)))  JE T'AIME JE T'AIME
        
   de Alain RESNAIS                    

 

  • Drame - 1968 - France - durée: 1h31 (+ Bonus et Livret)
  • Sortie à la Vente en DVD le 8 Janvier 2008
    Editions Montparnasse
  • Prix de vente indicatif : 19,95€

    "J’espère avoir raconté un conte de fée de science-fiction sur le thème vieux de trois mille ans : l’existence est une étrange aventure ».
    Alain Resnais


SYNOPSIS

Claude Ridder (Claude Rich), après un suicide raté dû à une séparation douloureuse, accepte de participer à une expérience scientifique qui va le faire voyager dans le temps. Il se retrouve projeté un an plus tôt, heureux, auprès de la femme qu’il aime, Catrine (Olga Georges-Picot). Mais cette expérience étrange échoue et Rider se retrouve obligé de revivre en boucle toutes les différentes étapes de cette relation amoureuse…

 
POINT DE VUE
Débutons cette chronique en enfonçant sans vergogne une porte ouverte : l’obsession majeure du cinéma de Resnais, c’est le temps et son ouvrage inéluctable. Alors que sa capacité d’enregistrer le Réel devrait permettre au cinéma de « fixer » le temps, de jouer le rôle d’une hypothétique mémoire collective ; Resnais n’a cessé de montrer qu’il ne saisit finalement que de l’oubli (« tu n’as rien vu à Hiroshima »). Nuit et brouillard pointait déjà cette contradiction en montrant d’une part de terribles documents d’archives sur les camps de concentration, images indélébiles s’incrustant à tout jamais dans l’esprit du spectateur afin qu’il n’oublie pas ; d’autre part, le processus inéluctable du temps à l’œuvre, vecteur d’oubli (ces longs travellings en couleurs sur les camps à l’abandon).

Les œuvres de fiction de Resnais ne feront par la suite que décliner sous diverses formes ce double mouvement : d’une part, une volonté très forte d’enrayer le processus du temps, de se coltiner avec la mémoire (collective ou individuelle); d’autre part, une certaine impuissance face au constat implacable de la marche de l’oubli.

Comme presque tous ses premiers films, Je t’aime, je t’aime raconte la quête d’un homme (Claude Ridder) à la recherche du temps perdu, obsédé par un amour passé. Cette quête se niche cette fois dans un récit de science-fiction puisque Claude est invité, après une tentative de suicide ratée, à tenter l’expérience du voyage dans le temps. La machine inventée par une équipe de savants doit le ramener à revivre une minute de son passé, et plus précisément la minute qu’il a vécue un an auparavant. Mais voilà que la machine s’enraye et projette Claude à divers endroits de son histoire passée…

L’autre grande obsession de Resnais, c’est l’expérimentation au sens chimique du terme. Alors que nous pouvons légitimement le considérer comme l’un des plus grands « auteurs » du cinéma français (le plus grand ?), le cinéaste n’a jamais écrit un scénario de sa vie et s’est toujours amusé à confronter des matériaux issus des autres arts au cinéma afin d’observer toutes les réactions possibles. Ce fut le théâtre (Mélo, Cœurs), la musique (L’amour à mort), la science (Mon oncle d’Amérique), l’opérette (Pas sur la bouche), la BD (I want to go home), les jeux aléatoires (La vie est un roman, le sublime diptyque Smoking/no smoking) et surtout la littérature (les collaborations avec Duras –Hiroshima, mon amour-, Robbe-Grillet –L’année dernière à Marienbad- ou Semprun –La guerre est finie-…).

Je t’aime, je t’aime fut l’occasion pour Resnais de travailler avec le grand écrivain belge Jacques Sternberg, polémiste hors pair (je vous recommande sa Lettre ouverte aux terriens), romancier de grand talent hanté par l’absurdité du quotidien (Un jour ouvrable…) et spécialiste de l’humour noir. Si ses romans sont toujours très stimulants, force est de constater que c’est dans la forme courte qu’excelle Sternberg. Ses contes désenchantés et lapidaires sont des merveilles d’humour glacial et de lucidité désespérée (188 contes à régler…). C’est donc au nouvelliste qu’a fait appel Resnais puisque Je t’aime, je t’aime est composé essentiellement de fragments disparates (les souvenirs désordonnés de Claude), courtes unités que Sternberg a composées et que Resnais s’est chargé d’inscrire dans une architecture originale et complexe. Le cinéaste travaille presque à la manière d’un musicien en organisant une série de motifs qui reviennent parfois de manière récurrente (la première scène sur la plage). La mise en scène joue à la fois sur le caractère éclaté de tous ces souvenirs (le processus de la mémoire, comme le souligne justement Claude Rich dans un bonus, n’étant jamais linéaire et chronologique mais procédant par associations) et sur la sérialité.

