|
||||
|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
|
Après
un premier coffret de quatre titres de Powell et Pressburger, l’Institut
Lumière poursuit sa carrière brillante de jeune éditeur
avec une nouvelle livraison de trois films du duo, inaugurée
par ce magnifique I Know Where I’m Going (Je Sais Où
Je Vais, 1945). Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux rappellent
d’ailleurs que «le DVD est désormais le prolongement
naturel du travail des cinémathèques», et proposent
ainsi une édition prestigieuse, dont les nombreux suppléments
mettent bien en valeur l’œuvre originale. Alors que leur précédent film, A Canterbury Tale (1944), n’a pas connu à sa sortie le succès espéré, et que leur projet suivant se voit repoussé, faute de caméra Technicolor disponible (A Matter of Life and Death sera réalisé en 1946), Emeric Pressburger annonce à Michael Powell l’argument d’une nouvelle histoire : «J’ai toujours eu envie de faire un film sur une jeune fille qui veut aller dans une île. A la fin de son voyage, elle est si près qu’elle peut distinguer les gens sur l’île, mais une tempête l’empêche de débarquer, et quand la tempête est passée, elle n’a plus envie d’y aller». Sur cette simple idée de départ, Pressburger construit un scénario solide, tandis que Powell se charge de trouver le lieu de tournage. Après avoir arpenté les côtes anglaises en vain, il se dirige vers l’ouest de l’Ecosse, et plus précisément vers l’archipel des Hébrides, qui correspond tout à fait à ses attentes. Le caractère austère et sauvage de cette région rend difficile l’installation d’une équipe, mais Powell relève le défi. Aussi retrouve-t-il Pressburger pour lire le scénario et y apporter des modifications. Parmi les nouvelles idées, Pressburger a développé l’histoire d’une malédiction autour du personnage de Torquil McNeil. Quant à Powell, il a personnalisé l’idée de tempête évoquée par son complice en la transformant en gigantesque tourbillon; le Corryvreckan, raz-de-marée qui sévit entre les îles, et la nouvelle d’Edgar Allan Poe Une descente dans le maelström lui ont inspiré ce changement. Après quelques semaines de travail en commun, ils aboutissent à une première version complète de leur scénario. Ensuite, la tâche consiste à réunir un casting autour du projet. Si dans l’idéal les deux rôles titres doivent revenir à Deborah Kerr et James Mason, il en est finalement tout autrement. En effet, Powell vient de se séparer de Déborah Kerr et n’envisage donc plus de la faire jouer dans le film. Son choix se porte alors sur Wendy Hiller : «Dans Colonel Blimp, Wendy Hiller avait perdu le rôle au profit de Deborah. N’était-ce pas la solution idéale, un don des dieux, de donner le rôle à Wendy ? Elle était un peu plus âgée que Deborah, mais possédait un corps charmant, des jambes ravissantes, une personnalité simple et sans apprêt, et un visage impudent ». Quant à James Mason, il renonce au rôle après avoir accepté un premier temps. L’acteur Roger Livesey, déjà présent dans The Life and Death of Colonel Blimp (1943) et très intéressé par le personnage de Torquil McNeil, opère alors une métamorphose fulgurante pour répondre aux exigences de Powell : il se décolore les cheveux, perd plusieurs kilos et adopte les manières du personnage. Pourtant, une fois Powell et Pressburger convaincus, il subsiste un problème de taille : le comédien ne peut pas se libérer de la pièce de théâtre qu’il joue à Londres. Aussi, grâce à des procédés techniques subtils que Powell révèlera bien plus tard (l’usage de doublures pour les plans larges, par exemple), Livesey ne se déplace jamais jusque dans les Hébrides. En outre, les deux cinéastes s’opposent sur le choix de Pamela Brown dans le rôle de Catriona : Powell admire la jeune femme aux grands yeux noirs, aux pommettes creusées et au nez aquilin, alors qu’elle déplaît fortement à Pressburger. Mais l’originalité de la comédienne finit par l’emporter et elle obtient le rôle. Elle souffre par ailleurs d’arthrite et trouve dans son jeu des subterfuges ingénieux pour masquer sa maladie. Enfin, deux autres rôles secondaires incombent aux remarquables acteurs écossais Finley Currie (Ruairidh Mor) et C. W. Knight (Colonel Barnstaple). Du côté de la réalisation, le directeur de la photographie Erwin Hillier prête main forte à Powell et Pressburger, comme il l’a déjà fait pour A Canterbury Tale, et façonne un somptueux noir et blanc. Une fois l’équipe au complet, le tournage peut commencer et donner naissance à une œuvre d’une incroyable maîtrise, tant sur le fond que sur la forme. Il s’agit surtout pour les deux cinéastes de proclamer un retour aux valeurs fondamentales que sont l’amour, la bonté et une vie en adéquation avec la nature. Ainsi, le récit débute de manière trépidante à Londres, où l’on voit grandir Joan Webster le temps des quelques plans du générique. Puis, il suffit d’une séquence dans un restaurant à la mode, où Joan a ses habitudes, pour traduire toute la