| |
|
)))
12:08 À L'EST DE BUCAREST
de
Corneliu PORUMBOIU |
|
|
|
- Farce
révolutionnaire - 2007
- Roumanie - durée: 1h29 (+ Bonus)
- Sortie
à la Vente en DVD le 3 juin 2008
- EDITION
DOUBLE DVD
Editions
BAC Vidéo
|
|
 |
|
 |
|
| SYNOPSIS |
|
Une
petite ville de province roumaine s'apprête à fêter
Noël 16 ans après la Révolution. C'est la période
que Virgile Jederescu, patron de la télévision locale,
choisit pour confronter ses concitoyens à leur propre histoire.
Aidé de ses deux amis, Piscoce, vieux retraité solitaire,
et Manescu, professeur d'histoire criblé de dettes, il organise
un débat télévisé qui a pour ambition
de répondre à la question qui le préoccupe depuis
longtemps : leur ville a-t-elle réellement participé
à la révolution ?
|
|
| POINT
DE VUE |
|
|
En
Roumanie, les héros ont grise mine. Manescu professeur d'Histoire,
enseigne péniblement le passé immédiat de son pays
à des adolescents qui confondent le bruit des pétards
avec les coups de feu de l'insurrection et qui préfèrent
la Révolution française à celle de leur pays. Manescu
collectionne les créanciers et insulte son ami chinois au cours
de ses répétitives soirées d'ivresse. Mais pourtant
Manescu est un héros !… Enfin, c'est plutôt la question
que se pose le journaliste Jederescu qui invite ses deux amis, le professeur
Manescu (donc !) et Piscoce, un vieux retraité solitaire, pour
une émission spéciale dans le petit studio précaire
de sa télévision locale.
Manescu a-t-il provoqué la révolution dans sa petite ville
de Vaslui, dans l'Est de la Roumanie ? Et plus précisément,
était-il sur la grande place le 22 décembre 1989, avant
12h08 (!!!), heure historique à laquelle le dictateur Ceaucescu
a quitté le palais de Bucarest ! Corneliu Porumboiu s'inspire
d'un fait réel pour construire cette fable politique d'une ironie
mordante: en effet, aux lendemains de la révolution roumaine,
le cinéaste tombe sur un débat politique diffusé
sur sa petite chaîne de télévision locale au cours
de laquelle on se questionne pour savoir si la révolution a bien
eut lieu dans cette bourgade ou plutôt si cette révolution
a été suscitée par le peuple ou bien plus simplement…subie
?
Il est essentiel de rappeler que la révolution roumaine de 1989
s'est faite à la télévision: les violentes émeutes
anti-communiste de Timisoara ont été diffusées
en direct; puis dans la foulée, Ceaucescu a prononcé un
discours qui fut interrompu et la télévision ne se ralluma
que le lendemain, avec cette fois, le discours des opposants au régime.
Entre temps, le 22 décembre 1989 à 12h08, le dictateur
avait pris la fuite de son palais présidentiel en hélicoptère.
Trois jours plus tard, à la suite d'un procès expéditif
de 55 minutes, le couple Ceaucescu était déclaré
coupable de génocide et fusillé. De nouveau, la télévision
relaya les images de l'exécution.
Ce n'est donc pas un hasard si Porumboiu raconte sa vision de la révolution
à travers celui du petit écran. 12h08, à l'est
de Bucarest ne montre rien d'autre que la télévision
roumaine faisant le procès d'un présumé révolutionnaire.
Et le jeune cinéaste renverse le miroir en critiquant avec sarcasme
et douceur une télévision maladroite, qui s'arroge tous
les pouvoirs et notamment celui d'écrire l'histoire. On assiste
là à un film très habile qui nous dresse aussi
le portrait de la Roumanie d'aujourd'hui, enfermée, sclérosée
dans une succession de plans séquences fixes (aucun mouvement
de caméra dans ce film, excepté les décadrages
de l'opérateur amateur de la télévision) aux visages
mornes, aux couleurs délavées et qui peine à fêter
Noël (les sapins ressemblent à des cadavres de sapins, le
Père Noël sort ses vêtements fripés et la neige
n'est pas au rendez-vous… enfin presque pas !).