Je t’aime, je t’aime est un puzzle où certaines pièces sont réutilisées plusieurs fois pour tenter de combler des « trous » et de laisser, au bout du compte, apparaître le portrait d’un homme. Bien sûr, nous aurons deviné un certain nombre « d’informations » à la fin du film sur Claude Ridder mais Resnais et Sternberg auront eu bien soin de ne proposer que des fragments de ce puzzle et de laisser dans l’ombre tout ce que la mémoire de cet homme a probablement évincé.

Je t’aime, je t’aime est donc le portrait d’un homme qui n’existe presque plus. Claude Ridder a frôlé la mort après sa tentative de suicide et même s’il en est revenu, c’est un homme qui n’existe déjà que dans le passé. La mise en scène de Resnais se charge de nous le faire comprendre à travers une figure aussi basique que le champ/contrechamp. Généralement, cette figure de style est le moyen le plus commode pour filmer un dialogue entre deux individus puisqu’elle permet de passer successivement de l’un à l’autre en conservant la même échelle de plan (généralement le gros plan). Dans Je t’aime, je t’aime, il y a deux séries de champs/contrechamps très curieuses, qui interviennent dans la partie la plus « classique » du film (celle qui précède le voyage dans le temps). Etrange car le cinéaste cadre « normalement » le savant (plan rapproché épaule) alors que le contrechamp n’offre pas de visage à un Claude Rich filmé en plans larges et parfois de dos. Ces champs/contrechamps asymétriques nous rendent mystérieux un personnage que le spectateur ne peut encore approcher. Un personnage qui ne vit que dans son passé et que nous allons pouvoir appréhender grâce aux fragments épars de sa mémoire. Le voyage dans le temps va permettre à Sternberg et Resnais d’approcher Claude et de nous faire découvrir ses multiples facettes.

Sans s’appesantir le moins du monde, le cinéaste montre qu’avant d’être écrivain, Ridder fut un modeste employé de bureau, attelé à des tâches ingrates. C’est dans cette description minutieuse d’un quotidien absurde où l’homme s’agite à effectuer des gestes totalement vains puisque la mort finira par tout engloutir que se devine le plus la patte de Sternberg : même humour noir, même sentiment de vacuité (et si l’homme n’avait été créé que pour être l’esclave des chats ? Si toutes les civilisations n’avaient été bâties que pour le confort de ces animaux ?) et même amour pour les femmes languides et mystérieuses, résolument opposées à toute vie sociale.

Resnais intègre parfaitement l’univers de l’écrivain à ses recherches cinématographiques et joue sur divers régimes de temporalité : le passé, le présent, l’urgence de vivre face à la mort qui nous dévorera tous et cette sensation d’un temps qui ne passe plus lorsque Claude est abruti par le travail (voir la scène très drôle de l’horloge parlante). De la même manière, le cinéaste brouille encore plus les pistes en intégrant dans ce perpétuel va-et-vient de la mémoire des éléments oniriques (la fille nue dans une baignoire) qui ancre Je t’aime, je t’aime dans le terreau du surréalisme belge et de sa familière étrangeté (l’un des principaux éléments du décor de Claude et Catherine est une reproduction d’une toile de Magritte).

Le portrait de cet homme n’a donc rien de « psychologique » : le cinéaste jouant davantage sur un mouvement circulaire qui cherche à percer le mystère d’une vie tournant autour de la disparition d’un amour. Où est passée Catherine ? Rupture, fugue, meurtre, suicide… Le film laisse planer sciemment de nombreuses zones d’ombre quant à la fin de cette liaison passionnée et c’est ce qui rend Je t’aime, je t’aime si émouvant. Le prétexte du voyage dans le temps n’étant, au bout du compte, qu’une ultime tentative pour revoir une dernière fois le visage de la bien-aimée.

