)))  A CANTERBURY TALE
        
de Michael POWELL   &  Emeric PRESSBURGER                   

 

  • DOUBLE DVD
  • Comédie romantique - 1944 - Grande-Bretagne - durée: 2h04 (+1h20 de bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 6 décembre 2006
    Édition Institut Lumière
  • Prix de vente conseillé : 24,99€

SYNOPSIS

Alison Smith, une jeune femme engagée dans l'armée civile, se rend à Canterbury pour trouver du travail. Mais lorsqu'elle arrive en pleine nuit sur le quai de la gare d'un village voisin, elle est subitement agressée par un inconnu qui enduit ses cheveux d'une substance collante. Deux soldats qu'elle vient de rencontrer, un anglais et un américain, arrivent à sa rescousse sans pour autant parvenir à rattraper l'agresseur. Tous trois vont tenter de résoudre le mystère du Colleur, lequel a déjà attaqué de la sorte plusieurs jeunes femmes de la région….

   
POINT DE VUE
Extrait du deuxième coffret Powell et Pressburger édité par l’Institut Lumière, A Canterbury Tale (1944) bénéficie du même traitement de faveur que ses prédécesseurs : présentation raffinée, livret luxueux, suppléments instructifs et originaux. Si le film lui-même fut le premier échec commercial et critique des deux cinéastes, de part son propos quelque peu insolite, il n’en reste pas moins passionnant et trouve finalement tout à fait sa place dans leur brillante filmographie.

Lorsque Powell et Pressburger réalisent A Canterbury Tale en 1944, leur travail s’inscrit dans la logique de l’effort de guerre britannique. Cela ne les empêche pourtant pas de produire une œuvre pour le moins personnelle, en introduisant des thèmes qui leur sont chers. Dès l’écriture du scénario, Powell manifeste son enthousiasme à l’idée de tourner dans la région de Canterbury, où il a vécu ses premières années : « Chaque ruelle de Canterbury, chaque pierre de Canterbury elle-même, ne m’était-elle pas familière ? Un artiste hésite souvent à utiliser un matériau trop familier, trop proche de lui, mais c’est là un sentiment que je n’avais plus. J’attendais avec impatience de retrouver la cueillette du houblon, les sentiers poussiéreux aux haies pleines d’églantines, les voix perçantes du Kent. ». En effet, Powell et Pressburger vont s’attacher à décrire la campagne environnante d’abord, avec ses travailleurs agricoles au savoir-faire ancestral et ses paysages de prairies herbeuses, puis la ville de Canterbury, avec sa cathédrale majestueuse trônant au milieu des bâtiments en ruines. Pour les personnages, ils imaginent un jeune soldat américain en permission, un second soldat anglais et organiste dans le civil, et enfin une jeune femme, ancienne employée de magasin venant travailler à la ferme. Assimilés à des pèlerins modernes, ils ont tous en commun une blessure douloureuse – passion inassouvie, abandon, deuil – que le chemin jusqu’à la cathédrale de Canterbury permettra de guérir complètement. Si ce voyage et son dénouement magistral sont remarquablement amenés par Pressburger, Powell a pour sa part quelques doutes quant à l’intrigue policière que son ami développe en parallèle : un mystérieux personnage, que les trois protagonistes vont s’efforcer de démasquer, verse de la colle dans les cheveux des jeunes provinciales accompagnant des soldats. Néanmoins, leurs collaborateurs leur font confiance une nouvelle fois et la production est lancée.

Pour les rôles principaux, les deux réalisateurs souhaitent renouveler le duo de The Life and Death of Colonel Blimp (1943) : Deborah Kerr incarnerait la jeune travailleuse agricole Alison ; Roger Livesey interpréterait le châtelain anglais Thomas Colpeper, lanceur de colle à ses heures. Mais comme pour leur film suivant, I Know Where I’m Going (1945), le casting idéal s’évanouit au profit d’autres comédiens. Deborah Kerr, amante de Powell, se voit proposer par la MGM de continuer sa carrière à Hollywood. Furieux, Powell la demande en mariage pour la dégager de son contrat. Mais la jeune femme tente sa chance aux Etats-Unis et Powell épouse finalement Frankie Reidy en juillet 1943. Ainsi, la talentueuse Sheila Sim remplace Deborah Kerr et le tournage s’annonce comme une épreuve difficile pour le cinéaste. Bien des années plus tard, il reconnaîtra tout de même la qualité du jeu de Sheila. De son côté, Roger Livesey ne comprend pas le personnage de Thomas Colpeper et refuse le rôle. Powell et Pressburger se tournent alors vers Eric Portman, avec plus de succès. En outre, Dennis Price, remarqué dans une pièce au Ars Theatre de Londres, et John Sweet, soldat américain faisant partie d’une troupe, jouent respectivement le jeune sergent anglais Peter Gibbs et le jeune sergent américain Bob Johnson. En plus d’un scénario à la trame plutôt curieuse, le casting inhabituel et hétérogène ajoute au caractère inattendu de A Canterbury Tale. Surtout, Pressbuger et plusieurs collaborateurs ne peuvent accéder au tournage, à cause de leur nationalité. Heureusement, Powell s’adjoint les services d’Edwin Hillier à la photographie. Ce technicien surdoué de la lumière, du mouvement, des textures et du cadrage a déjà travaillé avec Fritz Lang et Murnau. Il fait preuve ici de tout son talent, bien que Powell lui reproche parfois son obsession des ciels nuageux.