Encore une fois, l'humour et la malice savamment employés sauvent
ce petit monde du désespoir et permettent de montrer qu'il y
a au moins une chose en pleine santé, en Roumanie: le cinéma
!
Laurent Devanne
|








|
|
|
|
|
| FICHE
TECHNIQUE |
|
- LE
FILM
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs
- Cannes 2006
Caméra d'Or & Label Europa Cinéma
Sortie en salles le 10 Janvier 2007
Titre original : A FOST SAU N-A FOST ?
Réalisation & scénario : Corneliu Porumboiu
Avec:
Mircea Andreeseu: Emanoil Piscoci
Teo Corban: Virgil Jderescu
Annemarie: Chertic Vera
Daniel Badale: Le Professeur
Ion Sapdaru: Tiberiu Manescu
Chef Décorateur: Daniel Raduta
Compositeur: Rotaria
Directeur De La Photographie: Marius Panduru
Ingénieurs Du Son: Alex Dragomir , Sebastian Zsemlye
Monteur: Roxana Szel
|
|
- LE
DVD
Image
: DVD 9 - 16/9 compatible 4/3 - Format 1.85
Son : Dolby Digital 5.1 Roumain, Français
Sous-titres : Français
|
|
-
BONUS
- Scènes coupées
commentées
par Corneliu Porumboiu (réalisateur), Roxana Szel (monteuse),
Alex Dragomir & Sebastien Zsemlye (ingénieurs du son)
et Daniel Burlac (producteur)

- Vidéo clip de l'orchestre
- "Liviu's Dream"
(Court-métrage de Corneliu Porumboiu)
en roumain sous-titré anglais
 
 
- Images spectaculaires
sur la vraie fuite de Ceaucescu
- Galerie Photos :
tournage et ébauches d'affiches
- Bandes Annonces
|
|
| ENTRETIEN
AVEC CORNELIU PORUMBOIU |
|
Comment
vous est venue l’idée de faire un film sur la révolution
roumaine de 1989, mais dont l’action se situe de nos jours ?
J’ai vu un débat télévisé il y a
de cela cinq ans, dans ma ville natale de Vaslui, dans l’est
de la Roumanie. La question du jour était : y a-t-il eu ou
non une révolution dans notre ville ? Trois personnes se disputaient
pour savoir comment les événements se déroulèrent
à l’époque. Ce sujet me trottait dans la tête
depuis cinq ans. Et puis en mai de l’année dernière,
j’ai terminé un scénario sur lequel je travaillais
depuis deux ans et dont je n’étais pas encore satisfait.
C’est pourquoi j’ai commencé à écrire
12:08 A L'Est De Bucharest, en m’inspirant des trois personnages
que j’avais vus à la télévision. C’était
une sorte de thérapie pour m’éloigner de l’autre
scénario. A ma grande surprise, je l’ai fini au bout
d’un mois. J’étais tellement content que j’ai
décidé de commencer à le tourner le plus vite
possible.
Où étiez-vous au moment de l’effondrement
du régime communiste ?
J’avais quatorze ans à l’époque et je m’en
souviens très bien. Le jour où le régime est
tombé, je jouais au ping-pong dehors pendant que mes parents
étaient scotchés au poste. Je suis rentré dans
la maison juste après le moment crucial dépeint dans
mon film, parce qu’à midi huit, là où nous
vivions, tout le monde regardait en direct la fuite de Ceausescu.
Pourquoi un jeune réalisateur comme vous s’intéresse-t-il
à ce moment historique ?
La révolution m’a marqué très profondément.
À cette époque, je pensais que j’allais travailler
en usine. La révolution a complètement bouleversé
mes projets, comme ce fut le cas pour d’autres Roumains. Le
programme télé qui a inspiré le film nous apprenait
que la révolution du 22 décembre 1989 ne s’était
pas étendue jusqu’à ma ville, Vaslui. Les gens
n’étaient sortis dans les rues qu’après
la nouvelle des événements de Bucarest. Tout d’un
coup, ils se rendaient compte qu’il s’agissait d’un
véritable cataclysme. Cela dit, il n’y a rien d’autobiographique
dans ce film.
