)))  LES JOUEURS D'ÉCHEC
        
  de Satyajit RAY                            

 

  • Drame - 1977 - Inde - durée: 1h56 (+2h20 de bonus)
  • DOUBLE DVD
  • Sortie à la Vente en DVD le 20 septembre 2006
    Editions Carlotta
  • Prix de vente conseillé : 25€

SYNOPSIS

En 1856, à Lucknow, la capitale du royaume d’Oudh, deux riches amis s’adonnent à leur passion pour les échecs, négligeant leurs épouses et le reste du monde. Pendant ce temps, un général britannique récemment nommé décrète la destitution du roi-poète Wajid Ali Shah. La chute annoncée du dernier nabab perturbera à jamais le confort des joueurs d’échecs.

POINT DE VUE
Les Joueurs d’échec est un film charnière –ou un accident selon le point de vue- dans une carrière débutée 22 années plus tôt avec ce que l’on appelle la fabuleuse «Trilogie d’Apu», parcours initiatique, constituée de Pather Panchali (La Complainte du sentier-1955), Aparajito (L’Invaincu-1955) et Apu Sansar (Le Monde D’Apu-1959). Ces trois films tournés d’une manière indépendante révélèrent le cinéma indien aux yeux du monde qui se remettait à peine de l’émergence du cinéma japonais avec Rahomon (1950-Akira Kurosawa)… On y suit le passage de l’enfance à l’âge adulte d’Apu qui découvre avec un regard halluciné la vie, la mort, l’amour et la ville dans un tourbillon de sentiments partagés entre les diverses influences cinématographiques de Satyajit Ray. On y dénombre le plus facilement des relectures du néoréalisme italien, du classicisme hollywoodien de John Ford et enfin l’humanisme d’un Jean Renoir qu’il avait rencontré et accompagné pendant le tournage de The River (Le Fleuve-1950), en Inde, et qui avait ardemment encouragé Ray à faire des films.

Le Salon de musique (1958) – d’après beaucoup son chef d’œuvre qu’il est de tradition de comparer au Guépard de Visconti - constitue déjà, dans sa jeune carrière, une évolution puisqu’il s’y intéresse après la « petite histoire » à la « grande Histoire », celle de son pays. Une Inde perdue entre abandon dans la décadence et plongeon aveugle dans une évolution incertaine. Apprendre à choisir entre tradition et modernisme: telle était la tragédie indienne. D’un côté, un aristocrate esthète désargenté, de l’autre un parvenu riche mais pauvre dans ses espoirs. D’un coté, l’envie mélancolique de revenir en arrière en écoutant les fantômes du passé et de l’autre, le désir de vivre immodérément le lendemain mais jamais le jour présent.

Suivent des films grâce auxquels Satyajit Ray forge son style inimitable : un noir et blanc charbonneux, toujours graphique (Ray est dessinateur et peintre), interrogeant la fascination de l’âme indienne pour la nostalgie, l’ordre social et l’art… des acteurs fétiches, des lieux et des situations récurrents. Mais Les Joueurs d’échec rompt avec son style même s’il tente de revenir sur les traces du Salon de musique –dans son sujet- mais avec une toute autre touche personnelle. Ray qui a toujours produit ses films au Bengale a tenté d’intégrer le circuit cinématographique majeur indien en tournant en hindi avec des producteurs de cinémas commerciaux. Le résultat en est évidemment abâtardi puisque les producteurs se retireront du projet une fois terminé, et qui sera à peine distribué. Ils auraient aimé des chansons, des numéros de chorégraphie, des combats, de beaux habits… Satyajit Ray n’a pas fait des Joueurs d’échec un film à la Bollywood mais on n'y reconnaît pas toujours sa touche personnelle: la délicatesse du jeu d’acteurs (qui se livrent ici à un concours de grimaces), son attention classieuse au cadrage du décor… bref son style.

L’action des Joueurs d’échec se déroule en 1856 dans l’un des derniers royaumes encore indépendants de l’Inde sous protection coloniale britannique. Le roi du royaume d’Oudh, Wajid Ali Shah, poète, dévot ainsi qu’esthète est politiquement incompétent et ruine la couronne à grande vitesse… mais il est populaire car il est bon pour ses protégés. Aussi, les dirigeants de la Compagnie anglaise décident de le destituer contrairement à leurs promesses passées. Le roi qui refuse menace de lever une armée et de plonger le royaume paisible dans la guerre. Cependant Ray s’intéresse davantage à deux petits bourgeois indiens du même royaume qui oublient leurs femmes et leurs vies respectives en s’absorbant dans des parties d’échec interminables –dont il nous est précisé par un visiteur que c’est un jeu inventé par les Indiens. Et surtout qu’il existe deux façons très différentes d’y jouer : la leur, dite «à l’indienne» – plus technique et qui fait durer les parties longtemps et celle dite «à l’anglaise» –plus simple, plus rapide, plus moderne. Alors que le royaume d’Oudh cède aux injonctions anglaises, les deux amis s’écartent encore plus du monde et ne vivent que pour le jeu d’échec. Alors que leur amitié se délite –parallèlement à l’abdication du roi- ils comprennent qu’ils ne doivent plus jouer «à l’indienne» mais préférer les règles «à l’anglaise»… alors que la loi et l’occupant du Royaume Uni s’installent chez eux.

