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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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Débutons
cette chronique en enfonçant sans vergogne une porte ouverte
: l’obsession majeure du cinéma de Resnais, c’est
le temps et son ouvrage inéluctable. Alors que sa capacité
d’enregistrer le Réel devrait permettre au cinéma
de « fixer » le temps, de jouer le rôle d’une
hypothétique mémoire collective ; Resnais n’a cessé
de montrer qu’il ne saisit finalement que de l’oubli («
tu n’as rien vu à Hiroshima »). Nuit et brouillard
pointait déjà cette contradiction en montrant d’une
part de terribles documents d’archives sur les camps de concentration,
images indélébiles s’incrustant à tout jamais
dans l’esprit du spectateur afin qu’il n’oublie pas
; d’autre part, le processus inéluctable du temps à
l’œuvre, vecteur d’oubli (ces longs travellings en
couleurs sur les camps à l’abandon). Les œuvres de fiction de Resnais ne feront par la suite que décliner sous diverses formes ce double mouvement : d’une part, une volonté très forte d’enrayer le processus du temps, de se coltiner avec la mémoire (collective ou individuelle); d’autre part, une certaine impuissance face au constat implacable de la marche de l’oubli. Comme presque tous ses premiers films, Je t’aime, je t’aime raconte la quête d’un homme (Claude Ridder) à la recherche du temps perdu, obsédé par un amour passé. Cette quête se niche cette fois dans un récit de science-fiction puisque Claude est invité, après une tentative de suicide ratée, à tenter l’expérience du voyage dans le temps. La machine inventée par une équipe de savants doit le ramener à revivre une minute de son passé, et plus précisément la minute qu’il a vécue un an auparavant. Mais voilà que la machine s’enraye et projette Claude à divers endroits de son histoire passée… L’autre grande obsession de Resnais, c’est l’expérimentation au sens chimique du terme. Alors que nous pouvons légitimement le considérer comme l’un des plus grands « auteurs » du cinéma français (le plus grand ?), le cinéaste n’a jamais écrit un scénario de sa vie et s’est toujours amusé à confronter des matériaux issus des autres arts au cinéma afin d’observer toutes les réactions possibles. Ce fut le théâtre (Mélo, Cœurs), la musique (L’amour à mort), la science (Mon oncle d’Amérique), l’opérette (Pas sur la bouche), la BD (I want to go home), les jeux aléatoires (La vie est un roman, le sublime diptyque Smoking/no smoking) et surtout la littérature (les collaborations avec Duras –Hiroshima, mon amour-, Robbe-Grillet –L’année dernière à Marienbad- ou Semprun –La guerre est finie-…). Je t’aime, je t’aime fut l’occasion pour Resnais de travailler avec le grand écrivain belge Jacques Sternberg, polémiste hors pair (je vous recommande sa Lettre ouverte aux terriens), romancier de grand talent hanté par l’absurdité du quotidien (Un jour ouvrable…) et spécialiste de l’humour noir. Si ses romans sont toujours très stimulants, force est de constater que c’est dans la forme courte qu’excelle Sternberg. Ses contes désenchantés et lapidaires sont des merveilles d’humour glacial et de lucidité désespérée (188 contes à régler…). C’est donc au nouvelliste qu’a fait appel Resnais puisque Je t’aime, je t’aime est composé essentiellement de fragments disparates (les souvenirs désordonnés de Claude), courtes unités que Sternberg a composées et que Resnais s’est chargé d’inscrire dans une architecture originale et complexe. Le cinéaste travaille presque à la manière d’un musicien en organisant une série de motifs qui reviennent parfois de manière récurrente (la première scène sur la plage). La mise en scène joue à la fois sur le caractère éclaté de tous ces souvenirs (le processus de la mémoire, comme le souligne justement Claude Rich dans un bonus, n’étant jamais linéaire et chronologique mais procédant par associations) et sur la sérialité. Je t’aime, je t’aime est un puzzle où certaines pièces sont réutilisées plusieurs fois pour tenter de combler des « trous » et de laisser, au bout du compte, apparaître le portrait d’un homme. Bien sûr, nous aurons deviné un certain nombre « d’informations » à la fin du film sur Claude Ridder mais Resnais et Sternberg auront eu bien soin de ne proposer que des fragments de ce puzzle et de laisser dans l’ombre tout ce que la mémoire de cet homme a probablement évincé. Je t’aime, je t’aime est donc le portrait d’un homme qui n’existe presque plus. Claude Ridder a frôlé la mort après sa tentative de suicide et même s’il en est revenu, c’est un homme qui n’existe déjà que dans le passé. La mise en scène de Resnais se charge de nous le faire comprendre à travers une figure aussi basique que le champ/contrechamp. Généralement, cette figure de style est le moyen le plus commode pour filmer un dialogue entre deux individus puisqu’elle permet de passer successivement de l’un à l’autre en conservant la même échelle de plan (généralement le gros plan). Dans Je t’aime, je t’aime, il y a deux séries de champs/contrechamps très curieuses, qui interviennent dans la partie la plus « classique » du film (celle qui précède le voyage dans le temps). Etrange car le cinéaste cadre « normalement » le savant (plan rapproché épaule) alors que le contrechamp n’offre pas de visage à un Claude Rich filmé en plans larges et parfois de dos. Ces champs/contrechamps asymétriques nous rendent mystérieux