À la vision du film, l’intrigue policière surprend, donc, puis tient en haleine, mais les thèmes qui la traverse de part en part, comme l’amitié entre les peuples et la survivance de l’amour, illuminent ce conte. Effectivement, loin de donner la priorité à l’enquête, Powell et Pressburger laissent leur temps aux personnages de plonger dans une profonde mélancolie ou de s’égayer des plaisirs de la campagne. Dans une séquence dont Pressburger était très fier, le sergent américain Bob Johnson rencontre ainsi un vieux charron anglais : malgré toutes leurs différences, les deux hommes se rendent compte qu’ils partagent le même savoir-faire du bois et se parlent avec chaleur et estime. Puis, dans une autre séquence, Johnson accompagne Alison en charrette et repense à sa fiancée, qui ne lui écrit plus depuis plusieurs mois (il se trouve d’ailleurs que l’acteur John Sweet vit à l’époque la même situation, comme il l’apprend lui-même dans un supplément, ce qui ajoute à la vraisemblance de la scène). De son côté, Alison s’émerveille du charme de la campagne : « J’aimerais tant vieillir dans un endroit pareil », glisse-t-elle à Johnson. Mais plus tard, assise dans les hautes herbes avec Colpeper, elle retrouve la colline où elle était venu séjourner avec son fiancé, et se demande si l’âme survit après la mort. L’angle de vue du plan lui fait d’ailleurs reposer délicatement la tête contre l’épaule rassurante de Colpeper. On comprend bien alors que l’énigme du « colleur » compte beaucoup moins que les valeurs défendues. Sa résolution s’opère d’ailleurs bien avant la surprise finale qui attend chaque personnage. Avec le recul, l’œuvre achevée ressemble donc bien à une fable, comme son titre l’indique, où les trois héros sortent de l’obscurité pour trouver, au-delà de leur petite enquête, la lumière d’une grâce divine : « Le film était, essentiellement, une moralité dans laquelle trois pèlerins modernes à Canterbury reçoivent leur bénédiction », souligne finalement Powell.

Voici donc encore une édition qui rend justice à l’œuvre de Powell et Pressburger et qui mérite qu’on s’y attarde. Il faut effectuer ce fascinant pèlerinage à travers la campagne anglaise et pousser plus loin le chemin avec leur film suivant, I Know Where I’m Going.


Stéphane Tralongo



FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation, production et scénario
    : Michael Powell, Emeric Pressburger
    Directeur de la photographie : Erwin Hillier
    Musique : Allan Gray

    Interprétation :
    Eric Portman .... Thomas Colpeper, JP
    Sheila Sim .... Alison Smith
    Dennis Price .... Peter Gibbs
    Sergeant John Sweet .... Bob Johnson
    Esmond Knight .... Narrateur
    Charles Hawtrey .... Thomas Duckett
    Hay Petrie .... Woodcock
    George Merritt .... Ned Horton
    Edward Rigby .... Jim Horton.


