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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Extrait
du deuxième coffret Powell et Pressburger édité
par l’Institut Lumière, A Canterbury Tale (1944)
bénéficie du même traitement de faveur que ses prédécesseurs
: présentation raffinée, livret luxueux, suppléments
instructifs et originaux. Si le film lui-même fut le premier échec
commercial et critique des deux cinéastes, de part son propos
quelque peu insolite, il n’en reste pas moins passionnant et trouve
finalement tout à fait sa place dans leur brillante filmographie. Lorsque Powell et Pressburger réalisent A Canterbury Tale en 1944, leur travail s’inscrit dans la logique de l’effort de guerre britannique. Cela ne les empêche pourtant pas de produire une œuvre pour le moins personnelle, en introduisant des thèmes qui leur sont chers. Dès l’écriture du scénario, Powell manifeste son enthousiasme à l’idée de tourner dans la région de Canterbury, où il a vécu ses premières années : « Chaque ruelle de Canterbury, chaque pierre de Canterbury elle-même, ne m’était-elle pas familière ? Un artiste hésite souvent à utiliser un matériau trop familier, trop proche de lui, mais c’est là un sentiment que je n’avais plus. J’attendais avec impatience de retrouver la cueillette du houblon, les sentiers poussiéreux aux haies pleines d’églantines, les voix perçantes du Kent. ». En effet, Powell et Pressburger vont s’attacher à décrire la campagne environnante d’abord, avec ses travailleurs agricoles au savoir-faire ancestral et ses paysages de prairies herbeuses, puis la ville de Canterbury, avec sa cathédrale majestueuse trônant au milieu des bâtiments en ruines. Pour les personnages, ils imaginent un jeune soldat américain en permission, un second soldat anglais et organiste dans le civil, et enfin une jeune femme, ancienne employée de magasin venant travailler à la ferme. Assimilés à des pèlerins modernes, ils ont tous en commun une blessure douloureuse – passion inassouvie, abandon, deuil – que le chemin jusqu’à la cathédrale de Canterbury permettra de guérir complètement. Si ce voyage et son dénouement magistral sont remarquablement amenés par Pressburger, Powell a pour sa part quelques doutes quant à l’intrigue policière que son ami développe en parallèle : un mystérieux personnage, que les trois protagonistes vont s’efforcer de démasquer, verse de la colle dans les cheveux des jeunes provinciales accompagnant des soldats. Néanmoins, leurs collaborateurs leur font confiance une nouvelle fois et la production est lancée. Pour les rôles principaux, les deux réalisateurs souhaitent renouveler le duo de The Life and Death of Colonel Blimp (1943) : Deborah Kerr incarnerait la jeune travailleuse agricole Alison ; Roger Livesey interpréterait le châtelain anglais Thomas Colpeper, lanceur de colle à ses heures. Mais comme pour leur film suivant, I Know Where I’m Going (1945), le casting idéal s’évanouit au profit d’autres comédiens. Deborah Kerr, amante de Powell, se voit proposer par la MGM de continuer sa carrière à Hollywood. Furieux, Powell la demande en mariage pour la dégager de son contrat. Mais la jeune femme tente sa chance aux Etats-Unis et Powell épouse finalement Frankie Reidy en juillet 1943. Ainsi, la talentueuse Sheila Sim remplace Deborah Kerr et le tournage s’annonce comme une épreuve difficile pour le cinéaste. Bien des années plus tard, il reconnaîtra tout de même la qualité du jeu de Sheila. De son côté, Roger Livesey ne comprend pas le personnage de Thomas Colpeper et refuse le rôle. Powell et Pressburger se tournent alors vers Eric Portman, avec plus de succès. En outre, Dennis Price, remarqué dans une pièce au Ars Theatre de Londres, et John Sweet, soldat américain faisant partie d’une troupe, jouent respectivement le jeune sergent anglais Peter Gibbs et le jeune sergent américain Bob Johnson. En plus d’un scénario à la trame plutôt curieuse, le casting inhabituel et hétérogène ajoute au caractère inattendu de A Canterbury Tale. Surtout, Pressbuger et plusieurs collaborateurs ne peuvent accéder au tournage, à cause de leur nationalité. Heureusement, Powell s’adjoint les services d’Edwin Hillier à la photographie. Ce technicien surdoué de la lumière, du mouvement, des textures et du cadrage a déjà travaillé avec Fritz Lang et Murnau. Il fait preuve ici de tout son talent, bien que Powell lui reproche parfois son obsession des ciels nuageux. À la vision du film, l’intrigue policière surprend, donc, puis tient en haleine, mais les thèmes qui la traverse de part en part, comme l’amitié entre les peuples et la survivance de l’amour, illuminent ce conte. Effectivement, loin de donner la priorité à l’enquête, Powell et Pressburger laissent leur temps aux personnages de plonger dans une