L’allégorie sur l’anéantissement de l’âme indienne parait un peu grosse ! D’autant que Satyajit Ray semble tellement obsédé par son propos (le fond) qu’il épure au maximum la forme du film, comme pour ne pas parasiter son message –une esthétique en rupture avec son style antérieur dont il ne reste que des scories. Aucune élégance de la mise en scène pour que son message éclate encore plus fort… expérimentation esthétique risquée car comme l’a toujours dit Jean-Luc Godard, un film est avant tout «une forme qui pense» ! Alors que penser du discours des Joueurs d’échec ? Une absence d’esthétique marquée qui voudrait signifier que Satyajit Ray décrit un monde qui n’existe plus et que l’Inde majestueuse n’est plus qu’une ombre du passé ? L’autre raison ou explication à un film qui s’intègre si peu à son œuvre si particulière n’est-elle pas qu’il a réalisé son film pour le très grand public indien que l’on sait nourri à la bouillie filmique de Bollywood –degré zéro du cinéma- et qu’il a tenté de trouver une passerelle honorable entre les deux extrêmes du cinéma indien –réconcilier l’Inde avec elle-même. À sa décharge cela ne semble toujours pas avoir été réussi…

Nachiketas Wignesan

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Titre original : SHATRANJ KE KHILARI / THE CHESS PLAYERS (Inde)
    Réalisation: Satyajit Ray
    Scénari
    o : Munshi Premchand, Satyajit Ray

    Avec:
    Sanjeev Kumar : Mirza Sajjad Ali
    Saeed Jaffrey : Mir Roshan Ali
    Shabana Azmi : Khurshid, la femme de Mirza
    Farida Jalal : Nafisa, la femme de Mir
    David Abraham : Munshi
    Victor Banerjee : Premier ministre
    Farooq Shaikh : Farooque Shaikh
    Tom Alter : Capt. Weston

    Production
    : Suresh Jindal .
    Image : Soumendu Roy
    Montage : Dulal Dutta
    Musique: Satyajit Ray
    Editeur DVD : Carlotta Films
  •  LES DVD
    Image : 2 DVD 9 - 4/3 – Format 1.37
    Son : Version originale
    Sous-titres : Français

  •  BONUS (sur DVD2)

    Satyajit Ray, The Filmaker (1984, 140 mn)
    Un documentaire de Shyam Benegal


    Long documentaire indien sur Satyajit Ray qui revient sur son travail en 1984, époque où son œuvre est presque terminée (il ne fera plus que trois films) et qu’il est lui-même un peu oublié par la critique. Ray revient sans concessions sur sa vie, ses espoirs et ses envies, s’arrête sur la place essentielle de sa mère dans ses motivations d’artistes son partage entre la littérature, la publicité, le dessin (on admire à profusion son talent) et la musique –comme un John Carpenter, il compose les bandes originales de ses films. Les moments d’interview sont entrecoupés d’images du film qu’il tourne à l’époque, La Maison et le Monde (1984), grâce auxquelles on juge qu’il tente de tout dominer dans sa mise en scène puisqu’il tient aussi la caméra, etc.
    Satyajit Ray est aussi interrogé sur une partie de ses films sur lesquels il n’hésite pas à avoir des avis mitigés et ne se cache pas de certaines déceptions artistiques. Chose bien rare dans les documentaires hagiographiques de cinéma qui accompagnent de nos jours les bonus DVD qui ne servent plus qu’à vendre le film. Satyajit Ray, the film-maker de Shyam Benegal, au-delà d’un étonnant portrait d’un réalisateur rare fait donc regretter un temps qui semble presque révolu en la matière. Seule déception, le documentaire essaye d’illustrer tous les propos de Satyajit Ray, ainsi quand il évoque sa maison d’enfance ou son école, le réalisateur les filme aussitôt alors que l’on aurait pu préférer voir plus longtemps le visage du réalisateur.
    NW.
 


FILMOGRAPHIE DE SATYAJIT RAY


Né à Calcutta le 02 mai 1921
Décédé à Calcutta le 23 avril 1992

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Le Visiteur (1991)
Les Branches de l'arbre (1990)
Un Ennemi du peuple (1989)
La Maison et le Monde (1984)
Delivrance (1981)
Le Royaume des diamants (1980)
Le Dieu elephant (1978)
Les Joueurs d'échecs (1977)
Jana Aranya (1975)
Ashani Sanket (1973)
L'Adversaire (1970)
Des jours et des nuits dans la foret (1970)
Aranyer Din Ratri (1970)
Le Heros (1966)
Le Saint (1965)
Le Lache (1965)
Charulata (1964)
Mahanagar (1963)
Teen Kanya (1961)
La Deesse (1960)
Le Monde d'Apu (1959)
Le Salon de musique (1958)
La Complainte du sentier (1958)
Aparajito (1957)



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