Je t’aime, je t’aime ou comment Orphée est redescendu une fois de plus aux Enfers (de la mémoire) pour retrouver en vain son Eurydice…

Vincent Roussel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM

    Réalisation: Alain Resnais
    Scénario: Alain Resnais et Jacques Sternberg
    Avec:
    Annie Fargue: Agnès De Smet
    Anouk Ferjac: Wiana Lust
    Claude Rich: Claude Ridder
    Olga Georges-picot: Catrine
    Van Doube: Jan Rouffer
    Bernard Fresson: Acteur
    Georges Jamin: Dr Delavoix

    Note:
    La revue Positif, pour fêter son 50ème anniversaire, a souhaité montrer ce film au Festival de Cannes 2002, où Gilles Jacob et Thierry Frémaux ont remis à Alain Resnais une "Palme des Palmes" (en mai 1968, sa projection en compétition sur la Croisette avait dû être annulée en raison des évènements). A cette occasion, les Laboratoires Eclair ont tiré une copie neuve du film, jamais réédité depuis, et jusqu'ici seulement disponible dans des tirages rayés ou délavés.

  •  LE DVD
    DVD 9
    Image & Son :
    Ecran: 16/9
    comp. 4/3
    Format: 1.85
    Son : Dolby Digital Français


  • BONUS  



    * Entretien avec Claude Rich : souvenirs du tournage » (15 minutes)
    Interview : François Thomas et NT BINH
    Réalisation : NT BINH
    Une interview enthousiasmante de Claude Rich qui revient sur sa rencontre avec Alain Resnais, nous dévoile ses souvenirs de tournage (neuf semaines et demie dans une atmosphère extraordinaire de concentration) et nous parle de son personnage Claude Rider : « J’ai été enthousiasmé par le sujet de Jacques Sternberg. Rarement un acteur a eu l’occasion d’avoir un rôle aussi complet. En deux heures, on voit tous les moments de sa vie. On le voit heureux, malheureux. C’est la vie d’un homme qui défile »

    Notre avis : Entretien avec Claude Rich. Nul doute qu’avec Je t’aime, je t’aime, Claude Rich a tenu l’un de ses plus beaux rôles. Le grand comédien en a pleinement conscience et revient sur sa rencontre avec Resnais, sur la singularité d’un projet où il ne devait, dans un premier temps, ne jamais apparaître à l’image (le cinéaste offrira à Rich un rôle de ce type dans Cœurs puisqu’il ne sera qu’une voix !), sur les conditions du tournage et sur son appréhension d’un rôle très « littéraire ». Entre anecdotes vivantes (le souvenir de l’éventuelle présentation de ce film à Cannes en mai 68) et analyses très fines du personnage de Claude Ridder, Claude Rich nous gratifie d’un entretien d’une rare intelligence, à mille lieues des interviews promotionnelles. Lorsque qu’il évoque le dernier plan du film où il s’est mis à pleurer, nous le sentons très ému par ces évocations. Nous aussi… VR



    *Rencontre Resnais-Sternberg : analyse croisée du film et du scénario (19 minutes)
    Interview de François Thomas par NT BINH
    Réalisation : NT BINH
    Interview de Jacques Sternberg par Dominique Rabourdin (One Line)
    Une analyse du film, de sa structure et de son découpage par François Thomas, auteur de « L’Atelier de Alain Resnais » (Flammarion). Analyse entrecoupée d’une interview de Jacques Sternberg qui raconte sa rencontre et explique la nature de sa collaboration avec Alain Resnais.

    Notre avis : Il ne s’agit malheureusement pas d’un entretien croisé entre l’écrivain (hélas décédé il y a peu) et le cinéaste mais d’une analyse du film par un spécialiste de Resnais : François Thomas. L’approche du critique est très pointilleuse (nous saurons que Je t’aime, je t’aime comporte à peu près 330 plans et qu’il est, malgré les apparences, beaucoup moins découpé qu’un film comme Muriel ou le temps d’un retour) et souvent très intéressante. Pour ma part, je préfère néanmoins les extraits d’entretiens avec Sternberg qui agrémentent le supplément : la parole de cet homme nous étant toujours très précieuse…VR



    * « Propos d’Alain Resnais à propos du film » (12 minutes)
    Interview de François Thomas
    Réalisation : NT BINH
    Interview de Jacques Sternberg par Dominique Rabourdin (One Line)
    Alain Resnais revient sur son souhait de travailler avec le romancier nouvelliste Jacques Sternberg (totalement étranger à l’univers du cinéma) pour son humour, son « surréalisme fantastique », sa « mélancolie », sa « belgitude ». Le cinéaste passe en revue l’équipe du film : Claude Rich qui s’est imposé à lui de manière tellement évidente, le travail de Jean Boffety au cadrage, Albert Jurgenson au montage…

