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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Le
cinéma roumain est en plein renouveau. Depuis quelques années, une série de réalisateurs trentenaires se font régulièrement remarqués dans les festivals (et notamment à Cannes, dans la suite logique du travail mené par la Cinéfondation) grâce à des courts et des longs métrages à la fois crus et ancrés dans le réel, dans un style proche du documentaire, témoignages de la génération post-Ceausescu. Mais de là à affirmer que nous assistons à la naissance d'une "Nouvelle Vague" roumaine, il y a un pas que nous ne franchirons pas ici. Ces cinéastes sont avant tout des individualités, proposant une vision personnelle, subjective mais passionnante et sans concession de leur pays (voir à ce propos le dossier sur le cinéma roumain paru dans le n° 551 de la revue Positif). Cristi Puiu est un peu le précurseur puisqu'il se fait remarquer au Festival de Cannes dès 2001 avec son premier film, Le Matos et la thune. Il est ensuite récompensé du Prix Un Certain Regard en 2005 avec La Mort de Dante Lazarescu. Suivront Corneliu Porumboiu avec 12h08 à l'est de Bucarest (Caméra d'or en 2006) puis Cristian Mungiu et la consécration 4 mois, 3 semaines, 2 jours (Palme d'or 2007). Ils se révèlent comme les dignes successeurs d'un Lucian Pintilie. Le film raconte le destin funèbre de Dante Lazarescu (l'enfer n'est-il pas sur terre ?), vieil homme "vivant" (ou plutôt "déjà-mort") seul dans un petit appartement de la banlieue de Bucarest et tombant malade, conséquence vraisemblable d'un excès d'alcool. D'abord pris en charge par des voisins faussement serviables, il est ensuite conduit dans un premier hôpital par une infirmière dévouée. Mais là, ils se heurtent tout deux à une administration absurde, livrée à un manque criant de moyens, dans l'impossibilité d'intervenir efficacement auprès d'un Lazarescu agonisant. Nous suivons alors le parcours du malade, accompagné de son infirmière (garante d'une humanité toujours présente mais vacillante) et du chauffeur de l'ambulance, d'un hôpital à un autre pour enfin être soigné... Mais ce parcours nocturne semé d'enbûches ne fait qu'accélérer la déchéance de Lazarescu... Un voyage sans retour au bout de la nuit et de la mort... La Mort de Dante Lazarescu a nécessité 34 nuits de tournage (voir le Making of et Rencontre avec l'actrice Luminata Gheorghiu dans les Bonus). Cristi Puiu tourne véritablement dans les conditions de l'action du film, influencé à la fois par le cinéma direct et le travail de Raymond Depardon (Urgences). Dès les premières images du film, dans l'appartement de Lazarescu, il opte pour l'usage du plan-séquence. L'utilisation de la caméra à l'épaule donne un rendu "tremblant", proche du style documentaire que Puiu tient à adopter, permettant à "la fiction de pénétrer l'intimité". Mais l'enjeu artistique rejoint l'aspect purement technique car, à la vision des bonus, et notamment du témoignage du cadreur Andrei Butica (Séquences commentées), nous apprenons que ce plan-séquence de 5 minutes a été réalisé dans un endroit exigu et dans une position pour le moins inconfortable puisque le cadreur était dans l'obligation de se tenir accroupi avec une caméra de plusieurs kilos à bout de bras, d'où ces légers tremblements qui s'accentuent au fur et à mesure que la séquence se déroule. Celle-ci n'a pas été retournée par manque de pellicule. Ces conditions de tournage, où les questions artistiques et techniques se rejoignent n'est pas sans rappeler les préoccupations des cinéastes de la Nouvelle Vague française du début des années 60. La vision proposée par Puiu est sans concession et sans tabou. Dans un pays livré à la dérégulation économique, les services que nous appelons "publics", comme ici le service hôspitalier, ne sont pas naturellement acquis. L'infirmière doit se battre face à une administration exsangue mais aussi face à des médecins condescendants pour faire soigner son patient. C'est à un vrai parcours labyrinthique et absurde auquel se livrent les protagonistes. Mais ici nous ne sommes pas dans Brazil de Terry Gilliam ou dans Le Procès d'Orson Welles mais bel et bien dans la Roumanie d'aujourd'hui et face à une société déshumanisante qui méprise ses vieux et ses malades. Au-delà de la Roumanie, cette réflexion porte sur nos sociétés capitalistes en général (voir la crise de la canicule en France). Dante Lazarescu perd progressivement toute identité, tout ce qui fait de lui un homme : la parole, la mémoire, les cheveux... Il n'est plus qu'un corps inerte et peu à peu sans vie. Il n'est plus perçu comme un homme : "c'est quoi ça ?" est la première réflexion d'un médecin débarquant pour "étudier" son cas. Mais La mort de Dante Lazarescu ne propose pas seulement une vision sombre de la vie, de l'Homme (disparition de l'amour de son prochain, chronique de la solitude en milieu urbain) et de la société roumaine. Cette chronique de la mort "ordinaire" est teintée d'une certaine forme d'humour noir, d'un sens de l'absurde assez spécifiquement roumain (revoir l'oeuvre de Ionesco ou de Cioran). Rappelons cette expression de Radu Mihaileanu (réalisateur de Va, vis et deviens) : "Il faut rire de ses propres malheurs" (voir Positif n°551), mais également celle de Luminata Gheorghiu : "La vie est une blague terriblement triste" (Bonus). Cristi Puiu, qui vient de lancer sa propre société de production, veut poursuivre sa réflexion dans la même direction puisqu'il a le projet de réaliser 6 films (influence d'Eric Rohmer, "Nouvelle Vague" quand tu nous tiens...) "sur les gens de la périphérie, la périphérie urbaine, celle de la vie..." (Libération du 30 juin 2008). Stéphane Bedin |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| INTERVIEW DE CRISTI PUIU | ||||