Comment vous situez-vous par rapport à vos personnages
qui sont en conflit avec leur passé ?
Je suis comme le personnage du jeune caméraman qui filme le
“débat révolutionnaire”. Comme il veut y
participer, il essaie de donner son point de vue par le cadrage et
en faisant preuve d’innovation : il filme les témoins
en gros plans, zooms, se rapproche d’eux pour capter quelque
chose de leur sincérité. Comme lui, je voulais m’impliquer
directement dans le film à la première personne.
Votre film joue-t-il sur le pouvoir de la télévision
?
Non, j’ai essayé de me concentrer sur mes trois personnages
– le présentateur, le professeur, le vieil homme et leur
souvenir de la révolution. J’ai voulu multiplier les
points de vue sur cet événement. Ainsi, pendant l’émission,
de nombreux téléspectateurs appellent pour donner leur
propre version des faits. Leur débat sur les détails
les plus insignifiants de ce jour historique du 22 décembre
1989 est à la fois drôle et désespéré.
Parce que ces gens parlent d’un événement qui
a changé leur vie tout en s’interrogeant sur son existence
réelle dans leur ville.
Jouent-ils le rôle du chœur dans une comédie humaine
?
Oui, car j’avais peur de me perdre dans les généralités
d’un sujet aussi vaste. Je voulais montrer les différents
points de vue sur des événements qui relèvent
de souvenirs très personnels. Quand les gens parlent de la
révolution à la télévision locale, ils
ne prennent pas en compte l’Histoire, mais reviennent très
vite à leur expérience individuelle. Et là, je
montre que dans de petites communautés comme celle-là,
la notion de héros n’a pas cours.
Vous moquez-vous de leur prétention à devenir des héros
?
Personne dans le film ne pourrait jamais croire qu’un ivrogne
puisse être un héros historique. Dans une petite ville
comme celle-là, les gens vivent côte à côte
chaque jour : ils savent exactement d’où vous venez,
du coup, à leurs yeux, il ne peut rien y avoir d’héroïque
dans votre vie. Pour changer cette mentalité, le journaliste
de télévision, par exemple, veut créer un personnage
plus vrai que nature. C’est bien connu. Ce type rêve qu’on
lui érige un jour une statue ! Il a créé sa chaîne
de télévision parce qu’il veut faire des choses
importantes, il veut s’attaquer à l’histoire.
Est-il plus facile de choisir des sujets comme la chute du régime
communiste et les changements sociaux seize ans plus tard ?
Je vois un énorme fossé dans l’histoire de mon
pays, entre l’avant et l’après-révolution.
Je ne prétends pas raconter la révolution dans mon film,
mais j’essaie de montrer ce qui s’est passé dans
les seize années suivantes. C’est pourquoi je me suis
tant attaché aux vies de mes trois personnages. J’observe
ce que cette révolution est devenue après ces seize
années et comment la vision de cette révolution a été
transformée par chacun des protagonistes. J’ai aussi
le sentiment que les grands espoirs et tous les désirs suscités
par la révolution ont été, pour la plupart, déçus.
Dans l’ensemble, les gens n’étaient pas prêts
pour les changements qui ont eu lieu.
Un ingénieur qui devient journaliste, un agent de la
Sécurité qui se transforme en directeur d’usine...
Comment voyez-vous les changements dans la vie de vos personnages
?
Dans mon film, je ne stigmatise pas le type de la Sécurité,
qui travaille tous les jours et a sa propre version de l’Histoire.
Contrairement à lui, beaucoup de gens n’ont pas été
capables de tirer profit des changements dans la société
depuis la révolution. Prenez le professeur d’histoire
: il s’accroche à son passé sans aller de l’avant,
il ne travaille pas et refuse de changer quoi ce soit dans sa vie.