futilité et le matérialisme du monde urbain. A peine a-t-elle vidé son verre, renvoyé une soupe tiède et annoncé à son père désemparé qu’elle va épouser un riche industriel, que la voilà emportée par une locomotive vers l’Ecosse. La chanson irlandaise I Know Where I’m Going, qui a donné son nom au film, accompagne son départ et illustre sa détermination. Un cauchemar surréaliste très réussi conclut cette première partie, où la jeune femme rêve qu’elle épouse l’usine de son fiancé. Ensuite, alors qu’elle quitte l’environnement familier des soirées londoniennes, elle découvre peu à peu un monde différent, celui de l’Ecosse et de l’archipel des Hébrides, où les rapports avec l’autre et avec la nature changent considérablement. D’une part, elle rencontre des personnages aux mœurs et aux caractères différents. Les marins n’exécutent pas la moindre de ses volontés comme les serveurs du restaurant ou les employés de son fiancé. Catriona elle-même se montre très accueillante, tout en restant fière de sa condition. Quant à Torquil McNeil, il préfère assister au bal populaire organisé en l’honneur d’un vieux jardinier, plutôt que de tenir compagnie à de nouveaux riches dédaigneux. D’autre part, la nature joue un rôle important dans la vie des insulaires, car la mer préside aux départs et aux arrivées. Ainsi, le maelström Corryvreckan représente la force indomptable des éléments que Joan veut défier. Mais il reflète également l’état de grande agitation dans lequel sont plongés les esprits de Joan et Torquil. D’ailleurs, la séquence du tourbillon constitue le climax du film et, alors qu’elle a approché au plus près le gouffre destructeur, Joan peut revenir au port et se rendre à l’évidence de son amour pour Torquil. Le lendemain, la tempête s’est évanouie mais il n’est plus question pour elle de partir. Finalement, Powell et Pressburger livrent un véritable chef-d’œuvre où se côtoient des scènes de comédie sentimentale, d’aventure et de fantastique, tout en introduisant une critique de la société anglaise et en formulant une hymne aux véritables sentiments. L’édition de l’Institut Lumière rend parfaitement hommage à ce bijou pour que l’on ne puisse désormais plus l’ignorer. Stéphane Tralongo |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
||||
| FILMO MICHAEL POWELL (1905-1990) & EMERIC PRESSBURGER (1902-1988) | ||||
| Cette filmographie a été établie par Ian Christie du British Film Institute (Londres). ------------------------------------------------------------------------ LES FILMS ÉCRITS, PRODUITS ET RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL & EMERIC PRESSBURGER 1942 Un de nos avions n’est pas rentré (One of Our Aircraft Is Missing) 1943 P.H. contre gestapo (The Silver Fleet) Colonel Blimp (The Life and Death of Colonel Blimp) The Volunteer 1944 A Canterbury Tale 1945 Je sais où je vais (I Know Where I’m Going) 1946 Une question de vie ou de mort (A Matter of Life and Death) 1947 Le Narcisse noir (Black Narcissus) The End of the River 1948 Les Chaussons rouges (The Red Shoes) 1949 The Small Back Room 1950 La Renarde (Gone to Earth) The Elusive Pimpernel 1951 Les Contes d’Hoffmann (The Tales of Hoffmann) 1955 Oh ! Rosalinda (Oh Rosalinda ! !) 1956 La Bataille du Rio de la Plata (The Battle of the River Plate) Intelligence service (Ill Met By Moonlight) 1966 They’re a Weird Mob 1972 The Boy Who Turned Yellow ------------------------------------------------------------------------ LES FILMS RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL D’APRES UN SCENARIO D’EMERIC PRESSBURGER 1939 L’Espion noir (The Spy in Black) 1940 Espionne à bord (Contraband) 1941 49ème parallèle (49th Parallel) ------------------------------------------------------------------------ LES FILMS RÉALISÉS PAR MICHAEL POWELL SANS EMERIC PRESSBURGER 1931 Two Crowded Hours My Friend the King Rynox The Rasp The Star Reporter 1932 Hotel Splendide C.O.D. His Lordship Born Lucky 1933 Perfect Understanding The Fire Raisers 1934 The Night of the Party Red Ensign Something Always Happens The Girl in the Crowd The Love Test 1935 Lazybones The Phantom Light The Price of a Song Someday 1936 Her Last Affaire The Brown Wallet Crown vs. Stevens The Man Behind the Mask 1937 A l’angle du monde (the Edge of the World) 1939 Le Lion a des ailes (The Lion Has Wings) 1940 Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad) 1941 An Airman’s Letter to His Mother 1955 The Sorcerer’s Apprentice 1959 Lune de miel (Luna de Miel) 1960 Le Voyeur (Peeping Tom) 1961 The Queen’s Guards 1963 Never Turn Your Back on a Friend (Espionage series) 1964 A Free Agent (Espionage series) Bluebeard’s Castle 1965 The Sworn Twelve (Téléfilm pour The Defenders series) A 39846 (Téléfilm pour The Nurses series) 1967 Sebastian 1969 Age of Consent 1978 Return to the Edge of the World 1983 Pavlova - A Woman for All Time ![]() (Pressburger & Powell) |
||||
| L I R E É G A L E M E N T D E S M Ê M E S A U T E U R S | ||||
![]() °°°°° |
||||