)))  SAMEDI SOIR ET DIMANCHE MATIN
     de Karel REISZ

 
SYNOPSIS
Ouvrier tourneur dans une usine de Nottingham, Arthur Seaton oublie son travail abrutissant quand arrive le week-end. Là, il partage son temps entre le pub où la bière coula à flots, le lit de son amante Brenda, une femme mariée à l’un de ses collègues et les parties de pêche. Alors qu’il vient de rencontrer une belle jeune fille, Brenda lui annonce qu’elle est enceinte de lui. Cette nouvelle bouleverse le jeune homme qui va devoir se sortir de ce mauvais pas.

POINT DE VUE

Saturday Night and Sunday Morning appartient au courant britannique des années 60 nommé «Free Cinéma» qui est comparé à la nouvelle vague française. Ce mouvement s’en distingue cependant par un plus grand engagement sur le fond (social, politique) que sur la recherche formelle et narrative comme pour les premiers films de Jean-Luc Godard. Le dénominateur commun avec la nouvelle vague est l’affranchissement des contraintes cinématographiques ayant court à l’époque. Le mouvement a eu des défenseurs illustres comme le réalisateur/ critique Jonas Mekas, figure du mouvement underground américain, qui l’évoque en ces termes : « Bien que parfois encore trop liés au théâtre et non totalement exempts de clichés, les films du free cinema ont conduit au rajeunissement du cinéma commercial britannique et creusé "un large fossé entre l'ancien et le nouveau". »


Un goût de miel (A Taste of Honey) de Lindsay Anderson, Les Chemins de la haute ville (Room at the Top) de Jack Clayton, La Solitude du coureur de fond (The Loneliness of the Long Distance Runner) de Tony Richardson sont autant d’œuvres fortes qui ont marqué le mouvement (appelé aussi réalisme social) au même titre que Samedi soir et dimanche matin (Saturday Night and Sunday Morning) de Karel Reisz. Dans ce film à la photographie noir et blanc magnifique et un style de mise en scène parfois proche du documentaire, Reisz dresse, avec une véracité poignante, le portrait de la classe ouvrière britannique d’une époque révolue. En focalisant sa caméra sur le personnage principal interprété par Albert Finney (Voyage à deux, Wolfen, Big Fish) ici dans son premier rôle marquant, le réalisateur nous invite à suivre le quotidien d’un jeune ouvrier rebelle qui ne vit que pour profiter de son temps libre le week-end, traînant le samedi soir dans les Pubs (où il va finalement rencontrer l’amour) et passant le dimanche matin dans le lit de la femme d’un de ses collèges de travail avec laquelle il entretien une relation. Au moment où il rencontre une autre jeune femme qui lui fait oublier cette relation adultérine, cette dernière lui revient au visage comme un uppercut quand il apprend que la femme mariée est enceinte de lui. Le mari ne tarde pas à découvrir la vérité et se venge en lui infligeant une sévère correction.


Dans le film de Reisz, comme dans le roman de Alan Sillitoe dont il est l’adaptation, le jeune ouvrier ambitionne de sortir de sa condition, contrairement aux autres personnages qui sont résignés à subir cette mécanique capitaliste qui broie et emprisonne l’être humain dans une routine implacable. À l’image de la description cruelle de la vie des parents du jeune ouvrier, ceux-ci n’ayant comme unique moyen d’évasion que la télévision, qui pour le personnage de Finney, représente tout sauf la vie.

Ce que montre magnifiquement le réalisateur avec son film, c’est cet enfermement que ressent le personnage et le sentiment qu’une autre vie, celle qu’il désire pour lui et pour celle qu’il aime, n’est pas (et ne sera jamais ?) pour lui. Une scène emblématique illustre magnifiquement ce propos : le jeune homme et sa petite amie sont assis sur une colline qui surplombe un luxueux lotissement nouvellement construit tel deux étrangers se tenant à la frontière d’un autre monde. Image tragique d’un rêve à la fois proche et inaccessible.


En conclusion, s’il y a un cinéaste à rapprocher de Karel Reisz, c’est John Ford avec notamment The Quiet Man (l’homme tranquille). Même sobriété et rigueur ici de la mise en scène dans la description des pubs, des usines et des ruelles pauvres d’angleterre. Un style d’approche réaliste qui a fait école par la suite chez des cinéastes aussi importants que Ken Loach ou Mike Leigh dont le cinéma est construit sur l’héritage de cette nouvelle vague britannique, c’est dire l’importance d’un film comme Samedi soir et dimanche matin.



Thierry Carteret

 

 


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FICHE TECHNIQUE

 

  • LE FILM

Titre original : Saturday Night and Sunday Morning
Réalisation : Karel Reisz
Scénario : Alan Sillitoe d’après son roman éponyme
Musique : John Dankworth
Directeur de la photographie : Freddie Francis
Cadreur : Ronnie Taylor
Assistant-réalisateur : Tom Pevsner
Décorateur : Ted Mashall
Ingénieurs du son : Peter Handford, Bob Jones
Costumières : Sophie Devine, Barbara Gillett
Maquilleur : Harold Fletcher
Coiffeuse : Pearl Tipaldi
Monteur : Seth Holt
Producteur : Tony Richardson
Producteur exécutif : Harry Saltzman


Avec:
* Albert Finney : Arthur Seaton
* Shirley Anne Field : Doreen
* Rachel Roberts : Brenda
* Norman Rossington : Bert
* Hylda Baker : la tante Ada
* Bryan Pringle : Jack
* Robert Cawdron : Robboe
* Edna Morris : Madame Bull
* Elsie Wagstaff : Madame Seaton
* Frank Pettitt : Monsieur Seaton


  • BONUS

* Court métrage « We are the Lambeth Boys » de Karel Reisz. 1959.



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