Est-ce que vos personnages restent touchants parce que vous
n’essayez pas de cacher leurs faiblesses ?
Je voulais être aussi honnête que possible, sans recourir
au moindre artifice et sans dépendre d’une structure
toute faite ni suivre les conventions dramatiques que l’on enseigne
dans les écoles de cinéma. Comme je m’inspirais
de cette émission de télévision et de ses trois
personnages, je voulais rester très réaliste. Le film
devait être aussi proche que possible de ma vision des choses
et de mes sentiments. Ce n’est pas un film manichéen.
J’aime mes personnages pour leur humanité. Ils montrent
leurs faiblesses, personne n’est parfait.
La mise en scène de l’exécution de Ceausescu
a été un choc, une nouvelle forme de réalité
montrée à la télévision. Est-ce en partie
pourquoi la télévision joue un rôle si central
dans votre film ?
Je crois que notre révolution a été la première
à être diffusée en direct dans le monde entier.
En 1989, nous avions très peu d’informations sur ce qui
se passait à Berlin, à Prague et dans le reste de l’Europe
de l’Est. Tout ce que nous savions venait de la radio américaine
Free Europe. Il n’y avait que quelques rumeurs sur les événements
d’Europe et sur ce qui s’y passait et qui allait bientôt
gagner la Roumanie.
Pensez-vous que, sans la télévision, cet esprit
révolutionnaire aurait pu s’emparer de la Roumanie ?
Qui sait ? Habituellement, l’histoire se crée dans les
grandes villes, mais le programme de télévision dans
mon film montre combien les habitants des petites villes aimeraient
également avoir leur rôle dans l’Histoire, même
si rien d’important historiquement n’arrive jamais là
où ils sont. La télévision fonctionne comme un
catalyseur. Je me rappelle encore le moment où Ceausescu s’est
enfui. Ma ville tout entière est descendue dans la rue.
Pourquoi vos personnages défendent-ils leurs vérités
avec une telle véhémence ?
Je ne crois pas à une seule vérité historique.
C’est là le fondement de tout le film. Je me retrouve
dans chacun de mes personnages, mais à chacun sa vérité...
Ce qui reste par-dessus tout d’une révolution, au-delà
des symboles et des images de ses leaders, ce sont les souvenirs contradictoires
des gens comme mes personnages. J’ai pensé au Rashomon
d’Akira Kurosawa : comment changeons-nous la réalité
dont nous voulons nous souvenir. Dans mon film, les personnages ne
mentent pas comme ils le font chez Kurosawa, mais, quand ils veulent
se souvenir de ce qui a eu lieu seize ans auparavant, ils commencent
à transformer la réalité. Tout le monde a ses
propres souvenirs et points de vue. Où est la vérité
? Je montre les différents choix : les gens oubliant si vite,
leur mémoire obscurcit les faits et change la réalité.
D’où vient ce sens de l’humour qui joue
avec les paradoxes, l’absurde et le fatalisme ?
Cet humour est le fil conducteur de mes films. C’est probablement
lié à l’idée d’un certain fatalisme
dans la vie. Pendant que je vous parle, à cet instant précis,
je suis en train de regarder une pub pour de la bière. Et j’irai
en boire une après notre conversation. Nous, les Roumains,
nous avons, d’une certaine façon, inventé l’absurdité,
ou du moins nous en avons fait un art. Mais je n’ai aucune méthode
à vous proposer. L’humour me dépasse. Il vient
probablement de ma ville natale et de la mentalité des gens
de cette région.
Comment travaillez-vous ? Vous laissez-vous une marge de manœuvre
pour les imprévus?
Je travaille avec la même équipe depuis quelques années,
ce qui facilite grandement les choses. Je passe beaucoup de temps
avec mes acteurs. Je change très peu de choses sur le plateau.
Il m’arrive, par exemple, d’essayer un placement de caméra
différent... c’est un élément clef pour
moi. Chaque seconde de film et chaque centimètre de pellicule
doivent être justifiés et avoir un sens. Chaque personnage
doit avoir sa propre gestuelle. J’attends de mes personnages
qu’ils s’oublient afin de mieux entrer dans leur rôle.
