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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
Les
Joueurs d’échec
est un film charnière –ou un accident selon le point de
vue- dans une carrière débutée 22 années
plus tôt avec ce que l’on appelle la fabuleuse «Trilogie
d’Apu», parcours initiatique, constituée de Pather
Panchali (La Complainte du sentier-1955), Aparajito
(L’Invaincu-1955) et Apu Sansar (Le Monde
D’Apu-1959). Ces trois films tournés d’une manière
indépendante révélèrent le cinéma
indien aux yeux du monde qui se remettait à peine de l’émergence
du cinéma japonais avec Rahomon (1950-Akira Kurosawa)…
On y suit le passage de l’enfance à l’âge adulte
d’Apu qui découvre avec un regard halluciné la vie,
la mort, l’amour et la ville dans un tourbillon de sentiments
partagés entre les diverses influences cinématographiques
de Satyajit Ray. On y dénombre le plus facilement des relectures
du néoréalisme italien, du classicisme hollywoodien de
John Ford et enfin l’humanisme d’un Jean Renoir qu’il
avait rencontré et accompagné pendant le tournage de The
River (Le Fleuve-1950), en Inde, et qui avait ardemment
encouragé Ray à faire des films. Le Salon de musique (1958) – d’après beaucoup son chef d’œuvre qu’il est de tradition de comparer au Guépard de Visconti - constitue déjà, dans sa jeune carrière, une évolution puisqu’il s’y intéresse après la « petite histoire » à la « grande Histoire », celle de son pays. Une Inde perdue entre abandon dans la décadence et plongeon aveugle dans une évolution incertaine. Apprendre à choisir entre tradition et modernisme: telle était la tragédie indienne. D’un côté, un aristocrate esthète désargenté, de l’autre un parvenu riche mais pauvre dans ses espoirs. D’un coté, l’envie mélancolique de revenir en arrière en écoutant les fantômes du passé et de l’autre, le désir de vivre immodérément le lendemain mais jamais le jour présent. Suivent des films grâce auxquels Satyajit Ray forge son style inimitable : un noir et blanc charbonneux, toujours graphique (Ray est dessinateur et peintre), interrogeant la fascination de l’âme indienne pour la nostalgie, l’ordre social et l’art… des acteurs fétiches, des lieux et des situations récurrents. Mais Les Joueurs d’échec rompt avec son style même s’il tente de revenir sur les traces du Salon de musique –dans son sujet- mais avec une toute autre touche personnelle. Ray qui a toujours produit ses films au Bengale a tenté d’intégrer le circuit cinématographique majeur indien en tournant en hindi avec des producteurs de cinémas commerciaux. Le résultat en est évidemment abâtardi puisque les producteurs se retireront du projet une fois terminé, et qui sera à peine distribué. Ils auraient aimé des chansons, des numéros de chorégraphie, des combats, de beaux habits… Satyajit Ray n’a pas fait des Joueurs d’échec un film à la Bollywood mais on n'y reconnaît pas toujours sa touche personnelle: la délicatesse du jeu d’acteurs (qui se livrent ici à un concours de grimaces), son attention classieuse au cadrage du décor… bref son style. L’action des Joueurs d’échec se déroule en 1856 dans l’un des derniers royaumes encore indépendants de l’Inde sous protection coloniale britannique. Le roi du royaume d’Oudh, Wajid Ali Shah, poète, dévot ainsi qu’esthète est politiquement incompétent et ruine la couronne à grande vitesse… mais il est populaire car il est bon pour ses protégés. Aussi, les dirigeants de la Compagnie anglaise décident de le destituer contrairement à leurs promesses passées. Le roi qui refuse menace de lever une armée et de plonger le royaume paisible dans la guerre. Cependant Ray s’intéresse davantage à deux petits bourgeois indiens du même royaume qui oublient leurs femmes et leurs vies respectives en s’absorbant dans des parties d’échec interminables –dont il nous est précisé par un visiteur que c’est un jeu inventé par les Indiens. Et surtout qu’il existe deux façons très différentes d’y jouer : la leur, dite «à l’indienne» – plus technique et qui fait durer les parties longtemps et celle dite «à l’anglaise» –plus simple, plus rapide, plus moderne. Alors que le royaume d’Oudh cède aux injonctions anglaises, les deux amis s’écartent encore plus du monde et ne vivent que pour le jeu d’échec. Alors que leur amitié se délite –parallèlement à l’abdication du roi- ils comprennent qu’ils ne doivent plus jouer «à l’indienne» mais préférer les règles «à l’anglaise»… alors que la loi et l’occupant du Royaume Uni s’installent chez eux. L’allégorie sur l’anéantissement de l’âme indienne parait un peu grosse ! D’autant que Satyajit Ray semble tellement obsédé par son propos (le fond) qu’il épure au maximum la forme du film, comme pour ne pas parasiter son message –une esthétique en rupture avec son style antérieur dont il ne reste que des scories. Aucune élégance de la mise en scène pour que son message éclate encore plus fort… expérimentation esthétique risquée car comme l’a toujours dit Jean-Luc Godard, un film est avant tout «une forme qui pense» ! Alors que penser du discours des Joueurs d’échec ? Une absence d’esthétique marquée qui voudrait signifier que Satyajit Ray décrit un monde qui n’existe plus et que l’Inde majestueuse n’est plus qu’une ombre du passé ? L’autre raison ou explication à un film qui s’intègre si peu à son œuvre si particulière n’est-elle pas qu’il a réalisé son film pour le très grand public indien que l’on sait nourri à la bouillie filmique de Bollywood –degré zéro du cinéma- et qu’il a tenté de trouver une passerelle honorable entre les deux extrêmes du cinéma indien –réconcilier l’Inde avec elle-même. À sa décharge cela ne semble toujours pas avoir été réussi… Nachiketas Wignesan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| FILMOGRAPHIE DE SATYAJIT RAY | ||||
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Le
Visiteur (1991) |
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