  •  LE DVD

    2 DVD 9 - PAL - Zone 2 - noir et blanc - simple couche
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33
    Son: Mono

    Langue:
    Anglais
    Sous-titres: Français
    (optionnels)

  • BONUS  (1h20)

    LIVRET DE 48 PAGES
    Supplément remarquable de cette édition, le livret luxueux d’une cinquantaine de pages accompagne parfaitement la découverte (ou redécouverte) du film. Il est assorti de nombreuses photographies (photogrammes, photographies du tournage, affiche, etc.) et présenté dans une mise en page soignée. ST
    +

    DVD1 (6')
    * Présentation du film par Bertrand Tavernier

    Texte écrit par Natacha Thiéry, auteur d'une thèse de doctorat soutenue en 2003 à l'Université Paris III : “Photogénie du désir. Les films de Michael Powell et Emeric Pressburger : 1945-1950”, avec la collaboration de Bertrand Tavernier qui en assure la lecture. Natacha Thiéry est maître de conférences en Esthétique du cinéma à l'université de Metz. L'enregistrement a été réalisé en juillet 2006 à Paris, rue de Lyon.
    Durée : 6 mn, VO FRANÇAISE ET VOST ANGLAIS.
    Production : Sorties d'Usine Prod. © Institut Lumière, 2006.

    En introduction au film, Bertrand Tavernier lit une courte mais fort intéressante présentation rédigée par Natacha Thiéry et mise en images avec des photogrammes, des photographies du tournage et de nombreux autres documents ; elle se compose en quatre parties : « Canterbury et Chaucer », « Néo-romantisme », « Atmosphère » et « Fraternité et harmonie malgré les ruines ». ST

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    * Bandes-annonces
    Présentation en version originale sous-titrée en français des bandes-annonces d'époque des titres édités dans la Collection Institut Lumière : Le Narcisse noir (1947), Les Chaussons rouges (1948), 49e parallèle (1941) et Le Voyeur (1960). Avec deux bandes-annonces 2007 réalisées par Sortie d'Usine Prod. et présentées en version originale sous-titrée en français : Je sais où je vais (1945) et A Canterbury Tale (1944).

    DVD2 (1h14)
    * Les audaces d'un aventurier par Bertrand Tavernier
    Entretien avec Bertrand Tavernier, réalisé en juillet 2006 à Paris, rue de Lyon. Le cinéaste décrit le travail de Michael Powell et les différents événements qui ont émaillé la réalisation puis la sortie du film.
    DURÉE : 19 MN, VO FRANÇAISE ET VOST ANGLAIS.
    Production : Sorties d'Usine Prod. © Institut Lumière, 2006.

    On retrouve Bertrand Tavernier dans une appréciation plus personnelle que dans la présentation et qui fait ressortir les grands défis du film. Ayant été ami avec Powell, il commence par la souffrance qu’avait entraîné l’échec du film chez le cinéaste, et les difficultés qu’il avait rencontrées avant de pouvoir le revoir. Il s’attarde ensuite sur le début du film et surtout sur le plan du faucon se transformant en Spitfire. Il souligne également les ambitions de l’œuvre, notamment la contestation du matérialisme, comme plus tard dans I Know Where I’m Going. Il commente enfin plusieurs séquences, dont la rencontre entre le jeune soldat américain et le charron anglais. ST

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    * Souvenirs de Michael (Episode 5) par Thelma Schoonmaker-Powell
    Cet entretien inédit, dont on trouve le complément dans les bonus des autres films de Michael Powell édités en DVD par l'Institut Lumière, a été tourné en France, en mai 2005. Thelma Schoonmaker, veuve du cinéaste, relate ses souvenirs personnels et cinématographiques. Elle évoque le rôle qu'a pu jouer Michael Powell dans son existence. Elle décrit un homme passionné par le cinéma et la vie.
    DURÉE : 8 MN, VO ANGLAIS ET VOST FRANÇAIS.
    Production : Sorties d'Usine Prod. © Institut Lumière, 2006.

    Dans cet extrait de l’entretien avec Thelma Schoonmaker-Powell, dont on trouve les précédents épisodes sur les différents films de la collection Institut Lumière, la veuve du cinéaste éclaire certains aspects du film. Elle raconte d’abord que Powell a mis bien des années avant de reconnaître la qualité du jeu de Sheila Sim, qui avait remplacé Deborah Kerr après leurs déboires amoureux. Puis, elle explique que de nombreux admirateurs du film se déplacent jusque sur les lieux du tournage, comme pour le film suivant du duo, I Know Where I’m Going (1945). Elle revient ensuite sur les croyances de Powell, et plus particulièrement sur la notion de réincarnation. Enfin, elle rappelle plusieurs fois l’attachement du cinéaste pour la nature, le monde rural et la région de Canterbury. ST

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    * Le Cinéma britannique de l'effort de guerre par Charles Drazin
    Historien du cinéma, auteur de In Search of the Third Man, Charles Drazin évoque le cinéma anglais pendant la Deuxième Guerre mondiale et la façon dont il s'est investi dans le conflit en produisant des films d'engagement. Parmi eux, les films de Powell et Pressburger : 49e parallèle, Un de nos avions n'est pas rentré, A Canterbury Tale.
    DURÉE : 24 MN, VO ANGLAISE ET VOST FRANÇAIS.
    Production : Sorties d'Usine Prod. © Institut Lumière, 2006.