Nous avons beaucoup répété avant de commencer
à tourner – ce qui m’a aidé à saisir
les personnages dans leur essence. Quand ça marche, je les
suis partout et je suis même prêt à changer leur
dialogue. D’un autre côté, quand ça ne marche
pas, je rêve d’être à même de travailler
avec eux comme Robert Bresson [Rires.]
Est-ce par souci de réalisme que vous filmez la vie
de vos personnages en caméra fixe ?
Oui, tous mes films s’inspirent de faits réels, mais
le cinéma réaliste est un vœu pieux, c’est
irréalisable. C’est pourquoi je crée ma propre
réalité. Ainsi, j’ai filmé l’émission
sur la révolution en temps réel, mais à ma façon.
Je suis pareil au jeune caméraman du film qui veut déposer
son empreinte sur tout ce qu’il fait. Je prends des situations
réelles pour les transformer. Pour ce film, j’ai décidé
de rester en caméra fixe pour laisser du temps aux personnages.
Contrairement aux jeunes gens de mes courts-métrages qui étaient
de mon âge, les personnages de 12:08 A L'Est De Bucharest ne
l’étaient pas. Il me fallait encore apprendre à
les connaître.
... Et c’est de là que vient la distance ?
Oui. En ne bougeant pas la caméra, je voulais que leur mode
de vie s’exprime librement. Je ne voulais pas faire de coupes,
mais au contraire laisser les scènes respirer. Le temps est
extrêmement important dans ce film : c’est “ seize
ans après la révolution... ” J’ai essayé
de montrer comment la vie dans une petite ville engendre une certaine
façon d’être.
D’où vient l’atmosphère dans vos
longues prises de vue ? Quelles sont vos influences ?
J’aime beaucoup les premiers films de Jim Jarmusch, même
si je ne pense pas vraiment à lui quand je filme. Cependant,
on trouve effectivement des échos de son style dans mon film,
qui ressemble à un documentaire réaliste. Quand j’écris
un scénario, je pense tout d’abord à saisir l’esprit
de l’histoire. C’est à partir de là que
je commence à écrire en tant que réalisateur.
Down By Law a probablement inspiré la structure quelque peu
étrange de mon histoire : dans la première partie, on
suit chaque personnage, puis on les trouve réunis dans un talk
show. Esthétiquement, j’ai été inspiré
par l’esprit de Vermeer. Il n’y a pas d’action dans
ses œuvres, mais je voulais capter quelque chose de sa façon
d’être et de vivre.
Un nouveau cinéma roumain est en train d’émerger
dans les festivals internationaux, mais les réalisateurs tels
que vous sont-ils obligés de produire leurs films ?
Non, ce film est un cas particulier, parce que j’ai écrit
le scénario en juin 2005 et je désirais commencer le
tournage immédiatement sans attendre la décision de
la commission gouvernementale responsable des subventions pour la
Roumanie. Nous avons tourné en décembre 2005. Le film
a été relativement simple à produire. Je travaille
avec un groupe d’amis, et beaucoup de gens m’ont aidé.
C’est nettement moins cher de faire un film en Roumanie qu’en
France ou en Allemagne. Je dois encore trouver un producteur roumain
qui soutiendra mes idées. Aussi dois-je me produire moi-même
pour pouvoir suivre de bout en bout l’histoire que je veux raconter.
J’ai même investi une partie de mon argent dans le film.
Je ne veux avoir de comptes à rendre à personne.
Quels sont les principaux obstacles à la création
de films en Roumanie ?
Comme dans n’importe quel pays, le plus gros obstacle à
la création d’un film est le réalisateur lui-même
(Rires.)
D’après votre collègue Cristi Puiu (La
Mort De Dante Lazarescu), il n’y a pas de nouvelle vague
roumaine, juste des réalisateurs désespérés...
[Rires.] Il a tout à fait raison.
Comment travaillez-vous sur le plateau ?