un personnage que le spectateur ne peut encore approcher. Un personnage qui ne vit que dans son passé et que nous allons pouvoir appréhender grâce aux fragments épars de sa mémoire. Le voyage dans le temps va permettre à Sternberg et Resnais d’approcher Claude et de nous faire découvrir ses multiples facettes. Sans s’appesantir le moins du monde, le cinéaste montre qu’avant d’être écrivain, Ridder fut un modeste employé de bureau, attelé à des tâches ingrates. C’est dans cette description minutieuse d’un quotidien absurde où l’homme s’agite à effectuer des gestes totalement vains puisque la mort finira par tout engloutir que se devine le plus la patte de Sternberg : même humour noir, même sentiment de vacuité (et si l’homme n’avait été créé que pour être l’esclave des chats ? Si toutes les civilisations n’avaient été bâties que pour le confort de ces animaux ?) et même amour pour les femmes languides et mystérieuses, résolument opposées à toute vie sociale. Resnais intègre parfaitement l’univers de l’écrivain à ses recherches cinématographiques et joue sur divers régimes de temporalité : le passé, le présent, l’urgence de vivre face à la mort qui nous dévorera tous et cette sensation d’un temps qui ne passe plus lorsque Claude est abruti par le travail (voir la scène très drôle de l’horloge parlante). De la même manière, le cinéaste brouille encore plus les pistes en intégrant dans ce perpétuel va-et-vient de la mémoire des éléments oniriques (la fille nue dans une baignoire) qui ancre Je t’aime, je t’aime dans le terreau du surréalisme belge et de sa familière étrangeté (l’un des principaux éléments du décor de Claude et Catherine est une reproduction d’une toile de Magritte). Le portrait de cet homme n’a donc rien de « psychologique » : le cinéaste jouant davantage sur un mouvement circulaire qui cherche à percer le mystère d’une vie tournant autour de la disparition d’un amour. Où est passée Catherine ? Rupture, fugue, meurtre, suicide… Le film laisse planer sciemment de nombreuses zones d’ombre quant à la fin de cette liaison passionnée et c’est ce qui rend Je t’aime, je t’aime si émouvant. Le prétexte du voyage dans le temps n’étant, au bout du compte, qu’une ultime tentative pour revoir une dernière fois le visage de la bien-aimée. Je t’aime, je t’aime ou comment Orphée est redescendu une fois de plus aux Enfers (de la mémoire) pour retrouver en vain son Eurydice… Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| BIOGRAPHIE DE ALAIN RESNAIS (élément du dossier de presse) | ||||
| Né
à Vannes en 1922, Alain Resnais est nourri très jeune de
cinéma, littérature et théâtre et tourne dès
13 ans des petits films amateurs privés qui donnent d'emblée
le ton de son inspiration : anticipation réaliste et mystère
surgi du quotidien. Installé à Paris au début de
la guerre, il est reçu à l'IDHEC et commence véritablement
sa carrière en 1948 avec des films sur l'art comme Van Gogh ou
les Statues meurent aussi en 1953. Parallèlement, il participe
au montage des films de Nicole Védrès, Paul Paviot, Agnès
Varda. De 1955 à 1958 il approfondit l'originalité de son style de montage et de réalisation à travers des courts métrages proches du documentaire comme Nuit et brouillard et Toute la mémoire du monde. C'est en 1959 que sort son premier long métrage : Hiroshima mon amour, requiem et film phare de la Nouvelle Vague. En 1980, Mon oncle d'Amérique présenté à Cannes remporte le Grand Prix Spécial du Jury. Ancré dans sa quête d'imaginaire, il semble s'aventurer sur les routes de l'abstraction, de l'humour et d'une éventuelle réconciliation entre cinéma et théâtre à partir de La Vie est un roman en 1983. Alain Resnais qui a opéré une réelle révolution dans l'écriture filmique et se présente comme un cinéaste à part a toujours su s'entourer des meilleurs scénaristes : Duras, Robbe-Grillet, Cayrol, Semprun, Sternberg, Laborit et plus récemment Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour Smoking / No Smoking et On connaît la chanson, couronnés de nombreux prix. |
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| FILMOGRAPHIE
DE ALAIN RESNAIS
(élément
du dossier de presse)
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Courts métrages 1948 Van Gogh 1950 Paul Gauguin 1950 Guernica (coréalisé avec Robert Hessens) 1953 Les statues meurent aussi (coréalisé avec Chris Marker) 1955 Nuit et Brouillard 1956 Toute la mémoire du monde 1958 Le Chant du styrène Longs métrages 1959 Hiroshima mon amour (scénario Marguerite Duras) 1961 L’Année dernière à Marienbad (scénario Alain Robbe-Grillet) 1963 Muriel ou le Temps d’un retour (scénario Jean Cayrol) 1966 La guerre est finie (scénario Jorge Semprun) 1967 Loin du Vietnam (film collectif) 1968 Je t’aime je t’aime (scénario Jacques Sternberg) 1974 Stavisky… (scénario Jorge Semprun) 1976 Providence (scénario David Mercer) 1980 Mon oncle d’Amérique (scénario Jean Gruault) 1983 La vie est un roman (scénario Jean Gruault) 1984 L’Amour à mort (scénario Jean Gruault) 1986 Mélo (d’après Henry Bernstein) 1989 I Want to Go Home (scénario Jules Feiffer) 1992 Gershwin (collection “L’Encyclopédie audiovisuelle”) 1993 No smoking et Smoking (d’après Alan Ayckbourn) 1997 On connaît la chanson (scénario Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui) 2003 Pas sur la bouche (d’après André Barde et Maurice Yvain) 2006 Cœurs (d’après Alan Ayckbourn) |
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