il écrit notamment un mémoire sur les images de synthèse).

En 1986, Bruno Podalydès réalise son premier film, Albert Capon mécanicien, premier d'une série de courts qui tourne finalement... court. Dèjà en première ligne, son frère Denis tient le rôle principal. Alors qu'il est appelé sous les drapeaux, Bruno intègre, sur un coup de piston, la section "cinéma des armées", où il exerce ses talents de metteur en scène au service de documentaires vantant les mérites de l'armée française. En sortant, il continue sur sa lancée en réalisant plusieurs films institutionnels, avant de réaliser son premier court métrage en 1992, Versailles Rive-Gauche. Tourné dans son propre appartement versaillais, cet hommage aux Marx Brothers, véritable manifeste de mécanique comique narrant la délicate rencontre entre un séducteur maladroit et une jolie ingénue, est projeté au Festival de Cannes, où il rencontre un accueil triomphal. Suit une sortie en salle, laquelle fera hurler de rire plusieurs centaines de milliers de spectateurs, fait rare pour un court d'une trentaine de minutes.

Alors que l'on attend de pied ferme son premier film, c'est encore avec un moyen métrage que Podalydès revient au cinéma, deux ans plus tard. Dans Voilà, on retrouve le frère Denis, seul avec son bébé pendant un pique-nique plein d'inattendu. Le film sort également en salle, mais le succès est moindre. Il faudra attendre 1997 et Dieu seul me voit pour découvrir le premier long métrage de Bruno Podalydès. Encore un film à multiples entrées (et qui se déroule également à Versailles) dans lequel se croisent notamment un homme indécis (Denis Podalydès, comme toujours) et trois jolies femmes qui vont chambouler sa vie (dont la toujours pétillante Isabelle Candelier).

Le film suivant, Liberté-Oléron, prend à nouveau pour héros le frère Denis, cette fois dans la peau d'un père de famille trop ambitieux pour ses maigres ressources financières. Une comédie maritime douce-amère qui joue encore beaucoup sur les contrastes et sur une écriture millimétrée. Tandis qu'il abandonne à contre-cœur l'idée d'un Tintin au cinéma, Bruno Podalydès trouve avec le personnage de Joseph Rouletabille le pendant idéal au personnage de Hergé, et en confie le rôle à... son frère. Son troisième film, Le mystère de la chambre jaune, est très fidèle au roman de Gaston Leroux.

D e n i s   P O D A L Y D È S
On le savait déjà, mais il est toujours bon de repréciser les choses : Denis Podalydès n'est autre que le frère cadet de Bruno Podalydès, réalisateur bien connu. Né le 22 avril 1963 à Versailles, Denis suit son frangin Bruno dans ses premiers délires d'enfance à base de spectacles de marionnettes. A 10 ans, ils se mettent tous deux en scène dans un show intitulé "Pignouf au royaume de Banga", puis, au lycée, créent leur propre radio, Radio Poupoune, uniquement dispo en cassette pour les copains ! Il s'amusent aussi à créer des diaporamas aux titres aussi évocateurs que "Les potes à Lydès" ou "Aix-Femmes"... Mais alors que, à l'âge des choix de vie, Bruno s'oriente vers la mise en scène, Denis lui, poursuit plutôt dans la veine dramatique : en 1984, il suit la classe libre du Cours Florent, puis entre au conservatoire dans la foulée, où il suit les enseignements de Viviane Theophilides, de Michel Bouquet et de Jean-Pierre Vincent.

Pendant les dix années qui suivront, Denis Podalydès se dévouera énormément à la scène classique en jouant notamment dans "Sophonisbe" de Corneille (mise en scène Brigitte Jaques), "L'épreuve" et "Les sincères" de Marivaux (mise en scène Jean-Pierre Miquel), ou encore "La veuve" de Corneille, "Le misanthrope" de Molière, "Bérénice" de Racine ou "Les fausses confidences" de Marivaux, autant de pièces mises en scène par Christian Rist. C'est à partir de 1990 que le comédien se tourne vers le cinéma. Outre un petit rôle dans Mayrig, saga familiale signée Henri Verneuil, il se fait connaître en jouant le prétendant maladroit et fou de Tintin dans la comédie Versailles-Rive Gauche, réalisée par son frère et dont il devient l'interprète fétiche. Un an plus tard, il sera le papa gâteau de son moyen métrage Voilà, puis décrochera la vedette de Dieu seul me voit, qui en fait une vedette. Mais Denis Podalydès, outre les films de son frère, commence vaillamment à imposer sa silhouette de tendre avorton et d'amoureux timide dans les films des autres. Il alterne comédies et drames, généralement dans des rôles secondaires, comme dans Jeanne et le garçon formidable, où il compose un mari idéal, adepte sans honte de la société de consommation. Compressé sous les habits de l'écrivain Sainte-Beuve dans Les enfants du siècle, il est un scénariste galérien dans Les frèrès Sœur, dont il partage la vedette avec José Garcia, puis redevient scénariste en manque d'inspiration dans le prologue d'A l'attaque ! Inspecteur taciturne dans Mortel transfert, gueule cassée de la Grande Guerre dans La chambre des officiers, prétendant veule à une chaire universitaire dans Candidature, scénariste (encore !) Jean Aurenche dans la saga de Bertrand Tavernier, Laissez-passer, père indigne et névrosé dans Liberté-Oléron (de son frère) puis père indigne, névrosé, et fauché dans le récent Embrassez qui vous voudrez, Denis Podalydès compose avec la plus grande aisance tout un répertoire de personnages un peu gauches, un peu veules, un peu lâches, mais toujours emprunts d'humanité et de tendresse, à l'image de son personnage de rescapé des camps vivant sur le souvenir de sa femme dans Un monde presque paisible de Michel Deville. Et c'est encore le cas aujourd'hui avec Une affaire qui roule, où, de conseiller en management, il plaque tout pour devenir écrivain. Un premier rôle pour un acteur qui a accumulé les seconds, mais qui trouve toujours le haut de l'affiche sous la caméra de son frère. C'est le cas actuellement puisque l'inséparable duo tourne une version contemporaine du Mystère de la chambre jaune, d'après le célèbre roman de Maurice Leblanc.

'(Sources: cinemapassion.com)

FILMOGRAPHIE DE BRUNO PODALYDÈS

1989 Le dernier mouvement de l’été
1992 Vertiges
1992 Versailles Rive Gauche
1993 Voilà
1998 Dieu seul me voit
2001 Liberté Oléron
2003 Le Mystère de la Chambre Jaune
2005 Le Parfum de la Dame en Noir

2008 Bancs publics (Versailles rive droite)
                                                                


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