Mes films s’inspirent d’histoires vraies et des gens que
je connais et que j’aime. J’adore tourner, même
si je dois lutter en permanence contre mon propre chaos. Quand je
sens la concentration de mes acteurs en répétition,
c’est alors que je commence à voir le film comme un tout.
Même s’il y a de nombreux problèmes que je n’ai
pas résolus en pré-production – le premier jour
du tournage, tout devient clair. C’est pendant que je tourne
que les meilleures idées me viennent. C’est une drogue
qui me donne du plaisir et encourage ma création. Une fois
que j’ai capturé l’esprit particulier d’une
histoire, là, je tiens mon film, sinon...
Vos films sont-ils engagés socialement ?
Je raconte mes histoires au présent, et j’espère
que mes films montrent une partie de la société roumaine
d’aujourd’hui. J’essaie de faire des films sur la
vérité d’un personnage et de ne pas imposer de
discours politique. Même si le point de départ est un
fait historique, comme l’interdiction de l’avortement
sous Ceausescu dans mon moyen métrage “Livius Dream”,
je raconte avant tout une histoire – celle d’un jeune
garçon, de ses désirs et de sa vérité.
Je ne souhaite pas faire de documentaires ou de commentaires sociaux...
Je m’efforce toujours de mettre les personnages au centre de
mes films. J’ai peur d’émettre des jugements moraux,
de balancer des trucs à la face des gens... pour moi, c’est
le contraire de ce qu’est le cinéma. Aujourd’hui,
la Roumanie est encore en convalescence. Le communisme ne se souciait
pas du tout de l’individu. Face à l’État,
l’être humain n’avait aucune importance... Mais,
dans une certaine mesure, je lutte contre ces dogmes par la nature
même des histoires que je choisis.
Est-ce que ne pas juger est votre réponse à
l’esprit de l’ère communiste sous Ceausescu ?
Absolument. À l’époque, les films devaient proposer
un message, un jugement ou une morale... Il me semble plus important
de montrer les personnages et leur destin... Je suis tout sauf un
juge !
La fin de votre film évoque la neige avec un mélange
de poésie et de nostalgie...
Oui, mais mes personnages ne regrettent pas l’ère communiste.
Ils sont nostalgiques de ces journées révolutionnaires
mémorables, quand tout semblait possible. La révolution
était comme une renaissance. Mais les gens voyaient les choses
en noir et blanc. Ils pensaient qu’ils vivraient comme aux États-Unis
; le rêve américain était devenu leur principal
objectif..
(éléments de presse)
|
|
| LA
RESPONSABILITE DES MEDIAS |
|
C’était
il y a dix-sept ans, quelques jours avant Noël. En Roumanie,
une dictature s’écroulait devant les caméras.
Les médias s’emparèrent alors de n’importe
quelle information pour la diffuser, la rediffuser et la faire circuler...
En Roumanie, d’une part :
Le 22 décembre 1989, la télévision roumaine (TVR),
tombée aux mains des opposants au régime, a transformé
une révolte à Bucarest, qui était effectivement
la manifestation d’une population en ébullition, mais
qui se limitait à cette ville et à deux ou trois autres
villes importantes, en une Révolution au niveau national. Et
pendant les journées qui suivirent, en décembre 1989,
TVR fit tout ce que les médias pouvaient faire de négatif
pour la Roumanie. Elle diffusa des nouvelles terrifiantes à
propos de l’empoisonnement de l’eau dans de nombreuses
villes, de l’approche d’unités terroristes ou de
combats en différents lieux, de l’interruption imminente
du système d’alimentation électrique, ou du dynamitage
de barrages hydroélectriques. Il n’y a jamais eu de véritable
évaluation des terribles effets de ces événements,
mais ces informations ont provoqué des accès de panique
proches de la folie. En outre, la transmission d’ordres contradictoires
par différents représentants militaires, via TVR, perturba
la hiérarchie militaire et sema la confusion et la panique
tant parmi les militaires que dans la population. Quelques jours plus
tard, des images montrant prétendument des victimes de la Révolution
à Timisoara - alors qu’il s’agissait en réalité
de cadavres non inhumés provenant d’un charnier - accompagnées
d’informations selon lesquelles la violence aurait fait plus
de 60 000 victimes, renforcèrent la conviction qu’un
génocide était en cours. C’est, entre autres,
pour ce génocide, que Ceaucescu fut exécuté.