    Notre avis :lIl s’agit d’un entretien radiophonique au cours duquel Resnais revient sur ce film, explique son penchant pour la « Belgitude » et ce « fantastique mélancolique » qui offre un sentiment du dérisoire tout en cherchant à en rire. Inutile d’insister plus longuement sur l’intelligence et l’élégance des propos du grand cinéaste : elles éclatent une fois de plus lors de cet entretien où il parle merveilleusement de son comédien qu’il compare à un « violon légèrement désaccordé quand ça l’arrange ». L’image est lumineuse et l’on regrette juste la brièveté de ce bonus. VR



    * Un livret d’accompagnement de 32 pages
    3 articles issus du dossier Positif consacré à Je t’aime, je t’aime lors de sa réédition en 2002, une interview de Claude Rich et une filmographie sélective de Alain Resnais.
    * Je t’aime je t’aime - L’écho du temps, l’écho du cœur de Michel Cieutat (Positif)
    * Resnais le conciliant - de Jacques Sternberg. Propos recueillis par François Thomas et Claire Vassé (Positif)
    * Une part de mon héritage de Mag Bodard, propos recueillis par François Thomas (Positif)
    * Un Fanstasio contemporain entretien de Claude Rich par Philippe Rouyer et François Thomas (Positif)

    * Filmographique sélective de Alain Resnais
BIOGRAPHIE DE ALAIN RESNAIS (élément du dossier de presse)
Né à Vannes en 1922, Alain Resnais est nourri très jeune de cinéma, littérature et théâtre et tourne dès 13 ans des petits films amateurs privés qui donnent d'emblée le ton de son inspiration : anticipation réaliste et mystère surgi du quotidien. Installé à Paris au début de la guerre, il est reçu à l'IDHEC et commence véritablement sa carrière en 1948 avec des films sur l'art comme Van Gogh ou les Statues meurent aussi en 1953. Parallèlement, il participe au montage des films de Nicole Védrès, Paul Paviot, Agnès Varda.

De 1955 à 1958 il approfondit l'originalité de son style de montage et de réalisation à travers des courts métrages proches du documentaire comme Nuit et brouillard et Toute la mémoire du monde. C'est en 1959 que sort son premier long métrage : Hiroshima mon amour, requiem et film phare de la Nouvelle Vague. En 1980, Mon oncle d'Amérique présenté à Cannes remporte le Grand Prix Spécial du Jury. Ancré dans sa quête d'imaginaire, il semble s'aventurer sur les routes de l'abstraction, de l'humour et d'une éventuelle réconciliation entre cinéma et théâtre à partir de La Vie est un roman en 1983.

Alain Resnais qui a opéré une réelle révolution dans l'écriture filmique et se présente comme un cinéaste à part a toujours su s'entourer des meilleurs scénaristes : Duras, Robbe-Grillet, Cayrol, Semprun, Sternberg, Laborit et plus récemment Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour Smoking / No Smoking et On connaît la chanson, couronnés de nombreux prix.
FILMOGRAPHIE DE ALAIN RESNAIS  (élément du dossier de presse)

Courts métrages
1948 Van Gogh
1950 Paul Gauguin
1950 Guernica (coréalisé avec Robert Hessens)
1953 Les statues meurent aussi (coréalisé avec Chris Marker)
1955 Nuit et Brouillard
1956 Toute la mémoire du monde
1958 Le Chant du styrène


Longs métrages
1959 Hiroshima mon amour (scénario Marguerite Duras)
1961 L’Année dernière à Marienbad (scénario Alain Robbe-Grillet)
1963 Muriel ou le Temps d’un retour (scénario Jean Cayrol)
1966 La guerre est finie (scénario Jorge Semprun)
1967 Loin du Vietnam (film collectif)
1968 Je t’aime je t’aime (scénario Jacques Sternberg)
1974 Stavisky… (scénario Jorge Semprun)
1976 Providence (scénario David Mercer)
1980 Mon oncle d’Amérique (scénario Jean Gruault)
1983 La vie est un roman (scénario Jean Gruault)
1984 L’Amour à mort (scénario Jean Gruault)
1986 Mélo (d’après Henry Bernstein)
1989 I Want to Go Home (scénario Jules Feiffer)
1992 Gershwin (collection “L’Encyclopédie audiovisuelle”)
1993 No smoking et Smoking (d’après Alan Ayckbourn)
1997 On connaît la chanson (scénario Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui)
2003 Pas sur la bouche (d’après André Barde et Maurice Yvain)
2006 Cœurs (d’après Alan Ayckbourn)

 

                                                                   
°°°°°