    Filmé dans le « hangar du premier film » à Lyon, Charles Drazin, écrivain et historien du cinéma, propose un exposé sur la production cinématographique britannique pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Il revient par exemple sur l’arrivée d’Alexander Korda et sur les films de guerre de Powell et Pressburger. ST

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    * A Pilgrim's Return par Nick Burton
    Retour dans la ville de Canterbury pour John Sweet qui évoque, dans le café où il tourna plusieurs scènes, son travail avec Michael Powell sur le tournage du film.
    DURÉE : 23 MN, VO ANGLAISE ET VOST FRANÇAIS.
    Production : © Perigrinus Productions, 2000.

    Dans ce supplément original réalisé en 2000, on assiste au retour de l’acteur John Sweet dans la ville de Canterbury, où il n’était pas revenu depuis le tournage. Il prend place dans le même café où il reçoit les lettres de sa fiancée à la fin du film. Surtout, après avoir revu A Canterbury Tale, il porte un nouveau regard sur l’œuvre. Il note les nombreuses «têtes en l’air» du film et explique également qu’au moment du tournage, il ne recevait lui-même plus de lettres de sa femme depuis plusieurs mois. ST


FILMO MICHAEL POWELL (1905-1990) & EMERIC PRESSBURGER (1902-1988)

Cette filmographie a été établie par Ian Christie du British Film Institute (Londres).
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LES FILMS ÉCRITS, PRODUITS ET RÉALISÉS
PAR MICHAEL POWELL & EMERIC PRESSBURGER

1942
Un de nos avions n’est pas rentré (One of Our Aircraft Is Missing)
1943
P.H. contre gestapo (The Silver Fleet)
Colonel Blimp (The Life and Death of Colonel Blimp)
The Volunteer
1944
A Canterbury Tale
1945
Je sais où je vais (I Know Where I’m Going)
1946
Une question de vie ou de mort (A Matter of Life and Death)
1947
Le Narcisse noir (Black Narcissus)
The End of the River
1948
Les Chaussons rouges (The Red Shoes)
1949
The Small Back Room
1950
La Renarde (Gone to Earth)
The Elusive Pimpernel
1951
Les Contes d’Hoffmann (The Tales of Hoffmann)
1955
Oh ! Rosalinda (Oh Rosalinda ! !)
1956
La Bataille du Rio de la Plata (The Battle of the River Plate)
Intelligence service (Ill Met By Moonlight)
1966
They’re a Weird Mob
1972
The Boy Who Turned Yellow
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LES FILMS RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL
D’APRES UN SCENARIO D’EMERIC PRESSBURGER

1939
L’Espion noir (The Spy in Black)
1940
Espionne à bord (Contraband)
1941
49ème parallèle (49th Parallel)
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LES FILMS RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL
SANS EMERIC PRESSBURGER

1931
Two Crowded Hours
My Friend the King
Rynox
The Rasp
The Star Reporter
1932
Hotel Splendide
C.O.D.
His Lordship
Born Lucky
1933
Perfect Understanding
The Fire Raisers
1934
The Night of the Party
Red Ensign
Something Always Happens
The Girl in the Crowd
The Love Test
1935
Lazybones
The Phantom Light
The Price of a Song
Someday
1936
Her Last Affaire
The Brown Wallet
Crown vs. Stevens
The Man Behind the Mask
1937
A l’angle du monde (the Edge of the World)
1939
Le Lion a des ailes (The Lion Has Wings)
1940
Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad)
1941
An Airman’s Letter to His Mother
1955
The Sorcerer’s Apprentice
1959
Lune de miel (Luna de Miel)
1960
Le Voyeur (Peeping Tom)
1961
The Queen’s Guards
1963
Never Turn Your Back on a Friend (Espionage series)
1964
A Free Agent (Espionage series)
Bluebeard’s Castle
1965
The Sworn Twelve (Téléfilm pour The Defenders series)
A 39846 (Téléfilm pour The Nurses series)
1967
Sebastian
1969
Age of Consent
1978
Return to the Edge of the World
1983
Pavlova - A Woman for All Time


(Pressburger & Powell)

 
L I R E   É G A L E M E N T   D E S  M Ê M E S   A U T E U R S  
 

      
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