Ce sont les activités de la télévision roumaine
à cette période qui furent à l’origine
de la mort de la plupart des victimes des événements
de décembre 1989 en Roumanie (plus d’un millier).
A l'étranger, d'autres part :
On parla de “génocide“, de “charniers“,
de “massacres“, de “femmes enceintes éventrées“,
de “tortures“, de “corps brûlés dans
un crématorium“. On évoqua ces “chauffeurs
de camions qui transportaient des mètres cubes de corps, qui
étaient abattus d’une balle dans la nuque par la police
secrète pour éliminer tout témoin.“ On
parla de 70 000 morts en quelques jours. Sur TF1, Gérard Carreyrou
lança un appel à la formation de brigades internationales
prêtes à “Mourir à Bucarest“. On parla
de Timisoara, 350 000 habitants, ville martyre. Le 23 décembre
1989, on chiffrait à plus de 10 000 morts le nombre des victimes
de la Securitate, la police du régime. Selon l’envoyé
spécial d’El Pais, “A Timisoara, l’armée
a découvert des chambres de torture où, systématiquement,
on défigurait à l’acide les visages des dissidents
et des leaders ouvriers pour éviter que leurs cadavres ne soient
identifiés.“ On découvrit un charnier gigantesque.
D’ailleurs, à titre d’exemple, on exposa devant
les caméras dix-neuf corps, côte à côte,
plus ou moins décomposés dont celui d’un bébé
posé sur le cadavre d’une femme, qu’on imaginait
être sa mère. Tous ces corps étaient extraits
d’une fosse commune. Le 22 décembre, les dépêches
des agences hongroises, est-allemandes et yougoslaves, qui seront
reprises par l’AFP à 18h 54, parlaient de 4 632 cadavres
de victimes des émeutes des 17 et 19 décembre, “soit
par balles soit par baïonnette“ (Tanjung), de 7 614 manifestants
fusillés par la Securitate. Un chapeau du Monde annonçait
4 000 à 5000 morts.
Sur la Cinq, Guillaume Durand donna le chiffre de 4 630 corps comme
un “bilan tristement officiel.“ Sur France Inter, le correspondant
de la station annonça à son tour comme une information
certifiée la découverte de 4630 cadavres à Timisoara.
Derrière lui, en plateau, le commentateur reprit : “
4630 cadavres, vous avez bien entendu, dans une seule fosse commune
!“
Dans Libération (23/12/1989), un titre sur deux pages fit état
des 4 630 cadavres ; il était accompagné d’un
éditorial de Serge July titré “Boucherie“.
On lisait : “Timisoara libéré découvre
un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés,
terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection.“
Le rédacteur en chef, Dominique Pouchin, expliqua : “Tout
nous laissait penser, y compris les images qui arrivaient, que l’info
était vraie.“ (Libé, 4/4/90). Le Monde félicita
La Cinq d’avoir “révélé l’horrible
charnier des victimes des manifestations du “précédent
dimanche“.
Le bilan officiel des victimes pour toute la Roumanie est de 689 morts
et non pas 70000. À Timisoara, il y aurait eu entre 90 et 147
victimes et non pas 12 000.
Une révolution médiatique
L’importance jouée par les médias est bien la
spécificité de la Révolution roumaine.Bien qu’il
ne faille pas minimiser la réalité des affrontements,
il ne s’agit plus de prendre le pouvoir par les armes, en combattant
sur l’ensemble du territoire mais de combattre les symboles
du pouvoir ancien avec de nouveaux symboles : mythifier les martyrs
du régime, montrer la déroute du pouvoir en place et
le courage des opposants afin de changer les mentalités des
roumains qui vivent dans la peur depuis tant d’années
et d’asseoir la légitimité du nouveau régime
sur la scène internationale.
(éléments de presse)
|
|
°°°°°
|
|