Comment
est né votre film ? Je suis très attaché à Eric Rohmer et voulais donner la réplique à ses Six contes moraux. Avec mes associés, nous avons fondé la société de production Mandragora pour tourner les six histoires de la banlieue de Bucarest qui seront des histoires d'amour : l'amour du prochain, l'amour entre homme et femme, l'amour de la progéniture, l'amour du succès, l'amour amical et l'amour charnel. Pendant plusieurs mois, nous avons cherché le ton juste pour ce premier volet qui raconte l'histoire de Dante Lazarescu et de sa lente disparition. Le film parle d'un monde où l'amour du prochain n'existe pas, parle de quelqu'un qui a besoin de l'aide que tout le monde lui refuse. D'où vient l'idée d'explorer le monde de l'hôpital ? Au début, je me suis demandé ce que pourrait donner un Urgences à la roumaine. Quand on regarde cette série américaine, ça bouge dans tous les sens, la chorégraphie des personnages est spectaculaire, mais je n'arrive pas à y croire. Dans mon pays, le corps médical vit au ralenti, sous Valium, comme si les gens avaient encore 500 ans à vivre. J'avais envie d'explorer cet univers car il offre la matière propre à bâtir un certain suspense. Bizarrement, cette lenteur typiquement roumaine accentue la tension. L'hôpital, comme décor, reflète-t-il un microcosme cruel dans notre société ? Les médecins doivent soigner leur prochain, à l'hôpital il leur faut rester assez froids et distants. Quand ils font face à une personne souffrante, ils doivent lui insuffler un sentiment de sécurité. Les médecins traitent 30 à 50 patients par nuit. Devant une telle masse humaine, même un ange descendu du ciel commencer ait à s'endurcir ! L'hôpital avec toute cette agitation livre le décor idéal d'une comédie humaine. Je voulais offrir à Lazarescu un matériel suffisamment riche pour qu'il puisse « tourner » ses dernières images, le dernier film du monde qu'il va quitter. À la fin du film, on appelle un certain « docteur Anghel », mais il reste invisible. On apprend peu de choses sur le caractère et le vécu de Dante Lazarescu. Comment voyez-vous votre personnage ? Son identité n'est pas très marquée. Son appartement, ses vêtements, sa façon de vivre avec ses trois chats donnent juste quelques indices au spectateur. C'est l'observation des circonstances qui crée une certaine tension. Monsieur Lazarescu fait partie de ces gens têtus qui s'accrochent aux idées fixes et ne veulent pas en savoir plus. Il est arrivé là avec ses trois chats dans son appartement. Il n'est pas une victime de son destin mais va mourir dans l'indifférence générale. C'est une fin dans la solitude, ce qui est banal et dérangeant à la fois : qu'on meurt en héros ou en SDF à la fin, on est toujours seul. Le nom de Dante Lazarescu renvoie-t-il aux miracles ? Sa mort s'inscrit-elle dans une symbolique particulière ? Dans le film, les noms Dante, Anghel, Virgil ou Rémus ont des résonances particulières, quelques clins d'œil symboliques. Tout le monde sait que Jésus a ressuscité Lazare mais personne ne sait comment il est mort. Notre film pourrait être la mort hypothétique de Lazare au XXIème siècle en Roumanie dans l'indifférence, la solitude et dans un contexte marqué par l'incommunicabilité. Vous filmez presque en temps réel… Apprendre la vérité sur une situation, aussi banale soit-elle, peut prendre une vie entière. L'histoire du film se déroule pendant six heures, mais on ne peut pas la raconter en temps réel. Le cinéaste est obligé de faire une sélection dans la réalité : chaque fois qu'on coupe, qu'on tourne la caméra ou le regard vers une certaine situation, on tourne le dos à une autre. La disparition lente de Dante Lazarescu s'étale sur une longue durée pour laisser au spectateur le temps de passer par tous les états d'âme que suscite le film : de l'ironie ou la pitié jusqu'à la colère, la frustration et l'impuissance. Pourquoi filmez-vous avec la caméra à l'épaule ? J'aime réagir vite, pouvoir capter les répliques et les mouvements des personnages sur le vif. J'aime qu'on puisse sentir la présence de la caméra et particulièrement dans une situation où il n'y a pas de véritables relations entre les personnages. Dans un monde égoïste, la caméra doit être attentive et trouver sa place comme observatrice. Le spectateur, de son côté, doit y trouver suffisamment d'espace et de distance respectueuse pour pouvoir observer et laisser travailler son imagination. Pourquoi voyez-vous, à 38 ans, le monde si noir ? J'ai peur de mourir. Quand en 2001, mon premier film Le Mathos Et La Thune a été sélectionné à Cannes, j'ai connu une longue dépression qui a duré deux ans. À ce moment-là, mon hypocondrie aigue s'est déclenchée. J'ai parfois, aujourd'hui encore, des angoisses et des états d'anxiété assez profonds. Inconsciemment, j'avais le sentiment que toutes les cellules qui me composent allaient disparaître. Y-a-t-il une lueur d'espoir ? Mon film est noir, mais l'espoir te tombe dessus au moment où tu quittes la salle de cinéma ! Mes personnages sont humains, faibles - on peut s'y reconnaître et y trouver de l'espoir. Ils font parfois de mauvais choix comme s'ils étaient pris dans un mécanisme. Je voudrais que le film me ressemble, avec mon espoir autant qu'avec mes peurs, mes angoisses. Je me remets en question tout le temps. (Extrait du dossier de presse) |
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