profonde mélancolie ou de s’égayer des plaisirs de la campagne. Dans une séquence dont Pressburger était très fier, le sergent américain Bob Johnson rencontre ainsi un vieux charron anglais : malgré toutes leurs différences, les deux hommes se rendent compte qu’ils partagent le même savoir-faire du bois et se parlent avec chaleur et estime. Puis, dans une autre séquence, Johnson accompagne Alison en charrette et repense à sa fiancée, qui ne lui écrit plus depuis plusieurs mois (il se trouve d’ailleurs que l’acteur John Sweet vit à l’époque la même situation, comme il l’apprend lui-même dans un supplément, ce qui ajoute à la vraisemblance de la scène). De son côté, Alison s’émerveille du charme de la campagne : « J’aimerais tant vieillir dans un endroit pareil », glisse-t-elle à Johnson. Mais plus tard, assise dans les hautes herbes avec Colpeper, elle retrouve la colline où elle était venu séjourner avec son fiancé, et se demande si l’âme survit après la mort. L’angle de vue du plan lui fait d’ailleurs reposer délicatement la tête contre l’épaule rassurante de Colpeper. On comprend bien alors que l’énigme du « colleur » compte beaucoup moins que les valeurs défendues. Sa résolution s’opère d’ailleurs bien avant la surprise finale qui attend chaque personnage. Avec le recul, l’œuvre achevée ressemble donc bien à une fable, comme son titre l’indique, où les trois héros sortent de l’obscurité pour trouver, au-delà de leur petite enquête, la lumière d’une grâce divine : « Le film était, essentiellement, une moralité dans laquelle trois pèlerins modernes à Canterbury reçoivent leur bénédiction », souligne finalement Powell. Voici donc encore une édition qui rend justice à l’œuvre de Powell et Pressburger et qui mérite qu’on s’y attarde. Il faut effectuer ce fascinant pèlerinage à travers la campagne anglaise et pousser plus loin le chemin avec leur film suivant, I Know Where I’m Going. Stéphane Tralongo |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| FILMO MICHAEL POWELL (1905-1990) & EMERIC PRESSBURGER (1902-1988) | ||||
| Cette filmographie a été établie par Ian Christie du British Film Institute (Londres). ------------------------------------------------------------------------ LES FILMS ÉCRITS, PRODUITS ET RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL & EMERIC PRESSBURGER 1942 Un de nos avions n’est pas rentré (One of Our Aircraft Is Missing) 1943 P.H. contre gestapo (The Silver Fleet) Colonel Blimp (The Life and Death of Colonel Blimp) The Volunteer 1944 A Canterbury Tale 1945 Je sais où je vais (I Know Where I’m Going) 1946 Une question de vie ou de mort (A Matter of Life and Death) 1947 Le Narcisse noir (Black Narcissus) The End of the River 1948 Les Chaussons rouges (The Red Shoes) 1949 The Small Back Room 1950 La Renarde (Gone to Earth) The Elusive Pimpernel 1951 Les Contes d’Hoffmann (The Tales of Hoffmann) 1955 Oh ! Rosalinda (Oh Rosalinda ! !) 1956 La Bataille du Rio de la Plata (The Battle of the River Plate) Intelligence service (Ill Met By Moonlight) 1966 They’re a Weird Mob 1972 The Boy Who Turned Yellow ------------------------------------------------------------------------ LES FILMS RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL D’APRES UN SCENARIO D’EMERIC PRESSBURGER 1939 L’Espion noir (The Spy in Black) 1940 Espionne à bord (Contraband) 1941 49ème parallèle (49th Parallel) ------------------------------------------------------------------------ LES FILMS RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL SANS EMERIC PRESSBURGER 1931 Two Crowded Hours My Friend the King Rynox The Rasp The Star Reporter 1932 Hotel Splendide C.O.D. His Lordship Born Lucky 1933 Perfect Understanding The Fire Raisers 1934 The Night of the Party Red Ensign Something Always Happens The Girl in the Crowd The Love Test 1935 Lazybones The Phantom Light The Price of a Song Someday 1936 Her Last Affaire The Brown Wallet Crown vs. Stevens The Man Behind the Mask 1937 A l’angle du monde (the Edge of the World) 1939 Le Lion a des ailes (The Lion Has Wings) 1940 Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad) 1941 An Airman’s Letter to His Mother 1955 The Sorcerer’s Apprentice 1959 Lune de miel (Luna de Miel) 1960 Le Voyeur (Peeping Tom) 1961 The Queen’s Guards 1963 Never Turn Your Back on a Friend (Espionage series) 1964 A Free Agent (Espionage series) Bluebeard’s Castle 1965 The Sworn Twelve (Téléfilm pour The Defenders series) A 39846 (Téléfilm pour The Nurses series) 1967 Sebastian 1969 Age of Consent 1978 Return to the Edge of the World 1983 Pavlova - A Woman for All Time ![]() (Pressburger & Powell) |
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| L I R E É G A L E M E N T D E S M Ê M E S A U T E U R S | ||||
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